Une histoire de confiance

07/11/2018 Non Par cborne

Vous le savez je suis en train de passer du côté obscur de la force, de plus en maîtrise d’ouvrage de moins en moins maîtrise d’œuvre. Pour ceux qui ne connaissent pas le vocabulaire, la maîtrise d’ouvrage c’est le gars qui a les idées débiles qu’il essaie de faire réaliser à la maîtrise d’œuvre. C’est sympa la maîtrise d’œuvre tu passes ton temps à dire non, ça va être long, c’est pas possible, repassez dans dix ans. Les réunions avec la maîtrise d’ouvrage c’est le marchandage, d’un côté des gars qui sont à des année-lumières des réalités techniques, de l’autre des gars qui voient des problèmes de partout pour trouver le compromis entre l’acceptable au milieu de l’utopie et du réalisable du côté des techniciens.

La difficulté quand tu étais maîtrise d’œuvre c’est de ne pas tomber dans la facilité de faire soi-même. Vous noterez que j’évoque la facilité de réfléchir, de mettre les mains dans le cambouis, de trouver des solutions, de passer des heures sans compter, de se tromper. Oui, c’est plus facile de s’y coller que de faire confiance à quelqu’un. La confiance c’est l’enjeu de demain, et je ne parle pas de quelques étoiles dans un site internet, ce concept va devoir être chamboulé, trop de faux avis, pas assez précis, trop spontané, pas assez de recul.

Sans lire l’article, je pense que je sais qui va gagner mais c’est un secret. 

A l’heure actuelle la personne en qui j’ai le moins confiance, c’est moi. Ils sont nombreux à évoquer le syndrome de l’imposteur, pour moi c’est la peur du match de trop. L’informatique ça va vite, il faut être au top de l’actu, des technologies, il ne faut pas se rater. Je connais des gens qui n’ont honte de rien, mais ceux qui ont misé sur les classes mobiles, sur les classes tablettes, se sont trompés, sont-ils toujours de confiance ? Car c’est bien là le problème, une décision en informatique dans un milieu comme le mien, c’est une prise de responsabilité qui va impacter la façon de travailler de cinq cents personnes. Le gars qui a une confiance aveugle en lui dans un domaine comme celui-ci, je lui tire mon chapeau. Aucune visibilité à plus de cinq ans, une déferlante permanente de technologies poussées par des commerciaux tellement persuasifs, que la presse et les gens influençables s’en emparent pour annoncer la mort de la technologie que vous utilisez, l’urgence de tout changer. En 2018, la tour qu’on disait morte, n’est pas le moyen le plus mauvais pour faire travailler les élèves, pour les contenus qu’on nous demande, sans s’interroger sur la pertinence de ces contenus.

J’ai vu, je vois des gens s’accrocher à leur responsabilité sans s’interroger, fonçant tête baissée, persuadés qu’à quelques années de la retraite ils sont encore dans le top dix. Je pense que c’est certainement la peur de vieillir, la peur de ne pas savoir et surtout la peur d’avoir à le dire. J’ai 43 ans, je suis dans la force de l’âge, et je suis de plus en plus dans l’interrogation sur mes capacités. Je vous donne un exemple idiot.

Il s’agit ici de l’increvable LBP1120, je paye des toners à moins de 12 € pour 2500 pages. On a arrêté la couleur en jet d’encre au profit du laser, la grosse machine à côté, j’impose toutefois à ma femme de limiter les impressions, de faire du noir et blanc au plus. Je n’imprime quasiment plus, c’est pour cela que je fais référence à mon épouse. Depuis plusieurs semaines, l’imprimante fait un bruit horrible, j’ai ouvert, j’ai nettoyé, sans succès, et je me suis rendu compte que lorsque je retirais le toner le bruit disparaissait. J’ai supposé que c’était un contact entre le toner et l’imprimante qui créait ce bruit. J’ai deux toners d’avance, ma femme me tannait pour jeter l’imprimante et tant pis pour les deux toners.

Je me suis accroché, j’ai dit qu’elle n’avait qu’à imprimer pour ses copines et qu’après l’appareil qui a vécu quasiment quinze ans, pourrait finir à la déchetterie de sa belle mort. Elle a fini le toner présent, je le change, plus de bruit … Ça pourra vous paraître débile, mais je trouve catastrophique qu’il ne me soit pas venu à l’esprit de changer le toner. Je suis toutefois content d’avoir maintenu le cap, je vais certainement continuer à faire vivre cette imprimante, mais peut-être plus chez moi. Comme écrit plus haut, je n’imprime quasiment plus rien et ce que j’imprime je le fais au lycée. Mon épouse a elle aussi réduit ses impressions de façon drastique.

En fait, ce n’est pas tant que je perds confiance en moi, c’est que je n’ai plus assez confiance en moi pour prendre des décisions pour les autres, d’autant plus à grande échelle. Décider, aider, agir, c’est prendre une responsabilité, et derrière il faut assumer. Je continue à faire, quand l’enjeu est faible. Ma collègue me dit que sur l’écran de sa fille, il commence à y avoir des lignes de pixels bleus qui se forment, je lui dis qu’il faut certainement changer la dalle. L’expérience reste quand même mon véritable atout pour des pannes aussi répétitives. Je lui dis de vérifier par acquit de conscience que ce n’est pas la carte vidéo, il suffit de brancher sur un écran externe, si ça fonctionne c’est que c’est l’écran ou l’inverter (c’est la nappe qui relie la carte mère à la dalle). Elle voulait au départ changer la machine, j’ai dit que j’avais des carcasses, que j’allais tester la dalle. C’est chose faite, l’ordinateur fonctionne.

Je suis quelqu’un de confiance. Réactif, plutôt compétent, j’ai mes faits d’armes, si bien que les gens ont confiance en moi. C’est d’ailleurs assez étonnant à quel point, nous avons passé deux jours de formation, la fameuse où j’ai cassé mon phare au retour, des collègues ont fait des formations informatiques, et me posent des questions sur la formation qu’ils ont reçue, mettant la parole du formateur en doute.

J’écris plus haut qu’il ne faut pas avoir peur de conseiller, qu’il ne faut pas donner le conseil de trop, je trouve l’exemple suivant bien choisi. Une collègue a fait sa formation sur Office365 que nous utilisons, le formateur a conseillé à titre personnel de créer des comptes cloud chez Microsoft. J’ai évité de faire une formation informatique, car deux coqs dans le même poulailler ça aurait fait désordre. Il est d’ailleurs amusant, sans concertation, de constater que mon collègue qui enseigne la quasi-totalité des cours d’informatique au lycée, n’a pas fait de formation informatique non plus pour éviter la confrontation. Ça aurait pu être drôle, le formateur Microsoft, mon collègue Apple et moi barbu libriste. Face à une vingtaine de personnes et certainement plus à travers les formations que le monsieur doit réaliser à travers la France, sans modération, inciter les gens à mettre les données dans le cloud, il faut avoir une sacrée confiance en soi et dans le système.

Comme je l’expliquais à ma collègue, le problème du cloud même si c’est Microsoft, c’est que rien n’est inviolable. Dès lors il faut avoir conscience que tout ce qu’on met en ligne, même sur le site le plus sécurisé au monde, il existe un risque non négligeable que le document se retrouve sur la toile. Par le fait, mettre une copie de sa carte d’identité, de son livret de famille, de sa carte vitale, je ne le ferai personnellement pas et je préfère la sauvegarde sur des supports externes qui ne sont jamais connectés au net. Vous verrez qu’on va en revenir du cloud et du tout internet.

Je lui faisais aussi remarquer qu’elle avait un compte Google, donc un stockage gdrive, si elle veut stocker des éléments qui n’ont pas tant d’importance, elle peut le faire sans avoir à créer un compte de plus chez Microsoft.

C’est ici le cœur du problème, il est plus facile d’avoir confiance en quelqu’un dans un domaine dans lequel vous n’avez aucune compétence, qu’un domaine que vous maîtrisez ou que vous penser maîtriser. Il ne me viendrait pas à l’idée de remettre en cause la parole de mon garagiste et pour cause, jusqu’à maintenant il a réparé de façon systématique ma voiture à un tarif correct, sans chercher à trop en faire. La modération c’est un de mes critères de confiance.

J’évoque le cloud, c’est l’occasion de revenir sur yourownnet. Nicolas qui gère le service commercial m’a contacté pour me demander si j’étais satisfait du service, une semaine après. C’est le cas, aucune déconnexion, rien de palpable. Le problème de l’informatique contrairement à la voiture c’est que tu peux avoir des fuites de données depuis des mois et tu ne sais rien, tu es peut-être complètement à poil sur internet mais ça tu le sauras après. La voiture a la décence d’en laisser partout sur la chaussée. La confiance en informatique, je pense que c’est un peu comme tout, c’est une histoire de long terme. J’évoquais dernièrement ma déception par rapport au non renouvellement de l’offre chez o2switch, sans pour autant remettre ma confiance en jeu. Je suis client depuis 2010, le service est meilleur qu’à ses débuts, la réactivité est au top, c’est juste qu’il manque une certaine forme de services. Je pourrais donc dire que j’accorderais ma confiance à yourownnet au bout d’un an si je n’ai eu aucun problème.

La confiance se gagne, se mérite, elle est la base de tout, même si parfois on n’en voit pas les fruits tout de suite. C’est une des vraies difficultés, une société dans l’urgence pour une valeur qui se gagne sur le long terme. Stéphane Ferrari a été lead project de PluXml pendant 10 ans, il passe la main aujourd’hui. Le projet a été repris par p3ter qui fait déjà partie de l’équipe depuis un moment.

PluXmL est un moteur de blog léger que j’ai utilisé pendant des années jusqu’à m’en détourner depuis quelques mois, en correspondance avec ma décroissance. Cela peut paraître paradoxal de décroître en utilisant WordPress bien plus lourd, mais il est plus facile d’accès, j’ai moins besoin de m’investir, de mettre les mains dedans, c’est une façon de n’avoir à se consacrer qu’au contenu et pas au contenant. Stéphane, garçon posé, jamais de polémique, disponible, prenant même la main sur les sites pour vérifier les anomalies a su pendant dix ans fédérer une communauté avec des gens pour apporter des patchs, des plugins et du code. La grande difficulté, plus que de trouver des utilisateurs, c’est de trouver des bras, Stéphane a su le faire. C’est donc sans surprise qu’il renonce au projet car il estime qu’il n’est plus à même de le porter, c’est aussi sans surprise qu’un repreneur s’est déclaré dans la journée.

S’il fallait résumer pour moi ce que représente la confiance dans un tiers :

  • Être connu et reconnu. C’est une difficulté car cela laisse peu de place à la découverte ou au nouveau service. J’évoquais le cas de Yourownnet, mon ressenti que j’ai d’ailleurs rapidement partagé avec l’entrepreneur, une seconde personne a écrit quelque chose de très similaire : Je pense que j’aurais choisi celui-ci, mais je n’ai rien trouvé concernant la sécurité, le chiffrement ou cryptage, la confidentialité. Pas trop d’infos et d’avis non plus sur le net en général.
  • C’est ainsi qu’arrive le deuxième point. Être communiquant. Pour moi une entreprise qui n’explique pas, qui ne communique pas, je ne peux pas travailler avec elle.
  • Être réactif dans la mesure du raisonnable. Je suis en train de changer de prestataire pour le lycée, si le nouveau est reconnu, est compétent, il va me manquer la réactivité. Je fais partie des gens qui répondent très rapidement à toutes les demandes, pas nécessairement pour les réaliser, mais pour dire que je la prends en compte. Le fait que l’individu d’en face sache que j’ai répondu va désamorcer la situation de stress. Je comprends qu’on ne peut pas toujours répondre dans l’immédiateté, néanmoins quand au bout de quatre jours je n’ai pas eu de réponse à mon mail, c’est pour moi un problème, notamment dans le domaine de l’informatique où je suppose une connexion permanente chez le professionnel.
  • Me faire sentir que je suis un werther original. J’ai besoin de savoir que mon interlocuteur connaît ma situation, mon niveau de compétence, mes priorités, mes besoins.
  • Être modéré dans ses actions. Quelqu’un qui propose la révolution, tout casser tout refaire, il suffit d’allonger la monnaie, c’est pour moi quelqu’un qui va tendre vers la solution de facilité, sans tenir compte de l’existant.

Trouver un prestataire dans son domaine de compétence, c’est difficile. La difficulté est double. Vous avez suffisamment de recul sur le domaine pour porter un jugement sur le prestataire qui sera certainement sévère, mais malgré votre compétence, vous êtes dans l’obligation de lâcher ce domaine. Se mélangent des critères objectifs, affectifs, c’est comme confier son gamin à quelqu’un.