Vacances j’oublie … Ah non prof de SNT à la rentrée

05/07/2020 Non Par cborne

Je suis officiellement en vacances après, je pense, on pourra tous le dire, une grosse année de merde. J’ai malheureusement la certitude qu’on va y retourner même si je ne m’explique pas le comportement du virus actuel. Chez moi c’est openbar complet, les gens sont les uns sur les autres, empilés comme des légos. Je m’étonne qu’on ne soit pas à nouveau confiné, preuve certainement que le virus est de saison et que peut-être la chaleur a un lien avec tout ça. Au boulot on n’est pas revenu à la poignée de main ni aux embrassades, en même temps tout le monde se déteste, on ne peut pas vraiment dire qu’on réalise les gestes barrières, je suspecte certains d’essayer de se cracher dessus. Il était vraiment temps de se quitter.

J’ai eu la joie d’apprendre que j’allais enseigner le SNT à la rentrée. Sciences Numériques et Technologiques, une nouveauté qui est apparue dans les programmes de la réforme de la seconde générale de 2019. C’était mon collègue prof d’info qui avait pris le cours, et forcément il n’a pas aimé. J’aime souvent à rappeler que l’enseignement n’est qu’un métier, et ce n’est pas parce que j’enseigne les mathématiques que c’est ma passion tout comme ce n’est pas parce qu’il enseigne l’informatique que c’est sa passion. À sa décharge, intervenir pour une 1h30 de cours par semaine sur le papier, rabotée à 1h, je ne rentrerai pas dans les détails de la dotation, avec des élèves dont à la fin de l’année il ne connaît pas le prénom, a très peu de sens. Les élèves de GT passent tellement de temps avec moi qu’ils m’appellent papa, le père fouettard, maman, pensent que je suis leur prof principal, enfin bref, c’est cohérent.

C’est cohérent mais c’est comme toujours, c’est à l’arrache. Mon collègue n’a pas fait le choix de livre, il faut donc que je me positionne, et avant de me positionner, il faut que je maîtrise le programme en 48 heures …

  • Internet 
  • Le Web 
  • Les réseaux sociaux 
  • Les données structurées et leur traitement 
  • Localisation, cartographie et mobilité 
  • Informatique embarquée et objets connectés 
  • La photographie numérique 

Je vous explique un peu comment on fait un cours. On va dire en gros que j’ai une heure de cours par semaine sur 32 semaines, sachant que de façon théorique c’est 36 semaines. Comptez toujours quatre semaines de drame. Si on compte la fin d’année illusoire malgré la reconquête de juin, les journées qui sautent, on peut au mieux compter sur 32 semaines, soit 32 heures, soit 32/7, donc entre 4 et 5 heures par chapitre. Une fois qu’on sait le temps imparti, on regarde les contenus et on s’interroge pour savoir ce que vos élèves sont capables de faire ou non. Sur mes 25 élèves de seconde cette année, en gros 18 s’orientent en BAC Techno, ils étaient venus pour ça, les autres partent en pro. Ma seconde générale, c’est surtout une seconde technologique, le profil d’élève c’est le gamin qui aurait été noyé dans une classe à 36 avec l’ambition pour chaque prof d’assurer une continuité dans le général à grand coups de marche ou crève. Si par conséquent je balaye l’intégralité du programme, il est évident, notamment pour les évaluations que je ne rigole pas en faisant des problèmes de la mort pour voir qui serait capable de suivre en scientifique l’année prochaine puisque personne n’ira. Même pas besoin de jouer d’ailleurs, vous mettez un exercice qui demande un peu d’abstraction ou du python, vous avez déjà largué tout le monde.

Il faut donc faire des choix, des choix qui sont à la croisée des chemins entre le niveau réel des élèves, votre niveau, votre sensibilité, ce qui vous paraît important ou non. Si on regarde dans le premier chapitre, l’internet, il apparaît comme incontournable d’expliquer ce qu’est le protocole TCP IP aux élèves, le réseau, les switchs, le p2p. Par rapport à mon public, j’ai envie de dire que le p2p ça ne sert à rien. Pourquoi ? Si j’avais des intellectuels en face de moi, j’aurais évoqué la blockchain qui est vendu comme l’avenir de l’informatique. Au moment où j’écris ces lignes, j’ai l’impression que c’est comme la 5G, une technologie qu’on essaie de faire passer en force, plus qu’un véritable besoin. Du fait de ne pas avoir des intellectuels, je peux bien évidemment évoquer BitTorrent et le téléchargement pirate, sauf qu’à ce compte, pourquoi pas évoquer le minitel. Exagération peut-être, mais il apparaît que les enfants lorsqu’ils piratent, le font exclusivement sur des sites de streaming.

Que dire du TCP IP, de l’encapsulation, des protocoles et des paquets quand les gosses ne font pas la différence entre Samsung et Android, entre système d’exploitation, navigateur et j’en passe. Bien évidemment on peut se cacher derrière la faiblesse du niveau pour manquer d’ambition, néanmoins quand un cours est surtout technique, qu’en plus il est chiant, face à un public qui se décourage très vite et qui n’a que très peu de culture informatique, on va comme l’OM, droit au but.

Pour l’heure comme précisé, je dois me positionner sur un manuel. Avec les années, on change, pendant des années j’ai pensé que les manuels c’était comme Linux, de la merde. Comme quoi il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis. Le manuel c’est la garantie d’éviter les photocopies, de monter des documents parfois pas tops en présentation, pour justement faire des économies de papier et proposer aux élèves quelque chose de cohérent. Le pendant, c’est que le manuel, quand tu l’as, ben tu l’as. Les manuels scolaires sont fournis par la région, et vous comprenez bien que dire « ben finalement le manuel il est un peu pourrave, on peut tout jeter et recommander ? », ça le fait pas vraiment. J’ai fait à l’époque le choix du manuel Sésamaths pour le cycle 4 c’est-à-dire les élèves de cinquième, quatrième, et troisième. C’était une erreur, une erreur que je dois encore à mes choix militants. Oui j’ai voulu faire bosser le libre, le participatif, et finalement je me retrouve avec un livre qui vieillit mal face à un niveau de mes élèves qui ne cesse de baisser. Sésamaths est trop compliqué.

Choisir un bouquin aujourd’hui c’est un engagement de quatre à cinq ans, et c’est surtout délicat. La numérisation fait bien les affaires des éditeurs qui font des stratégies à la Apple avec un enfermement pas terrible des utilisateurs. Les contenus supplémentaires, les fameux contenus augmentés, pétris d’équivalents de DRM rajoutent de la complexité à l’utilisation des manuels. Par conséquent, quand je vois dans un livre que le document 1 ne se trouve pas dans le manuel mais qu’il faut aller le regarder à une adresse précise, je ne suis pas fan. S’il s’agit d’une ressource externe, j’ai envie de dire pourquoi pas, néanmoins une ressource, ça disparaît.

Pour ma part, je sais que je vais monter moi-même mes cours, je diffuserai ici plutôt que sur restez-curieux, du fait du caractère pédagogique et informatique qui s’adresse plus à mon lectorat de vieux que de jeunes, un manuel c’est surtout pour les exercices et les activités. J’avais quatre spécimens proposés par mon documentaliste, mon choix se porte sur le Bordas collection 3.0, sciences numériques et technologiques.

C’est un choix, j’ai trouvé qu’il proposait de nombreux exercices, que la totalité des contenus étaient dans le livre même s’il y a du contenu augmenté, j’ai trouvé que les définitions étaient plus simples. Et puis il y a certains points qui font bondir, notamment quand on voit qu’un manuel de 2019 évoque l’utilisation d’internet explorer, c’est next tout de suite même si tout n’est pas à jeter.

La véritable problématique, plus que de gaver les élèves de théorie, c’est de savoir ce qu’on peut faire comme activité concrète. J’ai deux mois pour trouver quoi faire avec quelques idées, et avec le regret de devoir jongler entre l’introspection et les bouquins car le partage est cette fois-ci bien mort. Vous avez pu voir passer l’histoire des badges qui font le scandale dans mon académie. J’ai vu des pavés sur la toile pour crier à l’infantilisation, j’ai vu des montages photos, j’ai vu des tas de choses. Ce qui finalement est le plus choquant pour moi, c’est de voir des gens capables de produire de longs laïus pour expliquer qu’on nous prend pour des idiots quand il faudrait revaloriser nos salaires mais qui sont incapables de partager quoi que ce soit sinon de la haine ou de la gaudriole. Dans le réseau social de ma fédération, j’arrive avec un an de retard, un des gros piliers se plaignait qu’on ne partageait rien, effectivement il a raison, quasiment aucun échange dans le réseau social Yammer, comme sur internet à part cette adresse, on ne trouve rien ou presque. L’internet tel que nous l’avons connu est mort, soyons le dernier bastion de la résistance du partage.

J’ai lancé le débat sur qui fait quoi dans le forum, si vous êtes enseignants, ou n’importe quoi d’ailleurs et que vous voulez contribuer, vous êtes welcome, je crois qu’il devient de plus en plus important de créer des espaces d’échanges sur la toile, et pas que pour des selfies ou des photos de chats.

Le SNT sera l’un des fils conducteurs du blog pour l’été 2020, et pour l’année prochaine.

On ne partage rien sauf sa mauvaise humeur

Je ferai une seconde conclusion à ce billet, celle de la nécessité d’être sous Windows avec l’enseignement de cette matière. Dans le cadre de l’utilisation de certains logiciels spécifiques, de quelques commandes, ou même ne serait-ce que regarder les données exif d’une photo, ou d’autres joyeusetés, il me paraît évident que nous parlions tous le même langage, en l’occurrence ici, Windows. Il est à noter que ce module a l’intérêt de pouvoir organiser des débats, ce que je compte faire de façon régulière, notamment quant à la neutralité du net, le financement des réseaux sociaux, les problématiques de la géolocalisation. Il faut que je vois si je demande ça par écrit ou à l’oral, ou les deux. Vous noterez que l’enseignement c’est un travail, et que cette simple heure de cours à préparer par semaine va nécessiter des dizaines d’heures de préparation.