Votre meilleure alliée en informatique : votre flexibilité

06/09/2017 Non Par cborne

lanargeek en ce moment s’est lancé dans le chemin du Troll. C’est un parcours qui est laborieux, souvent amusant et je dirai que c’est de son âge. Quand on a passé la quarantaine et qu’on ne sait plus faire que ça, c’est qu’il est temps de raccrocher. Oui, ce n’est pas la chanson quand tu allais on revenait, c’est quand tu y allais, je le quittais parce que j’étais trop vieux pour ça.

Donc notre ami Lanargeek a choisi pour sujet bateau, l’éducation nationale fait le choix de Microsoft, un classique. Sympathique, il propose la solution suivante, remplacer tous les systèmes de cloud propriétaire par BoZon. Je me suis fendu d’un commentaire que je voudrai détailler ici un peu plus. BoZon est un bon programme que j’utilise par deux fois.  A titre personnel pour le stockage des documents du blog et pour avoir un portail rapide pour communiquer avec les élèves quand ils veulent déposer une image depuis leur smartphone. Nous travaillons souvent avec ces appareils notamment dans mon EPI vente. Pour le lycée, ma secrétaire en chef m’a demandé de pouvoir mettre des liens vers des documents qu’elle pourrait modifier facilement, c’est ce que permet de faire BoZon. Si on ne devait donner qu’un seul défaut de BoZon, il n’est pas vraiment technique, c’est qu’il est développé uniquement par Bronco, le Warrior du dimanche.

mage illustrant Bronco qui aurait des cheveux codant sur son MAC, quelques erreurs dans cette image, dur dur les banques d’images

Un projet qui ne repose que sur une personne, est un mauvais projet. Bronco est père de quatre gosses, il est professeur, il peut passer sous un camion ou faire une crise cardiaque chez les troisièmes qui dissimuleront son corps pendant des jours pour ne pas avoir cours. Simplement abandonner le projet car il ne répond plus à son besoin, son envie. C’est un projet qui est réalisé sur du temps libre, ce n’est pas un gagne pain, il ne doit rien à personne sauf à moi et c’est pour cela qu’il sortira la V 3.0 qui sera bugguée, mais c’est une autre histoire.

Imaginer dès lors faire reposer une architecture complète, soyons fou, l’éducation nationale sur BoZon, c’est montrer qu’on ne mesure pas les enjeux qui sont derrières. Je joue les enseignants faisant un peu la leçon à lanargeek, c’est juste pour montrer qu’il est pertinent de prendre le temps de tourner sept fois son clavier dans la bouche avant d’écrire, une leçon valable pour tous, moi le premier. La question reste tout de même posée dans son billet, dans quelle mesure on peut faire passer du libre à l’école ?

Il y a à mon sens trois barrages :

  • les projets. L’exemple de BoZon est parfait, il n’est pas à l’heure actuelle assez fiable pour faire reposer trop d’enjeux, il faut alors regarder du côté des projets de taille plus importante et avant même de finir ma phrase vous savez ce que je vais écrire : Owncloud. Owncloud a été la référence, est utilisé en production par des universités, par des entreprises. Malheureusement nous avons assisté à un schisme que nous connaissons bien dans le logiciel libre, celui qui fait qu’on a deux logiciels libres, Owncloud et Nextcloud. Cette problématique n’est pas nouvelle, OpenOffice / Libreoffice, avec des gens qui encore aujourd’hui ne comprennent rien. Il ne s’agit pas ici du problème de visibilité qu’on hurle de façon régulière à la face du monde avec la vente liée, mais bien un problème de lisibilité. Il faut être libriste pour comprendre le libre. Il faut être de plus un libriste qui suit l’actualité au plus près pour comprendre les évolutions trop régulières (Firefox dans les exemples qui me viennent à l’esprit).
  • les entreprises. Vous avez trouvé votre projet, c’est Owncloud, et vous comptez le déployer pour les dix milles personnes inscrites dans votre université. Qui fait ? Je peux vous citer Opendsi sur la région Lyonnaise, je ne sais pas si Philippe est capable de couvrir des besoins aussi importants. Si par exemple dans le Piscénois et par extension le Biterrois, on décidait de changer notre infrastructure Microsoft au profit d’un serveur équivalent pour une utilisation exclusive de logiciels libres, cela serait impossible. Des solutions propriétaires qui n’ont pas d’équivalent libre, du matériel non reconnu par Linux. On pourrait certainement faire à moyen terme avec un déplacement d’un grand nombre d’applications en ligne, mais je ne pense pas qu’il existe un prestataire qui a fait le choix unique des solutions libres. Rajoutons à cela que quand bien même vous trouvez le prestataire, vous ne pouvez vous en défaire. Si demain nous n’avons plus satisfaction avec notre intervenant, il nous suffit de faire jouer la concurrence, un serveur HYPER-V, les solutions Microsoft sont des standards, contrairement à ce qu’on peut faire avec Linux, plus exotique. Si les entreprises existent, ici encore elles ne sont pas lisibles. Vous noterez que j’évoque le cas de mon lycée agricole de campagne, si on revient au cas de l’éducation nationale, quelle entreprise pourrait prendre en charge l’intégralité des petits français ?
  • Le manque de compétence dans l’éducation. Il faut des spécialistes de l’informatique en lien avec l’enseignement et avec les enseignants. Je peux vous parler d’informatique, je peux vous parler d’enseignement et je peux vous parler d’enseignants et d’élèves. Je peux vous dire par exemple que si demain je devais remplacer mes vieilles tours dans mes salles de classe, je ne mettrai en aucun cas des pi ou des clients discrets pour se connecter au serveur, ils seraient volés par les élèves. L’enseignement est un contexte particulier et il manque de référents capables de trouver des solutions techniques adaptées, de freiner les ambitions pédagogiques démesurées de certains qui pensent qu’on peut tout enseigner avec Minecraft. Pour ma génération, un traitement de texte c’est forcément Word, cela finira par changer, car aujourd’hui dans la grande majorité des écoles c’est Libreoffice Writer. La suite Libreoffice remplit toutes les conditions du logiciel libre qui fonctionne. Elle est suffisante pour la grande majorité des travaux des élèves et des enseignants, « gratuite », s’installe facilement, même les enseignants les plus réfractaires font avec car c’est une évidence. Les gens veulent du facile, obtenir cinquante licences gratuites Microsoft c’est compliqué, la plus value pour un rapport de stage pas évidente, installer Libreoffice répond au besoin d’immédiateté.

Si vous aviez trouvé le logiciel libre, le prestataire, l’adhésion de tous, ce n’est pas suffisant. Une image :

d’après le site cnet

Oui, ce n’est pas libre, ce n’est pas un logiciel, c’est un smartphone, mais c’est une illustration qui est pertinente. La police de New-York avait investi dans plus de 32000 Windows Phone, nous savons que même si officiellement les Windows Phone ne sont pas abandonnés, ils sont abandonnés. Cela veut dire que même croire en Microsoft, c’est une prise de risque. Je vous accorde aussi le fait, que s’engager dans un smartphone qui à l’époque ne représentait que 3% des parts de marché, il n’était pas besoin d’être madame Irma pour savoir comment l’histoire allait se terminer.

Le problème n’est pas en lien qu’avec le libre, c’est un problème qui est global et qui s’applique à la technologie vous devez être capable de : faire les bons choix, savoir que ces choix ne sont pas gravés dans la roche, pouvoir vous retourner facilement, sentir le vent tourner. La VHS était la référence à une époque, il est difficile de trouver un magnétoscope neuf aujourd’hui, la technologie est dépassée. Et d’ailleurs l’exemple de la VHS est très bon car il me permettra de me rapprocher de ma conclusion.

Par sécurité dans vos choix technologiques, n’investissez pas trop. Que ce soit 32 000 smartphones qui partent à la poubelle ou celui qui avait acheté 2000 VHS, la mise de base est à mon sens trop importante. En informatique, limitez les risques, investissez peu, jouez la carte de l’interopérabilité. Plus que le logiciel, ce qui compte reste le format, un odt aujourd’hui s’ouvre quasiment de partout et quand bien même il ne s’ouvre pas, depuis Libreoffice ou Openoffice vous pouvez le convertir dans un autre format de fichier. Si vous utilisez un logiciel propriétaire qui ne comporte aucune possibilité d’export, vous êtes coincés si celui-ci disparaît. Misez sur les chevaux connus, la police New Yorkaise qui fait désormais le choix de l’Iphone est cohérent, bien plus qu’un achat d’un téléphone Android où Google commence à poser des labels pour vérifier si le téléphone est sécurisé à minima. Si je n’achète que des smartphone à bas prix ce n’est pas pour favoriser l’obsolescence programmée mais tout simplement parce que le produit ne me convient pas, et que dès qu’il est acheté, il est obsolète. Les constructeurs de smartphone ne mettant pas à jour les appareils, y compris les plus chers, il n’est pas utile d’investir.

La technique dite du petit petit joueur pose un problème que j’avais déjà évoqué lors de l’article sur les distributions Linux, le problème de l’oeuf ou de la poule. S’il faut choisir uniquement des gros projets fiables, comment assurer un renouvellement puisqu’on ne choisira pas le petit projet. Jouer la carte de la sécurité, c’est ne plus miser, c’est ne plus oser, c’est aussi ne plus innover, se contenter d’être un suiveur. Il faut continuer à donner leur chance à de petits projets, essayer, mais en aucun cas ne trop miser dessus et avoir la solution de repli derrière. Je regardais par exemple ce projet de téléphone sous Linux :

599 € pour se libérer, c’est une belle idée, mais à 599 € la mise est trop haute pour moi. Le dernier qui s’est lancé dans un tarif similaire, c’est l’Edge d’Ubuntu, le projet est mort né sachant que Canonical n’étaient pas les plus mauvais pour réussir. J’ai peut-être tort, si on n’était plus nombreux à miser, à avoir confiance, alors le libre sortirait enfin de son ornière. Ce qui m’étonne toujours avec ce type de projet, c’est qu’après les échecs de Mozilla et de Ubuntu sur le marché du smartphone, on ne tire pas les leçons. Si on sortait un smartphone entre 150 et 200 € pour lequel on reprendrait FirefoxOS forké et amélioré, un matériel convenable pour un smartphone qui a montré qu’il pouvait être utilisé, je miserai. Je m’égare.

Choisir en informatique ce n’est jamais simple, de très nombreux paramètres interviennent pour changer la donne très régulièrement. Il y a toutefois quelques certitudes, parmi elles, il y a peu de chances que la solution que vous utilisez aujourd’hui sera la solution de demain.