Tomber, se relever, recommencer

14/06/2018 Non Par cborne

Arriver en fin d’année c’est faire le bilan de l’année écoulée mais c’est aussi préparer la prochaine. Le monde pédagogique est ainsi fait, c’est un peu plus subtil d’ailleurs car c’est en plusieurs étapes. En fin d’année on se rend compte qu’on n’avait absolument pas fait ce qu’on avait dit qu’on ferait, que c’est vraiment pas bien, que promis il faudra le faire, on part en vacances avec des idées bien arrêtées pour revenir après deux mois et avoir oublié tout ce qu’on a dit qu’on allait faire. Vous me direz que je suis dans la caricature mais ceux qui connaissent le milieu scolaire savent que je ne suis pas bien loin de la vérité.

Contrairement à beaucoup d’enseignants, je ne fais pas de coupure, en tout cas psychologique, c’est à dire que lorsque tout le monde calcule comment il va faire ses quinze jours de plage, et ne rien faire, moi je vais faire mes deux mois de plage et continuer, je n’arrête pas. C’est un avantage, car cela permet de savoir exactement où on en est, d’être comme les scouts, toujours prêt. J’aimerais faire avec vous quelques bilans de ma personnalité aux multiples facettes.

Cyrille BORNE, une personnalité aux multiples facettes

Le professeur

Au moment où j’écris ces lignes, je ne sais pas en quelle classe j’enseigne encore, même si ça devrait ressembler en gros à ce que j’ai fait cette année avec une présence marquée en troisième. Il faut reconnaître que mes collègues ne se battent pas vraiment pour y aller, si bien que je peux compter là-dessus. On a beau tourner le problème dans tous les sens, le niveau va vers le bas, il faut déplacer les attentes et les exigences. Cette année, les cahiers étaient moins bordéliques et pour cause je donnais le cours à coller au fur et à mesure avec quelques trous pour compléter. On va pousser la démarche encore plus loin, je vais faire acheter un porte vues pour le cours, et donner l’intégralité en début d’année. Il faut comprendre que le jeune c’est comme un vieux, il peut tenir 80% de sa journée en commençant chacune de ses phrases par : j’ai oublié. Le gosse a pas son cahier, on lui donne les feuilles, pas de chance, elles finissent écrasées dans le cartable.

Pendant longtemps j’ai lutté contre la déresponsabilisation des enfants, en gueulant que moins on leur en donne, moins ils en font, je modère désormais énormément ce propos. Il est vrai que le jeune n’est pas très vaillant, mais désormais ce qui est sûr c’est que le jeune en 2018 même s’il y met toute la bonne volonté du monde, il ne sait pas par où commencer. En ce moment, je donne un coup de main aux enfants pour préparer l’oral, c’est une catastrophe. Dans la possibilité de thèmes, la culture, certains vont directement au casse-pipe en prenant des titres sur lesquels ils n’ont rien à dire, les visiteurs ou le titanic. Ils prennent parce qu’ils ont aimé, sont incapables d’aller plus loin, de pousser dans les raisonnements, les pauvres gosses sont complètement à la ramasse.

Il faut donc définir les exigences, pas très importantes et tenir le cap par rapport à celles-ci. Par exemple en cette fin d’année scolaire où j’ai fait réaliser pas mal de sujets de DNB, j’ai dit que tout élève qui n’avait pas sa calculatrice n’était pas accepté en cours, j’en ai viré la moitié une fois, la fois d’après un seul n’avait pas sa machine. Il va donc falloir que je travaille mais pas tout seul, parce que les exigences si elles ne sont pas communes ce n’est pas bon. Je vais continuer à faciliter mes cours car c’est ainsi, essayer d’innover un peu et trouver des trucs nouveaux, des astuces pédagogiques. On verra aussi l’arrivée de la Numworks qu’on va essayer de pousser au plus pour faciliter le travail des gamins. L’année prochaine sera très branchée boulot.

Comprenez que je ne travaille pas pour le plaisir de travailler, pour la gloire, pour espérer un remerciement même si quand une fois de plus on reçoit comme c’est le cas aujourd’hui un message d’une maman qui dit merci, ou qu’on voit la gosse qui vient vous voir et qu’elle ne sait pas trop comment vous demander par quel moyen on peut garder le contact, tu sais que tu fais le plus beau métier du monde, mais je travaille parce que c’est ce qui remplit l’assiette et que ce travail ce n’est pas n’importe quoi, c’est l’avenir des enfants qui sont complètement perdus et qui jamais n’auront autant besoin d’adultes réfèrents que maintenant. C’est plus qu’un métier, c’est un gagne pain, une mission, c’est beaucoup.

Le responsable informatique

L’an dernier dans mes idées débiles, je pensais que Yammer serait une super façon de casser l’isolement. Je rappelle que l’un des problèmes du métier, l’un de ses nombreux cancers c’est le fait que chacun travaille seul dans son coin, ce n’est certainement pas la meilleure façon de progresser en restant enfermé tout seul dans sa salle de classe. Malheureusement il apparaît que Yammer n’est que la prolongation de l’isolement, comprenez que vous êtes tout seul comme un débile à distiller vos cours pour le plus grand plaisir des autres. On retrouve en fait ce qu’on connaît déjà de façon plus générale avec le web, beaucoup de leechers, peu de seeders. J’abandonne désormais tout espoir de communiquer autrement que par mail avec ma profession, j’arrête aussi de tout filer sans qu’on ne me demande rien, on verra que cela va désormais s’étendre à ma nouvelle philosophie de vie.

L’année prochaine sera une année de transition et je l’espère de consolidation. Je change de chef d’établissement, il faut que je fasse une année de documentation, avoir des éclaircissements sur des tas de choses que je ne maîtrise pas. Comme je l’ai précisé, mon actuel chef est un homme passionné par tout, notamment l’informatique. Concrètement, il a une vision d’ensemble sur tout, une vision historique du câblage, enfin ce genre de choses qui ne peuvent pas s’inventer. Il faut que je le prenne par exemple un jour pour qu’il me dise par où passent les fils. L’un des chantiers majeurs c’est aucun doute le site internet, mais là encore c’est un travail d’équipe, je ne peux pas par exemple écrire les pages sur la filière viticole quand on sait que pour moi un grand cru c’est du Coca Cola.

Si je n’ai pas trop de crash l’an prochain comme ça a été le cas cette année, je vais vraiment pouvoir faire dans le sens du détail après trois ans de taille à la hache, peut-être même poser des services qui facilitent les choses. La véritable difficulté c’est l’adhésion, Office365, consulter ses mails, c’est déjà beaucoup pour les collègues, il faut donc les bons outils pour les bonnes actions.

Le libriste

N’y allons pas par quatre chemins, le libre pour moi c’est globalement mort. Je vous invite à écouter ce podcast qui pour moi en dit très long, un podcast qui dit presque tout, pas forcément là où on le pense : que reste-t-il du logiciel libre ? C’est assez terrible, c’est presque douloureux. Les intervenants sont Amaelle Guiton Journaliste à Libération, Bernard Ourghanlian directeur Technique et Sécurité à Microsoft France, et Pierre-Yves Gosset délégué général de Framasoft. C’est terrible parce que lorsque Bernard Ourghanlian explique que le logiciel libre a gagné, parle avec facilité de l’époque propriétaire de Microsoft comme étant révolue, évoque le cloud, on a tout a fait compris que ce n’est pas le libre qui a gagné mais Microsoft. C’est terrible parce qu’Amaelle Guiton met le doigt exactement là où ça fait mal en rappelant que les libristes étaient tous sur Github et que gueuler parce qu’une plateforme propriétaire est achetée par une autre boîte propriétaire c’est tout simplement ridicule. C’est terrible parce que le message de PYG qu’il essaie de placer au niveau philosophique ne passe pas, parce que lorsque le journaliste qui se met dans la position de celui qui ne sait pas fait remarquer que d’utiliser un logiciel propriétaire avec du suivi, du service, c’est franchement plus rassurant, il n’y a rien à répondre. C’est terrible parce qu’on comprend que le logiciel libre a remporté la guerre technique à savoir qu’un code confronté à un ensemble de personnes, interne au projet ou extérieur c’est la meilleure manière de renforcer le code, mais que les idées qui sont derrières sont soufflées au profit de l’efficacité. C’est terrible parce que l’émission est tellement pointue qu’il n’y a que ceux qui connaissent le sujet qui peuvent la comprendre, ce sentiment de plus en plus palpable que l’informatique s’éloigne de l’utilisateur final quand le ministère de l’éducation nationale fantasme une nation de développeurs. C’est d’ailleurs un sentiment que quelqu’un décrit d’une autre point de vue et que je trouve assez pertinent : Le logiciel libre dont on ne peut utiliser les libertés

Je l’ai déjà écrit plusieurs fois, il devient de plus en plus difficile pour quelqu’un comme moi d’installer du logiciel libre, ou disons que si je peux très facilement me monter un serveur debian, j’estime que je n’ai pas les compétences pour le sécuriser. Avec un déplacement de plus en plus important vers le cloud, on n’est plus dans le libre à la Libreoffice ou Firefox où le logiciel est installé en quelques clics. Avant on se contentait d’être le simple chauffeur, aujourd’hui il faut conduire l’engin, savoir le réparer, repérer les malfrats qui voudraient le prendre, savoir les neutraliser, parfaitement gérer les réformes du code de la route qui changent toutes les cinq minutes, ce n’est plus à la portée du simple utilisateur. Framasoft ne comprend pas ceci, où s’il le comprend, il rêve de CHATONS sauf que les gens viennent s’inscrire sur son Framagit, ses instances diaspora ou mastodon. Pourquoi ? Parce que si quelqu’un comme moi ne se sent pas capable d’avoir son environnement auto-hébergé, que les programmes ne s’installent plus chez les mutualisés, on cherche l’acteur de confiance chez qui on pourra mettre sa vie numérique, sauf qu’il n’existe pas. En fait si, il existe, mais seulement il ne veut pas se positionner en tant que centralisateur, c’est son choix. Vous comprendrez bien que déjà le message autour du logiciel libre est imbuvable et désormais la concrétisation est devenu de plus en plus difficile. Comment oser encore parler de Michu pour le libre quand rien n’est fait dans le dialogue et dans la simplification de l’utilisation pour le faire adhérer ? Alors n’en parlons plus.

Pour être libre aujourd’hui, trois possibilités : être un professionnel de l’informatique, pas gagné, être inconscient et installer n’importe quoi au risque de se retrouver à poil sur internet, être hébergé chez quelqu’un qui fait du libre, donc ne pas être libre. Être libre ne peut plus se résumer à l’utilisation de Linux sur le bureau, à l’utilisation de Firefox, nous sommes peu à être libre avec nos téléphones propriétaires, nos smartphones Android ou Apple, nos objets connectés et j’en passe. Avec l’univers X86 qui se réduit comme une peau de chagrin, c’est la liberté qui fout le camp. Et le pire là dedans, c’est qu’à force de faire preuve de compromis car on n’a pas envie de se priver de tout, c’est la mort de la philosophie au profit d’un pragmatisme technologique sans concession ou pas trop. Notre prochaine distribution Linux s’appellera peut-être Windows, ça piquera un peu au départ, puis c’est comme le reste, une question d’habitude.

Ici vous noterez qu’il ne s’agit que de l’aspect philosophique de la chose, le genre de trucs qui touche une grosse partie du libre mais pas tout. En effet on pourrait se dire que si la philosophie ne tourne pas rond, on peut continuer à faire du libre au local. Une année à me ramasser, une année à échouer, je ne rentrerai pas dans les détails parce qu’il faudrait que je crache un peu sur les associations, sur les gens, je vais donc me contenter de passer mon tour.

Ma politique désormais est la suivante : bonjour, je suis Cyrille BORNE, j’habite du côté de Saint-Pierre La Mer, je travaille à Pézenas, tu peux me trouver sur le net et tu auras main tendue mais seulement si tu viens la prendre. La spontanéité, aller vers l’autre, c’est bon j’ai donné, dorénavant j’ai fait le deuil, je suis dans l’attente.

fais plaisir à Martin …

Le bonhomme

J’ai passé une année pourrie d’un point de vue familial, je le savais mais j’ai géré. Dans les deux à trois prochaines années, ma femme va se faire opérer de la paupière, je n’entrerai pas dans les détails mais ça nous a déjà occupé un bon moment et du genou gauche qui devient de plus en plus douloureux après le genou droit. J’ai beaucoup couru cette année, j’ai géré la famille, et puis à part une grippe impossible d’avril, je tiens plutôt bien le coup. A y réfléchir, le gain de temps lié à cette générosité dont j’ai essayé de faire preuve, parce que c’était un peu le but d’aider les gens, de faire avancer le libre au local, c’est autant de temps que je vais mettre à profit pour me refaire un cycle complet Dark Souls et me mettre à la cuisine sérieusement. Je n’ai pas une culture de la cuisine, les repas à table ça m’a toujours gonflé, j’ai souvent mangé des kebabs devant le PC dans ma jeunesse, encore au travail je mange rarement, mais en fait cuisiner par nécessité car il faut nourrir la marmaille et la femme trop fatiguée, ça ne me gêne pas. Je suis juste limité en recettes, j’aimerais varier mon alimentation. De la même manière, j’aimerais me mettre aux légumes de saison. Charité bien ordonnée commençant par soi-même, si je renonce complètement à rendre le monde meilleur, je vais me concentrer sur mon entourage le plus proche.

Le bonhomme reste le même, pas plus aigri, pas découragé, simplement plus réaliste. C’est sans aigreur que je vous explique que je me suis rétamé, moi qui pensais que le virtuel n’était pas assez productif, pas assez concret, par rapport à un réel que je voyais comme une véritable façon de se positionner. Malheureusement mon expérience n’est pas bonne, ce n’est pas parce que la mienne est un échec que la vôtre sera complètement moisie. Il est important que vous compreniez que cet article de blog ne fait que relater l’expérience d’un homme, une de plus. Il ne s’agit pas de vous inciter à me rejoindre sur Dark Souls, mais juste de faire la synthèse de ce que vous avez pu me voir essayer de mettre en place et me péter correctement la gueule. D’autres sont certainement plus chanceux que moi, s’y sont certainement mieux pris, tant mieux pour eux. Et c’est ici qu’il faut prendre l’expérience du bonhomme dans sa totalité, ne pas se limiter à ceci, j’ai bientôt 43 ans au compteur et après avoir passé mon temps à échouer, j’arrête, comme je l’ai déjà écrit. Si certains ont l’énergie pour remonter et recommencer tant mieux, j’espère qu’ils raconteront leur petite victoire dans ce quotidien complexe.

J’estime que ma place est ailleurs, elle n’est pas dans les associations que je juge peu efficaces, elle n’est pas dans les communautés que je trouve trop violentes et peu productives, elle est ici, sur ce blog, dans mon forum et même désormais sur mon facebook.

Les réseaux sociaux sont mal utilisés, car les gens ne respectent pas le véritable principe de fonctionnement. Concrètement, ils se contentent de balancer une information depuis leur site et de la relayer dans les réseaux sans aucune modification. Je suis le cas typique qui montre l’incohérence du système. Sur Facebook, j’ai du peuple qui me suit, des Michus, des gens normaux qui ne viennent pas lire mon blog ou le survolent car cela peut devenir rapidement complexe. Relayer un article n’aurait aucun sens. J’adapte donc mes contenus, des contenus que vous connaissez déjà et qui n’auraient donc pas de sens ici pour faire de la véritable éducation populaire. C’est un thème qui est assez récurrent et que je partage avec Cascador, que faire de toute cette information qu’on aimerait partager mais qui n’a pas vraiment sa place selon les lieux qu’on fréquente. Je m’apporte désormais une partie de la réponse, en balançant quelques informations simples. Ce matin une collègue m’a demandé comment se protéger de coinhive. Si on sauve ne serait-ce qu’une personne, est-ce que ce n’est pas un peu de la partie qui est gagnée ?