Si j’étais maire de Saint-Pierre la Mer

22/08/2018 Non Par cborne

J’ai peu parlé de l’été à Saint-Pierre, et pourtant il le mérite. En fait c’est inexact, j’en ai parlé sur Facebook mais il faut être mon ami pour ça. Les étés se suivent et se ressemblent, la station se casse la gueule. A une époque, on pouvait dire que la saison c’était juillet – août, plein pot. Depuis quelque temps, on est vraiment sur le 15 juillet / 15 août, cette année, on aura vraiment eu du peuple sur les deux premières semaines d’août. Autant dire que pour une station balnéaire c’est la catastrophe. 

S’il fallait donner une explication, je peux vous la faire en une image. 

Pour les plus incultes d’entre vous, il s’agit de l’Espagne. Les bouchons sur l’A9 ont été nombreux, ils sont tous partis là-bas. Et la question qu’on peut se poser, c’est pourquoi ? Oui pourquoi ma bonne dame sont-ils partis en Espagne ? C’est la crise, l’Espagne c’est moins cher, et peut-être que la prestation est surtout de meilleure qualité, un meilleur rapport qualité prix. 

Mon dernier séjour en Espagne, c’était il y a un petit moment à Barcelone. Pour avoir connu Paris, pour avoir vu Barcelone, et bien je me dis que l’Espagne n’a pas à avoir honte. Les tarifs sont convenables, on peut manger à prix raisonnable un peu partout, les musées sont vraiment à des tarifs honnêtes pour des choses qui en jettent, tout est moins cher. Je n’ai pas fait les plages d’Espagne, il est vrai que vivant à la mer, je n’ai pas ce réflexe, mais c’est prévu, histoire de voir la différence. La plage on a beau croire, ce n’est pas la même partout, allez faire un tour du côté des plages de Perpignan ou de l’Hérault pour vous rendre compte que se garer c’est payant, et vous trouverez déjà une différence profonde avec les plages de l’Aude. 

Le regard que je porte sur mon village est dur, je pense qu’on est souvent dur avec les gens qu’on aime. En fin de mois, ce sera ma cinquième année à Saint-Pierre à temps plein, ça commence à ressembler à un port d’attache. Quand certains restaurants de bord de mer continuent de vous servir une moule frite dégueulasse à 14 €, pas accueillant pour deux sous, plus d’une heure pour être servi, que rien ne se renouvelle, c’est inquiétant. Pour moi le malaise de Saint-Pierre c’est bien sûr la crise économique, mais pas seulement. 

Pour avoir connu la station bondée, je peux vous en donner le secret. Le spectacle, le spectacle qui fait bouger le touriste. Vous mettez les Gipsy Kings, vous faites venir des dizaines de milliers de personnes, autant de consommateurs potentiels qui iront déverser le peu d’argent qu’ils ont dans les bistrots et les restaurants du coin. Chaque été, on a des concerts, des animations, chaque année, ces animations sont de moins en moins nombreuses. Il apparaît que la plage ne suffit plus, il en faut plus. Le plus cette année, je vous le donne en quelques dates : un concert de Nolwenn Leroy à l’entrée des vacances, un trou quasiment complet de un mois et demi jusqu’au 20 août pour avoir deux concerts d’émission de télé. 

Il y a eu du monde, mais pas tant que ça, et l’explication est simple, il manque deux choses. La première bien évidemment c’est le manque de continuité dans les animations, faire un véritable fossé pendant les vacances. Les gens du coin me diront qu’il ne faut pas tenir compte de Saint-Pierre la Mer en tant que telle, mais de l’entité complète, les Cabanes de Fleury et Fleury. C’est vrai, il y avait des animations tout l’été, les Festejades avec Kyo et David Halliday, d’autres concerts, mais qui nécessiteraient de prendre la route, une route où il fait bon mourir. On murmure dans les hautes sphères que je fréquente que les 800 premiers millions d’euros consacrés au réseau routier, seront investis chez moi. Et puis la seconde explication c’est lui : 

IL montre la direction, le chemin que nous devrions tous suivre.

En été, on est sur un public relativement âgé, familial, un public de camping, il faut donc une programmation festive. En contrepartie, il faudrait des soirées avec des DJ pour les plus jeunes, transformer la place centrale en grande rave party, c’est totalement envisageable, pas vraiment cher non plus. Il faut assumer la ringardise, il faut que Patrick Sébastien devienne le parrain de la ville.

Vous allez me dire que je me trompe mais finalement pas tant que ça. Il apparaît que si vous voulez réunir les familles, ce n’est pas avec du Booba que vous allez le faire, c’est avec les sardines, du Claude François, que même les gosses d’aujourd’hui connaissent, chantés par une grand-mère repris par un parent. Ils tiendront encore des générations qu’on aura déjà oublié les chanteurs d’aujourd’hui.

Si j’étais maire de Saint-Pierre, j’assumerai la ringardise de ma station et je prendrai le temps de me poser les bonnes questions, ou je lirai le blog de Cyrille BORNE, j’interrogerai les gens, les commerçants pour leur demander ce qu’ils en pensent. 

Nous sommes le 22 au moment où j’écris ces quelques lignes, et comme on ne manque pas d’humour chez moi, non seulement on vient de faire deux concerts, hier et avant-hier, et ce soir on tire le feu d’artifice pour clôturer la grande braderie de Saint-Pierre. 

J’ai acheté des torchons. OUI JE SUIS VIEUX !

Nous avons déjà un des plus grands marchés du coin, la braderie c’est une demi arnaque. En fait on prend le marché, on l’explose un peu plus et on rajoute quelques stands de plus pour donner l’impression de gigantisme. L’image que je me fais des commerçants d’ici, une partie en tout cas face aux touristes, c’est la caricature du bolchevique avec le couteau entre les dents, prêt à vous saigner à n’importe quel moment. Cela fait partie des pratiques que je ne supporte plus. Un gars vend des chaussures, ma femme s’approche, il lui dit qu’il a sa taille, elle lui dit qu’elle aurait bien voulu le prix. Et oui, l’absence de prix, pas d’étiquette, à la tête du client, on serait passé à 18 heures, ça aurait été peut-être moitié moins cher. Cette mentalité d’une autre époque à l’heure d’internet c’est n’importe quoi. Les forains n’évoluent pas, ils deviennent la caricature de leur profession, des produits de mauvaise qualité, vulgaires, tutoient les clients comme s’ils avaient élevés les cochons ensembles. Ce qui fonctionnait il y a 20 ans, qui donnait un côté exotique au sud de la France, ne fait plus rêver quand on achète un bermuda vendu 30 € pour une qualité déplorable face à la grande distribution qui le vend 12 pour une qualité irréprochable. 

Pour comprendre le grand n’importe quoi de cette journée, il faut que je vous explique la géographie de Saint-Pierre. Et avant d’attaquer la cartographie, un détail. Qui dit braderie, dit argent liquide, dit distributeurs, il n’y en a que deux à Saint-Pierre, il y en avait trois il y a quelques années. A 8h30 le distributeur de ma banque et accessoirement de tous les commerçants du village était vide, il restait celui de la poste, il y avait déjà plus de 30 mètres de queue devant …

Voici le plan très détaillé du village.

Derrière la Cyrille Zone et plus loin les hauts de Saint-Pierre, à savoir les gars qui se sont fait escroquer en achetant un truc trop haut sur la Clape.

L’idée de la braderie en fait c’est d’étaler tous les stands sur l’avenue principale. Regardez attentivement le plan ci-dessus. On a bloqué le début et la fin de l’avenue, si bien qu’on a bloqué l’accès aux parkings …. 

Comme je l’ai déjà écrit, Saint-Pierre est une véritable arnaque pour qui ne connaît pas le coin. Taillé en partie dans le massif de la Clape, le haut de Saint-Pierre est effectivement à 10 minutes à pied, si pour la descente c’est acceptable, pour la remontée avec la glacière, les gosses qui gueulent, les bouées en forme de licorne, tu le fais une fois et tu prends la voiture. C’est ce qui explique l’énorme turn over qu’on a sur le haut, les gens ont une vue magnifique sur la mer, mais sont tributaires de leur voiture pour en profiter. Faisons donc la synthèse. On a une forte population concentrée sur le haut, qui est globalement tributaire de la voiture, une forte population venant de Narbonne, des villages à côté, qui viennent profiter de la plage, surtout qu’on a franchi le cap des 35° ces derniers jours. On a un événement médiatisé, où l’on va accueillir du monde, et on se débrouille pour fermer les accès et à la braderie et à la plage. 

Exagération bornienne ? A 18h30 en remontant de la plage, moi le privilégié qui peut le faire à pinces, des voitures garées n’importe où, n’importe comment, des embouteillages. Ce soir à 22 heures passées, dans ma rue pourtant à sens unique, des klaxons de gens excédés coincés dans un Saint-Pierre saturé. 

On me rétorquera qu’avec les attentats, il est certain qu’on veut faire dans le secure, qu’on veut éviter une tuerie de masse à la voiture. Tout peut s’entendre, comme tout peut interpeller comme cet homme qui vend des couteaux sans protection, tous les modèles du Suisse au cran d’arrêt sur son étal à la portée de tous, ou celui qui vent les couteaux de bouchers qui coupent le métal. 

Il faudrait certainement se lancer en politique, proposer quelque chose, sans nécessairement viser la mairie, essayer d’en être de faire bouger les choses. Je profite d’ailleurs de ce billet spécial si j’étais maire pour saluer Denis Szalkowski dont on oublie souvent son engagement politique, en tant que maire justement, pour ne retenir que le troll libriste qui sait se faire des amis dans les milieux gauchistes auto-proclamés. 

Peut-être que tout ce qui précède est faux, qu’il s’agit d’un point de vue biaisé de celui qui regarde son monde par sa fenêtre. Je n’ai certainement pas toutes les cartes en main mais c’est mon constat de citoyen. Celui qui vit son quotidien dans sa commune, qui voit ses forces, ses faiblesses, qui aimerait que le bureau de poste survive, que les commerces prospèrent, que l’activité se développe.

Je remercie tous ceux qui ont lu ce billet, que j’ai pris du plaisir comme d’habitude à écrire et qui ne passionnera certainement pas les foules. Il peut vous paraître anodin, loin de vos préoccupations, moins rigolo que quand je trolle sur Linux et le logiciel libre et pourtant ce billet est aussi important que les autres, voir plus. En tant qu’homme de théâtre que je suis, j’aime planter mon décor, cela fait longtemps que vous le connaissez, mais j’aime vous donnez ses évolutions. Malheureusement et comme vous avez pu le comprendre, on n’est pas passé des décors carton-pâte à de luxueux effets spéciaux 3D, la scène continue de se dégrader, de vieillir, on espère juste que le théâtre ne fermera jamais ou que je serais mort avant que cela se produise.