Un monde qui change

03/12/2017 Non Par cborne

Il y a des fois où on accuse un peu le coup de l’âge, la blague de Tex en fait partie. C’est bien la preuve que n’importe qui peut devenir animateur à la télévision. Alors qu’on est encore dans une très grande tension sur les relations hommes femmes après les très nombreux scandales parus, le type trouve intelligent de faire de l’humour sur les femmes battues. C’est complètement idiot dans le contexte actuel mais sa plaisanterie serait passée comme une lettre à la poste il y a 25 ou 30 ans. Les commentaires de l’article du Midi-libre sont partagés, des gens s’indignent contre le présentateur télé, des gens s’indignent contre la ministre, des gens s’indignent contre le fait qu’on s’indigne de tout et qu’on ne peut plus rire de rien. Attention moment de facilité c’est parti :

Sortir du Desproges c’est un coup à s’indigner contre ma facilité, et pourtant ce n’est pas si facile. A une époque, c’était effectivement le cas, on avait des blagues racistes, on avait des blagues sur la mort, sur la maladie, sur les handicapés. Coluche, les nuls ou même Michel Leeb ne passeraient pas à la télé en 2017 alors qu’ils sont reconnus comme des piliers de l’humour. J’ai une fille de 13 ans, j’ai une femme, je travaille dans le milieu de l’enseignement qui est très féminisé, où parfois on se retrouve en classe à 4 pauvres gars pour plus de 25 filles, je pourrais évoquer le sujet, je ne le ferai pas. Aujourd’hui, exprimer une opinion qui ne va pas dans le bon sens, c’est prendre le risque de se faire mettre au pilori. Le sujet est tellement sensible, qu’il est désormais impossible de s’exprimer sans craindre un retour de bâton monumental.

Cherchez l’erreur, dans notre belle démocratie, avec tous les moyens de communication, il vaut mieux apprendre à se taire sur certains sujets, on ne communique plus, on n’échange plus. Je vais donc me taire, et comprendre que c’est une page de l’histoire qui se tourne. A l’instar d’un Tintin au Congo qu’on a voulu interdire car il est profondément raciste, en fait il ne l’est pas vraiment dans le contexte de l’époque, quand on voudra illustrer le sexisme ordinaire, le racisme, il suffira de montrer les vieux sketches qui nous faisaient rire quand on était adolescent, et de s’indigner. Pas que les vieux sketches d’ailleurs, je suis tombé sur cet article Surenchère, mauvais goût, sexisme : les pubs de jeux vidéo c’était pas mieux avant, c’était effectivement une autre époque, maître Sega c’était vraiment un gros dégueulasse.

On fait donc attention à ce qu’on se raconte sur les réseaux sociaux, enfin pas tout le monde, on peut s’écharper à outrance sans aucune modération, on peut faire des menaces de mort, on peut cracher sa haine à la face du monde sans que quelqu’un agisse. Payer des modérateurs, c’est cher, tant pis pour les traumatismes. Car en fait la problématique est bien la suivante, si on va réussir à coincer des pourris et c’est une bonne chose, si on va stigmatiser tous les hommes de la planète pour les actions de certains d’entre eux, sur le terrain, qu’il soit virtuel ou bien réel, c’est différent. Au quotidien nous intervenons pour expliquer les mots. Comme les élèves n’ont plus le vocabulaire, ils pensent qu’on peut tout dire, et que ça n’a pas de réelles conséquences. C’est seulement quand le premier coup de poing est parti qu’on réalise que le mot qui accompagnait « ta mère » n’était pas approprié. Ça peut se comprendre, l’affaire Weinstein ne les concerne pas, ils ne savent pas qui est Bertrand Cantat ni les chansons de Noir Désir, en outre ils s’abreuvent de Cyril Hanouna ou des émissions de télé-réalité. Le phénomène #balancetonporc qu’on trouve sur Twitter, réseau social sur lequel ne vont pas les jeunes, les journaux qu’ils ne lisent pas, ne vont pas les atteindre, puisque leur quotidien ce sont des starlettes et des gars bodybuildés qui passent leur temps à s’insulter dans des émissions de télé réalité. Ce que nous vivons à l’heure actuelle, qui a l’air de prendre des proportions invraisemblables, un bouleversement profond de nos sociétés se limite à une élite qui s’informe. C’est un problème de fond, si c’est trop tard pour certains hommes qui ne comprendront que lorsqu’ils auront les menottes aux poignets, il faudrait surtout s’occuper de l’éducation des plus jeunes.

Saez a écrit : Peuples de collèges, de lycées, laissés aux pornos et aux joints mais aussi faut du forfait pour les enfants. Autre réalité de terrain, ces gamins qui ont accès à tout avec leur téléphone portable, la pornographie pour se construire une identité sexuelle, ce n’est pas moi qui l’invente, le premier porno est désormais vu à l’âge de 11 ans. Le porno, j’y vais un peu fort, il suffit de regarder les clips de RAP où l’on fait l’apologie de la drogue, de la violence, et où la femme est ramenée à une pauvre fille qui se trémousse autour du chanteur, un objet de plus, entre la voiture de luxe et la kalachnikov.

La difficulté d’écrire ces mots c’est qu’ils sont sujets à interprétation, qu’on peut se faire mettre au bûcher. Qu’est-ce que j’essaie de dire de façon claire ?

Oui les salauds, il faut les mettre en prison. C’est une action judiciaire qui doit être entreprise, elle doit être facilitée, si un homme s’est comporté comme un porc, il est nécessaire que la justice soit rendue. Il faut arrêter de stigmatiser l’intégralité des hommes, on est en train de casser la relation entre les hommes et les femmes. Comment un pauvre gars va faire une approche, je te trouve très jolie Maryline, et se retrouver au tribunal pour harcèlement. Il est de plus en plus facile de communiquer, les gens sont pourtant de plus en plus seuls, c’est dire la complexité du monde dans lequel nous vivons.

Il faut prendre le problème dans un sens plus large et agir en conséquence. Quand des jeunes d’un forum de jeux vidéos, quand sur les réseaux sociaux, on écrit à une femme qu’on va la violer, il faut d’une part si la modération n’a pas eu lieu sur le dit réseau ou le site le fermer, d’autre part coincer toutes les personnes qui se sont crues anonymes. Il faut redonner le sens aux mots.

Si certains voient dans l’inclusif une bataille, s’ils pensent qu’enseigner que le masculin l’emporte sur le féminin fait partie des maux du sexisme en France, je pense que c’est un peu essayer de courir avant de marcher. Qu’on mesure les propos, qu’une horde de garçons de dix-sept ans qui envoient une menace de viol à une journaliste sachent d’abord pleinement le sens du mot me paraît plus important, ils ne l’écriraient peut-être pas s’ils en comprenaient la signification. Ceux qui l’écriraient en toute connaissance de cause seraient de bons candidats pour la castration.

Que l’état prenne ses responsabilités sur la culture, sur ce qu’on veut voir ou ne pas voir. On peut parler d’éducation, je passe mes journées à enseigner, souvent à éduquer. La dernière fois j’ai fait une carte mentale à mes élèves de seconde autour du « moi ». J’ai montré qu’à un moment pour faire preuve de réussite en maths, comme partout ailleurs, il fallait de la persévérance, de l’organisation, il fallait du travail, comme un sportif. C’est vrai, c’est du bons sens, combien vont suivre le conseil ? On peut aussi dire que le porno c’est pas bien, allez expliquer à un gamin de quinze ans qui a un forfait illimité, un paquet d’hormones sur pieds que la représentation de la femme dans la pornographie ne correspond pas du tout à la réalité et qu’il ne devrait pas regarder du porno mais se construire sa propre expérience, il ira regarder douze heures de porno par jour. Ce n’est pas de sa faute, c’est sa nature, mais après force est de constater qu’il est très difficile à l’heure actuelle de contrôler. Vous allez me dire que je suis un vieux réac, à vouloir tout contrôler, et bien en fait pas tant que ça. Si on ne contrôlait rien, on mettrait l’âge légal du permis à « quand il est prêt », douze ans pour les plus doués à GTA, et l’achat d’armes en vente libre en supermarché car tout ira bien. A chaque âge ses expériences.

Il faudra s’interroger sur ce qu’on veut vraiment, sur ce qu’on veut que voient nos enfants. Vous pourriez me faire remarquer que sur le contrôle de l’internet, chaque parent est le responsable de sa propre situation en donnant des appareils à son enfant, c’est vrai. Pour ce qu’on autorise à diffuser sur les télés françaises, si on est aussi responsable d’avoir une télé chez soi, on peut quand même se questionner sur ce qu’on peut diffuser sur son territoire sachant qu’on a davantage de contrôle que pour l’internet entier. Il faudra se donner les moyens et avoir le courage de ses actes, ce qui n’est pas le cas à l’heure actuelle. Le problème n’est pas la pornographie, le problème c’est la facilité d’accès, il y a 25 ans il fallait l’abonnement CANAL + ou acheter la VHS en hauteur chez le buraliste. Tout est accessible aujourd’hui, aucun filtre parental n’est proposé au niveau des box alors que c’est simplissime à faire et que les opérateurs pourraient y gagner. En effet, par défaut c’est open bar sur toutes les box de France, en jouant uniquement sur les DNS, les opérateurs pourraient faire l’économie de la bande passante des parents qui auront coupé la pornographie à leurs enfants.

Si demain on veut que les choses changent, l’état doit retrouver sa souveraineté et exprimer ce qu’il veut, ce que son peuple veut. Je ne pense pas que les parents soient ravis de ce libre accès, je ne pense pas que des parents sont fiers des propos violents de leurs enfants, je ne sais pas si tous les parents sont heureux de savoir que leur gosse regarde de la télé réalité. Pour les parents qui regardent avec, il n’y a plus d’espoir. Pour lutter contre les problèmes il faut les prendre à la racine, et comme souvent c’est un problème éducatif. La justice ne doit intervenir que lorsque malheureusement c’est trop tard.

L’éducation se fait avec bienveillance, l’éducation commence par le vivre ensemble. Que certaines femmes qui ont des livres à vendre ou des dessins arrêtent de voir en chaque mâle un prédateur sexuel, que les hommes qui souvent ne comprennent rien réfléchissent sur leur comportement et réalisent qu’un propos peut être déplacé. Que nous vivions ensemble pour le meilleur et pour le pire.