Toutes les mauvaises raisons d’installer Windows 10

06/05/2019 Non Par cborne

J’avais dit que je ferai un passage par Neon, finalement il ne se fera pas, à quoi bon ? Passer sur une version instable en espérant que les corrections à répétition vont réparer les bugs apparus en attendant d’avoir d’autres bugs. Pour moi, on sait déjà que le bureau Linux est plutôt mal en point avec un système d’exploitation « as service », qui est en train de se profiler, et pour le jeu avec le cloud gaming, et pour les applications avec office365, le stockage etc … je pense qu’il est déjà mort. Le bureau Linux dernier bastion du système d’exploitation dans son PC devrait être efficace, ne devrait présenter aucun problème, chaque mise à jour devrait apporter une bonification, ce n’est pas le cas pour moi.

Le terrain était humide, la météo pas terrible, puis la raquette vraiment pas terrible

La version 19.04 m’a posé différents problèmes, contournables, mais pénibles et c’est ici qu’on doit se poser la question de fond, peut-être la seule : qu’est-on capable de supporter pour être libre informatiquement parlant ? Je vous donne un exemple qui n’a rien à voir, mais en fait qui a tout à voir. Je refuse d’avoir un lave-vaisselle. L’argumentaire qui dirait qu’on fait des économies d’eau, j’ai tendance à me dire que ce sont les vendeurs qui essaient de me balancer un argument écologique pour me faire acheter. Pour moi, je préfère mieux me passer de cet appareil dont je n’ai pas besoin, un appareil supplémentaire qu’il faudra changer, parce qu’il finira par tomber en rade comme tous les appareils. Le prix, c’est de me taper la vaisselle, je l’assume, puisque ma femme voudrait un de ces appareils. Elle ne se pose jamais de question sur les quantités, sur le fait de cramer des casseroles, puisque c’est moi qui nettoie. Je paye le prix de ce choix, et pour l’heure je continue de payer.

Avec le libre, j’ai payé pendant des années le prix d’une certaine forme d’amateurisme. Des logiciels mal finis, des communautés de gens abrutis. De l’autre côté c’est aussi ce qui m’a permis de rencontrer des gens extras, d’apprendre, mais je trouve que pour l’heure le bureau Linux c’est devenu n’importe quoi. L’âge, la lassitude, je n’ai plus envie d’assumer. Si on regarde les deux environnements majeurs :

KDE c’est 150 projets lancés en même temps, de bonnes idées, des bugs à la pelle. Je pense qu’il y a réellement à réfléchir à l’utilisation d’une rolling release pour être en permanence à jour étant donné que c’est le développement permanent. C’est pour moi le bureau qui me paraît le plus adapté, mais trop instable pour une utilisation sérieuse. Le bureau Gnome c’est guère mieux, l’interface façon tablette pour un système d’exploitation qui n’a jamais réussi à sortir du PC, une hérésie. On assiste à des retours en arrière réguliers parce que les gars se rendent compte que ça ne va pas, on leur fait remarquer d’ailleurs de façon régulière au point d’avoir crée des Mate, des Cinnamon, et une avalanche de bureaux aussi différents les uns des autres qui essaient de réinventer la roue sans offrir une expérience qualitative.

Je veux du qui marche. Pour une raison qui est totalement inconnue, du jour au lendemain sur l’ordinateur de mon épouse les documents Libreoffice mettent une minute à s’ouvrir même s’ils font une page. Pour moi, la contrainte est aujourd’hui plus importante que le pratique. S’il fallait se dédouaner, se faire pardonner, on pourrait dire qu’en étant déjà utilisateur de Facebook, d’un téléphone Android, d’office365, on n’est plus à une compromission de plus.

A l’ancienne

Comme Linda de Suza la valise en carton.

J’ai donc quitté ma Kubuntu, je pense que le bug de Firefox est peut-être la goutte de trop, vous me direz que ça n’a aucun rapport, mais c’est pour moi l’illustration de l’amateurisme dans lequel on gravite. Tu peux déjà difficilement proposer un bureau Linux aux gens sauf pour des usages très modérés, tu ne peux même plus proposer le navigateur libre. Comment tu quittes Linux pour Windows quand tu es Cyrille BORNE ?

Une copie de ses documents par sécurité, le .mozilla de Firefox, la configuration de Filezilla et c’est tout. Voyez tout de même que je commence à y aller de plus en plus dans les nuages, que j’utilise de moins en moins de logiciels, ou que je m’attache peu à leur configuration. Firefox, ça ne devrait pas durer, ou peut-être, je ne suis pas dans l’urgence, il est plus rapide sous Windows que sous Linux, passons.

Ma stratégie qui visait à miser sur des programmes compatibles et sous Windows et sous Linux (et sous Mac la prochaine étape), est payante, Libreoffice, Virtualbox, Firefox, Filezilla, VLC, tout va très vite. Paint, un plaisir, le logiciel qu’on n’a jamais su faire sous Linux, que me manque-t-il ? J’avais installé rygel pour faire serveur DLNA, il me suffit de faire un clic droit et un partage avancé pour rendre mon répertoire visible de l’ensemble du matériel qui supporte le protocole.

J’installe l’application mon téléphone et sur mon Android et sur le PC, et me voilà avec la possibilité de recevoir, d’envoyer des SMS, de pouvoir gérer les photos le tout en Wifi. Quand on voit l’interface, quand on sait que les notifications arrivent parce que Windows sait qu’il a perdu la bataille mais pas la guerre et c’est pour ça qu’il intègre au mieux les smartphones Android, on se dit que KDE est très loin, trop loin, face à la puissance de développement de Microsoft.

Je n’ai pas honte de le dire, les premières heures sont un soulagement, celui qui consiste à avoir quelque chose qui marche, la fin de l’aspect aléatoire, une sensation de confort et de solidité.

Les premières difficultés car tout n’est jamais si simple.

Comme je suis un fou et que j’aime les défis débiles, je vais quand même essayer de continuer à faire tourner ma Canon LB P1120. À 15 € je fais plus de 2000 pages, je ne vois pas pourquoi je la mettrai à la benne après 15 ans de bons et loyaux services. Cette imprimante est victime d’obsolescence logiciel, pas de support de 64 bits pour les systèmes Windows. Aussi surprenant que cela puisse paraître, elle est supportée par Linux qui a pondu un driver jusqu’en mai 2017. J’ai fait un essai un peu sauvage que vous pouvez voir ci-dessous, vous ne rêvez pas, j’ai virtualisé un XP SP 32 bits. Cela fonctionne, plutôt mal, mais cela fonctionne quand même. Gros freeze quand on imprime, j’ai passé des pages de test par contre elle n’apparaît pas dans les partages. Au moment où j’écris ces lignes, je suis en train de virtualiser une Mageia qui a l’air d’embarquer par défaut les drivers CAPT. Si cela ne fonctionne pas, j’irai explorer l’installation d’une distribution Debian dans Virtualbox ou directement dans le système de Microsoft. J’ai déjà récupéré la console Linux et c’est pas mal, même si je serais amené à faire moins d’opérations réseau.

Quelque chose qui vous paraîtra peut-être idiot mais pas pour moi qui écrit beaucoup, c’est le caps lock pour les lettres majuscules accentuées. Je suis forcé de me taper les codes à la main et je trouve que c’est particulièrement pénible.

Pas d’autres difficultés pour l’instant, on fera un point dans les billets complémentaires.

Philosophie, angoisses, sortie de la secte, mythe de la caverne et j’en passe

Est-ce que c’est totalement anodin de passer de Linux à Windows ? Pas pour moi. Je pense que j’ai franchi le cap des 15 ans de Linux et ce retour que je fais sous Windows ne sera pas une crise de calgon comme j’ai pu en faire plusieurs fois dans ma vie c’est plus profond. Je ne trouve plus de plaisir dans le bricolage, ou disons dans ce bricolage. Comprenez que peut-être je vais me racheter un pi ou jouer avec une machine virtuelle pour éviter le rachat d’une machine, mais c’est un bricolage choisi, maîtrisé, désiré. Lorsque j’en suis à jouer à ça marche ça marche pas et que j’ai perdu toutes les photos que je venais de faire parce que le Wifi marche mais en fait la copie en provenance du Wifi ne marche pas, je perds un temps inutile. Je réalise que comme moi mon épouse est amenée à faire de plus en plus de manipulations entre son téléphone et son PC, elle n’y arrive pas. Chez moi Linux devient plus un problème qu’une solution.

Pendant des années on a bien voulu croire que cette gratuité qui n’en porte que le nom, que ce bénévolat qui n’en est pas vraiment imposait son lot de sacrifices et de travailler avec de la merde, le tout avec le sourire, tout en remontant les anomalies pour se faire insulter par les développeurs quand on n’a pas mis les formes.

Je pense que j’ai vraiment sombré dans le propriétaire ou l’indifférence à la mort de FirefoxOS. Alors vous vous dites, il est pas possible, et je vous le promets, je vous le jure, ce n’est pas une plaisanterie ou un running gag mais bien le début de la fin. Lorsque nous avions FirefoxOS c’était la première fois où l’on pouvait s’affranchir des technologies propriétaires. À partir du moment où l’on s’est retrouvé avec un Android dans la poche, un compte Google, la boîte de Pandore a été ouverte, c’était trop tard, c’est trop tard ce n’est ni le Librem ni le /e/ qui vont changer la donne.

En écrivant ce billet, je sais pertinemment que ce sera repris ici ou là pour étayer l’argumentation du gars qui quitte le bateau, les rats qui quittent en premier, pour montrer l’échec, pour manipuler, c’est le but du jeu, un jeu bien malsain d’ailleurs. Car pendant de nombreuses années, non seulement on a expliqué qu’il fallait être libre, s’affranchir des GAFAM, mais surtout que ça se méritait, RTFM. Le libre c’est certainement ce qui est le plus gênant, l’aspect guerrier permanent, la bave aux lèvres et la hache à la main. Tu es celui qui a converti le plus de PC ou de gens, tu es celui qui compile le plus ses logiciels, tu es celui qui utilise les réseaux les plus obscurs, tu dois impérativement être un bonhomme, faire partie de la meute et crier ensemble le plus fort possible. On a oublié que l’informatique c’était aussi utilitaire et pas seulement philosophique.

L’argument qui consiste à dire que comme j’en donne déjà à Facebook et Google je peux en donner un peu plus à Microsoft à qui j’en donne déjà, pourrait paraître facile, et pourtant il est concret. Car dans le libre, on t’expliquera qu’on ne donne rien, qu’on passe par TOR pour acheter ses gadgets sur des sites chinois ou même Amazon, ils sont peu nombreux à ne rien donner ou presque à être vigilants mais pas les derniers à te culpabiliser si tu ne restes pas dans le rang de la secte. Un peu aigri ? Non, qu’ils restent entre eux si c’est leur bonheur, si c’est leur façon d’exister. Avec les années j’ai compris qu’on n’existe pas parce qu’on est libriste ou Linuxien.

Mes inquiétudes sont ailleurs, elles sont purement techniques. Microsoft reste une cible de choix, Microsoft montre avec les années que les bugs de masse ne lui posent aucun problème, qu’il le vit très bien et sans honte. Comprenez qu’on peste sur le bug de Firefox et pourtant les mises à jour foireuses de Windows 10 sont légion. La peur du crypto virus de la mort qui détruit les fichiers, c’est plutôt ce genre de choses qui me fait peur quand avec Linux on avait la sensation d’être indestructible. L’obsolescence avec ces appareils mis trop souvent au rebut suite à des mises à jour me gêne, si bien que je continuerai à regarder ce qui se fait à côté, Chromeos notamment, Linux bien évidemment.

Il ne s’agit pas pour moi de tirer un trait sur le libre ou sur Linux et j’ai presque envie de dire au contraire. Perdre du temps à réparer le quotidien c’est ne pas pouvoir se consacrer à l’utile, au durable. Si mon desktop est solide, je pourrai peut-être me pencher sur d’autres solutions. L’heure est pour l’instant à la migration, à un peu de sérénité et au transfert du poste de ma femme sous Windows, elle aussi cumule les problèmes pour cette solution que j’ai imposée.

Notes : j’ai dû installer une clé Windows 10 PRO sur scdkey pour moins de 15 € et paiement Paypal. À 15€ la licence légale, ça ne se discute pas.