Pulp fiction

17/11/2018 Non Par cborne

À chaque jour suffit sa peine, je pense que j’aurais pu l’écrire ou on devrait mettre à côté de l’expression dans le dictionnaire, « après trop d’aventures Cyrille BORNE dit, à chaque jour suffit sa peine, en attendant sans impatience le lendemain ». Classe.

Ma femme commence à fonctionner de façon autonome, elle a arrêté de faire la fontaine de sang ce qui facilite franchement la vie. Je suis donc allé bosser vendredi et tu le sais public, vendredi c’est vendredi. Ce qui est malaisant avec la politesse c’est que la politesse c’est pénible, elle te fait perdre du temps, je suis rarement poli. Tu vois le gars en face de toi qui a une tête de trois mètres, avec les valises d’une équipe de foot sous les yeux, tu es forcé de demander des nouvelles parce que la politesse l’exige, mais en fait tu en as rien à foutre parce que tu as ton problème informatique, pressant, le truc qui ne peut pas attendre. Ben oui, vous vous doutez bien que ces camés n’ont pas eu leur dose de Cyrille depuis trois jours, ils n’en peuvent plus. Comme j’écris comme je parle, je vais revenir en arrière avant de reprendre ma journée de vendredi, j’aimerais évoquer un point que j’ai oublié dans le dernier billet.

Lorsqu’on était à Toulouse pour attendre le chirurgien, tu regardes le visage des gens. Je crois que c’est un peu comme quand tu es dans une maternité, aux urgences, tu regardes le bébé du voisin pour voir s’il est plus beau que le tien ou la gravité de la pathologie des autres pour savoir si tu passeras plus vite. Il se trouve que le docteur costaud est plutôt chirurgien esthétique, le cas de mon épouse c’est un incident. Concrètement tu vois des gens de soixante ans passés dont la seule préoccupation est de se faire remonter la paupière, non pas parce qu’elle ne ferme pas mais parce qu’ils la trouvent trop basse. Difficile pour moi de ne pas juger, avoir envie de payer une blinde, souffrir parce qu’on ne supporte pas le résultat de l’âge, qu’on ne supporte pas d’avoir des paupières à la Droopy. Quel luxe de n’avoir que ça à penser et de s’insupporter pour si peu.

Mon vendredi est intimement lié à mes problèmes du moment, désolé pour ce récit totalement décousu à la pulp fuction, mais ce n’est pas bien grave, l’important c’est de le partager et pour toi de suivre, tu feras l’effort, je te connais bien.

J’avais écrit dernièrement que je profitais du changement de directeur pour changer de prestataire informatique. Tu le sais public, la seule chose qui compte pour moi c’est la confiance. Un de mes collègues m’a présenté une de ses relations, le gars a l’air sérieux, compétent, je l’ai déjà évoqué dans un billet, on s’est rencontré, il est intervenu une fois, a solutionné quelques problèmes sur les lignes téléphoniques, j’ai un devis validé pour une intervention et je n’arrive plus à le joindre par mail et par téléphone. C’est du grand n’importe quoi, je tombe sur sa boîte vocale, parfois il décroche j’entends parler mais pas à moi. Je suis repassé par mon collègue, très étonné, le prestataire devait m’appeler vendredi 12h15, je n’ai pas reçu son appel, lundi prochain je vais me débrouiller pour expliquer qu’on en reste là.

Comme je sens le truc arriver depuis un moment, mercredi depuis la chambre d’hôpital je bricole, comme j’ai bricolé le week-end dernier. Toutes les personnes qui me connaissent reconnaîtront cet incroyable talent, celui de complexifier une situation particulièrement complexe. A force de ne pas avoir de prestataire sur qui m’appuyer, je commence à m’intéresser à mon serveur Windows pour réaliser que la structure mise en place n’est pas si compliquée que ça. La première chose à faire comme d’habitude c’est du ménage, moins tu en as, plus tu vois clair. Sur le serveur TSE des profs, j’ai réalisé que j’avais des dossiers utilisateurs datant de 2015. 2015 c’est effectivement l’année où on a mis en place ce système. Le principe de TSE est le suivant, le gars ouvre sa session sur le serveur TSE, ses fichiers sont remontés d’un serveur de fichiers, copiés de façon provisoire sur le serveur, lorsque l’utilisateur ferme sa session, les fichiers sont copiés sur le serveur de fichiers, il n’y a plus rien sur le TSE. J’ai pensé l’espace d’un moment qu’il s’agissait bêtement de sessions non fermées et j’ai tout effacé.

À contextualiser dans un environnement Windows

Le lundi matin, je me pointe au lycée et surprise, l’ensemble de mes collègues m’explique qu’ils arrivent sur une session provisoire ………. Forcément je sais que c’est moi et entre deux cours je comprends que le serveur est mal configuré et qu’il y a de bonnes chances pour que le TSE le soit depuis 2015 où les sessions s’accumulent alors qu’elles devraient être temporaires.

Je n’avais jamais osé la restauration et j’ai décidé que j’en ai rien à foutre, ne connaissant pas Veeam Backup que je maîtrise maintenant, je restaure les profils de mes collègues. Tout remarche, je reprends le contrôle.

C’est mercredi je suis dans la chambre d’hôpital, j’attends qu’on me ramène ma femme. J’ai repris tous mes mauvais travers, je suis sur mon ordinateur portable qui finalement restera sous Linux, avec ma connexion 4G en partage, je commence à me pencher sur des règles GPO qui datent de 2012, avec des imprimantes que nous n’avons plus, je fais tout sauter. Je l’ai déjà expliqué, je subis mon infrastructure et je reste convaincu qu’on pourrait à la fois déployer du Linux et du Windows, une cohabitation avant une bascule plus ou moins complète. Je lisais le billet de Frédéric sur l’arrêt de sa chaîne Youtube, dans les commentaires, dans une partie de son billet, on évoque l’échec de Linux pour grand public, je peux compléter un peu pour ma partie professionnelle.

La perle rare, le prestataire que je cherche, c’est le type qui maîtrise Windows, qui maîtrise Linux, et qui n’a pas peur de mettre les mains dans la merde. Aujourd’hui mon principal souci c’est d’avoir des sociétés qui sont toutes taillées dans le modèle de la facilité, du cher, du hardware et qui ne savent qu’utiliser des solutions Windows. Je peux toutefois le comprendre, ma situation n’est pas sans faire penser à celle-ci.

C’est une vidéo que je trouve pertinente et que je vous invite à regarder. Le jeune homme explique comment il a réparé un ordinateur à pas cher, il explique toute la procédure, ça prend un temps de dingue. On génère de l’obsolescence programmée parce qu’effectivement la facilité c’est de dire que la carte mère est morte et puis quand on n’a passé 6 heures à tester une machine, on n’imagine pas faire payer un bras le client pour du vent. Avec du matériel de merde qui tire les prix vers le bas, il est plus logique de changer que de réparer, on y reviendra encore plus loin, ou de faire soi-même.

La situation au lycée est différente puisque dans l’ensemble ça marche. Si on prend le cas du serveur TSE, il fonctionne, il est mal configuré, il me faut un prestataire qui soit capable de prendre le temps de regarder avec moi chaque règle, de juger ce qui est utile ou non, de documenter, tout ce que n’a pas fait le précédent prestataire. Du fait d’avoir du Linux il me faudrait aussi quelqu’un qui maîtrise, mais c’est compliqué, pour ainsi dire ça n’existe pas.

Le problème de Linux dans le monde de l’entreprise ou de l’école, c’est une longue énumération que je vais essayer de faire courte, enfin comme je peux aujourd’hui :

Les décideurs sont incompétents, les utilisateurs sont pleins d’à priori, les commerciaux sont talentueux. On pourrait croire que c’est trop mélanger mais c’est vraiment un ensemble de choses. Le commercial Microsoft va expliquer à un incompétent qu’il faut du tout Windows, les clichés ont la peau dure, Linux c’est de la ligne de commande, Linux c’est du bricolage, Linux c’est de l’amateurisme. On peut étendre ça au logiciel libre. Du fait de mon humeur, je vais certainement envoyer un message à mes collègues sur leur positionnement par rapport à leur suite office de 2007, qu’ils se payent un nouveau logiciel ou qu’ils passent à Libreoffice. C’est très compliqué, le changement fait peur, les légendes tiennent. Et pourtant quand on voit la catastrophe Microsoft de ces derniers temps, on se dit quand même que les gens devraient réagir, il ne se passe rien. Exemple que j’ai vécu pas plus tard qu’hier. Dans mon ancien lycée deux collègues avec des ordinateurs Lenovo se sont retrouvés avec un message bitlocker à l’amorçage de l’appareil. On leur dit de se rendre à une url et d’entrer un code. La page donnée n’est pas bonne. Il semblerait que suite à une mise à jour, des ordinateurs qui se connectent avec un compte Microsoft se sont bloqués. Pour la culture, il faut se connecter à l’adresse suivante https://onedrive.live.com/recoverykey pour avoir la clé de libération de la machine. 

Même chez les professionnels les solutions ne sont pas envisagées parce que c’est le client qui paye, que le client ne comprend rien et qu’on peut lui faire passer la pilule en lui expliquant que c’est le juste prix. C’est d’ailleurs à ce moment-là que je refais une parenthèse, ma douzième parenthèse, désolé, mais je ne sais pas faire autrement. Souvenez-vous, nous sommes mercredi matin, il est dix heures, ma femme est au bloc et je cherche mon futur prestataire. J’appelle Microlinux, le back link est offert. Microlinux est un prestataire de service informatique qui vit dans un village à côté de Nîmes, rappelez-vous je suis Nîmois. Si je n’imagine pas forcément que Nicolas puisse être mon prestataire de service, Nîmes et Pézenas c’est pas forcément à côté, je lui demande conseil pour quelqu’un dans l’Hérault, c’est le département voisin. Nous nous connaissons par nos blogs respectifs, le contact est rapide, nous savons tous les deux de quoi nous parlons, mais ne vivons pas les mêmes choses. Il est passé de l’autre côté, un peu comme Philippe en ne proposant que des solutions libres ou presque et c’est lui qui a globalement raison s’il peut se le permettre. Et c’est ici une problématique supplémentaire, les compétences Linux sont rares et refusent pour celles que je connais de faire du Windows.

Je suis donc pris dans l’étau de mes convictions, de mes opinions, et de ma réalité. Des collègues qui ne veulent pas faire d’effort et qui peuvent se le permettre. Nicolas de Microlinux m’explique qu’il n’a que des clients séduits y compris un petit établissement de 70 élèves qui ne tourne que sous Linux. C’est quelque chose que je connais dans mon précédent établissement et je peux vous expliquer pourquoi tout le monde était content et l’est encore. Petit bahut c’est manque de moyen, toute solution qui coûte largement moins cher que ce que tu n’es pas capable de te payer, et bien tu signes. Quand dans mon précédent lycée rien ne marchait avec des trucs sous Windows XP et que pour quasiment pas un rond j’ai fait du wifi, du serveur, des postes élèves qui marchent, tout le monde était ravi. Tout le monde travaille sous Libreoffice sauf le poste secrétaire et personne n’imagine passer à du Word ou du Powerpoint. On ne laisse sa chance à Linux et au libre que lorsqu’on n’a pas de pognon, on y reste parce qu’on a trouvé que c’était franchement bon, on croirait que c’est bienvenu chez les ch’tis.

Avec Linux et le libre tu es content deux fois. La première fois quand tu te rends compte que ça te coûte pas un bras, la deuxième fois quand tu te rends compte que c’est meilleur que le propriétaire. – Cyrille BORNE bonhomme.

Et c’est un véritable constat, on ne vient pas au libre ou rarement par conviction on y vient pour un modèle économique, celui du gratuit. Car le problème, des gens comme moi par exemple, un matin ça va me péter de mettre un serveur pfsense pour faire du contrôle parental, sans être une solution maison, c’est une solution qu’on pose à la maison. J’ai rendez-vous avec mon prestataire pour les TBI et j’ai demandé si on pouvait avoir une compatibilité avec le libre. Réponse, sachez que le projet opensankore n’est pas mis à jour depuis deux ans (je n’ai pas vérifié), et qu’il manque des trucs. De la même manière la commerciale qui a un discours franc, me dit qu’elle trouve régulièrement des solutions Linux chez les entreprises posées par quelqu’un qui savait faire et qui est parti sans laisser la documentation. Pas étonnant dès lors qu’on remplace, qu’on remette à plat avec du standard Microsoft.

Si on fait la synthèse de ce que je raconte, je ne trouverai pas celui que je cherche. Nicolas m’a donné un numéro de téléphone, la semaine prochaine je vais commencer à revivre, il faut que je me trouve un prestataire, j’ai déjà un rendez-vous mardi. On est un peu dans une situation bancale sur la prestation Linux pour les petites structures ou l’éducation. Pour tout ce qui est gros, on ne se pose pas de question, l’administrateur système fait son choix, on fait du Linux, ça ne pose aucun problème. Pour une structure de plus petite taille, on met en comparaison les prestataires du marché et s’il y a un prestataire qui fait du libre, ce qui n’a pas l’air d’exister par chez moi, même s’il est moins cher, il n’y a pas le facteur de confiance. On préfère donc se lancer dans le Microsoft qui est parfois moins bon. Pour certaines applications métiers il n’y a pas d’équivalents Linux, pour un lycée comme le mien à part les postes de direction et de secrétariat, tout le monde pourrait travailler sous Linux sans aucun problème, nous ferions même des grandes économies.

Reprenons le fil de mon histoire, j’ai enseigné vendredi comme si c’était la dernière fois. Passionné, certainement pas passionnant pour des élèves de troisième, déployant une énergie incroyable pour un type qui a passé la semaine que j’ai faite. J’ai résolu une partie des problèmes informatiques, je vais regagner du terrain, mais je dois reconnaître que ce n’est pas facile. Vendredi soir j’arrive après sept heures de cours, une réunion entre midi et deux qui m’a empêché de manger, j’ai réglé des tas de problème, et il semblerait que la machine à laver ne vidange plus, j’ai un message d’alerte sur la pompe. J’ai fait du nettoyage, du vinaigre, etc … A priori rien n’y fait. J’ai regardé mon ticket de machine à laver et c’est en souriant que j’ai constaté que je l’ai achetée le 24/12/2016, veille de Noël. Nous sommes samedi au moment où j’écris ces quelques lignes, on m’envoie un réparateur, on verra s’il me change la pompe. J’ai vu que la pièce était aux environs de 50 €, et que le démontage était facile

Je dois vous reconnaître que si le SAV ne fait pas le nécessaire, je ne tenterai pas la réparation sur une machine que j’ai payée 240 €, 10 € par mois, pas si cher quand on sait la quantité de linge qui circule à la maison. Parfois je me dis qu’il y a des gens en plus qui vivent chez moi. Darty livre à domicile et les gars se prendront les escaliers avec 60 kilos à ma place.

Vous noterez donc que la loi de Murphy continue mais le moral reste bon. J’avais écrit un bon billet qui a désormais disparu comme à chaque fois que je tire la chasse de ma logorrhée où j’expliquais que l’enseignement c’était un savant mélange des trois C, le cœur, le cerveau et les couilles. Pour la vie j’en rajouterai un de plus, le courage, je n’en manque pas. 

Bon week-end à tous, sous vos applaudissements.