Rentrée 2017

01/09/2017 Non Par cborne

Qu’est ce que tu as fait pendant les vacances, moi je n’ai pas changé d’adresse. Il est huit heures au moment où vous lirez ce billet, je suis à ma réunion de pré-rentrée.

Nous voilà donc repartis pour une année de plus, en juillet 2018 j’aurai 15 ans de métier au compteur ce qui fait de moi de façon théorique un enseignant qualifié. L’été aura été propice à la refonte de certains cours, nivellement vers le bas pour mes classes de collège, encore et toujours. J’ai continué à faire propre au niveau de l’informatique du lycée, il en reste encore, cela fera partie de mon lourd programme de cette année à venir, on y viendra plus loin.

Deux mois globalement chez moi, on ne va pas se plaindre, quand certains font 1000 km pour venir sur ma plage et payer 800 € la semaine, je ne peux que me sentir privilégié, Saint-Pierre la mer c’est un peu les vacances toute l’année.

Si je devais synthétiser la météo en une photo, ce serait ça :

La plage au mois de juillet à 17 heures. Il aurait fallu faire une vidéo pour comprendre, le vent, le vent dans l’Aude de plus en plus présent. Les commerçants font grise mine, je pense qu’il ressortira de cet été une mauvaise période touristique et pas seulement pour des problèmes de météo. La grande majorité des gens étaient des locaux, la plage conserve son attrait, il fait chaud, on vient se baigner, mais moins pour les gens venus de loin. Ce ressenti, un article de presse sur la cité de Carcassonne le conforte, le tourisme change et de façon paradoxale pour du tourisme de masse, le touriste est aujourd’hui prêt à payer davantage pour un produit de qualité, pour une réputation. Des commerçants évoquent leur difficulté, quand d’autres plus chers expliquent que cela fonctionne car le produit est du terroir, un label, une reconnaissance. Il sera difficile de vendre à l’infini des épées en plastique made in China, de mépriser le touriste, le lot bien connu de ceux qui nous visitent dans le sud de la France. A Saint-Pierre c’est similaire, quand certains restaurants ont des terrasses qui sont à moitié remplies, on fait la queue devant d’autres pour avoir une table. L’assiette est certainement précurseur sur les tendances, si aujourd’hui nous sommes de plus en plus dans la recherche de qualité pour notre alimentation, il est fort à parier que d’autres domaines seront concernés. L’informatique arrivera en dernier car bien trop complexe à appréhender, il faudra juste espérer qu’elle n’arrive pas trop tard.

L’article explique la désaffection du touriste étranger, on ne peut nier que le contexte de terrorisme n’aide pas. Je vous écris ce billet, il y a une heure à peine, j’étais à la boulangerie, un soldat fusil famas à la main achetait ses croissants, l’image prête à sourire, la réalité et la menace présentes moins. Nous avons pu assister à deux concerts importants à Saint-Pierre la Mer, la venue du chanteur Amir que je ne veux pas connaître et celle de Chico et les Gypsies. Des blocs de béton pour bloquer les rues, du grillage pour quadriller la place, la fouille systématique des sacs, tous les éléments pour nous rappeler que la France est en guerre sur son propre territoire.

Il y a certainement une question qui vous brûle les lèvres, ne le niez pas, pourquoi Chico et les Gypsies un nom de groupe qui fait penser à Hélène et les garçons, et pas les Gipsy Kings ? Il se trouve que Chico, a quelque peu tenté de déposer la marque des Gipsy Kings à l’insu des autres membres du groupe qui sont tout de même les membres de sa belle famille. Je vous invite à lire les pages de Wikipedia, c’est passionnant, l’homme a même vu son frère assassiné par le Mossad qui s’est trompé avec un terroriste. Il n’en reste que sur scène la performance est impressionnante, du fait d’être Nîmois et d’avoir été marqué au fer rouge par mes années de Féria à la guitare sèche, je suis peut-être un peu de partie pris. Depuis juin 2017, Chico a renoué des liens avec ses beaux-frères, si bien que deux d’entre eux étaient présents au concert, on avait donc Chico et les Gypsies et les Gipsy Kings.

J’ai trouvé cette vidéo sur le net, le son ne rend pas vraiment honneur mais ne serait-ce que pour avoir le Joss51 qui se contorsionne, ça vaut le coup

C’était un bon concert même si je regrette certains égarements comme les reprises des années 80, chanter du Gold en version hispanisante, j’ai du mal, j’aime le Gi(y)ps(i(y) quand il est hardcore à la guitare Andalouse. Triste génération tout de même que celle de nos enfants qui n’auront connu que la chanson jetable, la personne jetable. Les vacanciers quelle que soit leur origine, leur âge, étaient capables de reprendre en coeur des chansons vieilles de trente ans. Qui chantera encore du Rihanna ou du Justin Bieber dans dix ans quand Patrick Sébastien sera encore présent dans tous les mariages de France et de Navarre, pas forcément pour notre plus grand bonheur à tous.

Donc ma quatorzième rentrée

C’est une période que je n’aime pas. Il ne s’agit pas d’une appréhension quelconque liée aux nouveaux élèves, mais je suis gêné par deux choses. Les retrouvailles avec mes collègues, les ratés. Je fais partie des gens qui ne décrochent pas, on le sait, j’ai dépanné mes collègues secrétaires qui n’étaient pas en vacances à distance, je prépare la mise en place de l’appel électronique avec mon CPE, dimanche dernier, je suis au travail. Il s’agit d’un choix personnel, je respecte de la même manière les gens qui coupent totalement avec le travail. Alors en ce premier jour de rentrée quand je suis déjà au travail depuis un moment, voir le grand déballage des vacances des uns et des autres, les photos de vacances, c’est beaucoup trop pour moi. On pourrait me qualifier d’impoli, je ne pose jamais la question du comment ça va, des vacances, car je n’attends pas de réponse et c’est mon droit. Si j’avais voulu me tenir au courant, je suivrai leur facebook ou j’aurai pris des nouvelles. Je fais la distinction entre le collègue de travail et l’ami, le collègue de travail, c’est une relation de travail, être courtois ne m’oblige pas à l’hypocrisie, je vais au travail pour travailler, pas pour me faire des copains.

On se rend compte à chaque rentrée qu’il manque quelque chose, et ce quelque chose c’est certainement une préparation d’une semaine avant la rentrée des classes, ce n’est pas dans la réunion de pré-rentrée qu’on fait les choses, on devrait les finaliser. Si avec la météo caniculaire, c’est une hérésie de faire un face à face élève, du temps de préparation supplémentaire des enseignants en concertation est un manque palpable de notre profession. Comme chaque année, je découvrirai à la rentrée que certaines choses ne sont pas faites, qu’on aurait pu me mettre au courant en amont ce qui ne m’aurait pas posé de problème malgré la période de vacances et se retrouver dans la situation qui devient pour moi insupportable : l’urgence.

L’urgence a commencé l’an dernier à la même période quand on a appris que ma femme devait se faire opérer relativement en urgence. Je ne vous dirai pas pourquoi car ce n’est pas ma vie privée mais la sienne, ce qui est certain c’est qu’il s’agit d’un impondérable, de quelque chose qui nous est tombé dessus. C’est ainsi qu’il faut distinguer deux urgences. L’urgence qui fait que si on ne vous conduit pas à l’hôpital vous allez mourir, l’urgence qui est devenue une urgence par néglicence quand quelques mois auparavant on pouvait traiter le problème. L’enseignement est imprégné d’un laxisme omniprésent, si bien que de nombreux points finissent par devenir urgent alors qu’il aurait été simple de les gérer s’ils avaient été pris à temps.

Aborder une nouvelle année scolaire pour un enseignant, c’est l’équivalent du premier de l’an pour le simple quidam, on prend des bonnes résolutions. L’enseignement a aussi cette spécificité, on choisit son personnage, on choisit qui on veut être face aux élèves, aux collègues. On remet les compteurs à zéro, tout devient possible si bien sûr on a la capacité de chasser un naturel qui revient souvent au galop. Dans ces bonnes résolutions, je vais travailler à refuser l’urgence des autres, une urgence qu’on essaie souvent de faire croire qu’elle est mienne. Du fait de ne plus être professeur principal, je ne serai plus l’esclave de mes élèves et de leur famille à devoir répondre dans l’urgence, à envoyer le document qui va bien dans la minute quand il avait déjà été distribué trois fois. Reste désormais à gérer l’urgence des adultes, un travail à faire sur moi avant tout, les demandes à partir du moment où on est compétent dans un domaine comme l’informatique, finissent toujours par se presser au portillon.

L’année à venir n’est pas simple. La différence c’est que je le sais déjà. Mon épouse qui fait une quarantaine dont elle se souviendra pendant un moment, doit se faire à nouveau opérer. Mon fils sera dans son année de troisième avec le DNB et l’orientation, il devrait aller vers une seconde générale. Quinze de moyenne sur le papier, avec une présence familiale qui ne lui laisse aucun autre choix que de faire ce qu’il y a à faire, mais la motivation n’y est pas. La motivation n’y est d’ailleurs pour rien à part pour l’amusement. Ma fille entre en classe de cinquième, 16 de moyenne à l’année, des félicitations pour les trois trimestres, je suis inquiet. La sixième a été rattachée au cycle 3, elle est donc officiellement une prolongation du CM1 et du CM2, du primaire avec des professeurs de collège. J’ai peur que le pallier de l’entrée au collège soit désormais déporté sur la classe de cinquième. Ma fille est volontaire, sérieuse, et si ce 16 de moyenne peut paraître très bon, je connais son niveau et ses difficultés, elle aura besoin de toute notre attention.

Le choix de la photo n’est pas anodin, marié deux enfants représente la cruauté à l’état pur dans une famille, une caricature. Néanmoins pour l’avoir vécu, il faut savoir qu’à cet âge là, les enfants n’ont pas de pitié. Dans l’adversité, malade, ce n’est pas leur problème, ils cherchent la faille. Vous pourriez imaginer que je retombe dans mes vieux démons de l’aigreur, malheureusement c’est l’expérience qui parle. De mes propres enfants bien sûr, mais aussi des autres, qui font monter les enchères entre les parents divorcés pour obtenir le plus beau téléphone, celui qui met la plus grande mise sur la table remporte la garde parentale.

L’histoire nous a appris qu’on ne peut pas être présent sur tous les fronts, Hitler, Napoléon et même Cyrille BORNE en ont fait les frais. La volonté de refuser la responsabilité de professeur principal n’était pas anodine, il s’agit de pouvoir faire le mieux possible. Si demain, je me rends compte que l’informatique est aussi un problème, alors j’abandonnerai aussi la charge car être au côté des siens, c’est cela la seule et véritable urgence.