Stress test

18/03/2020 Non Par cborne

Pour les néophytes qui passeraient par hasard sur ce blog, le stress test en informatique c’est quand tu soumets le matériel ou un logiciel à une forte sollicitation. S’il fallait par exemple stress tester une table, tu mets un type dessus, un deuxième, un troisième et ainsi de suite jusqu’à ce que la table tombe. Je crois que de toute évidence, on est en train de faire un stress test de tout : système de santé, système scolaire, systèmes informatiques, nos compétences, nos nerfs accessoirement.

Avant de vous expliquer ce que représente la journée devenue classique d’un enseignant dans le Corona virus, j’aimerais juste vous dire que je fais partie de la race de gars qui est prête. Il y a 20 ans quand j’étais ingénieur à la BNP, nous étions répartis sur de nombreux sites sur Paris. Les Cobolistes se trouvaient à côté du musée Grévin, pendant que les développeurs Delphi ou Javascript, oui c’était une autre époque, bossaient du côté de Montreuil. On se voyait peu, on passait intégralement par téléphone. Travailler seul à la maison, travailler depuis un ordinateur, travailler avec ses propres enfants, vivre avec ses enfants, ce n’est pas ce qui m’inquiète. Oui ça n’a l’air de rien, mais les gens qui vont découvrir ce que c’est que de gérer son ado au quotidien pendant un bon moment, on va peut-être nous regarder avec davantage de respect à la sortie. Vous avez pas mal de gens qu’on interroge sur la façon de vivre confinée, on demande même à Thomas Pesquet mais en fait ce sont des amateurs. La France va apprendre à vivre avec ses ados, avec ses gosses qui braillent pendant qu’elle essaie de travailler, la France risque d’avoir encore plus peur qu’avec le Coronavirus.

Moi ce qui me fait peur c’est ça :

Pas le manque de nourriture, parce que ça va se tasser quand on va avoir les CRS qui vont enfin avoir la joie de pouvoir réutiliser les flash-balls qui devaient tant leur manquer depuis les gilets jaunes mais la nature humaine. On vit des heures dramatiques où les gens se comportent comme des abrutis. Des parcs bondés, les uns collés sur les autres, des masques qu’on vole, des pâtes qu’on achète à coup de 50 kilos, de la spéculation sur tout, c’est une véritable catastrophe qui révèle une fois la nature de l’homme. Je vous dis qu’elle est loin la solidarité tant attendue.

On pourrait penser qu’il y aura un avant et après, une véritable prise de conscience, il y aura certainement un après : du chômage, des faillites, d’autres catastrophes, un retour à la consommation de masse, parce que notre monde de toute façon mérite de crever.

Pour en revenir à nos histoires de confinement et quelques conseils d’un expert, même si pour l’heure je ne respecte pas tout parce qu’il y a une urgence.

  • Couchez-vous à heure fixe
  • Levez-vous à heure fixe
  • Lavez-vous, habillez-vous comme si vous alliez sortir et ne restez pas en jogging.
  • Mangez à heure fixe
  • Imposez-vous des heures de travail
  • Ne restez pas connectés en permanence pour couper le contact
  • Bougez de l’écran, régulièrement pour faire une activité physique.

Alors effectivement pour bouger de l’écran, il faut reconnaître que pour moi qui vis au bout du monde, enfin de la France, c’est plus facile. À l’heure actuelle on doit être 1500 à tout casser au bled, je n’ai personne dans ma rue comme d’habitude et cela risque de durer un moment. Nous sommes allés faire un tour avec nos attestations qui vont bien, on a croisé une patrouille de gendarmerie, qui ne s’est pas arrêtée quand certains de mes élèves me disaient avoir été contrôlé deux fois. Je dois reconnaître que j’apprécie encore plus l’endroit où je vis dans ces circonstances, loin de tout, loin du monde.

La journée commence entre 5h30 et 6h00. Je me force à ne pas regarder SCOLINFO ou snap. Je fais un tour rapide de l’actu, et puis je me lance dans la fosse pour finir à 23h. Ce démarrage est catastrophique pour bon nombre de collègues et moi-même, avec un constat unanime, nous allons finir la semaine avec entre 60 et 80 heures de travail pour gérer nos élèves et leur … j’ai pas vraiment le mot. Il y a bien évidemment la paresse, parce que lire les consignes c’est pas facile, il y a de l’égoïsme parce qu’ils sont persuadés que vous avez une relation exclusive avec eux, il y a en fait tout ce que vous voyez dans une classe avec le ralentisseur technologique qui va derrière. La perte de temps se fait pour tout, partout.

Les sites académiques, les sites institutionnels, notre ENT SCOLINFO ont été en carafe quasiment toute la journée de mardi, comme une partie de l’internet qui tourne au ralenti. Mes collègues informaticiens me confirment qu’ici ou là des sites de référence s’effondre, discord par exemple, teams. On est donc dans les complexités suivantes que nous notons tous :

  • La génération des adolescents qui est née avec le téléphone portable dans la main ne sait pas utiliser les applications simples, n’a pas les codes;
  • Nous nous crevons à essayer de les faire utiliser des solutions techniques qu’ils ne maîtrisent pas et qui ne marchent pas dans cette période. J’avais demandé qu’on me laisse le travail dans les enveloppes de dépôt au format PDF. L’ENT ne marche pas, ils ont du mal à faire la manipulation, j’ai dit que ceux qui n’y arrivent pas, m’envoient par mail. Ils ne savent pas tous envoyer un mail …
  • Le taux d’équipement dans les maisons n’est pas très important et bien évidemment particulièrement hétérogène.
  • Tout le monde se fatigue parce qu’il n’y a pas d’heure. Nous sommes mercredi au moment où je finis de rédiger ce billet, un de mes élèves a travaillé toute la nuit.
  • Un gamin de 15 ans qui fait nuit blanche, c’est l’un de nos problèmes récurrents. Mes enfants sont couchés à 22h30 à la maison et levés à 8h30. Le rôle des parents tellement primordial pour essayer de poser le cadre que nous tentons d’établir dans nos cours, ne se fait toujours pas. Un lundi de retour de vacances, c’est engueulade pour tout le monde parce que les élèves ont fait tous les excès, c’est cette situation que nous gérons désormais H24.
  • Tout le monde ne se fatigue pas en fait, ce sont les mêmes, les mêmes qui sont au charbon pendant que les mêmes gros branleurs qui entachent l’image de notre métier sont en train de se faire une belle période de vacances qui entraînera certainement des règlements de compte à la rentrée pour ma part, j’attends la première réunion d’équipe.

L’école donc dans toute sa splendeur, inégalitaire au possible, désorganisée, avec les mauvais outils et les gens qui ne les maîtrisent pas. Pas que les outils, les stratégies. À la sortie, on en sortira pas grandi pour tout le monde, le lien avec certains élèves sera certainement renforcé, je le sais par exemple avec mes élèves de seconde GT où pas mal de premiers enfants s’appelleront Cyrille.

Pour l’heure je fais la gestion de mes classes, je vais pouvoir je pense bientôt passer à autre chose, à savoir du contenu pédagogique. Il faut que je m’organise un peu, sachant que je n’ai pas de tableau blanc à la maison mais on fera avec les moyens du bord. Je partagerai, parce que dans cette période où tout un chacun devrait se mettre dans une dynamique de partage, notamment les libristes pour faire la promotion des solutions, eh bien je ne vois malheureusement pas grand-chose. Je salue le partage de Korben qui a proposé par exemple un tableau blanc en ligne.

Les musiciens qui font des concerts depuis chez eux, je trouve que c’est aussi positif. C’est dans ce style de démarche qu’il faut s’intégrer.

Pour ma part, je ferais des partages rapides sur mon site restez-curieux, tellement de questions posées et pas de temps pour écrire les solutions.

Nous nous quittons sur la chanson entourage qui reste de circonstances.

Quelques articles qui m’ont paru pertinents sur la situation actuelle :