Refuser l’immédiateté

16/08/2017 Non Par cborne

Nous sommes dans un monde qui va vite, et c’est bien logique, aller vite empêche de réfléchir ce qui est particulièrement profitable aux sociétés qui cherchent à nous pousser à l’achat compulsif. Pas que la consommation, au puis au niveau de l’information, de la recherche, de l’innovation, le premier arrivé est certainement celui qui tirera le plus de bénéfice, nous vivons dans une société qui nous apprend à aller vite. Il est impératif de sortir de ce modèle, voici un exemple parmi d’autres.

La photo dite de l’homme à la pelle en slip a fait le tour de l’Internet, il s’agit d’un retraité qui avait chassé des militants de la ligue de protection des oiseaux de façon violente, ce qui lui a valu une peine de 800 € d’amende. Il est évident qu’un homme en slip avec une pelle fait rire tout le monde, et l’Internet s’en est emparé, l’image a été détournée pour devenir ce qu’on appelle un « meme ». Je vous laisse chercher les différentes images détournées, c’est souvent très drôle sauf bien sûr pour le pauvre homme moqué, j’aimerai qu’on s’arrête sur celle-ci.

Ce sont des émeutes qui se sont produites dans le stade Vélodrome de Marseille, Olivier Mazerolle journaliste réputé demande à Stéphane Le Foll alors représentant du gouvernement, comment un homme armé d’une pelle a pu entrer dans un stade. Le journaliste doit être le garant de la vérité, doit vérifier son information et pourtant on se retrouve avec un mauvais gag présenté à un ministre par un journaliste politique de renom. On pourrait dire que c’est un cas isolé, les erreurs de ce type sont désormais courantes, car il est important d’être le premier sur l’info même si pour cela on s’accorde désormais le droit de se tromper.

Si les journalistes, professionnels de l’information se permettent ce genre d’égarements, comment le simple quidam peut-il ne pas reproduire les mêmes erreurs ? Malheureusement, nous les reproduisons, formatés par notre quotidien : twitter, facebook, BFM TV, tout est conçu pour aller vite, pour être immédiat. Pourtant, libre à nous de ne pas les reproduire, il suffit tout simplement … d’attendre. Sans tomber dans le c’était mieux avant, ma génération a connnu une époque où l’information n’arrivait pas toute suite. J’ai grandi avec la télévision, c’était le journal du matin, le journal du midi et du soir, si bien que vous aviez des tranches de plus de six heures sans savoir ce qui se produisait. Le journal d’ailleurs télévisé était d’ailleurs un moment sacré, nous découvrions en famille ce qui se produisait dans le monde. Si l’on prend la génération de mes défunts grands parents, avant la télévision, c’était le journal quotidien, une dose unique d’informations par jour. Est-ce que le monde fonctionnait plus mal ? Est-ce que les gens étaient plus malheureux ? Certainement pas, peut être même au contraire. La masse d’informations, cette infobésité, c’est nous qui nous l’imposons, libre à nous de ne pas regarder en boucle le journal télévisé, de s’octroyer un temps pour consulter les nouvelles, avoir fait le choix de ces nouvelles.

S’affranchir de l’immédiateté n’est pas suffisant, notamment lorsqu’on s’intéresse à un sujet précis ou lorsqu’on passe de l’état de consommateur d’informations à celui de producteur. Il est nécessaire de multiplier les sources. Si un adulte va avoir le réflexe de regarder plusieurs sites internet, parfois même un livre ou une revue, chez le jeune, quelle que soit la question, la réponse immédiate c’est : Wikipedia. Cet état de fait s’explique assez simplement, le jeune est impatient, ne prend pas le temps de chercher car il veut une réponse immédiate et il sait que Wikipedia balaye de très nombreux sujets. A cela s’ajoute aussi une pensée sous forme d’applications où la diversité n’a plus réellement sa place. La communication pour le jeune se résume à deux ou trois réseaux sociaux au plus, quelques sites de jeux vidéos, si bien que dans les sites pour le travail, Wikipedia lui paraît suffisant. Il ne s’agit pas de blâmer Wikipedia qui est victime quelque part de son succès, mais simplement de regretter qu’aujourd’hui tout ce qui est écrit dans Wikipedia est acté comme vrai. Et pourtant si l’on connaît la mécanique du site, n’importe qui peut contribuer à Wikipedia, ce qui fait sa force, y compris quelqu’un qui aurait le désir d’orienter une page dans un sens ou dans l’autre. L’éducation aux médias se doit de réserver un chapitre pour Wikipedia, son fonctionnement, mais on doit aussi faire entendre que toute recherche prend du temps, qu’elle ne se limite pas qu’à un seul site mais bien à un travail de croisement de plusieurs sources différentes.

Et la question qui en découle, faut-il devenir paranoïaque de l’information, faut-il tout remettre en cause ? La réponse est plus nuancée que l’affirmative ou la négative. Même les sources les plus fiables aujourd’hui, sont tentées par l’immédiateté, si bien que si certaines sources sont souvent très rigoureuses, elles peuvent pourtant se tromper. Le plus important certainement c’est d’acter une nouvelle, d’y réfléchir, la pondérer mais en aucun la redistribuer de façon immédiate car ce serait contribuer à la désinformation. Voici une vidéo qui me paraît particulièrement pertinente à diffuser pour les plus jeunes, elle est assez percutante, les deux journalistes en ont faites d’autres du même niveau.

L’instantanéité c’est aussi ça :

Vécu à domicile par mon épouse. Elle utilise une tablette Windows, le navigateur par défaut Edge, n’embarque pas de bloqueur de publicités, son moteur de recherche est Bing, moteur de Microsoft. L’instantanéité, c’est à dire ne pas prendre le temps de lire que l’adresse indiquée n’est pas le bon coin l’emmène dans un site qui relève de l’escroquerie. Testé sur Linux, la page indique qu’il y a un virus sur l’ordinateur ce qui est faux, vous invite à téléphoner à un numéro certainement surtaxé. L’immédiateté poussera des personnes à céder à la panique, à composer ce numéro de téléphone et perdre de l’argent. Voyez tout de même ici que sur le même principe qu’un journaliste qui ne cherche pas à vous nuire mais donne une fausse information, Bing, moteur de recherche de Microsoft est responsable car son service publicitaire accepte toutes les propositions sans forcément les vérifier. Les premiers liens sont sponsorisés, les propriétaires de ces sites ont payé Bing pour apparaître en premier, on peut supposer que les frais engagés seront largement remboursés avec les pigeons qui seront tombés dans le panneau.

Dans la même veine :

Les deux premiers sites où il apparaît annonce, ne sont pas le site officiel qui apparaît en troisième position. On est sur un principe similaire à celui du site du boncoin, l’internaute va installer un programme qui est peut être Libreoffice mais dont l’installateur contiendra des virus. Sans surprise la machine se mettra à afficher des messages d’erreurs ou annoncer qu’il y a un virus sur l’ordinateur et demander d’acheter un antivirus, un faux malheureusement.

La très grande majorité des infections virales sont à l’origine des utilisateurs trop pressés pour prendre le temps de lire, de se renseigner, ils veulent tellement leur logiciel immédiatement qu’ils perdront un temps infini et certainement de l’argent pour récupérer une machine fonctionnelle, preuve que le temps c’est de l’argent 🙂

Il y avait cet excellent documentaire paru il y a quelques années, l’urgence de ralentir, qui expliquait que le monde ne pouvait plus fonctionnait à toute vitesse, et qu’on allait droit dans le mur. Ce ralentissement salutaire doit commencer par nous. Si demain les audiences de BFM TV s’effondrent, cela voudra dire qu’il s’est passé quelque chose, que les gens refusent ce gavage à toute vitesse d’informations, qu’il faudra alors donner moins mais certainement mieux.