Saint-Pierre la mer, élections 2020

04/08/2019 Non Par cborne

Les enfants sont partis en colonie pour apprendre à vivre avec un simple couteau et creuser un trou pour faire caca, peut-être le manger s’ils ont vraiment faim. Forcément on en profite pour aller au restaurant. Comme nous sommes des gens fidèles et que nous essayons de favoriser les gens qui se bougent, c’est-à-dire qui travaillent à l’année, nous sommes allés dans notre restaurant qui est ouvert à l’année et qui se bouge.

Quelle désagréable surprise ! Alors qu’à l’année tout est fait maison, y compris les frites, il apparaît que c’est du surgelé qui a été mis dans nos assiettes. De la bonne vieille frite bien dégueulasse industrielle comme je l’aime. Le patron n’a pas changé, je pense que la cuisine n’a pas changé, j’ai malheureusement envie de croire que face à l’affluence des touristes on fait dans la solution de facilité et qu’on file de la merde au touriste. Il faut comprendre que le calcul est simple. Hors saison, on ne peut pas se permettre de servir n’importe quoi parce que ce sont des gens du coin. On est forcé de travailler sa réputation, taillée de bouche-à-oreille. Pendant la saison, la station qui passe de 1500 pèlerins à 40000 selon la police, je pense que c’est plutôt 30000 aujourd’hui, il faut assurer un maximum pour s’en mettre plein les poches.

Je suis à même de comprendre qu’avec une multiplication du nombre de couverts dans cette période qui doit être de l’ordre de 10 par rapport à l’année, il est certainement difficile de se coller à de la patate maison, on peut l’entendre. Néanmoins tout ceci a un prix, car faire de la merde ça se paye. Je retenterai peut-être ma chance hors saison ou je ne le ferai pas, je n’estime pas que je suis meilleur qu’un touriste. La pratique est tellement mauvaise que la confiance est écornée.

La méditerranée voit sa fréquentation en baisse, 8%. Pour se rassurer on parle d’un effet canicule, ce qui expliquerait que les gens soient partis en Normandie, ses pâturages et ses prairies. Curieux raisonnement quand on sait que sur la seconde vague de canicule, l’Hérault et les P.O faisaient parti des rares départements en vert. Et si on sortait la chaleur pour se rassurer, pour oublier que le véritable problème de fond, c’est que la méditerranée c’est un attrape touristes qui ne se remet pas en question malgré le recul chaque année, malgré la concurrence de l’Espagne.

Éviter la méditerranée, conseil numéro 1

Cette année à Saint-Pierre c’est encore plus marquant que les années précédentes. On doit avoir le plus gros marché de l’Aude, et l’un des plus gros de la côte, et pourtant cette année le nombre d’exposants me paraît en nette diminution. Qui a encore les moyens d’acheter un maillot à 40 € qui va faire à peine l’été ? Qui peut encore payer 8 € la glace industrielle en poudre ou le dernier gadget pourri made in China ? Notre clientèle est déjà pauvre, même nos parkings sont gratuits c’est dire, on n’est pas le deuxième département le plus pauvre de France pour rien, elle est de plus en plus pauvre et consomme de moins en moins.

Par le fait, je compte au moins quatre restaurants à la vente, et pas forcément pour des problèmes de contexte économique mais parce que le mot restaurant est certainement trop fort quand il ne s’agit que de mangeoires. Que reste-t-il donc à Saint-Pierre la Mer ? L’espoir d’un changement, d’un changement qui devient urgent avec les municipales de 2020, pour le meilleur et pour le pire.

Quand nous sommes arrivés à Saint-Pierre, en 2013, pour des élections en 2014, vous vous doutez bien qu’avec les travaux monstrueux dans la maison on avait quand même d’autres chats à fouetter que de s’intéresser à la politique locale. Nous avons voté Guy Sié qui était déjà le maire en place et qui symbolisait une forme d’immobilisme rassurant.

Si vous lisez mon histoire, vous savez que nous étions propriétaires d’un appartement depuis 2003 pour nous installer en 2013 à l’année, et force est de constater que rien n’a changé ou presque. Faut-il que tout change ? Faut-il que tout devienne dynamique, du mouvement permanent ? Non, pas pour nous, c’est pour cela que nous avons choisi de poser notre bagage ici, loin des projets immobiliers qui dénaturent la côte avec des immeubles de dix étages, des cages à poules pour touristes. Saint-Pierre est un cadre vraiment familial, une plage calme où même les adolescents se soumettent et ne mettent pas leurs enceintes Bluetooth à fond pour écouter du PNL. Ici c’est l’enfant qui est roi, l’enfant qui fait des pâtés et qui s’amuse. Pourvu que ça dure.

Au départ on était plutôt content d’un Saint-Pierre qui ne bouge pas. Aujourd’hui on a la sensation qu’il ne se passe rien, que ça décroît, qu’on se contente de luter contre les éléments, de subir, de survivre. Des employés municipaux débordés, à gérer les inondations, la neige, les tempêtes, les routes défoncées, il faut dire que dans l’Aude on n’est pas gâté ces dernières années. La situation se dégrade, et le malheureux Guy Sié qui a l’air d’un homme honnête est dans une situation délicate, que personne n’envie, enfin pas moi. Pas un village mais trois avec les cabanes de Fleury, Saint-Pierre et Fleury étendus sur des kilomètres avec des caractéristiques différentes. Des routes de partout, l’embouchure de l’aude à gérer, c’est compliqué. J’ai déjà raconté l’histoire de la bulle de Saint-Pierre, une broutille à 10 millions d’euros, il manque des moyens pour dynamiser le coin qui a pourtant un fort potentiel.

Je pense, mais c’est certainement une vision biaisée, du fait de vivre à l’année, que désormais on ne peut plus compter uniquement sur le tourisme de masse qui n’a plus un rond, qu’il faut viser un tourisme qui s’étale désormais sur une période plus longue, qu’il faut prendre en compte le facteur qualité sans pour autant négliger les couches populaires. Mon dernier point est assez fondamental, nous avons un camping municipal où des gens viennent depuis des décennies, à l’image de Saint-Pierre, des vieux, des gosses et des familles, quand on voit comment ça tourne chez le voisin Narbonne plage avec la privatisation, on a tout intérêt à conserver cet état d’esprit. Il faut par contre en finir avec la merde, rehausser la qualité, proposer certainement d’autres choses, et malheureusement je pense que quel que soit le pouvoir politique en place, tant qu’on aura cette mentalité catastrophique dans le sud qui consiste à rincer le touriste, ça ne pourra pas aller mieux.

La politique ici c’est compliqué. Et quand je dis que c’est compliqué vous pourriez me dire que c’est partout pareil, vous n’auriez pas tort. Néanmoins quand on se dit qu’un documentaire de 1h30 a été réalisé sur les élections de 2008, on se dit que ça doit être suffisamment salé pour qu’on puisse en faire un documentaire.

Ce documentaire est disponible sur le site de l’INA, je l’ai acheté 2.99 €, il n’a bien sûr pas d’intérêt pour vous, mais pour moi c’est une façon d’entrer dans la compréhension de l’univers politique de mon village qui m’est totalement inconnu. Les petites vacheries, des personnages haut en couleur avec de gros accents, en guest star Georges Frêches, du Pagnol. Une véritable histoire, quand on découvre que la quasi-totalité des gens qui se présentent étaient à l’école ensemble, des enfants du pays comme ils aiment à le dire.

Douze ans plus tard, on pourrait imaginer que la politique de papa c’est terminé et que désormais on a des gens responsables, investis. Je crois fort dans les municipales, parce qu’il s’agit d’élections locales dans une époque de contraction où l’on a tendance justement à relocaliser. Des gens qui ne faisaient pas de politique, qui ne font d’ailleurs pas de politique dans le sens où nous l’avons connu, Chirac, Mitterrand, gauche, droite, une politique qui ne veut plus rien dire, se lancent parce qu’ils pensent qu’il est temps de prendre ses responsabilités quand les vieux partis n’ont plus les cartes. L’intérêt collectif et pas l’intérêt individuel, la source même de ce que devrait être l’engagement politique. Je pense à l’initiative de Nicolas Lœuillet que nous connaissons tous pour ses développements de Wallabag et qui est devenu maire du village de Rinxent.

La campagne est clairement déportée sur Facebook, on a vu la puissance du réseau social avec les gilets jaunes, il sera au cœur de cette campagne. On assiste à des trucs qui me font personnellement halluciner. Il est apparu une page d’information sur notre village / nos villages, une page réussie qui permet de connaître l’intégralité des événements qui se déroulent dans le coin. Vous savez que c’est mon utilisation personnelle de Facebook, savoir ce qui se passe à côté de chez moi. On ne sait pas qui écrit, et de façon subreptice la page de temps-à-autres défonce plus que dénonce la municipalité en place. Je vous donne un exemple :

Il ne s’agit pas du message original. Le voici :

J’ai réagi pour dire que c’était un peu facile de tirer sur l’ambulance, Saint-Pierre à l’heure actuelle est une véritable poubelle, et que nos malheureux employés municipaux ne peuvent pas être partout. Oui, si effectivement le touriste est pris pour un pigeon, il nous le rend bien en laissant notre village comme une véritable poubelle. Les pauvres gars quand on voit le boulot qu’ils font pendant les inondations, avec une si petite équipe, il est trop facile de jeter la pierre. Le message original a été modifié, comme certains posts à polémiques ou attaques personnelles, mais il y a derrière cette page anonyme, certainement un politique qui se cache. Petites pratiques d’un autre âge avec des moyens modernes. Et aux attaques, les politiques en place de répondre, la place publique est désormais déplacée sur l’internet. Rajoutons un peu de faux comptes, un peu de diffamation et on pourrait faire « un village en campagne 2.0 »

N’allez pas vous imaginer un engagement quelconque de ma part, j’essaie juste de m’intéresser à ma vie locale. Nos pouvoirs sont aujourd’hui limités dans notre démocratie. Le pouvoir de consommer, peut-être plus fort que le bulletin dans l’urne, mais le bulletin tout de même surtout pour des gens qui partagent de façon théorique notre quotidien. On n’évoque pas ici les repas aux homards, les utilisations de jets privés pour aller voir le tour de France, ou tout simplement Paris, si loin de tout.

L’engagement politique, je trouve formidable que des gens y aillent, des gens de ma génération en plus, convaincus qu’ils peuvent apporter quelque chose aux populations. Je ne fais pas partie de cette trempe d’individus, je reste simple observateur de mon lieu de vie, de mon époque.