Y a-t-il un navigateur dans le PC ?

24/08/2017 Non Par cborne

Ou quand on commence à se dire qu’Edge ce n’est finalement pas si mal que ça.

Bientôt une nouvelle version de Firefox va arriver, c’est une version majeure pour au moins deux raisons :

  • le nouveau moteur devrait remettre Firefox dans la course du fait des performances qui écrasent tout d’après les premiers retours pas forcément objectifs des aficionados de Firefox.
  • les extensions en xpi disparaissent au profit des Webextensions

Nous allons nous arrêter sur ce deuxième point. Voici une capture que vous avez pu voir chez Denis ou Sébastien. Voici la mienne :

Comme chez mes collègues, je vais avoir un problème mais avant d’aller plus loin, voici ce qu’est une Webextension d’après le site de Mozilla :

Les WebExtensions sont un système cross-browser (multi-navigateurs) pour développer des extensions pour le navigateur. Pour une meilleure compatibilité, l’API est compatible avec l’ extension API supporté par Google Chrome et Opera. Les extensions écrites pour ces navigations vont, dans la plupart des cas, s’éxecuter dans Firefox ou Microsoft Edge avec seulement quelques changements. L’API est aussi entièrement compatible avec la technologie multi-processeur de Firefox.

Sur le papier cela voudrait dire que toute extension écrite pour Firefox serait compatible pour Chrome et réciproquement. On va oublier Opera qui est passé sous pavillon Chinois, quand on connaît les pratiques des Chinois avec les téléphones qu’ils nous vendent, espion inside, il serait malheureux d’évoquer la vie privée, et réfléchir à l’idée d’avoir des extensions compatibles pour les deux navigateurs. C’est une très très très mauvaise idée. D’un point de vue pragmatique on peut imaginer que jouir des applications Chrome c’est positif car cela va enrichir Firefox, malheureusement d’un point de vue « philosophique » c’est complètement différent.

Dans les préceptes parfois complètement débiles qu’on peut voir sur Linux, il y en a que je trouve bon, on n’utilise pas Linux pour avoir un Windows gratuit, on utilise Linux pour d’autres raisons. Au fil des années Mozilla s’est acharné à rendre Firefox frère jumeau de Google Chrome, cette touche de lifting supplémentaire rajoute un peu plus d’ambiguité. La capture ci-dessus est réalisée avec Shutter, c’est un logiciel puissant qui n’existe que sous Linux, c’est pour moi une belle vitrine de démonstration de ce qu’on peut faire sous Linux et qu’on ne peut pas forcément faire ailleurs. Si on veut faire adhérer les individus à un logiciel, à un système d’exploitation, il suffit simplement que celui-ci soit meilleur que son voisin, d’un point de vue technique ou philosophique, le respect de la vie privée par exemple. Si on retrouve des extensions identiques sur les deux navigateurs, pourquoi utiliser Firefox au profit de Chrome ? Je mets en suspend la question pour y revenir plus tard, j’aimerai que nous restions encore sur les Webextensions.

Quoi qu’il arrive, je retomberai sur mes pattes. Comme je l’expliquais pour les distributions Linux, je peux demain tenter l’aventure Manjaro, me planter, retrouver mon home, repasser à Xubuntu ou faire un tour par debian, je n’ai aucun problème à ce niveau de difficulté. Que mes extensions soient maintenues ou non, j’en trouverai d’autres, je passerai donc sans aucune difficulté à cette version 57 en espérant que le chamboulement de mes habitudes soit récompensé par les performances annoncées.

Si j’ai encadré l’extension speed dial, ce n’est pas pour rien, cela fait deux ans que l’extension n’a pas été mise à jour, cela fait plusieurs années que sur chaque poste de débutant que je suis amené à installer je mets Firefox et speed dial par défaut. Bon nombre de personnes de mon entourage sont concernées, au niveau professionnel certainement la moitié de mes collègues si bien que je vais devoir faire une note de service pour expliquer le changement de version et la disparition de speed dial. A ce moment là, deux chemins s’offrent à moi : je continue de donner sa chance à Firefox, je fais basculer tout le monde sur Chrome.

Je suis lassé de la brutalité de Mozilla, en une image :

d’après https://fossbytes.com/

Mozilla c’est la culture du paradoxe d’être une fondation au comportement d’une entreprise. Ce positionnement fait qu’on arrive de façon systématique à une situation d’échec car Mozilla lance des produits trop ambitieux qui finissent par échouer, demandent aux gens de s’engager pour brutalement cesser les projets. Oui, il est certain qu’il faut essayer, néanmoins lorsque l’ambition n’est pas en adéquation avec la taille du portefeuille et bien soit on ne fait pas, soit on vise plus petit. Si tu ne peux pas fabriquer des Mercedes, fabrique des Dacia. L’exemple peut sembler mauvais car il sous entendrait que le logiciel libre est pour les pauvres, néanmoins s’attaquer au marché du mobile c’est se confronter à un marché financier et faire le choix d’une gamme d’appareils, Mozilla n’a pas les moyens du hardware, Mozilla n’a que les moyens de s’installer sur l’existant.

Je n’ai plus confiance en Mozilla et je l’utilise comme un réflexe à la limite de Pavlov. A force de voir seriner de partout que Firefox serait la résistance, un peu les rebelles face à l’empire, on finit par le croire. Et pourtant, libre ne signifie pas forcément qualité, ne signifie pas forcément de confiance. Mozilla a montré qu’il n’était pas de confiance du fait de ses décisions brutales, mais aussi quant à la vie privée où son paramétrage dans Firefox n’est pas fait par défaut, il faut bricoler. Au niveau de la performance, j’ai souvent mentionné l’occupation de la RAM, nombreux sont ceux qui témoignent des problèmes de plantage rencontrés, Firefox est loin d’être parfait. L’une des peurs les plus récurrentes outre le fait qu’il serait le dernier bastion de la résistance libre face à Google, c’est la diversité des moteurs de rendu pour les navigateurs. Le mythe de Firefox est aujourd’hui davantage entretenu par la peur que par des arguments positifs sur le navigateur.

N’allez pas croire que j’enterre Firefox, j’attends qu’il fasse ses preuves, j’attends aussi les promesses tenues quant aux performances, j’accueille donc pour moi la version 57 avec intérêt, pour moi, moins pour mes utilisateurs, pour qui je dois trouver une solution et anticiper la panique. Le propos est mesuré, j’ai des gens qui sont incapables de consulter les sites qui les intéressent s’ils ne sont pas dans leurs vignettes.

Quid de Chromium ? Chromium est le navigateur équivalent à Chrome mais à priori libéré de toute forme de traçage de l’utilisateur, c’est ainsi qu’il est présenté. Denis soulève un point de vue éthique quant à son utilisation, selon le principe de Google c’est le mal, même si le produit est bon sur le papier, pas intrusif, quelle que soit sa qualité, ce n’est pas possible. Pour faire Godwin en un coup, c’est comme si Hitler vous offrait la plus belle des fleurs, elle aurait beau être la plus belle des fleurs, du fait qu’elle soit offerte par Hitler, elle n’est pas acceptable. Je pense que c’est trop simpliste ou trop caricatural dans l’informatique où globalement tout le monde est sur le fil d’équilibre qui peut faire tomber du côté ange ou démon.

J’avais évoqué dans un article disparu le fait que Cozycloud ne laissait plus télécharger les images iso pour un auto-hébergement personnel et que la condition sine qua none de son utilisation c’était l’inscription sur le site. Est-ce que cela rend Cozycloud et Tristan Nitot son chef de produit, évangéliste du logiciel libre, malfaisants ? Je ne le pense pas. Le cas Microsoft est aussi intéressant, en 2016, plus gros contributeur Github, de l’autre un espion de ses utilisateurs dans Windows 10. Il devient trop délicat de traîter les situations de façon binaire.

Si on doit s’interroger sur Chromium, il faut peut être le faire ici :

Le problème de Chromium c’est que pour un navigateur qui devrait être libéré de Google, et bien on se rend compte qu’il est intrinsèquement lié à Google, trop certainement, si bien que même s’il paraît possible de se passer de Google, on a toujours l’impression qu’on nous propose d’y aller.

Firefox n’est pas mort et il va continuer à vivre de façon marginale, comme vit le desktop Linux. Même si on peut difficilement avoir confiance en la fondation Mozilla qui aujourd’hui ne vit désormais que sur un seul produit, en difficulté, si demain Mozilla s’effondre, Firefox vivra et sera rendu à la communauté. Ce serait peut-être une bonne chose, les décisions prises ces dernières années ne sont pas bonnes, preuve à l’appui les nombreux échecs, les choix condamnables (pocket ou le vrai faux abandon de Thunderbird), la communauté sans aucun doute orienterait Firefox vers ce qu’il doit être et qu’il n’est plus : un simple navigateur.

Si aujourd’hui il fallait trouver une alternative à Firefox ou à Chromium, je n’irai pas chercher bien loin directement chez leur fork. Iridium, Brave, la liste est longue, vous pouvez la trouver sur alternativeto.net. Du fait de ne pas avoir testé, de ne pas non plus avoir le besoin car Firefox me convient, je n’irai pas plus loin.

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