Une histoire de Linux

11/08/2018 Non Par cborne

Je ne sais pas trop comment démarrer ce billet alors on va le commencer par celui de Didier qui me donne une sorte de caution. S’il fallait synthétiser les parties qui m’intéressent :

  • la sensation d’avoir de plus en plus de logiciels qui s’échappent de synaptic
  • plus tu es stable, moins tu cherches, moins tu cherches plus tu es stable

Revenons sur le cas de Transmageddon qui est l’illustration d’un problème. La petite sortie de route de la dernière fois aura eu trois bons effets. Les deux premiers sont personnels, j’ai eu la bonne attitude en présentant mes excuses de façon publique. Il y a peu de temps j’aurai remis de l’huile sur le feu, ces excuses ont permis d’apaiser les tensions. Une piqûre de rappel pour faire attention à ce que j’écris, on perd effectivement du crédit dans la critique, si bien que la partie adverse, bien énervée, a tendance à répondre de façon sèche sans essayer de lire les arguments qu’ils soient pertinents ou non. Enfin, il y aura eu réaction chez les Ubunteros, on peut lire désormais dans le Wiki dans la partie vidéo que le projet est abandonné, et c’est sur ce point précis que j’aimerai revenir.

Si vous suivez ce blog depuis les débuts, courant 2008, je me suis fait souvent reprendre parce que j’ai  écrit qu’un programme était mort alors qu’il ne l’était pas, Thunderbird pour citer un exemple. Concrètement, et c’est vrai, ce n’est pas parce qu’un programme n’a pas été mis à jour depuis cinq ans qu’il ne fonctionne plus, sauf que j’ai un peu la sensation que ce n’est plus totalement vrai. Les programmes vidéo sont symptomatiques d’ailleurs du phénomène avec la scission avconv ffmpeg. Les logiciels vidéo sont nombreux à appeler d’autres programmes, en cinq ans, il se peut que les choses changent, comme un appel à un programme qui n’existe plus, où les liens symboliques n’ont pas été refaits, etc … On peut alors effectivement dire que le programme est obsolète et qu’il serait nécessaire de récrire certaines parties pour faire les bons appels. Le cas de Transmageddon est un peu plus particulier encore, car il manque une dépendance pour qu’il fonctionne, et cette dépendance installée ne permet pas de faire fonctionner le programme complètement, la gestion du mkv par exemple ne passe pas, il ne se passe rien. Il y a donc une part de responsabilité du mainteneur. Par curiosité j’ai jeté un coup d’œil ici : la page du linux package.

Je suis allé regarder les remontées de bugs, il n’y en a pas depuis precise pangolin, ce qui commence à dater (2012). En même temps vous me direz que ce n’est pas totalement anormal, puisque Ubuntu descendant de Debian, c’est de ce côté là qu’il faut aller regarder et on trouve effectivement une demande datant de juin 2018 pour le retrait du paquet. On peut donc dire d’un point de vue objectif que le système fonctionne, si le paquet est retiré. Sauf qu’il y a tout de même quelques problèmes qui demeurent. On a conservé le réflexe transmageddon, remerciez votre serviteur, Gilles par exemple en 2015 fait écho à un de mes articles sur l’utilisation de l’outil, j’ai regardé, en 2017, il traîne encore chez moi un sujet vidéo où j’invite à utiliser le logiciel. La mort de la blogosphère n’aide pas, on va avoir des gens qui vont utiliser ce logiciel par notre faute, parce que nous l’avons promu au moment où il tenait encore la route, parce que nos sites sont en train de mourir et que malheureusement le référencement étant ce qu’il est, Google ne se pose pas la question de savoir si c’est encore d’actualité ou non.

Petite synthèse avant de poursuivre ce billet :

  • ce n’est pas parce qu’un logiciel n’est plus mis à jour qu’il est nécessairement mort
  • ce n’est pas parce qu’à un instant t tout le monde a conseillé un logiciel qu’à un autre instant t c’est encore le logiciel de référence
  • ce n’est pas parce qu’un logiciel ne fonctionne pas sur une distribution qu’il ne fonctionne pas sur les autres distributions, le mainteneur du paquet a aussi son rôle à jouer.

Alors vous allez me dire que je gonfle avec Transmageddon et vous me direz qu’il y a des dizaines d’alternatives, c’est pas faux. Il y avait arista-transcoder, un logiciel moderne qui n’a pas été mis à jour depuis 2011, le cas particulier de dvd::rip encore présent dans les paquets, plus mis à jour depuis 2010, la liste est encore longue, on va prendre devedeNG, logiciel de rastersoft dont la dernière mise à jour date de cette année. A l’origine le logiciel était destiné à la création de VCD, SVCD et DVD, c’est dire le vieil esprit. Il faut savoir qu’aux environs de 2000, un peu avant, les platines ne lisaient pas le divx, mais lisaient le VCD, parfois le SVCD. C’était donc un moyen de piratage, on encodait les DVD en VCD en deux CD, du Mpeg1 dans une résolution de 320×240, le rêve ! Le logiciel a depuis évolué et permet de faire la conversion vers le mp4 ou le mkv, pas l’avi ce qui je le rappelle était à l’origine mon besoin, voici son interface pour le moins simple.

Marche pas. Je vous garantis que ce n’est pas calculé, j’ai voulu faire un essai pour proposer un logiciel avec une interface simple, la faute à pas de chance, cela ne fonctionne pas. Pour le DivX/MPEG-4 ou le Matroska/H264 on obtient un fichier Mpeg simple et pas le fichier attendu. Et c’est ici que ça pose encore plus de problème, en téléchargeant le deb sur le site officiel cela fonctionne.

Pourquoi c’est un véritable problème de fond ? J’écrivais la dernière fois que je récupérais de plus en plus de paquets en dehors de synaptic, c’est le même problème que de récupérer des programmes Windows sur des sites non officiels ou des apk en dehors du store, même si télécharger des programmes sur le store Google ne garantit pas l’absence de virus. La force du système Linux c’est de télécharger les logiciels disponibles, proposés par la distribution dans des endroits sécurisés. Si on adopte la même démarche qu’on a sous Windows, télécharger tout, n’importe où, c’est une mauvaise pratique qui finira peut-être par faire germer des virus sous Linux. Une garantie de tranquillité relative, un moyen de se rassurer c’est de se dire que des logiciels à destination du bureau Linux ont peu de chances d’être contaminés par un virus. Maigre consolation toutefois.

Je n’ai pas la réponse, on peut l’imaginer, pourquoi autant de développeurs proposent directement au téléchargement leurs applications, format snap, deb, ppa, rpm, appinstall et d’autres plutôt que de passer par la voie officielle ? Si je me mettais dans la peau d’un développeur, je me dirai que c’est certainement plus facile, qu’il n’y a pas de long processus de validation et que j’ai au moins le contrôle sur la version pour laquelle on va potentiellement me faire remonter des bugs. Souvenez-vous de l’histoire de xscreensaver où le développeur avait balancé un message panique sur toutes les versions obsolètes, lassé d’avoir des commentaires sur des versions dépassées sans tenir compte pour sa part du cycle des distributions, Debian pour ne citer qu’elle.

Cette expérience me fait un peu méditer sur le choix de ma distribution. Je pense qu’on a un souci chez Debian, les problèmes de dépendances j’en ai croisés pas mal sur les postes du lycée lors du passage à Stretch. Si on devait retenir deux arguments pour l’utilisation de Debian, c’était la stabilité de la distribution, vu les quelques écueils que j’ai pu avoir, j’ai envie de dire que ça n’a pas été parfait, le grand nombre de paquets, plus de 50000. Dernièrement sur trois logiciels que j’ai pu utiliser : shutter, transmageddon, et devede j’ai rencontré des problèmes dans le packaging. On peut alors se poser quelques questions :

  • est-il nécessaire de maintenir plus de 50000 paquets et notamment des logiciels qui ne fonctionnent plus, des logiciels que les développeurs ne mettent plus à jour ?
  • a-t-on encore la capacité chez Debian de maintenir 50000 paquets ?
  • ne serait-il pas temps de faire un devoir d’inventaire chez Debian ?
  • est-ce que les distribution en rpm ou les nouvelles arrivées qui démarrent from scratch ont adopté la même politique de celui qui a la plus grosse (base de paquets) ?
  • avec la possibilité de récupérer les dernières versions sur les sites officiels, ce qui était reconnu comme un crime devient une banalité, faut-il s’accrocher encore à sa distribution ? Qu’est-ce qui peut me retenir chez Ubuntu / Debian à part les pilotes de mon imprimante ?

Je pense que je vais essayer de répondre à ces questions en testant deux distributions à base de RPM, Fedora et Opensuse. Avec notamment une Opensuse qui est désormais en rolling release. Si je devais faire un reproche aux forks de Debian, c’est de prendre la  base telle qu’elle est, de ne pas prendre une certaine forme d’indépendance en purgeant certains paquets, une autre façon de marquer son identité.

Ici il ne s’agit pas de troller, mais il s’agit d’expérience personnelle. J’ai perdu du temps dans la compréhension du pourquoi ça marche pas, j’ose à peine imaginer un débutant qui cherche à convertir une vidéo, et pour qui finalement on va proposer la ligne de commande qui n’est pas la plus mauvaise manière d’atteindre son but. Pour nous quitter sur une note positive, le programme Curlew. Deux écrans pour vous montrer comment c’est simple :

Voyez le nombre important de profils disponibles, même la possibilité de faire du batch, et ça marche !

Malheureusement vous ne trouverez pas ce programme dans les dépôts, il n’est disponible en téléchargement que sur sourceforge 😉