Que faut-il attendre de 2019, informatique.

04/01/2019 Non Par cborne

Je lisais le blog de dada qui râlait contre les gens qui trollaient contre la fondation Mozilla, je m’en excuse par avance, mais je vais m’y coller un peu. La fondation Mozilla annonce un retour aux affaires pour Thunderbird. Thunderbird, client mail, abandonné à la communauté, puis repris en main, logiciel mal aimé de la fondation va être remanié en profondeur. Passons sur le manque de cohérence de la décision, sur ce rétropédalage, et voyons ce qui va être amélioré. Augmenter la rapidité, c’est bien, revoir l’interface considérée comme vieillotte et faciliter l’ajout d’adresse gmail. J’aimerais m’arrêter sur ce point, même s’il est anecdotique, il me paraît pourtant fondamental, car il traduit un état d’esprit.

On ne va pas se mentir, Firefox est en train de se faire complètement ramasser par Chrome et c’est une mauvaise chose. Edge passe sous Chrome, Brave passe sous Chrome même si pour ces projets ça ne servira à rien, car ils sont condamnés, il ne reste quasiment plus aucune alternative à Chrome et c’est une mauvaise chose. La minorité entraîne l’abandon, Steam par exemple vient de mettre fin au support de Windows XP et de Windows Vista, anecdotique lorsqu’on sait que cela ne concerne que 1%, encore plus anecdotique lorsqu’on sait que ces 1% sont dans le faux en utilisant des systèmes d’exploitation dangereux et obsolètes, mais c’est un 1% qui se retrouvent sur le carreau. Si Firefox continue de perdre des utilisateurs et il va continuer à en perdre ne serait-ce que par le recul du marché PC, par le manque total d’éducation et c’est ici que je rejoins dada dans la conclusion de son article, quand Firefox sera sous les 5%, que se passera-t-il ? 95% d’utilisateurs de Chrome ou l’un de ses forks donc de Chrome pour 5% de Firefox. Chrome pourra prendre les libertés qu’il souhaite avec les standards, le nouveau standard sera Chrome. Concrètement, Google pourra imposer la façon de concevoir les sites internet puisque la façon très majoritaire d’y accéder ce sera lui qui la donne.

L’enjeu est donc de taille, d’avoir un Firefox puissant, mais que faire quand les gens qui sont derrière prennent des décisions bizarres ou des décisions que j’ai du mal à comprendre. Vous noterez que je ne tombe pas dans l’insultron en disant que ce sont des branquignoles, je me contente en toute humilité de dire que je ne comprends pas leurs choix stratégiques. Faciliter l’accès à Google quand il faut rajouter une extension supplémentaire, Cardbook, réalisée par un tiers aussi sympathique soit-il, supprimer la possibilité d’accéder au flux RSS d’un site, on favorise la possibilité d’ajouter un compte propriétaire à une technologie libre. Depuis des années, du fait d’être utilisateur de Firefox, je vois la fondation prendre des décisions que je juge totalement absurde quand l’urgence est certainement de fournir un navigateur efficace, rapide, et arguer sa liberté.

On pourrait rester positif, en se disant que c’est un cas d’école, que comme à mon habitude je vois le verre à moitié vide, complètement vide, qu’on vient de donner deux millions de dollars à RMS pour qu’il fasse la promotion du libre (sic), j’ai beaucoup de peine à imaginer que l’année 2019 sera l’année du bureau Linux et du logiciel libre. On pourrait théoriser pendant des heures sur le fait qu’un « développeur » de distribution s’il arrêtait son projet ne rejoindrait pas un autre, néanmoins, la masse de distribution est trop importante, la masse de gestionnaires de fenêtres est trop importante pour chaque distribution. Les utilisateurs sont piégés par un choix trop important, la faute aux développeurs qui ne savent pas faire de choix en proposant une même distribution dans toutes ses variantes.

Ma « rupture » ou disons ce manque de compréhension face aux stratégies, aux attitudes, ne s’arrête pas aux communautés de développeurs mais aux communautés d’entraide, ou aux communautés libristes. L’éparpillement qu’on trouve dans les distributions Linux se retrouve dans les forums, dans les réseaux sociaux, l’offre n’est visible pour personne. La volonté de décentralisation par opposition aux GAFAM fait aussi partie des points d’opposition sévère et ça n’ira pas dans mon sens. J’ai la sensation que si quelqu’un dans le monde privateur dit blanc, alors le monde libre se doit de répondre noir sans avoir même pris le temps de réfléchir au problème. La décentralisation favorise le morcellement, le morcellement augmente l’individualité, l’individualité entraîne la précarité. A force de réfléchir aux solutions techniques pour décentraliser, on finit par en oublier l’important : les contenus, leur qualité, leur facilité d’accès.

Les forums pour débutants ne sont pas si accessibles que cela pour les débutants, il est de plus difficile de réussir à se faire une place sans que ça parte en sucette dans des communautés très larges où les motivations des uns et des autres sont totalement différentes. Les gens qui veulent l’info et qui repartent, les pères la rigueur, les gardiens du temple, les gens présents pour assurer la promotion de leur site, les trolls, les rageux. On pourrait dire que c’est le propre de mon caractère et c’est certainement le cas, ou peut-être que ces communautés sont trop vastes, les gens qui les composent ne se ressemblent pas assez. Si je prends mon forum, il n’y a aucune femme, en tout cas pas à ma connaissance, elles sont pourtant les bienvenues, je ne pense pas qu’on ait des adolescents, ou encore pas que je sache. Il n’y a aucun écriteau à l’entrée, pas d’interdiction, tout le monde est le bienvenu, on sait que le forum est en lien avec moi-même et c’est donc des gens qui se retrouvent dans mes écrits qui vont s’inscrire. On pourrait dire que je participe de cette façon au morcellement, et que je pourrais aisément fusionner avec d’autres personnes qui sont un peu comme moi, je n’ai pas l’impression qu’ils sont nombreux. Je prends le problème à l’envers, j’essaie de fédérer autour de moi, et à l’instar de Pierre de MiniMachines, c’est une chance d’avoir du monde derrière soi. Fédérer c’est un travail de longue haleine, un travail de confiance, pas évident de réussir à faire vivre des communautés.

Ma rupture ne s’arrête pas là, j’ai perdu toute envie de sauver le monde de Windows, notamment le débutant ou celui qui ne veut pas faire d’effort, en dehors de mon métier, et c’est un point qui me paraît important. Le métier c’est un bien grand mot, le métier ne s’arrête pas aux portes de l’établissement, je continue de prodiguer mes bons conseils informatiques à mes jeunes, néanmoins, je ne m’amuserais plus à leur proposer du Linux. Prendre du temps pour faire de l’éducation populaire, à quoi bon, j’ai moi-même un compte Facebook, charité ordonnée devrait commencer par soi-même. Le débutant, le novice en informatique n’a pas besoin d’être sauvé, il veut des iphones, il veut écouter de la musique, regarder netflix, il n’en a rien à foutre de savoir que c’est un enfant qui a fabriqué son smartphone, ni de réfléchir à la neutralité de son navigateur. Qui s’en soucie vraiment à part quelques rares libristes, la très grande majorité d’entre nous faisant tellement de compromis sur nos principes. Et quand bien même on ne voudrait pas en faire, Facebook prend à la source sans demander l’avis de personne, c’est malheureusement Stallman qui a raison, il ne faut faire aucun écart, on devrait tous se traîner avec des téléphones à clapet ou des FirefoxOS. Je serais pour ma part totalement incapable de réaliser ce retour en arrière. La culpabilité face aux réseaux sociaux fait certainement partie des choses à revoir dans les politiques de communication. Laurent de la vache-libre se contente de faire vivre son compte facebook (peut-être d’autres), il n’a pas l’air plus malheureux et fait de l’éducation populaire dans le réseau.

le dessin est un peu détourné de son contexte original, puisqu’il s’agit de la comparaison entre les rédacteurs de presse papier et de presse écrite, j’ai néanmoins trouvé intéressante la vision des deux mondes, le grand écart.

Quel positionnement adopter en 2019 quand on est un électron libre ? Pas très bien formulé. Quel positionnement adopter quand on a des connaissances, qu’on pourrait les dispenser mais que finalement on n’arrive pas à se reconnaître dans les communautés en place, qu’on n’a pas l’envie non plus de participer à des projets informatiques quand les développeurs font la pluie et le beau temps sans se préoccuper de la pensée de l’utilisateur final.

Eh bien je pense que le positionnement est relativement simple, se faire plaisir. Je crois qu’on a peu à attendre du libre dans l’année 2019, il n’y aura pas d’évolution majeure, il n’y aura pas de miracle. On continuera d’utiliser nos Linux tant bien que mal, en s’accommodant des petits problèmes du quotidien, en jubilant quand on a réussi à trouver la solution au problème. L’offre Linux n’est pas à destination du grand public ou d’un certain grand public, un grand public qui ne fait pas grand-chose ou presque, un grand public qui n’a pas le besoin spécifique qui va tout foutre en l’air. L’offre Linux reste donc à destination des bidouilleurs et des professionnels, et comme l’a écrit Denis, il serait bon que ça bouge de ce côté-là pour les PME. Je l’ai déjà dit plus d’une fois, non seulement il est difficile de trouver un prestataire Linux, les prestataires ne connaissent que les solutions Windows et surtout il devient difficile de trouver un prestataire qui tienne la route tout court. Au moment où je vous écris ces lignes, j’ai demandé à mon prestataire informatique de créer une machine virtuelle vide afin d’installer Ubuntu. J’aurai pu le faire moi-même, néanmoins c’est l’assurance de ne pas rentrer en conflit dans le cas d’un problème qui n’aurait aucun rapport. Pour la culture, je me suis contenté d’installer pour l’instant Rygel de façon à avoir un serveur DLNA pour alimenter l’intégralité du réseau professeur et éviter d’avoir des gens qui prennent trop de bande passante.

Il y a j’en suis convaincu des enjeux qui sont plus importants que le bureau Linux pour délivrer tous les PC du monde. Tout ceci étant trop technique même si c’est teinté de philosophie indispensable mais que personne ne comprend. Ça c’est franchement plus brutal et plus préoccupant :

Des articles sponsorisés qui même s’ils sont notés en partenariat, ça ne se voit pas du premier coup que c’est une publicité déguisée ou encore ça :

Où l’on vous explique que la télé en 8K sera votre prochain achat quand on peut déjà s’interroger sur l’utilité de la 4K. J’aurai pu vous présenter l’application à 150 € par mois pour réussir à avoir un garçon ou une fille, mais encore la théorie du complot autour des attentats de Strasbourg fomenté par le gouvernement pour endiguer le mouvement des gilets jaunes. L’information, ce qu’on peut lire sur l’internet, devient de plus en plus alarmant. J’écrivais plus haut que l’éducation populaire, je passais mon tour, il faut que j’affine mon propos. Les gens qui ont un fond de culture, ont à mon avis la responsabilité d’accompagner ceux qui en ont moins. Maintenant la question, c’est sur quelle thématique, et de quelle manière ?

Je pense que le libre, les enjeux, c’est trop compliqué, il est plus intéressant d’expliquer les usages, ou disons une façon d’user. Car, il est évident que ma façon de faire n’est pas parfaite, elle a le mérite d’exister, de pouvoir être expliquée. Si je n’inonde pas le monde de mes selfies, c’est qu’il est peut-être plus important de montrer un paysage, une initiative, la nature que sa bouille. Mais ça j’ai envie de dire que vous le savez déjà, si éducation populaire il faut faire, c’est directement dans les lieux concernés, les réseaux sociaux, les associations d’initiation à l’informatique où seuls se rendent les gens qui ont envie d’apprendre. Difficile dès lors d’avoir une véritable stratégie éducative, de viser juste et dans les contenus et dans les lieux de diffusion. La moralité est simple, ne rien forcer, se contenter ici ou là de jeter une bouteille à la mer, et espérer que quelqu’un la ramasse et qu’il apprenne quelque chose.

Comme vous l’avez compris, je n’attends rien de 2019 pour l’informatique, il n’y a rien à attendre et quand bien même de par mon positionnement je n’attendrais rien. Le téléphone libre sera un bide, que ce soit le /e/ qui est un échec de par son nom totalement anti-commercial, anti-recherche sur le net, anti-tout, et de par sa conception qui consiste à remanier LineageOS, ou le Librem qui sera vendu trop cher et qui fera un flop pour s’arrêter six mois ou un an après. Je continuerai d’utiliser mon téléphone android, cet outil indispensable, mais pas trop. Je n’attends rien de Linux et du logiciel libre, à part qu’il continue de me laisser faire ce que j’ai à faire, sans trop à avoir faire de compromis avec des services propriétaires. Je n’attends bien sûr rien de Windows, à part moins de problèmes. Je n’attends rien du hardware parce que je vis dans le passé et cela me va très bien. En 2019 on essaiera de revenir à la charge avec des objets connectés encore plus jetables que nos smartphones, il suffit tout simplement de refuser.

Mon positionnement est intéressant (comme toujours), car je fais le choix de ne rien attendre, de ne rien vouloir de plus. Et c’est la réflexion que chacun devrait mener, est-ce qu’il faut être à l’affût de chaque nouveauté, faut-il se ruer sur toutes les nouvelles tendances ? Et celles qui en découlent. Maîtrise-t-on le matériel et les logiciels que nous possédons déjà, a-t-on réellement besoin de plus ?

En 2019, mes priorités sont ailleurs. Faire mieux avec toujours moins, affiner les choix, toujours mieux maîtriser. Essayer de trouver une manière pertinente de diffuser du savoir, qui ne sera pas nécessairement de l’informatique. Je crois que le tuto d’installation de Linux on s’en fout un peu, il en existe cinquante millions sur la toile, on en revient à la volonté personnelle pas au manque d’informations sur le net. Il manque de la réflexion, des pistes. Voyez dernièrement, j’ai évoqué la mort, Damien a rebondi en écrivant un article de blog, ils sont plusieurs à être intervenu dans le forum pour expliquer leurs solutions. De façon récurrente, réfléchir sur les sauvegardes, sur les services, je pense comme toujours qu’il faut partager ses expériences.