Quelques réflexions hautement philosophiques sur le fait qu’on va tous mourir

03/11/2019 Non Par cborne

Je pense que sans se tromper on peut dire que les GAFAM ont gagné la guerre. En fait, c’est pire que ça, c’est presque l’ancien monde qui a gagné la guerre. Peut-on vraiment assimiler les GAFAM à l’ancien monde, pas vraiment, Facebook est bien plus jeune que TF1 pourtant c’est le même état d’esprit : une société pleine de pognon qui veut diriger le monde et qui réussit plutôt bien.

Je lisais avec attention les billets de Iceman et de Denis. Le premier trouve qu’il tourne en rond sur les mêmes thématiques, c’est aussi mon cas, et cherche à se renouveler en écrivant sur autre chose, un bouquin par exemple. Le second s’interroge sur l’intérêt de continuer à bloguer, les statistiques sont en baisses, c’est le cas chez tous les blogueurs, et s’interroge sur la façon de changer les choses ou de simplement jeter l’éponge.

Je crois et c’est certainement le plus important, une réponse partielle aux deux billets, on écrit pour se faire plaisir, si éventuellement ça fait plaisir à certains, tant mieux pour eux, tant pis pour les autres. La moralité c’est que je me contrefous de radoter, je me contrefous de mes statistiques, l’important c’est mon petit plaisir personnel. Quel est le rapport avec la choucroute ?

Le lectorat évolue, et encore plus sur nos thématiques, informatique et logiciels libres. Il paraît évident que nos lecteurs nous ressemblent, que comme pour nous l’informatique est devenu de plus en plus un moyen plutôt qu’un but. Si vous faites une recherche sur la permaculture, le zéro déchet, enfin ce genre de choses, je suis persuadé qu’on trouve des tonnes de blogueurs actifs. Je crois aussi que nous étions de nombreux amateurs éclairés, et que de façon indéniable les kubernetes, les blockchains, et autres nouveautés qui ont déferlé ces dernières années ont rendu l’informatique moins accessible, plus professionnelle. Les menaces qui pèsent sur le web aussi, tout est plus compliqué. Il est fort probable que ce que j’écris soit faux, un regard biaisé par mon âge et mon manque d’intérêt pour l’informatique. Mon contexte professionnel aussi qui m’a mené jusqu’à l’écœurement.

Certaines solutions libres fonctionnent très bien et sont suffisantes. À une époque vous regardiez les forum d’Ubuntu-fr, vous aviez pour une journée 10 pages de messages récents, aujourd’hui c’est trois maximum. Est-ce qu’Ubuntu est moins utilisée, peut-être, mais c’est aussi le cas dans tous les autres forums. Est-ce que Linux est moins utilisé ? Peut-être, mais certainement pas au point de voir une baisse drastique de la fréquentation des forums. Il faut toujours penser à la solution la plus simple, moins de questions, moins de demandes, tout simplement parce que certaines solutions fonctionnent correctement et n’apportent pas d’interrogation.

Dès lors vous avez un effet boule de neige :

  • Des solutions qui fonctionnent très bien, des solutions out of the box ou presque.
  • Moins de problèmes, moins de billets à écrire.
  • Moins de billets à écrire chez les uns, nécessairement moins de billets à écrire chez les autres, car on casse l’effet de réaction.
  • Une lassitude d’une certaine génération qui est passée à autre chose.
  • L’âge d’or des blogs est révolu, la jeune génération est passée à la vidéo, nous le verrons plus loin.
  • Les réseaux sociaux ont cassé beaucoup de choses. Des blogueurs qui se sont éparpillés au lieu d’écrire sur leur propre site, passer plus de temps à animer ou à pousser des contenus vers les réseaux. La fin des commentaires, moins de haine certainement mais plus de dispersion, donc encore plus de temps perdu. Un commentaire judicieux c’est une possibilité de rebondir, de répondre à une question, d’écrire un billet.

S’il est évident que le feu sacré de l’écriture on l’a en soi, une partie du charbon c’est franchement l’expérience des autres. La moralité c’est que nous sommes tous au coude à coude, et qu’on ne réalise pas la globalité du truc. J’écris ce billet en réaction aux interrogations de mes confrères, billet qui entraînera peut-être d’autres réactions. J’écris plus haut que les GAFAM et le vieux monde ont gagné.

Ce que nous représentons, ce que nous représentions, c’est le petit peuple qui utilise l’internet de façon indépendante, apportant une véritable diversité d’opinions, avec des plateformes toutes aussi diverses. Que reste-t-il aujourd’hui ? Des opinions bien sûr, au travers de réseaux sociaux comme Facebook, Twitter et les autres. Malheureusement la massification n’apporte pas grand-chose de pertinent, pour ne pas dire de la merde, et les liens de redirection qui sont utilisés car écrire par soi-même c’est difficile, renvoient vers des articles de presse appartenant aux grosses sociétés que sont les Lagardère et les Bouygues. La moralité c’est que nos sites sont de moins en moins nombreux pour les quelques raisons que j’ai pu évoquer, pour d’autres, à la fin on se retrouve avec un web qui ressemble à la télévision ou presque, le fameux Minitel 2.0 qu’on arborait il y a quelques années pour des motifs liberticides. Comme quoi c’est un peu comme tout, spotify, netflix et les autres ont gagné la bataille, ce ne sont pas les lois qui changent vraiment le monde, mais la sélection naturelle. L’internet est devenu, devient ce qu’on en fait, il semblerait que la poubelle soit son avenir.

Les espaces de liberté, d’écriture ou de qualité n’ont pas de visibilité, merci Google et ceux qui pourraient sortir du lot commencent à sentir le rance. Je suis r/france le sous-forum reddit et je constate que mois après mois, tout se dégrade de plus en plus vite, on arrive à un post intéressant sur trois et le lieu à fuir le week-end où c’est devenu l’univers des vannes à deux balles. Et pour boucler la boucle, ceux qui arriveraient à s’extraire du lot sont « rachetés » par des grands groupes perdant ainsi leur indépendance pour gagner en visibilité et faire partie du système.

La vidéo n’échappe pas aux problèmes de l’écrit, au contraire, plus difficiles, plus accentués. Il est évident que la génération montante fuit l’écrit, cela n’ira pas en s’arrangeant, il est fort probable qu’un jour, dans trente ans, moins, plus, que notre civilisation soit totalement passée à l’oral. Réaliser une vidéo c’est facile, il suffit d’avoir un smartphone, un peu d’imagination et de se lancer. Et pourtant ceux qui percent sont ceux qui mettent un peu d’argent sur la table, en matériel, en logiciel. L’engagement pour écrire un texte, celui-ci par exemple, que je rédige en regardant un film en même temps, n’a aucun rapport avec celui demandé pour faire une vidéo de qualité. Il y a de plus, comme ça a été le cas avec le blogging, l’espoir d’en vivre, l’espoir de vivre de sa passion, sauf que beaucoup sont appelés mais très peu sont élus.

Mon collègue Benjamin qui anime la chaîne d’histoire, histoire à la carte, me disait que le gars qui fait Horror Humanum Est allait abandonner sa chaîne, faute de rentabilité. Benjamin est réellement mon collègue d’histoire au lycée, cette année nous faisons croire à nos troisièmes que nous sommes frères, l’an dernier que nous étions mariés, je n’ai pas trouvé la source de son information mais je le crois sur parole.

Benjamin est prof, il gagne un salaire indécent qui lui permet de ne pas compter s’enrichir avec une chaîne Youtube. Néanmoins il a investi dans l’année sur au moins un PC et va certainement acheter de quoi faire du son pour avoir un truc moins dégueulasse. Il a appris à manipuler les logiciels adobe, le temps de montage est conséquent pour une thématique que malheureusement vous aurez du mal à monétiser. Eh oui, j’évoquais plus haut, le fait que ces plateformes et leur manque de diversités avaient des règles bien précises, tentez une vidéo sur le nazisme et vous savez d’entrée de jeu que vous êtes démonétisé, peut-être pire.

En conclusion. Si on fait abstraction de la thématique du logiciel libre et de l’informatique de façon générale, une thématique un peu comme la tecktonik, qui conserve ses aficionados mais qui sont moins nombreux et plus discrets, le web à papa, le web amateur est voué à disparaître. À sa place ne vont rester que les GAFAM qui donnent l’illusion de partage quand tout est sous contrôle avec des règles qui peuvent changer à tout moment. Les sites institutionnels, à savoir la presse en ligne propriété de gros groupes. À pas grand-chose, lancer le net aujourd’hui c’est allumer la télévision, la participation contrôle en plus.

Il n’y a pas et il n’y aura pas de note positive à ce billet pour dire qu’un autre monde est possible. Oui, un autre monde est possible, il existe, vous pouvez dès aujourd’hui vous lancer dans les instances Peertube, un compte Mastodon et cherchez les alternatives en espérant qu’elles vous donnent satisfaction, ce qui n’est pas mon cas. À mon sens la seule alternative valable c’est la déconnexion. Pas une déconnexion brutale comme le font les gens trop radicaux, mais une déconnexion raisonnée comme on allume et éteint un poste de télévision.