Transition 2019

28/08/2019 Non Par cborne

À une époque je vous aurais parlé de bilan de vacances, aujourd’hui je préfère évoquer une transition. J’aurais pu aussi choisir la transformation de la vilaine chenille en magnifique papillon qui va se cramer contre une lampe électrique 2019 mais ça aurait fait un peu trop.

2019, comprendre l’année scolaire 2018-2019, parce que l’enseignant compte en année scolaire aura été l’illustration à son paroxysme que le système que j’ai mis en place depuis des années ne fonctionne plus et qu’il est temps de s’arrêter pour aller élever des chèvres dans le Larzac. Sans tomber encore dans cette extrémité, il y a des moyens de changer, de se changer parce qu’avant de changer le monde, il faut commencer par soi.

L’été, ces longues vacances de moins en moins longues, sont propices pour mettre en place des stratégies pour l’avenir, mieux vivre entre la bagnole, les gosses, le stress du quotidien, et les différents problèmes qui peuvent m’arriver parce que je suis clairement maudit. Cette période de transition m’a déjà permis de préparer mes cours, même si c’était fait pour le plus gros, ce qui facilite l’anticipation, de faire un très très gros ménage, physique mais aussi intellectuel, de commencer une perte de poids qu’il faudra tenir le long de l’année scolaire. J’AI FAIM !!!

Que reste-t-il de nos PC ?

J’ai pour ainsi dire vidé la quasi-totalité du garage de ses composants électroniques, les tiroirs aussi, pas que ça d’ailleurs, mon épouse m’a donné un coup de main en vidant des affaires inutiles. Il me reste aujourd’hui avec une marge de manœuvre plus ou moins compressible :

  • Une tour qui restera sous Windows 10. Le retour à Linux serait pour moi très compliqué. Pour ma part, le seul point qui pourrait me faire revenir à Linux c’est un cryptovirus de la mort, le truc que je n’aurais pas anticipé et qui me mettrait ma machine par terre. En ce qui concerne l’utilisation quotidienne, il n’y a rien à dire, un seul plantage à signaler pour le reste c’est du confort.
  • Un serveur Debian. Une fois qu’on a passé la honte et la culpabilité de se dire qu’on a certainement monté le truc n’importe comment, il reste la satisfaction d’avoir un appareil qui fonctionne. J’ai trois services : samba, gerbera pour le DLNA, ssh. Rien de prévu de plus, c’est suffisant pour l’instant. Je pense d’ailleurs me désabonner de l’ensemble des sites internet qui commentent l’actualité Linux comme Linuxfr pour ne citer que lui, ou le jdh pour en citer un autre. Je réalise que je suis un peu trop orienté ou culpabilisé dans les articles. Oh regardez la dernière nouveauté, la nouvelle technologie indispensable, c’est du langage GO que vous devriez utiliser. Tu utilises un logiciel propriétaire ?! Tu vas brûler en enfer. Je me rappelle de cette nouvelle qui m’avait fait sourire il y a quelques années, un amiga 2000 qui continuait de faire tourner le chauffage des écoles. Le système fonctionnait, le changer aurait coûté 2 millions de dollars. Je ne suis plus dans une position dans laquelle j’ai besoin d’être au courant, je suis dans une position dans laquelle je peux me contenter d’utiliser mes solutions qui fonctionnent. Et si demain je ne suis plus satisfait de ces solutions, alors je partirai à la pêche à l’information. Je considère aujourd’hui que la masse d’informations sur les logiciels libres que je reçois de certaines sources correspondent à un « au cas où » intellectuel, le fameux « au cas où » qu’on accumule dans un coin et qui ne sert à rien.
  • Un smartphone pourri parce qu’il faut bien vivre. Je reste à l’affût d’un smartphone sous Kaios qui ne viendra certainement pas ou d’une alternative solide à Android. Malheureusement Apple ne me paraît pas comme une alternative viable pour moi, je n’ai pas les moyens. Donc en attendant, pas besoin d’aller plus loin que la barre des 100 €, ça ne sert à rien de dépenser plus pour être insatisfait.
  • Une tablette Android chinoise pourrie, celle-ci me tient depuis des années. C’est d’ailleurs une longévité remarquable, je l’ai achetée je pense à l’époque sur le site Hongkongeek qui n’existe plus aujourd’hui.
  • Un ordinateur portable pour diffuser les trois bricoles dont j’ai besoin en classe. Actuellement sous Windows 10, je me demande si pour rire je ne vais pas le mettre sous ChromeOS ou sous Linux.
mon environnement de travail, mais ça c’était avant

Services et logiciels

On ne reviendra pas sur Windows, ni sur l’ensemble des logiciels que j’utilise mais juste sur quelques points précis. Je reste utilisateur de Firefox, et je continuerai de l’être même si c’est une daube sur Android. Firefox a pour moi deux intérêts techniques qui me paraissent importants pour dominer la concurrence et vous voyez que je n’évoque pas un point de vue éthique mais bien un point de vue pratique.

La synchronisation de l’ensemble des appareils et la communication entre eux. Je suis utilisateur de inoreader pour lire mes flux RSS, le service qui offre 150 abonnements répond trois fois à mon besoin. Souvent il m’arrive de lire depuis la tablette ou sur mon smartphone et plutôt que de faire l’article à l’arrache, je l’envoie en direction de mon PC fixe pour une lecture plus tardive. Je trouve alors sur ce même PC fixe des onglets ouverts correspondants à ceux que j’ai envoyés des autres appareils. Les extensions bien sûr, il y en a pour tout faire, et c’est certainement la principale force du navigateur.

Je suis en train de sortir d’une période tout Office 365, un petit peu par hasard suite à deux événements. Lors de mes problèmes avec mon téléphone, j’ai pensé que cela venait de la synchronisation entre Outlook et le téléphone qui faisait tout planter. Il m’a fallu donc une possibilité pour récupérer l’intégralité de mes contacts, de mon calendrier en évitant de passer par Outlook. Cela n’a pas mieux fonctionné puisqu’il s’agissait de l’application SFR ou Bouygues mais cela m’a permis de gagner un temps considérable lors des très nombreuses réinitialisations que j’ai pu faire. Passer de Microsoft à Google, ce n’est pas terrible, mais cela a le mérite d’assainir un peu la situation, je m’explique. De nombreux collègues font partie de mes relations personnelles, j’ai réalisé que j’avais des doublons dans mes contacts pour ceux qui figuraient dans l’annuaire de ma fédération agricole. Le passage par Google me permet donc d’aller plus vite pour l’instant dans les synchronisations, mais aussi dans l’intégration qui est mieux faite. Je sais toutefois que cela ne sera pas une solution durable car du jour au lendemain, si ça fait plaisir à Google, je peux avoir la suppression de mon compte et donc de mes contacts. Il faut alors comprendre qu’en fait ce n’est pas tant le fournisseur que j’utilise qui va faire la différence ici, mais ma capacité à réagir en cas de problème. Mes contacts sont sauvegardés, et si un problème se faisait sentir je pourrais aller vers un autre service plus ou moins libre ou m’installer une instance personnelle de Nextcloud sur le serveur. La véritable liberté ne l’oubliez pas, c’est celle de savoir faire.

Le second événement c’est un souci avec courrier, l’application Windows qui correspond à un Outlook castré. Courrier pour un compte office 365 c’est suffisant, la synchronisation est vraiment bonne, néanmoins pour une adresse mail en imap c’est plus compliqué. J’ai fait donc le choix de prendre un client web en dur sur le PC qui n’est pas Thunderbird. J’ai fait le choix de eM Client un client dont la version gratuite est limitée à deux comptes ce qui me suffit. Le client est très propre et présente une alternative intéressante à Thunderbird qui est un peu « le » client libre et gratuit.

Je me retrouve dans une situation inédite c’est-à-dire une séparation complète du travail et du privé. Le travail est à l’heure actuelle intégralement chez Office 365 sachant que je n’ai pas fait d’agenda professionnel, étant donné que je considère que seul mon emploi du temps fait office d’agenda professionnel, mon mail avec courrier plus pratique que d’aller en ligne, mes cours synchronisés avec le onedrive. eM client pour gérer mon mail sur mon nom de domaine, le calendrier et les contacts qui se trouvent chez Google. Je referais peut-être un passage chez o2switch pour utiliser le DAV même si je ne suis pas totalement ravi de la synchronisation avec davdroid qui s’appelle désormais DAVx⁵.

Pour la sauvegarde des fichiers, je me suis monté chez o2switch une instance de filerun qui est pour ma part méconnu de façon injuste. Chez o2switch il est possible d’utiliser le cpanel pour l’installer de façon automatique, c’est le seul logiciel qui est autorisé contrairement à un Nextcloud par exemple. L’interface est propre, orientée uniquement autour de la gestion des fichiers, ce n’est pas une usine à gaz. Il faudra toutefois se passer de la synchronisation DAV qui ne peut pas se faire avec o2switch.

J’attends de voir ce que va donner le nouveau téléphone pour savoir si je me libère de Google pour la partie contact et calendrier, néanmoins comme j’ai déjà un gros pied dedans en ayant un compte, un peu plus, un peu moins c’est pareil.

Tu m’as vu

Il y a cette chanson de Mano Solo que je trouve magnifique, comme souvent chez Mano Solo, qui dit ceci :

Tu m’as vu hurler, tu m’as vu me battre
Tu m’as vu défricher, déchirer, construire pour tout détruire
Tu m’as vu m’abattre pour me relever
Tu m’as vu me débattre pour pas m’effacer
Tu m’as vu dans mon trou, dans ma guerre
Tu as vu ce sang partout sous les coutures
Tu as vu toutes les blessures, le chaos d’une nature
Le crasse et les ordures

Mano Solo poète bonhomme et immortel

Je dois dire que je me reconnais parfaitement dans ces paroles, et sans dire que ça fait 2000 ans que je monte sur scène, je pense que je fais désormais partie des rares blogueurs à cracher leurs tripes sur le public. C’est un constat que j’ai fait dans l’été, et je voulais un peu l’évoquer ici, je ne savais pas trop où, ni comment, alors comme je m’en fous un peu, je vais le faire ici.

Pendant tout cet été Denis a arrosé son blog avec des conseils d’optimisation pour se faire retrouver sur la toile. Je pense que si Denis l’explique, si Denis le décrit, c’est que ça répond à son besoin de professionnel d’avoir une visibilité sur la toile. Et les conseils sont forcément bons puisque aujourd’hui il faut être présent partout sur la toile, exister sur Facebook, Snapshat, Pinterest ou encore instagram. Et pourtant quand je lis Denis, ça me fait sourire, parce qu’il donne des conseils mais n’en suit pas un qui est devenu essentiel, être propre sur soi.

L’internet c’est devenu ça, c’est ça partout

c’est tellement propre que ça en devient sale

Des titres formatés, des articles courts, une neutralité qui fait peur, c’est insipide. Ce que je veux dire c’est que je traîne sur l’internet depuis 20 ans, et que j’ai connu autre chose. Moi quand j’écris, c’est un banquet, je n’ai pas peur du gros rouge qui tâche. L’internet d’aujourd’hui, les blogs notamment ont embrassé à pleine bouche les codes de cet internet lisse qu’on peut voir sur instagram notamment. Pendant qu’on se déchaîne dans les réseaux sociaux à s’insulter, qu’on fait des vidéos trashs, la façade doit être impeccable. Il n’y a plus rien, on n’apprend rien, c’est creux, c’est vide, au profit d’une forme de professionnalisme qui pourtant n’existe pas. Aujourd’hui les articles de caractère, il faut payer pour les avoir, payer pour avoir une opinion, dans quel monde vit-on ?

La situation ne va pas aller en s’arrangeant et si je peux comprendre qu’on n’écrit pas dans le vide, qu’on écrit pour être lu, je pense que la démarche est désuète. Je lisais ces deux articles, Google n’est plus une porte d’entrée sur le web, mais un cul-de-sac qui explique qu’aujourd’hui une requête sur deux ne donne pas de clic sur un site, et Étude SEO : la structure des blogs serait souvent mauvaise pour leur référencement ce qui veut dire qu’avoir un blog un peu fourni, c’est condamner ses vieux articles quelle que soit leur qualité, leur sens, leur pérennité. Il faut donc se soumettre et s’éparpiller pour avoir de la visibilité, passer plus de temps à étudier les stratégies qu’à écrire, c’est un drame.

Jamais cet été l’internet ne m’a paru aussi triste, et je pense que nous allons vers la fin de ce que nous avons connu, des gens qui réagissaient dans des billets de blog plus ou moins élégants, plaçant ici ou là un bon mot, des gens qui avaient la classe.

Et c’est ainsi que s’achève mon billet, car dans cette transition, dans ces objectifs, dans ces promesses que j’espère tenir, moins traîner devant cet internet fadasse fait partie du lot. Les meilleures informations que je trouve aujourd’hui c’est dans les livres, l’internet c’était mieux avant.

Je profite de l’opportunité de ce final « on va tous mourir » pour vous faire passer ce joli dessin réalisé par Odysseus. Ceux qui connaissent Tintin auront reconnu Philippulus le Prophète fou de l’étoile mystérieuse.