Pydio et Jirafeau sont sur un serveur mutualisé

17/04/2018 Non Par cborne

Mutualisé, dédié, auto-hébergé ça fait beaucoup de mots qui finissent en é.

La réalisation d’un cloud personnel comme j’aime à le rappeler pose le problème de la compétence de la gestion du serveur. Concrètement n’allez pas croire que je dénigre un système comme Yunohost, je dis juste que je ne me sens pas la capacité de mettre en place un système que je maîtrise pas en ligne avec ce qu’on peut voir en terme de hacking aujourd’hui. Je vous invite à regarder la vidéo d’Aeris avec la référence au logiciel Shodan qui confirme ma théorie du moi je ferai pas. C’est bien pour les jeunes qui ont un côté un peu foufou et peut-être un peu moins de données personnelles lourdes comme les factures par exemple, les déclarations d’impôts, les fiches de paye et tout ce qui fait la joie d’être un adulte.

Donc quand tu es vieux, tu payes. Et la question c’est l’évaluation du besoin, à savoir ce qu’on veut. Pour ma part, du fait d’être un peu blogueur m’impose d’avoir un serveur, c’est un serveur mutualisé c’est-à-dire que je le partage avec d’autres personnes même si on ne s’en rend pas compte. L’hébergeur jette plein de gens au même endroit et tout le monde se partage les ressources. Pour connaître ce type d’hébergement depuis 15 ans, je peux vous dire que ça a franchement bien évolué, à une époque quand un fou furieux commençait à tirer sur le serveur, on se retrouvait tous en carafe. La justification d’un serveur dédié ne se fait plus vraiment en terme de ressources mais en terme d’installation, un serveur dédié, c’est comme votre machine sous Linux, vous mettez ce que vous voulez dessus, sauf qu’elle n’est pas chez vous, elle est ailleurs. On retrouve le même souci que pour Yunohost, il est impératif d’avoir de bonnes connaissances en sécurité pour assurer la gestion de son serveur, ce qui n’est pas le cas pour le mutualisé où la sécurité c’est le job du prestataire.

De façon synthétique ce qu’il faut retenir :

  • l’auto-hébergement complet nécessite de fortes connaissances si on met la machine en contact avec le net, il garantit l’indépendance jusqu’aux performances de la machine. On a le souci de l’emplacement de la machine, comme c’est souvent le cas, elle est à domicile, si bien qu’on ne peut pas parler d’externalisation des données.
  • le serveur dédié nécessite de fortes connaissances, vous fait payer un abonnement qui peut être parfois onéreux, mais vous n’avez pas de gestion du hardware, vous bénéficiez de plus d’une solution externalisée qui permet de limiter la casse si votre domicile rencontre un problème.
  • le mutualisé est l’idéal pour le débutant (ou le vieux), il n’y a aucune gestion de la sécurité, la limitation provient des langages qui peuvent être utilisés, et des technologies mises à disposition. Par exemple, un logiciel comme Nextcloud ne peut pas être installé car l’hébergeur n’autorise pas la gestion sabredav, indispensable au fonctionnement de l’application. On est donc limité dans les possibilités, sachant qu’aujourd’hui nombreux sont les hébergeurs qui proposent softaculous, une solution qui permet de déployer de façon automatique des CMS et d’autres applications de type php/mysql qui restent un peu les seules choses qu’on peut faire avec du mutualisé quand nombreux proposent désormais d’autres langages. Je ne parle même pas de docker.

Selon ses compétences et son besoin on fera le choix de la solution qui va bien.

L’obsession Nextcloud

A chaque fois que vous me voyez écrire ce type de billets, vous me voyez revenir à Nextcloud, explications. Nextcloud fait partie de la race des forks qui ont gagné, à l’époque c’était Owncloud comme c’était Openoffice, mais la lettre o porte malheur pour les projets donc c’est Nextcloud. Nextcloud le point de départ c’est la gestion des fichiers, des images, puis s’est greffé la gestion du calendrier, des contacts en utilisant la technologie dav, le webmail et dans la multitude de plugins communautaires qui sont apparus, une suite bureautique. Nextcloud fait partie de ces produits libres qui ont réussi à se faire leur place, Nextcloud c’est comme Libreoffice ou VLC. Quand on a Nextcloud on a répondu à de nombreux besoins en terme de services. Il y a bien sûr l’aspect logiciel qui est important mais il ne faut pas dénigrer l’aspect serveur, si on prend le calendrier et la gestion des contacts, vous pouvez synchroniser tous vos appareils, votre smartphone avec davdroid, votre PC avec Thunderbird.

Donc quand tu es vieux, tu payes et tu regardes les offres qui sont proposées en Nextcloud. Comme je viens de le dire, Nextcloud est reconnu, on a donc des prestataires qui sont agréés Nextcloud et qui vendent du Nextcloud, vous pouvez trouver une longue liste ici : Nextcloud providers. Je n’ai pas épuisé la liste pour voir la concurrence, j’ai pris un français un peu au hasard qui fait des tarifs attractifs.

Le prix est franchement attractif, pour 24 € par an vous avez votre Nextcloud avec tout ce que vous voulez dessus, 50 Go de data ce qui n’est quand même pas négligeable et la gestion réalisée par, on l’espère, un professionnel. Ça malheureusement, l’informatique c’est comme la plomberie, on ne sait pas forcément sur qui on va tomber. La différence avec le plombier c’est que si vous misez tout dessus et que la boîte ferme, vous perdez l’intégralité de vos données personnelles. Il y a toutefois quelque chose qui me gêne dans ces offres, c’est le fait qu’elles se ramènent de façon systématique à une proportion entre le prix et la data. Comprenez qu’on a la sensation que l’idée c’est d’avoir un maximum de données en ligne sans se rappeler qu’avant tout Nextcloud est un outil collaboratif c’est à dire qu’il permet de gérer les partages et les fichiers entre différentes personnes. Énormément d’offres à un seul utilisateur, c’est particulièrement limitant.

Il faut se dire que lorsque je raisonne, je raisonne en terme de famille. Concrètement, ma femme, mes gosses et ma mère, oui ma mère. Il faut savoir qu’o2switch permet la création d’un nombre de mails illimités mais plus que cela, pour chaque mail il propose un agenda et des contacts qui peuvent être gérés par dav. Je décrivais plus haut la possibilité de synchroniser les contacts et l’agenda en utilisant Nextcloud et bien sachez que sur mon hébergement mutualisé je réalise la même chose de façon native, sauf qu’à la différence, je peux le faire pour autant d’utilisateurs que j’ai de mails.

Concrètement, pour comparer ce qui est comparable, cette offre qui est à 2 €, il faudrait la ramener à 10 € par mois pour que cinq personnes puissent en jouir, je paye 6 € par mois pour mon hébergement. La balle est donc dans le camp du mutualisé par rapport au prestataire, dès qu’on a besoin d’avoir plus de trois personnes. Dans le cas d’un simple utilisateur, pour qui n’a pas de besoin web autre que ceux proposés par Nextcloud, le prestataire est la solution la plus intéressante.

Puisqu’on est en train d’évoquer de sombres histoires d’argent, il me paraît difficile de faire l’impasse sur ça :

A 99 € par an ou 10 € par mois, on n’ira pas chipoter, on se retrouve avec une offre pour cinq personnes, sauf que c’est chez Microsoft avec la possibilité d’installer des packs office sur cinq appareils. Et c’est ici qu’il y a quand même une réflexion que vous devez mener.

Moi Rocho DataCenter c’est peut-être des gens très bien, mais je ne sais pas qui c’est. Redmond, je sais ce que ça vaut, je connais les énormes défauts des produits, je connais le problème d’enfermement des formats, de tous les formats y compris pour les agendas ou les contacts où aucun export n’est proposé. J’en reviens donc à mes histoires de grosses enseignes libres, ce fameux acteur de confiance, à partir du moment où on discute argent, il est indispensable de présenter patte blanche. Et d’ailleurs à ce jeu là, Cozy Cloud c’est pas si mal. En terme de fonctionnalités on est à des années lumières de Nextcloud, le choix de Cozy Cloud pourtant est un choix de confiance tout simplement parce qu’ils seront nombreux à bien aimer la tête de Tristan Nitot, tout comme la présence de Guillaume Champeau à la communication de Qwant est une force car il est un personnage connu qui va rajouter de la crédibilité au projet. Si je devais recommander une instance Nextcloud c’est indiscutablement chez Philippe que j’enverrai les gens, cela fait une bonne dizaine d’années qu’on doit se croiser sur le net et il respire le sérieux. Pendant que j’écris, je viens d’un coup de trouver une plus value pour les blogueurs, vous voulez gagner en crédibilité pour votre projet informatique, paye ton blogueur, l’appel est lancé, et profitez en pour vous lâcher sur mes pages Tipeee, liberapay et Paypal. Bien revenons en à notre histoire.

Mutualisé, pas de Nextcloud, on fait quoi ?

On vient de voir qu’avec le mutualisé, je répondais à mon problème de synchronisation des agendas et des contacts. Le mail, j’ai roundcube, j’ai de l’imap et j’en passe. La suite bureautique, je pense qu’avant d’être servi, il va s’écouler un certain temps, il apparaît en effet que les professeurs de mathématiques qui honteusement ne font pas de LaTeX, sont bien obligés d’utiliser l’éditeur mathématique de Libreoffice. Je n’ai pas regardé ce qui existait en ligne, mais j’ai peu d’espoir. La moralité c’est que le seul manque, c’est la gestion des fichiers.

Bon on va pas se mentir, il n’existe quasiment rien. Le logiciel le plus sérieux, c’est Pydio et il passe sur un hébergement mutualisé o2switch. Pydio correspond pleinement à la partie fichiers de Nextcloud ou Cozy Cloud, à savoir qu’il permet de partager des fichiers avec un ensemble de personnes qui peuvent toutes avoir un compte, il permet de créer des liens provisoires pour le partage, et j’en passe. L’installation sur o2switch ne pose pas de problèmes singuliers, vous balancez tout dans le ftp, vous crééz votre bdd mysql et c’est fini. Trois écrans :

et l’application mobile.

D’un point de vue rapidité ce n’est pas vraiment ça mais c’est fonctionnel, on peut concrètement sur un hébergement mutualisé, faire la même chose qu’avec un dédié ou un auto-hébergement. Pour des gens qui ont donc le besoin de gérer du partage entre plusieurs personnes, c’est pydio qu’il vous faut.

La définition de mon besoin en 2018 est différente de celle que j’ai pu avoir il y a quelques années. Aujourd’hui stocker en ligne c’est stocker dans une partie qui n’est pas accessible depuis http et illisible de plus car elle est passée par Duplicati, un simple backup chiffré. Mon besoin est différent, je peux me retrouver avec le besoin de devoir récupérer un fichier à un endroit donné et le récupérer à un autre. Exemple concret, je suis sur un serveur Windows bien sale, j’ai besoin de prendre un fichier dessus et de le récupérer dans ma session prof, le plus simple c’est de lancer le navigateur et de passer par une interface web. La solution la plus simple que j’ai trouvée c’est jirafeau.

Jirafeau fait partie des programmes très kiss, un drag and drop dans un ftp, un mot de passe administrateur et c’est terminé. Voici quelques écrans avec notamment le chargement du fichier et l’interface administrateur

Conclusion

Pour moi la tendance est tout de même assez claire. Je ne peux pas dire que les hébergeurs nous limitent à softaculous comme les marchands de téléphone ou d’ordinateurs essaient de nous limiter à des stores et pourtant, il serait faux de dire qu’il n’y a quand même pas un petit quelque chose. Si vous regardez le softaculous officiel, il apparaît que Nextcloud est bien dans les applications qu’il est possible d’installer. C’est donc un choix délibéré d’o2switch de ne pas l’intégrer dans les solutions qu’il propose. Je peux le comprendre, du fait de proposer une offre illimitée, c’est un coup à se retrouver avec des gens qui vont monter des portails Warez en quelques clics de souris ou abuser un peu fort du système en y stockant des tonnes de fichiers. Il apparaît en effet qu’o2switch dissuade l’utilisateur de cette manière de stocker ses données personnelles, données qu’il ne pourra pas récupérer simplement sans passer par l’entremise d’un client FTP par exemple. Je ne jette pas la pierre à l’hébergeur car il s’agit justement d’un hébergeur.

Je pense qu’il est important désormais de comprendre qu’il y a deux activités bien distinctes, celle du gestionnaire de fichiers, celle de l’hébergeur et cela commence à pousser un peu la réflexion sur les prix. à 72 € pour héberger un blog et un forum, mes adresses mails, ça commence à faire cher, notamment si je devais payer pour stocker mes fichiers ailleurs. Néanmoins, compte tenu du fait que j’ai besoin de gérer du caldav et du carddav pour cinq personnes (en fait deux mais un jour ma mère pourrait en avoir besoin et les gosses dans quelques années pourraient aussi vouloir que je gère leur synchronisation), le tarif reste attractif. On perçoit tout de même qu’à l’instar des forfaits téléphoniques où l’on a des forfaits qui se jouent entre la data et le temps de communication, il est peut-être temps de lancer de nouvelles offres qui proposeraient du nextcloud et de l’hébergement de l’autre côté.