SNT – Web mais du raccord diélectrique

10/07/2020 Non Par cborne

Je viens d’avoir ma mère pendant trois jours, et c’est toujours une épreuve pour moi. Ma mère, c’est comme un ninja. Je me tourne, elle est derrière moi tapie dans l’ombre, elle me regarde. Ma mère faut lui faire la conversation, faut s’occuper d’elle, c’est comme un enfant de plus. Dernièrement nous avons vécu un drame, son vieil Archos Césium sous Windows Phone Mobile a vu sa batterie défaillir. Il faut dire qu’il en a vécu des choses, et force est de reconnaître que c’était quand même du costaud. J’ai donc commandé en Allemagne une batterie de rechange pour la faire livrer à domicile. Je peux vous dire que chaque jour je recevais un SMS glacial pour me dire que la batterie n’était pas rentrée et que j’étais certainement responsable de la crise COVID et des problèmes de transport entre nos deux pays. La batterie est arrivée, le téléphone relancé, mais j’ai profité de l’occasion pour lui donner mon ASUS et moi changer le mien.

Donc forcément public tu imagines que ta mère avait 66 ou 67 ans quand elle a fait son baptême de l’internet, tu n’es donc pas face à une power user. 70 ans pour passer à Android, Cyrille BORNE ose tout, sa mère aussi. Bien évidemment le départ a été un peu compliqué, notamment pour certains gestes tactiles mais quand tu peux demander à Google des nouvelles de Michel Drucker et qu’il te répond, la magie opère. Ma mère est donc sous Android, elle est rentrée chez elle, je n’ai eu droit qu’à un appel téléphonique pour me dire que le disque dur ne marchait pas sur la télé, curieusement au son de ma voix le disque dur et la télé ont fusionné. J’en déduis que tout ne se passe pas si mal.

Si vous avez fait l’effort de lire, vous noterez que j’ai changé mon téléphone, je suis passé d’un Asus 5.5 en 2 Go de RAM et 16 Go de stockage à un Asus 6 et des brouettes en 4 Go de RAM et 64 Go de stockage avec une batterie de 4000 mAh. Comme je le montrais au grand désespoir de mes enfants, il n’y a rien ou presque sur mon téléphone qui reste principalement un outil de travail. Les problèmes rencontrés avec Teams sur PC étaient similaires sur smartphone, le couple 2 Go / 16 Go n’était plus suffisant pour mon usage aussi sommaire soit il, pour prendre des nouvelles de Michel Drucker ou avoir la météo, ça ira bien pour maman.

Dans le précédent épisode nous évoquions ma masculinité retrouvée dans le démontage du groupe de sécurité, certains lecteurs attentifs m’ont dit que le bout de plastique manquant c’était un raccord diélectrique :

Un raccord diélectrique en nylon

La photo est un peu dégueulasse mais c’est pour montrer la pièce. Après vérification il apparaît que c’est une partie qu’il faut mettre en sortie de l’eau chaude pour éviter la corrosion à cause de courants électriques qui pourraient vagabonder dans le chauffe-eau. Ce qui m’a franchement étonné c’est que d’une part, la vidange c’est pas vraiment de l’eau chaude, et que d’autre part sur la dizaine de vidéos que j’ai pu regarder de démontage et de remontage de groupe de sécurité, je n’ai pas vu un gars qui en mettait un. Il apparaît pourtant que certains groupes de sécurité sont vendus avec. Direction mon temple, mon jardin secret, mon Éden : BRICO DÉPOT ! Ce que j’aime chez Bricodépot c’est que les gars dans les rayons ne sont pas des manches. Le type je lui demande le raccord diélectrique, il me le sort tout de suite et me dit que ce n’est pas obligatoire sur le groupe de sécurité ce qui expliquerait pourquoi ils sont peu à l’évoquer. J’ai mon raccord, y a plus qu’à, par contre vous vous doutez bien que je ne l’ai pas fait avec ma mère à côté, l’avoir à côté de moi en train de me parler pendant que je démonte avec le doigt dans le trou de l’évacuation, ça ne l’aurait pas fait.

J’ai donc passé les quatre derniers jours sans toucher terre, j’ai réussi à prendre un peu de temps entre hier et aujourd’hui pour faire mon second chapitre de SNT sur le WEB. Quand dans les référentiels on voit que quatre à cinq heures sont consacrées par chapitre, c’est vraiment la preuve qu’on est en décalage complet entre le niveau des élèves et la réalité, ce qui me permet de faire une parenthèse. 91.5% de réussite au BAC avant le rattrapage, on arrivera donc à 95% de réussite sur une promotion, du jamais vu. Bien évidemment il y a le COVID, bien évidemment il y a la réforme profonde du BAC avec l’an prochain le grand oral, mais j’aurais tendance à dire qu’on s’en fout des diplômes désormais, c’est parcoursup qui compte. À mon échelle, celle des élèves des troisièmes, nous avons un mini-parcoursup avec AFFELNET qui correspond aux vœux de sortie de troisième. À l’instar du BAC, le DNB est une vaste plaisanterie. Nous avons fait remonter des résultats qui étaient déjà cléments, mais certains de nos élèves n’avaient pas le brevet. Après passage du rectorat qui a donc modifié nos résultats, des élèves qui n’avaient pas le brevet l’ont eu et certains élèves ont eu des mentions.

C’est donc avec grand étonnement que je vois une gosse qui était à 8 ou 9 de moyenne chez nous à l’année, enseignement agricole donc un cran en dessous du DNB général, en grandes difficultés scolaires finir l’année avec mention assez bien soit plus de 12 de moyenne générale. Malheureusement pour elle, elle a fait une demande en BAC PRO et se retrouve dans des positions très reculées sur liste d’attente, si bien qu’elle n’aura pas l’orientation choisie mais une orientation non désirée. L’échec scolaire est garanti. C’est une catastrophe humaine car cette enfant va faire quelque chose qui ne l’intéresse absolument pas, c’est une catastrophe sociale car sans avoir de boule de cristal les perspectives d’emploi seront complexes pour elle demain si elle quitte l’école sans diplôme, c’est la société qui devra payer pour elle si elle n’arrive pas à s’insérer. J’imagine déjà qu’on a dû sabrer le champagne dans certaines familles à la vue d’une mention très bien, 16 de moyenne quel petit prodige, pour des élèves qui savent à peine écrire sans faire trente fautes d’orthographes par phrase et qui ont oublié comment faire une règle de trois, ce qui laisse présager une belle boucherie en seconde GT.

Nous vivons désormais dans la farce des examens qui ne veulent absolument plus rien dire, comme nos notes qui ne veulent plus dire grand-chose non plus, les algorithmes de parcoursup laissant peu de chance à un enfant qui a 18 de moyenne d’un lycée de province face à un bahut Parisien. On discute régulièrement avec mes collègues dans le forum sur la privatisation à venir de l’école, c’est le résultat de la politique de nos dirigeants. À force de piper les dés, de produire des candidats inaptes, il n’est pas anormal que les patrons regardent vers d’autres structures, mais pour l’instant c’est une autre histoire.

Comme je l’écrivais plus haut quatre à cinq heures sur le web c’est quand même très ambitieux notamment lorsqu’on doit expliquer les url, la relation client serveur, les cookies, le PageRank et bien évidemment apprendre à coder en html. La pipe à crack au moment de la réalisation du référentiel devait être bien pleine ou peut-être une erreur d’interprétation de ma part. J’ai vu un livre qui consacrait la quasi-totalité du chapitre à faire du codage html ce qui est quand même une franche hérésie, pourquoi ?

Les élèves ont déjà du mal à maîtriser les bases de Python, rajouter du code, c’est semer le trouble encore plus. Ça me rappelle ma collègue d’espagnol à qui on met les jours de la semaine en anglais dans ses copies. Pauvres gosses qui parlent déjà à peine le français. C’est en plus aller à contre sens de ce qu’est la réalité informatique. Si c’est louable de montrer qu’une page web c’est du code interprété par le navigateur, demain ce sont les IA qui vont coder à notre place. Quand on voit la tripotée de CMS et se dire que WordPress c’est 20% du web, on est quand même en droit de s’interroger sur la pertinence de coder une page à la main, alors que monter un site web collaboratif aurait été une activité largement plus sympa. Bien évidemment rajouter la CSS, je tire mon chapeau, j’ai envie de dire bravo. J’ai décidé pour ma part de relayer cette partie à la fin et de partir de cet éditeur en ligne bien sympathique.

Avec un côté code et un côté WYSIWYG, je trouve que c’est franchement pertinent, les gamins ça leur permet de tâtonner dans les deux sens. Je vais demander de modifier l’image, modifier le texte, changer les couleurs etc … Pour la CSS je me contente simplement d’expliquer que si on peut rigoler à faire de la mise en forme sur une page, pour 500 pages on va faire un modèle de document, c’est le principe de la CSS. Dans le même ordre d’esprit j’ai vu des exercices sur le calcul de PageRank et là encore j’ai envie de dire qu’on a un train de retard. Les enfants finalement fréquentent de moins en moins le web pour se concentrer sur la sphère des réseaux. Savoir quels sont les critères qui permettent de pousser un site vers le sommet c’est désuet, l’idée c’est de savoir comment avoir un million de followers sur Instagram ou Snap.

Comme pour le chapitre précédent, je vais davantage insister sur l’aspect éthique que technique. Je demande par exemple à un moment de réaliser une carte mentale mettant en scène les principaux acteurs de l’informatique, le hardware, le navigateur associé et le moteur de recherche. Il est intéressant de montrer à un élève que ton téléphone Android appartient à Google, que quand tu lances Chrome tu es encore chez Google et par le fait quand tu utilises le moteur de Google, tu es vraiment en plein dedans. Je rappelle qu’une entreprise est là pour gagner de l’argent et pas pour filer du travail et que tous les moyens sont bons pour faire du pognon. Je demande par exemple depuis bing de faire une recherche pour télécharger Chrome ou Firefox.

Le fait qu’il vous balance que vous avez déjà Edge est pertinent, comme montrer les annonces en premier lieu et expliquer que le PageRank c’est du bullshit, ce qui compte c’est de passer à la caisse pour être bien classé. C’est donc sans surprise que je vais m’attarder sur la monétisation que je pourrais replacer dans le cadre des réseaux sociaux. J’ai illustré la notion de cookie traqueur avec le logiciel de la CNIL cookieviz 2.0, qui est assez excellent. Il s’agit d’un logiciel en deux fenêtres, un navigateur, un qui recense les interactions avec d’autres sites comme Facebook, les régies publicitaires etc … C’est assez éloquent quand on tape l’url du boncoin par exemple de voir comment ça explose.

Bien évidemment, on insiste dans le référentiel sur le fait d’apprendre aux élèves à se protéger en activant par exemple la navigation privée ou d’autres artifices, mais ici encore je pense que le référentiel a un train de retard. Comme je le souligne plus haut, le navigateur n’est qu’une surcouche au système d’exploitation, ton téléphone Android il prend chez toi ce qu’il veut sans avoir besoin de passer par le navigateur.

Il s’agit pour moi d’un combat perdu d’avance sur les deux fronts, celui des habitudes et la technologie. Avoir la croyance d’être un hacker parce qu’on utilise VPN quand on découvre que la NSA exploite régulièrement des failles de sécurité dans des références inviolables, prête à sourire sur la notion de sécurité. Et puis certainement plus important, si effectivement je m’attends à des « ho » ou des « ha » quand je vais montrer qu’on n’est pas si loin d’avoir une puce dans le cul comme dirait Kool Shen, j’ai totalement conscience que la réflexion ne changera aucun comportement.

L’arrivée de la 5G est un positionnement qui est réellement intéressant car c’est peut-être la première fois qu’on a des gens qui s’interrogent sur l’utilité d’une nouvelle technologie. Le politique qui disait que la 5G c’était pour regarder du porno en 4K dans un ascenseur, j’ai tendance à lui donner raison. Il y a certainement une interrogation à faire sur le besoin. Est-ce qu’on a besoin de télévisions encore plus grosses, est-ce qu’on a besoin d’avoir une définition d’image tellement importante qu’elle permet de compter les poils de la barbe d’un acteur ? La seule sanction que nous sommes capables de faire et que nous savons faire lorsque nous sommes dans le refus d’une technologie que nous jugeons absurde c’est de ne pas l’acheter. Les télés 3D ont pris un flop, est-ce que cela pourra être le cas ici ou nous n’aurons pas d’autre choix que d’adhérer à cette course en avant ?

Nous nous quittons avec le concert dernier round de Kool Shen au Zénith, une période solo avec quelques titres plutôt réussis dont c’est mal barré qui reste d’actualité même si à l’époque c’était les politiciens qui étaient visés quand aujourd’hui ce sont les milliardaires de la tech qui mènent le bal. Kerry James, Sinik, Rohff, Lord Kossity, 2005, il avait quand même la classe le RAP à l’ancienne.