Trop ou pas assez

19/02/2020 Non Par cborne

Finalement moi qui râlais que ces vacances qui devaient être sous le signe du repos n’ont été qu’une grosse blague à courir dans tous les sens, le repos forcé est arrivé. C’est bien rigolo d’avoir 25 degrés dans le sud, faire des travaux les fenêtres ouvertes pour le lendemain avoir 12 degrés de moins et chopper la mort. Comme souvent, je suis une fontaine de morve, quelques courbatures, et de la toux. J’ai encore bougé aujourd’hui, mais là je sens qu’il est temps de mettre un frein à mes activités avant d’aggraver le truc.

Néanmoins je ne regrette pas, les travaux, il fallait les faire, on a enchaîné les rendez-vous médicaux pour ma femme, la dernière opération de la paupière n’aura pas lieu, comme l’opération de l’autre genou. Le partner fonctionne, tout va presque trop bien, qu’un geyser de merde sortirait de mon regard ne m’étonnerait qu’à moitié, je trouverais même ça presque sain.

En ce moment j’essaie de transposer ce que je fais du réseau social Facebook vers le réseau social Instagram. Concrètement, je ne peux pas remplacer ou supprimer Facebook pour seulement deux points : le Marketplace qui me permet de continuer d’acheter d’occasion, certaines annonces locales comme celles de mon village ou de la préfecture de l’Aude. Le cas du Marketplace est d’ailleurs à lui tout seul, une bonne piste pédagogique de pourquoi personne n’y arrive plus ou presque, quelques explications. Lorsque je regarde les annonces, il apparaît que je vois des doublons, la même annonce sur le Facebook Market et sur leboncoin. C’est assez symptomatique de la problématique de notre siècle, la division de notre temps de cerveau. Cela signifie que non seulement la personne doit prendre le temps de passer les annonces sur les deux réseaux, mais aussi de répondre sur les deux réseaux. De la même manière, je fréquente les deux sites, je perds donc deux fois plus de temps pour finalement trouver la même information.

Il n’est pas étonnant dès lors de voir des gens faire un burn out social, un exemple parmi d’autres.

À l’époque où j’étais sur Twitter et que je balançais douze fois par billet « vous devriez être plus nombreux à me suivre sur @cyrilleborne », je suivais Boulet. Boulet fait partie de cette race de dessinateurs qui s’est fait connaître par le web, qui maîtrise parfaitement les codes, qui a commencé avec les blogs et qui est aujourd’hui présent sur Twitter et comme vous pouvez le voir plus haut, sur Instagram, et même sur Twitch où il organise des sessions en directe. Cette réflexion, je ne suis pas le premier à la faire, mais le constat est toujours le même, je n’ai pas l’impression que ça s’arrange, comment le gars fait pour produire en étant partout à la fois sauf à sa table de dessin ? Je rajoute à cela que non seulement il produit pour les réseaux sociaux, mais qu’il répond aussi sur les réseaux sociaux, il fait de la veille puisqu’il RT. J’avais déjà écrit qu’aujourd’hui être restaurateur ce n’était plus seulement faire de la bonne cuisine mais que c’était aussi consacrer de son temps à répondre à tous les cons qui vous détestent sur la toile. La question certainement c’est de se demander où se trouve le juste milieu, je suppose que si on n’est plus dans sa cuisine parce que trop sur tripadvisor c’est qu’on n’est plus dans la bonne case.

Il n’est pas anormal que les gens fuient Facebook, fuir Facebook c’est comme tuer le père. Il y a toutefois une tendance que je constate et je pourrais faire le lien avec le cas de Boulet, c’est la tendance à vouloir être sur tous les réseaux. En ce moment chez mes jeunes, la tendance forte c’est de passer à tiktok. J’y vois quelques raisons :

  • La première c’est de croire que les premiers seront les plus connus et je ne peux pas donner totalement tort. J’entends par là que si vous regardez les gens qui réussissent à transformer l’essai de façon générale, ce sont les gens qui sont les premiers sur le coup. Malheureusement c’était peut-être vrai à une époque, des réseaux sociaux ne sort pas grand-chose, trop éphémère. Je n’ai pas l’impression d’avoir des stars d’Instagram ou de Snap, Youtube concentre tout de même la « célébrité », le temps qu’elle dure.
  • L’attrait de la nouveauté. Nos jeunes sont conditionnés pour se lasser de tout, il n’est donc pas anormal de pondre de la nouveauté. Néanmoins, je trouve qu’on arrive à une limite du système. Si par exemple je peux trouver, notamment pour les plus jeunes, le passage de Facebook à Instagram ou à Snap, des réseaux basés sur l’image, légitime, beaucoup plus simples à utiliser, un jeune qui passe de Instagram ou Snap à tiktok pour retrouver les mêmes fonctionnalités ou presque, je suis déjà plus partagé. Combien de temps encore, les marketings vont réussir à déplacer les populations ? Arrivera-t-on enfin à la lassitude du mouvement permanent ?
  • Faire comme tout le monde, la peur de rater quelque chose.

La conséquence directe c’est assez simple, non seulement on en arrive pour les créateurs à négliger le cœur de métier, la création, pour se livrer à des activités de community management, mais on se disperse et on disperse les communautés. Je vois par exemple que le dernier dessin sur le site poussiéreux de Boulet est daté d’octobre 2019, son dernier tweet n’a que quelques heures. On ne peut effectivement pas être au four et au moulin. Si je prends mon exemple, si je clôture Facebook, je perds toute la population de vieux, comprenez mes anciens élèves qui ont passé l’âge de 30 ans aujourd’hui et qui n’ont pas suivi sur Instagram. La fusion des messageries de Facebook, Instagram et Whatsapp sera une évidence pour réussir à maintenir le ciment générationnel.

La remédiation évidente, enfin pour moi, c’est de laisser tomber le gros de ces conneries pour peaufiner les sites initiaux et être créatif même si c’est plus difficile à dire qu’à faire. Est-ce qu’il ne faut pas pour être connu, se soumettre aux codes, faire sa promotion sur les réseaux, consacrer un temps important à suivre les effets de mode ? J’ai envie de dire certainement, mais il faut toutefois se poser les bonnes questions.

Si je devais suivre les effets de mode, je passerai demain à la vidéo. Je vous le dis tout de suite, et vous le savez, je n’ai aucune difficulté avec ça, mon métier c’est de s’exprimer en public, et je le fais de façon aisée avec le public le plus difficile de la terre sur l’un des trucs les plus inintéressants au monde, en tout cas pour ce public. Seulement, me taper du montage, refaire des prises pour avoir quelque chose de propre, ça m’emmerde profondément. Malheureusement si aujourd’hui tu ne te conformes pas au code, tu es mort. Je vois d’ailleurs pas mal de blogueurs ou de sites internet de référence s’essayer à la vidéo pour un résultat médiocre. Je n’ai pas honte d’être dans le camp des perdants, ou dans le camp alternatif. Est-ce que le maréchal-ferrant a perdu la partie face à l’automobile ? Non, il continuera d’exister tant qu’il y aura des chevaux à monter, il est seulement moins visible. On sait néanmoins où le trouver quand on a besoin de ferrer son cheval. J’ai tendance donc à penser qu’il vaut mieux faire ce qu’on sait faire plutôt que de s’essayer sans succès à des talents qu’on n’a pas.

Et puis les effets de mode, c’est ça :

Tout y est, tout ce qui m’insupporte. Les sites web sont désormais taillés dans le même moule, le bon choix de titre, les bons mots pour faire du SEO, sinon ça ne passe pas. Ici encore, je pourrais faire le calcul de faire du SEO, d’optimiser, de trouver les titres qui vont bien, mais tout ceci me fait gerber. Je m’étonne d’ailleurs de voir que ça continue, tout le monde produit des sites sur le même schéma, sur les mêmes phrases, personne ne se distingue, et c’est pourtant ça qui marche, tant pis. Quand je vois ça :

Je suis écœuré. Je me dis d’ailleurs que je conserve Zdnet par habitude plus qu’autre chose, il faudrait que je refasse une passe dans mes flux RSS. Qu’un article soit tronqué, je peux le comprendre, je le fais moi-même pour éviter d’avoir du duplicate content, même si aujourd’hui j’ai l’impression que c’est moins vrai, et je devrais peut-être aussi réfléchir au fait que je m’en fous. Ce genre d’article m’agace, tout simplement parce que le bon sens serait de donner directement le plugin qui pose problème dans le titre de l’article ou dans l’introduction. Nous sommes face à une volonté délibérée de faire du clic. Faut cliquer.

Encore heureux certains ont encore un peu plus de classe, comme le site developpez. Ça n’est pas dans le titre, mais c’est dans le flux de l’article qui est accessible de façon complète, on n’est pas dans un appel au clic.

On pourrait penser que dans ce monde de trop, dans ce monde d’infobésité, on a finalement plus d’infos que de raisons, eh bien finalement pas tant que ça. J’ai réalisé qu’en ce qui concernait l’information Linux, logiciel libre dans les terres francophones, c’est devenu le désert. Je suis assez effrayé de voir que je sors rapidement avec une requête sur blog Linux quand je suis relativement passé à autre chose. La philosophie de comptoir.

Je pense que j’ai quelques explications quant au manque de partage, au manque d’annonces, je n’en retiendrai qu’une : l’esprit français. Je suis en train de faire le plein de sites d’infos anglophones qui ne se prennent pas nécessairement la tête. J’avais présenté dans le dernier billet l’outil qui permet de copier de Linux à Android, c’est sur un de ces fameux sites que je l’ai trouvé. Les gars présentent le logiciel, ils balancent les trois lignes de commandes pour l’installer et puis c’est tout. Laurent de la vache libre ne le fait plus, il le faisait de façon régulière à l’époque, il était déjà un des rares à le faire, il partage un peu sur Facebook. Je ne lui jette pas la pierre, je suppose qu’il est passé à autre chose comme beaucoup.

Il faut aussi reconnaître que nous sommes beaucoup à avoir grandi avec Linux, et que la population ne s’est pas vraiment renouvelée. Il me serait difficile aujourd’hui de refaire des tutoriels sur des trucs que je maîtrise parfaitement et qui ne m’intéressent plus. On a envie d’écrire, enfin c’est mon cas, sur une découverte, pas sur une opération qu’on maîtrise, dont on ne voit plus la portée et pourtant qui serait très utile pour des gens en situation d’apprentissage. Truc idiot, l’architecte dernièrement est passé de BBox à Free, il avait donc son compte mail dans Thunderbird qui ne fonctionnait plus, il ne savait pas le supprimer. Faire un tuto avec les captures d’écran, je n’ai personnellement pas la patience.

L’esprit français, c’est pour moi la dispersion, la paresse, le mauvais esprit. Je vais vous en faire un peu de mauvais esprit, j’ai le french bad spirit. Quand je vois que l’institution francophone du libre fait ça, je ne me pose plus réellement de question quant à l’avenir de la communication dans notre beau pays : elle est morte (on va tous mourir).

Je ne me permettrais pas de critiquer le travail de l’individu qui prend un certain temps pour condenser ces informations dans lesquelles on trouve de la politique américaine ou du coronavirus avec souvent un rapport très éloigné avec le libre. Il est loin le temps où l’on avait des articles de fond, philosophiques, ou même des traductions. Comme quoi, il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, j’avais interpellé l’association pour demander à l’époque si personne ne savait écrire ou penser par lui-même dans le groupe pour avoir autant de traductions, aujourd’hui j’en viens à regretter cette époque.

La francophonie est morte, vive l’anglois. Dans le forum, histoire d’être un peu productif, je viens d’ouvrir un post sur les sites à suivre que je vais m’efforcer d’alimenter avec un peu de sérieux. Je suppose que mes camarades bons pères de famille mettront un peu de cœur à l’ouvrage en me donnant un coup de main.

Cet article a été écrit intégralement sur le concert Tomorrowland de Boris Brejcha qui cette fois a le public qu’il mérite, un vrai public de clubbers. Cela se voit dans les fringues mais aussi dans le fait qu’ils bougent pour de vrai et n’ont pas de téléphone à la main. Dans les commentaires, quelqu’un remerciait l’Allemagne pour les Audi, les Mercedes, les BMW et Boris Brejcha, j’ai trouvé ça drôle. La vidéo a été vue plus de 30 millions de fois et je trouve que c’est mérité, cet homme sait faire danser.