Si on ne meurt pas, reprendre n’est pas une si mauvaise idée

21/04/2020 Non Par cborne

Lorsqu’on nous a annoncé qu’on reprenait le 11 mai suite à l’allocution de notre président, nous avons été nombreux à faire toutes les étapes du deuil :

  • Choc et déni. C’est pas possible … Ils sont idiots.
  • Douleur et culpabilité. On va tous mourir, ils sont idiots.
  • Colère. JAMAIS ON IRA !
  • Marchandage. Non mais pas le 11, le 25
  • Dépression et douleur. Je veux pas y aller !
  • Reconstruction. Bon on va commencer à préparer les cours et 12 litres de gel.
  • Acceptation. Du gel, des gants, un masque, une calculatrice et une trousse. Je suis prêt.

L’idée finalement fait son chemin et a le mérite de nous avoir fait passer d’une phase où l’on pensait qu’on ne quitterait jamais son domicile à une phase où désormais on est prêt à en sortir. Mal nécessaire si on veut éviter le suçage collectif de cailloux. Et quelque chose me fait dire que dans le privé, on va sucer des cailloux plus ou moins vite sauf si l’état ne commence pas trop à compter nos effectifs, mais c’est une autre histoire. Même si effectivement, les nouvelles qui arrivent sont complètement abracadabrantesques pour reprendre l’expression de Jacques Chirac qui aurait su régler la crise en inventant lui-même le vaccin contre le Corona, l’idée a mûri dans la tête des enseignants, nous irons travailler.

Quand j’écris que les nouvelles qui tombent sont assez étonnantes, voici un exemple parmi d’autres :

Nous essayons de mettre en place différents scénarios : rebâtir les emplois du temps en fonction du volontariat des enseignants – ceux qui seront d’accord pour revenir et ceux qui préféreront continuer l’enseignement à distance

Un puissant marabout

On va commencer déjà par éliminer de l’équation, les collègues qui sont malades, qui ont la santé fragile, il y en a et pas qu’un peu. On va éliminer les collègues qui ne seront pas volontaires. On va maintenant imaginer que je me porte volontaire, parce que moi je suis chaud pour aller me confronter au virus. Cela veut dire que j’assure mon temps de présence en classe mais qui va donc se charger de la continuité pédagogique de mes élèves qui travaillent à distance ? Pour moi la continuité pédagogique en ce moment c’est du 8 heures le matin, jusqu’à 22h21 où je viens de gronder une de mes élèves qui ne m’a pas rendu son travail. Comme les gens ne mangent pas aux mêmes horaires que moi, ça n’arrête jamais, c’est à moi de poser un geste barrière en passant mon téléphone en silencieux.

On n’évoque pas les internats, on n’évoque pas les bus, on sent que ça va être un peu comme la semaine des quatre jours où le gouvernement avait fini par laisser les écoles se démerder, comme ici on va encore nous laisser nous démerder. J’écris que c’est une bonne chose de rentrer maintenant car c’est une préparation à ce que sera la rentrée du mois de septembre. Je peux donc quelque part, me la donner joyeusement et assurer mes classes tout en télé-travaillant au mieux sans chopper la chtouille et en continuant à faire tourner la maison. Néanmoins, au mois de septembre, il ne faudra pas forcément rêver et croire que je vais faire 60 à 70 heures par semaine, les transports en plus pour le même salaire. Il est donc important de rentrer pour mettre ceci à plat.

Le télé-travail j’y tiens sans y tenir. Je vais essayer de développer. J’ai des élèves qui ont de graves problèmes de santé, il est bien sûr évident qu’il ne faut pas qu’ils prennent le risque de venir se confronter au virus. Alors que le gouvernement réfléchit à casser les inégalités, rires dans la salle, ces élèves à la santé fragile seront les nouvelles victimes si tout se passe en classe. Il est donc nécessaire de fournir à ces jeunes qui n’ont rien demandé un enseignement à distance de qualité. On aura beau mettre en avant les familles défavorisées, les déconnexions internet, elles sont rares les familles sans internet. Elles sont moins rares celles qui ont fait le choix du n’importe quoi, de ne pas s’occuper des gosses, de mépriser l’école. On mettrait donc en branle la nation pour ces gens qui s’en moquent et qui ne viendront pas plus à l’école car comme je l’ai écrit plusieurs fois, ils étaient déjà perdus avant, mais on laisserait derrière des pauvres gosses qui n’ont rien demandé et qui sont nés du mauvais côté de la santé. Pour eux, il faut maintenir un enseignement à distance de qualité.

Le télé-travail n’est malheureusement pas une solution miracle, il est le reflet de ce qu’est le jeune français et sa famille aujourd’hui :

  • Dans certaines familles parfois trop carrées, les parents font le boulot à la place de leur gosse. J’ai des mamans qui sont fans de mes vidéos. J’avais écrit un très bon article comme toujours sur la différence entre aider et faire. Vous pouvez le relire.
  • Les élèves, ma fille la première avec qui je bataille, n’ont pas compris le sens de l’école. L’élève travaille pour la note, l’élève ne travaille pas pour apprendre, n’a pas compris que le savoir est une arme et beaucoup je réfléchis. Ce qui me permet de vous placer cette chanson de Arco et de Mystik en live en plus.
  • À partir du moment où il n’y a pas le plaisir de l’apprentissage parce qu’il y a toujours mieux à faire comme regarder les marseillais ou maintenir les flammes sur snap, tous les moyens sont bons pour bâcler. Cela se traduit par un travail dégueulasse, de la triche, de la négligence. C’est pour ma part le principal problème du télé-travail. Si les gosses avaient conscience que la culture ce n’est pas le mal, qu’on peut apprendre pour comprendre le monde, on pourrait télétravailler beaucoup plus, beaucoup mieux.
  • Les obstacles intellectuels et matériels ne sont pas à négliger. Quand un gamin aura déjà maîtrisé mieux que vous les subtilités de n’importe quelle plateforme, il faut créer les comptes pour d’autres. L’ordinateur qui ne marche plus, le manque de forfait, la 4G qui ne passe pas, rajoute à la complexité par rapport à une présence en salle de classe.

J’ai donc voulu partager avec mes élèves, la joie des retrouvailles en leur expliquant que dans tous les textes qui sortent, on nous parle du troisième trimestre et des notes qui vont avec. Dans ma classe de seconde générale qui tourne quasiment toute seule, j’ai envoyé un message incendiaire suite à un DM Python bâclé. Pour eux Python c’est le mal absolu, ils sont braqués contre Python alors qu’en maths ils posent moins de problèmes, parce qu’ils sont vieux dans leur tête et refusent la nouveauté. Ils n’arrivent pas à voir qu’il ne s’agit que des maths. Comme j’aime bien les incendier, je leur ai dit que dès qu’on se croisait dans une salle de classe, j’évaluais toute la période du confinement. Et là, je peux vous le dire, ils sont aussi passés par toutes les étapes du deuil.

  • Choc et déni. Le bâtard.
  • Douleur et culpabilité. Mais j’ai travaillé moi pendant le confinement pourquoi il fait ça le bâtard ?
  • Colère. LE BÂTARD !!!
  • Marchandage. Maman je peux ne pas y aller ? C’est qu’un gros bâtard !
  • Dépression et douleur. Je veux pas y aller ! C’est un gros bâtard !
  • Reconstruction. Bon on va commencer à préparer des fiches et 12 litres de gel.
  • Acceptation. Du gel, des gants, un masque, une calculatrice et une trousse. Je suis prêt.

C’était un mal nécessaire et ce pour plusieurs raisons. D’une part il faut préparer nos jeunes comme nous d’ailleurs, à vivre dans une situation qui n’est pas simple pendant facile deux ans. À moins que le président Chirac prenant possession du professeur Raoult invente un vaccin à base de la bière qu’il affectionnait tant, de tête de veau et de chloroquine. C’est un mal nécessaire parce que certains qui font faire le boulot par le frère, la sœur, les parents, le copain, ont pris conscience qu’ils pourraient difficilement se dérober et assumer leur manque d’investissement. Le 11 mai est un mal nécessaire, une échéance psychologique, qui, je ne vous le cache pas, inquiète quand même franchement dans la réalisation, mais chaque jour réserve son lot de découverte.

Pour l’heure c’est la reprise du télé-travail et les journées sont longues et fatigantes. Moins tout de même. On a la satisfaction de voir arriver de plus en plus d’élèves sur Teams et d’avoir des élèves qui deviennent de plus en plus autonomes. On paye le prix de l’éducation qu’on a donnée à nos jeunes. Les gamins qui vous balancent du j’ai rien compris à longueur de journée, sans avoir pris le temps de regarder si la question a été posée, sans vous donner le numéro de l’exercice, de la question.

Le fait d’avoir coupé Facebook est je le répète encore une fois, une formidable idée. Cela réduit fortement le canal de communication pour un outil que j’utilisais de façon quasi professionnelle. Du fait de ne plus être sur Facebook, quand certains élèves m’interpellaient par messenger, ils sont aujourd’hui obligés de passer par Teams. Un tri indispensable et réussi pour séparer la sphère du privé réduite à sa portion congrue et la sphère professionnelle.

Rien de bien neuf sous le soleil quant aux outils, j’attends la sortie de Ubuntu 20.04 pour voir les nouveautés, je vous donne trois astuces qui m’ont été utiles dernièrement :

Dans jdownloader la « pause » ou le ralentissement est à 10 ko/s et il est impossible de faire mieux sans passer par les paramètres avancés. Il faudra alors chercher generalsettingspausespeed et faire monter la valeur qui est en octet. Méfiance.

Pour mes billets cultures, j’ai besoin de récupérer les affiches, la plupart je les prends sur Allocine. Il apparaît alors qu’en enregistrant, les images sont en jpg, ce n’est pas le cas, elles sont en webp. WordPress ne les prend pas. Nomacs qui est ma nouvelle visionneuse par défaut et que je vous recommande chaleureusement, permet d’assurer la conversion du webp en jpg.

Dans rss-bridge qui fait toujours aussi bien le job, par défaut de nombreux « filtres » sont proposés, il doit y en avoir plus de deux cents. Pour ma part, je me suis limité au minimum, Facebook, Twitter, instagram et Youtube. Pour aller à l’essentiel, il vous suffit de créer un fichier whitelist.txt et de l’éditer de la façon suivante :

Facebook
Instagram
Twitter
Youtube

Voilà pour aujourd’hui, à chaque jour suffit sa peine, ou sa déclaration de Blanquer, c’est selon, restez curieux, restez chez vous pour l’instant !