Un début de semaine comme un vendredi

12/03/2019 Non Par cborne

Souvenez-vous il y a 7 ans, nous arrivions dans le sud de la France, nous revenions pour être exact. Après avoir obtenu une mutation à l’arrache pour mon épouse, sachant que moi j’avais l’élégance de savoir que j’étais muté à Clermont l’Hérault, elle récupérait de la veille pour le lendemain un poste à Saint-Pons-de-Thomières et nous nous installions pour 10 mois à Olargues en moins de 48 heures. Saint-Pons ou le Cantal de l’Hérault mais c’est une autre histoire. Je prenais la route glorieusement avec la Clio sur une route où je manquais de me tuer des dizaines de fois par jour, c’était le bon temps, mon épouse conduisait le Partner. Il était apparu un problème assez étonnant, la voiture sautait parfois de façon aléatoire, personne ne la prenait au sérieux, il apparaissait que lorsqu’on était en cinquième notamment, c’était plus régulier. J’avais constaté le problème, mais lors d’un passage à la valise rien n’était sorti. Je me rappelle avoir pris le Partner et roulé comme un foufou sur ma route, la voiture avait sauté violemment et c’était le petit garage d’Olargues qui avait trouvé la panne.

Le capteur de régime ou de vilebrequin, ou PMH, un simple électro-aimant qui coûte une dizaine d’euros et qui fait partie des rares pièces qui lorsqu’elles sont défaillantes peuvent vous couper le moteur alors que vous dépassez tranquillement les camions sur l’autoroute à 130.

l’objet du délit

J’avais des sautes de voiture ces derniers temps, en saison froide et je pensais que le Partner qui arrive à 190.000 km devenait capricieux, ou un problème d’huile. En effet, à plein régime sur l’autoroute aucun problème, au démarrage de la voiture quand elle est froide, quelques sautes. En Espagne, dans le centre-ville de Gérone, j’ai rencontré les mêmes soucis, j’ai mis ça sur le compte de l’huile encore sur le temps de chauffage. Vous vous doutez que la voiture c’est quand même le truc dont j’ai horreur, encore plus quand j’ai roulé 1400 km dans la semaine, j’ai donc laissé sur la fin des vacances le véhicule.

Je prends ma route lundi pour aller travailler et à deux rues de chez moi, voiture froide qui n’a pas roulé, il est aux environs de 7 heures, et la voiture s’arrête après avoir sauté violemment avec une perte de puissance complète, le voyant stop qui s’allume et la diode rouge de la pression d’huile. Je redémarre et le véhicule ne saute plus jusqu’au lycée. Je me dis que je dois avoir encore un problème d’huile, une petite perte de pression avec une fuite qui pourrait expliquer le problème. Vous saurez que le voyant de pression d’huile moteur s’allume de façon systématique quand le moteur s’arrête. Mon diagnostic était donc mauvais, c’est parce que le moteur s’est arrêté que le voyant s’est allumé et pas l’inverse.

J’ai passé un lundi de routine, à courir dans tous les sens, à répondre aux urgences des gens qui ne travaillent pas pendant les vacances, à essayer de sortir les élèves de leur sommeil, on se doute que les nuits ont dû être particulièrement courtes. Je rajoute à ça un léger problème à régler, mon fils qui devait aller chez le médecin parce que son orteil à cause du frottement sur la basket a fini par s’infecter et si on ne s’en rend pas compte, on va jusqu’au pourrissement. C’est beau d’avoir 16 ans, le monde est à toi, tu crois que tu es un bonhomme, maman te fait le chèque, papa te met sur un papier tout ce que tu dois faire et doit s’occuper de transmettre le certificat médical. Il se trouve que le mail académique du lycée de mon fils, rejette tous les emails. J’ai passé plusieurs coups de téléphone à la vie scolaire, la dame me dit qu’à la fin de mes cours elle me rappelle pour me trouver une solution.

Le problème que j’ai pour quitter le lycée c’est que je m’engage sur l’autoroute en moins de 500 mètres. Comprenez donc que pour un diesel qui a besoin de temps pour chauffer, ce n’est pas terrible. Le soir, c’est tellement violent, j’ai l’impression que la voiture va caler, je ne prends pas l’autoroute et je vais chez mon garagiste. Dans l’avenue principale de Pézenas, la femme du lycée de mon fils qui m’appelle, ma voiture qui perd sa puissance et je me retrouve à l’arrêt avec une file de voiture monumentale. Excusez-moi je vous rappelle, mon véhicule vient de tomber en panne … J’ai maudit mon fils, je suis sorti paisiblement, c’était un gars derrière qui ne s’est pas énervé, on m’a donné un coup de main pour pousser le véhicule et me mettre sur le bas côté à 200 mètres du garage …

Ah tu es Cyrille BORNE ou tu l’es pas, personnellement je le suis. J’ai fini par redémarrer pour caler lamentablement au garage, un coup de valise et c’est le capteur de régime. J’étais assez étonné du fait d’avoir un comportement inverse à il y a 7 ans, l’automobile, c’est comme l’informatique, une science exacte. L’explication du garagiste c’est que le capteur se met à débloquer au début puis il finit par se stabiliser, ce qui fait que j’interprétais l’histoire comme du chaud froid pour la voiture. Le garage me commande la pièce dans l’urgence et me dit de passer demain.

Forcément quand tu reprends la route et que tu sais que ta voiture peut tomber en rade à n’importe quel moment, notamment quand tu doubles les camions, tu es pas très chaud patate. Mais bon faut bien rentrer, tu roules doucement, toujours à proximité du bas côté et tu serres les fesses en espérant que ça tienne. La voiture saute de temps à autre, rien de bien violent. Je passe la porte de chez moi, j’appelle ma collègue dit le taxi, pour me récupérer à 8h devant le garage.

Le lendemain matin, ce mardi donc, je suis dans la voiture à 7h pour être au garage à 8h, il me faut 35 minutes optimales pour arriver à Pézenas, je me laisse de la marge. Quelques sautes, rien de bien violent, je n’excède pas le 120 et essaie d’éviter les accélérations brutales. Ma collègue arrive à l’avance et me fait remarquer que j’ai quand même pas mal de soucis avec mon automobile. Je lui fais remarquer que c’est purement psychologique, que c’est une panne qui peut arriver à n’importe qui et qu’effectivement mes pannes sont toujours drôles et marquantes. Le problème de fond pour moi de l’automobile, à part le fait qu’on ne sait pas vraiment vers quoi on s’oriente c’est que tous les véhicules vont avoir leurs problèmes. Je préfère mieux rouler avec une voiture dont la majorité des pannes sont identifiées. Je m’arrêterais quand j’aurai cassé le turbo, une des pannes possibles ou la culasse.

Cyrille dans son Partner

Nous débarquons au lycée pour la sonnerie, mes collègues avaient lu mon message sur Facebook et me traitent de fou d’avoir fait mes 100 kms dans mon cercueil. Après tout ce n’est pas pire de faire 100 km dans la neige sans pneus neiges, rouler dans les inondations ou avec une fuite d’huile et de liquide de refroidissement, la routine du pilote de Partner. J’ai deux heures de cours à faire, et attendre le conseil de classe à 16h45, une journée sous le signe de l’informatique.

Les collègues ont dû se donner le mot, puisque je me suis retrouvé avec un défilé pendant toute la journée. Ça va de l’installation de mes tablettes à l’arrache pour trouver un système pour lire les powerpoint, à la réparation d’ordinateurs, en passant par la mise à jour de ma salle informatique. Pour la tablette géante, il doit y encore avoir des stocks, attendez je fais un placement de produit c’est rigolo,

j’ai trouvé comme solution correcte la combinaison de ES explorateur de fichiers qui permet aux utilisateurs d’avoir une interface se rapprochant de Windows et de Polaris Office. Programme assez intéressant qui permet d’afficher les formats documents traditionnels, les diaporamas et qui est aussi capable de lire un texte. Pour la réparation d’ordinateurs, l’un de mes collègues m’a amené un ordinateur qui était tellement explosé que le bouton power ne fonctionnait plus quand il était lancé, rien à l’allumage bien sûr. Il se trouve que j’avais un équivalent mais dont le clavier était défectueux qui prenait la poussière. Alors que les modèles étaient différents, les claviers étaient identiques, j’ai pu faire de deux ordinateurs une machine, tout n’est pas perdu, même avec les ordinateurs portables, le problème c’est d’avoir du stock pour réparer.

Dans la matinée, j’étais plutôt content, le garage avait reçu la pièce, j’avais donc bon espoir de passer une journée presque normale. Les problèmes se sont accélérés quand j’ai eu des demandes de dernière minute, des prestataires qui se réveillent après un mois et qui finissent par téléphoner, bien sûr dans le conseil de classe … On connaît ma double casquette, tout le monde a l’habitude, mais c’est un peu comme la surveillante de mon fils qui appelle quand ma voiture meurt, on dirait que c’est fait exprès. À 17h20 le garage appelle, dans le conseil bien sûr, sinon c’est pas rigolo, et la secrétaire me demande si j’en ai vraiment besoin pour ce soir. Il est évident qu’en plein conseil, un peu sous pression, on n’a pas envie de faire une réponse élégante à la Jean-Marie Bigard, du genre que j’avais prévu de dormir à la belle étoile, au lycée, ou une variante beaucoup plus trash encore plus quand on a ta voiture en otage. À 17h45, alors que le garage ferme à 18h00, une de mes collègues m’amène, dans sa voiture, le garage m’annonce qu’ils sont en train de la remonter. Alléluia.

Le technicien est un type souriant, qui dégage quelque chose de chaleureux, c’est la première fois qu’il travaille sur mon véhicule, qu’il connaît de renom, et me dit qu’il avait fait quelques essais auparavant et qu’à la fin il n’arrivait même plus à démarrer la voiture. Je repars vite fait pour arriver à la fin du conseil, et quitte mon établissement un peu avant 19h. Je roule comme un Cyrille sans me poser de question, aucune secousse, mais du fait d’être devenu un peu méfiant, à la limite du paranoïaque, je suis un peu gêné sur le chemin de retour par une odeur de brûlé que j’ai eu par intermittence. Difficile de savoir si c’est dans la voiture ou si c’était à l’extérieur, dans ma région venteuse, ça peut porter, j’ai ouvert le capot à l’arrivée aux environs de 19h30, je me réserve un peu de suspense pour la suite de la semaine.

Tout n’est qu’une vue de l’esprit, d’une façon de voir les choses. La vision négative serait de dire que je suis maudit, qu’il faut rapidement changer de voiture. Pour ma part, je préfère me féliciter que cette panne soit réparée, même si j’aurais dû anticiper dès les premières secousses et ne peut-être pas attendre la panne franche. Je peux aussi me dire que dans mon « malheur », j’aurais pu avoir une coupure du moteur sur l’autoroute et finir avec un camion dans le coffre. J’aurais pu avoir des soucis et me retrouver en carafe avec femme et enfant en Espagne avec des gens qui ont le mauvais goût de ne pas parler Français et de me faire remorquer pour la modique somme de 500 €. Je vais rationaliser en me disant que l’odeur est certainement extérieure et ne provient pas de ma voiture, mais rester tout de même vigilant.

N’y voyez pas une forme de niaiserie, ou un délire à la candide, mais simplement une autre façon d’aborder la vie, plus juste en fait, que celle qui consiste à se laisser paralyser par la peur ou tomber dans le pessimisme à outrance.