Rat des villes, rat des champs

09/11/2018 Non Par cborne

J’évoquais ma promenade à Toulouse, le rejet de la ville, j’y ai certainement trop vécu, puis trop à la campagne aussi pour y trouver un attrait quelconque. Je lisais le billet de utux sur la ville de Nantes qui a pourtant gagné la palme de la ville où il fait bon vivre, des embouteillages, des loyers de folie, du bruit et de l’odeur, le bruit du marteau-piqueur. Quand on passe un certain âge on se rend compte qu’on a besoin d’autre chose, des arbres, de l’espace, du calme, pas le bruit des klaxons.

Vivre à la campagne, je peux en parler, huit ans dans le Cantal au milieu des vaches, un an à Olargues, un an à Roujan, ma sixième année à Saint-Pierre. Campagne égale voiture, c’est une équation simple, inévitable ou presque. Je reste un cas particulier du fait de faire 100 kilomètres par jour pour le travail, mais à part une collègue dont le mari travaille sur Béziers, et qui a fait le choix de renoncer à une voiture, nous avons tous deux véhicules ou plus.

Le discours sur l’écologie, on peut l’entendre, on peut même sourire quand on dit qu’on ne veut pas taxer le travail, on peut surtout pleurer quand des hommes politiques tiennent ce discours qui marque le mépris, l’incompréhension ou l’hypocrisie de haut vol.

Les années passent, pourtant tout est toujours à sa place, plus de bitume donc encore moins d’espace, vital et nécessaire à l’équilibre de l’homme, non personne n’est séquestré, mais c’est tout comme

Si les gens s’installent à l’extérieur des villes, des villes touristiques qui vendent les appartements les mieux situés pour faire du Airbnb, où l’on a le droit de vivre dans un placard sans espace vert, placards qui désormais s’effondrent, où il faut subir les embouteillages, les épiceries de quartier qui coûtent un bras, l’insécurité, il y a peut-être de bonnes raisons pour cela. Si les gens prennent la voiture, c’est qu’on ne peut pas tout résoudre par le covoiturage, que les transports en commun ne sont pas suffisants comme j’ai pu le vivre à Toulouse et ses parkings saturés. Si les gens prennent la voiture, ce sont des citadins à la recherche de gros supermarchés pour éviter de payer un bras au centre-ville, ces mêmes citadins à la recherche d’air pur loin de la pollution urbaine qui quittent cette très chère ville à la moindre occasion. Ils croisent les villageois parce que la campagne on la saigne de ses services publics, de ses écoles, de ses médecins, lorsqu’on veut étudier, qu’on veut se cultiver, qu’on veut se soigner, il faut aller à la ville. Aujourd’hui, vivant à moins de 20 km de son établissement scolaire, mon fils fait plus de 2h30 de transport par jour. Transport en commun qu’ils disaient ? Paradoxe donc que ce chassé-croisé de gens qui cherchent ce que l’autre a.

L’argument du pollueur payeur, je l’entends, l’injustice réside dans une certaine hypocrisie, expliquer que c’est le gouvernement qui fait baisser la taxe d’habitation, qui diminue l’impôt pour aller taper là où ça fait mal. Monter les taxes de la voiture quand les transports en commun ne répondent pas à la demande, quand la voiture électrique coûte une véritable fortune pour une autonomie insuffisante, c’est ici que se trouve l’injustice. Il est impossible de comprendre, de rationaliser, la sensation d’être pris pour un imbécile est trop importante.

Si je fais abstraction de mon choix de vie, à savoir vivre loin de mon lieu de travail, quand bien même je travaillerai sur Narbonne, à 20 km, je n’aurai pas les moyens d’investir dans un véhicule électrique, ces appareils qui ne sont pas vraiment prêts, je n’ai pas les moyens de mettre 30.000 € sur la table pour essayer l’écologie. Une voiture électrique qui pose quand même quelques interrogations sur les batteries, dans quelques années certainement un scandale pour réaliser qu’en fin de compte, le diesel n’était pas si dégueulasse.

Comment le gouvernement veut-il que le français interprète la taxation sur le carburant ? On ne roule pas par plaisir, on roule pour travailler, on roule parce qu’on n’a pas d’autre choix que de rouler, que les transports en commun ne sont pas suffisants, que les technologies propres ne sont pas au point. La sensation éternelle de prendre l’argent où il est, sur les bases d’un motif hypocrite, sauver la planète. Je ne dis pas que l’argument n’est pas recevable, je dis juste que la transition est trop brutale, mal préparée, que si la cause est bonne, la façon de faire est tellement mauvaise que la pédagogie ne peut pas faire son œuvre. 

Le problème de notre société consumériste et c’est ici la stupidité du raisonnement des ministres qui se succèdent, on explique qu’on préfère mieux ne pas taxer le travail. Si la facture d’essence monte de façon drastique, les gens rouleront moins car c’est cher, et consommeront moins. Les entreprises qui utilisent des transporteurs, on pense par exemple à l’ensemble des cybermarchands, vont répercuter la hausse du coût des carburants chez le client. Que dire des gens qui sont dans le service à la personne et qui font des kilomètres au quotidien pour aller chez les gens ? Dans notre territoire si vaste, si morcelé, toucher au prix du carburant c’est toucher à l’économie, au monde du travail, certains perdront indéniablement le leur du fait de ne plus pouvoir payer leur véhicule.

Olivier Besancenot a dit :

Le comble du comble, c’est qu’on vit dans un monde où ceux qui gagnent 150.000 euros par mois en exploitant les autres arrivent à convaincre ceux qui vivent avec 1500 que la cause de leur problème sont ceux qui vivent avec 2000 ou avec 500

En lisant certains commentaires d’articles sur le sujet, je conçois que pour un citadin c’est difficile de comprendre. J’ai vu des gens écrire qu’il fallait arrêter de se plaindre, qu’il fallait vivre à la ville. Les actions qui seront menées par les gilets jaunes en la date du 17 novembre ne seront pas comprises par tout le monde. Pour certains il est légitime de payer notre mode de vie, arrêter de vivre dans des lieux isolés pour pouvoir bénéficier d’un réseau de bus, de transport, pouvoir faire du covoiturage. Rassurez-vous on y vient, et on finira par en payer les conséquences. On oublie que les lieux reculés, les terres, c’est l’agriculture. Il faut que les campagnes survivent, il y va de notre survie à tous, il y va de notre indépendance alimentaire, de la souveraineté de notre assiette.

Besancenot a raison, nos gouvernants nous divisent, la campagne contre la ville, prennent les mauvaises décisions et par un tour de passe-passe, réussissent à nous faire croire que les décisions prises hier pour inciter les gens à acheter du diesel sont de la responsabilité des gens qui sont passés avant. Peut-être, et pourtant quand on voit parfois à certains endroits le manque de renouvellement de la classe politique, avec certains maires qui sont en place depuis trente ans, il est un peu facile de se dédouaner et d’oublier qu’on en était. Ces mêmes maires qui ont donné l’autorisation pour construire des centres commerciaux, l’impôt ça rapporte, ces temples de la consommation qui ont achevé le petit commerce, qui ont tué les villes et les villages. Dès lors, la concurrence de l’internet, cet internet qui tue tout a bon dos, et c’est pour lutter contre cette concurrence déloyale qui tue nos petits commerces déjà tués depuis des décennies à coup de plans de circulation catastrophiques et de supermarchés qu’on va taxer chaque colis payé sur internet de 1 €.

Paradoxe, l’internet permet d’éviter de sortir sa voiture, de faire des kilomètres quand on habite la campagne et qu’il n’y a plus de petits commerces, cherchez l’erreur. L’automobiliste paiera parce que l’automobiliste est payeur. On ne lui proposera pas de solution, il paiera quand même car tout ceci n’est qu’une simple histoire d’argent, pas d’écologie. Chauffer le palais de l’Élysée ça ne doit pas être franchement écologique, mais l’écologie ne tient pas face au symbole, celui de la grandeur de la France et de ses vieux bâtiments qui claquent.

Roger Gicquel a dit la France a peur. Dans chaque discussion avec les collègues quand on évoque le changement de voiture, c’est la conservation de son véhicule actuel qui revient dans toutes les bouches. Avec un contrôle technique qui varie, qui se durcit, un prix des carburants qui ne fait qu’augmenter, des voitures hybrides ou électriques qui ne donnent pas satisfaction, on ne va pas déclencher une transition mais de l’attentisme. La France montre une fois de plus qu’elle n’est pas le pays de la grande réforme, mais celle de la mesurette, celle de l’incompréhension, celle du paradoxe. On ne s’étonnera pas dès lors d’apprendre qu’on envisage de réduire de façon drastique le prix du permis de conduire, en déléguant le passage du code de la route aux lycées parce qu’il est bien connu que l’école est là pour guérir tous les maux du monde, l’école éduque, apprend à faire les lacets, torche les fesses, apprend à ne pas dire de gros mots, l’école remplace les parents, l’école apprend à conduire. Il a bien raison Macron, ne taxons pas le travail, retirons le pain de la bouche des auto-écoles pour avoir davantage de conducteurs qui n’auront pas les moyens de se payer un véhicule à 40000 € ou qui rouleront dans un diesel d’occasion payé une paille. Pauvre France.