Puivert ou les vacances reBORNE

22/08/2019 Non Par cborne

Il faut reconnaître que si d’habitude j’ai du mal à supporter les touristes, cette année je crois que c’est le pompon. Pas une nuit où un connard ne se mette à hurler à quatre heures du matin, beaucoup d’incivilités, du monde, ça pue, on ne peut pas se garer. En même temps et je le comprendrais, vous pourriez me faire remarquer que je vis dans une station balnéaire face à la Méditerranée et je pourrais difficilement vous donner tort.

On est parti. Comme ça, un coup de tête, pas bien loin mais le dépaysement complet, ou plutôt comme un souvenir Puivert, le Cantal de l’Aude. Ce qui est intéressant en Occitanie, c’est qu’il y a des Cantal de partout sans avoir besoin d’aller dans le Cantal. Puivert se trouve à deux heures de route de chez moi, après Carcassonne à la frontière avec l’Ariège qui est vraiment le Cantal.

Une histoire de malédiction du GPS.

Un petit topo pour ceux qui seraient perdus dans mes histoires de téléphone. Aux dernières nouvelles je devrais avoir un accord commercial avec Archos qui devrait me rembourser mon téléphone sous forme d’avoir chez But chez qui je l’ai acheté. Souvenez-vous, Archos qui désormais est sous pavillon vietnamien si je ne m’abuse, c’était un peu la France. Je voulais faire d’une pierre trois coups, acheter un grand téléphone 6 pouces, acheter un téléphone dans une entreprise française, acheter un téléphone français pour profiter du SAV. Plus jamais. Enfin le plus jamais, c’est comme toujours, on verra ce que l’avenir nous réserve, je pense par contre tirer un trait définitif sur Archos. Plus d’un mois et demi pour réussir à résoudre le problème, c’est du grand n’importe quoi mais passons.

Cet Archos avait donc un problème de GPS, et le GPS quand tu te promènes relativement souvent comme moi, notamment quand tu as des gilets jaunes, tu es content de trouver de nouveaux itinéraires. J’ai donc ressorti mon Asus Zenfone A007, ça doit être un live, qui a malheureusement passé la garantie depuis le mois de juin. Il est apparu la semaine dernière qu’en faisant une virée avec mon fils que le smartphone débloquait à fond sur un itinéraire classique. J’avais mentionné dans le billet que j’avais un problème de 4G, en fait pas du tout, c’est un problème connu du GPS chez Asus. Alors que l’appareil a parfaitement fonctionné durant la période des gilets jaunes, il y aurait donc un problème hardware profond sur toute une série d’appareil de cette époque au point que des gens proposent des vidéos pour arranger le bidule. Il s’agit en fait d’un problème de lien entre les connecteurs qui font l’antenne et la carte mère. Pour ceux qui veulent vérifier que le GPS est vraiment mort, vous avez GPS Test :

Lorsque votre GPS fonctionne vous avez des barres qui apparaissent, au mieux j’accroche une barre. Je m’en suis rendu compte de façon simple. Je me suis rendu compte du problème sur la route, j’avais téléchargé en amont l’application Here We Go, qui permet de faire du hors ligne. Au départ c’est parce que je pensais qu’en allant dans l’arrière-pays, je serais gêné par des problèmes de zones blanches, et pour éventuellement contourner un problème de coupure internet en lien avec mon téléphone. N’ayant absolument aucun signal GPS en hors ligne, j’ai compris que ça venait de là. À noter qu’ils ont de la 4G de partout.

Le problème est connu, puisqu’il y a un gars qui je pense explique en portugais comment rajouter un fil électrique pour faire antenne. Je le ferai à mes heures vraiment perdues mais je le ferai quand même ou je forcerai mon fils à le faire.

Je dois vous reconnaître que vraiment lassé, j’ai commencé à regarder les offres de GPS physique et me prendre le téléphone Nokia de Néo dans Matrix parce que je commence à en avoir marre du matériel pourri. Autant sur de l’Archos, je peux parfaitement entendre que c’est de la merde, que sur Asus, je peux difficilement vous donner raison. Oui, il s’agit bien d’un téléphone payé moins de 100 €, mais il s’agit tout de même d’une marque réputée dans le monde de l’informatique, je suis donc sur ce coup, victime de la faute à pas de chance. Je ne change pas de smartphone pour l’heure et je vais certainement utiliser le bon d’achat pour m’acheter des chaises. Je fais une pause dans l’univers smartphone pour garder ce téléphone, et l’ancien TP-Link de ma femme qui fonctionne bien.

Puivert

Puivert 500 habitants, dix degrés de moins que Saint-Pierre, 30.000 personnes de moins aussi, le calme. Le seul objectif, profiter de la nature, prendre le temps, essayer de ne pas trop rouler. Puivert c’est typiquement l’avenir du pays, entre la désertification et le retour à la terre, j’y viendrai plus loin. La désertification parce que Puivert n’a pas d’épicerie, de boulangerie, il faut faire 10 bornes pour trouver un Vival qui vous voit arriver comme un Américain. La désertification avec ses très nombreuses maisons à vendre une bouchée de pain, 80.000 € les 120 mètres carrés avec un bout de terrain sans chercher. On était tellement bien qu’on a réfléchi à une résidence secondaire, demander ma mutation sur Limoux, on va juste attendre que les touristes nous quittent.

Puivert est donc un village dans lequel il n’y a rien ou presque si ce n’est un lac extraordinaire.

Une buvette à tarif correct qui fait des glaces et des gaufres, une plage artificielle où les gamins peuvent se baigner, c’est calme. C’est certainement ce qui fait de Puivert un point de chute intéressant dans lequel on reviendra, cette possibilité quoi qu’il arrive de finir au lac, les gosses dans l’eau, nous sur l’herbe à prendre le temps.

Puivert c’est aussi un château, un château qui comme de nombreux châteaux Cathares tombent en ruine. On ne va pas se mentir, ça manque d’argent, c’est loin de tout, c’est compliqué. Le château de Puivert est assez salement noté dans Tripadvisor, parce que les gens sont aigris, les gens ne comprennent pas. Nous sommes partis à pied, nous avons coupé à travers la campagne, une côte assez importante avec des mûres sauvages, les gosses se sont bâfrés, et après une marche fatigante on arrive au parking où le bourgeois a posé sa voiture. Alors forcément il n’y a rien ou presque, des ruines, à 5 € l’entrée certains crieront au scandale. Pour ma part, c’est le bout du chemin après une jolie promenade, un endroit calme avec un canasson au milieu, on n’y apprend pas grand-chose mais on domine le monde sans être emmerdé par des touristes qui hurlent.

Je réalise que je deviens de plus en plus con, que j’ai de moins en moins de patience, et c’est certainement en lien avec les appareils électroniques. Pas trop d’écrits dans le château mais les panneaux sont devenus trop longs pour moi. Il y avait une vidéo, et c’est finalement avec ça que j’ai retenu que le site avait servi de lieu de tournage pour la neuvième porte avec Johnny Depp ou la passion de Béatrice.

À la sortie comme on était quand même un peu sur les rotules, on a fini dans un endroit insolite qui s’apparente au seul bistrot du coin, la brasserie du Quercorb. Dans mon billet plus haut j’évoquais le fait que c’était tout à fait le genre de territoire qui était au confluent du passé et de l’avenir. Vous le savez depuis une mauvaise cuite en 1994 qui m’a fait vomir l’intégralité de mes tripes, je suis sobre comme un chameau. Forcément, ce n’est pas le genre d’endroit qui m’attire mais on peut saluer le concept et le monde à l’intérieur. La dame qui nous a loué la maison nous expliquait qu’en hiver, parce que les gens font la démarche d’être ouverts toute l’année, des soirées étaient organisées, des fish and chips, des pizzas maisons, des concerts. J’ai demandé des boissons non alcoolisées, tout est en local, et la jeune femme m’a dit qu’elle avait juste de l’orangeade industrielle pour ne pas citer la marque Orangina. J’ai du bu Coca des montagnes, je n’irais pas dire que ce n’est pas bon, c’est juste différent.

La réflexion qu’on peut se faire, c’est de se dire que s’ils le font, que c’est une démarche courageuse et qui a l’air de fonctionner, je l’espère, pourquoi chez nous on se contente de faire de la merde au lieu de rehausser le niveau de nos plages. Je pense que c’est l’adversité, la difficulté des territoires qui poussent les hommes à se remettre en question. Car chez moi finalement, on vit dans le petit confort du touriste qui vient, qui va, qui ne reviendra certainement pas, et de cette sale mentalité qui consiste à se dire qu’il sera bien trop loin pour se plaindre. Cette année s’il y a un monde de dingue sur la station, il n’y a pas de monde dans les restaurants, il va falloir vraiment que ces gens-là mangent leur pain noir pour réagir.

Une terre où le local est présent, une terre qui veut jouer nécessairement la carte du tourisme vert, de la tranquillité mais aussi une terre d’alternative car tout est lié : bio, qualité, logiciel libre, solidarité et j’en passe. Quand tu as des maisons avec des prix aussi bas, tu attires une autre population, une population qui pense aussi de façon différente.

Le magasin gratuit, vous prenez ce que vous voulez, vous donnez ce que vous voulez, aucune obligation, on précise qu’on est dans une démarche non commerciale. Le monde change.

Donc Puivert, c’est pour le moins vert, nous avons fait une promenade du côté de Nébias, un sentier franchement bien foutu avec quelques curiosités naturelles qu’on n’a pas forcément l’habitude de voir par ici. L’arbre en forme de harpe par exemple. Deux anciens moulins qui ont été utilisés pendant la seconde guerre mondiale etc …

Laissez-moi tranquille quand je suis en paix

À une époque pas si lointaine puisque figure sur le blog le périple en Ariège, plus Barcelone, on vous aurait fait Rennes le Château qui est à côté et certainement douze trucs de plus, mais ça c’était avant. Aujourd’hui on a dit qu’on fait un truc ou deux pas plus sans avoir honte. Je crois qu’à force d’entendre les gens évoquer leurs vacances de rêves où ils ont fait des millions et des millions de choses, je crois qu’on oublie de penser à ce qu’on a vraiment envie. Voyez, après avoir marché pendant trois heures dans la forêt, on était crevé, on a roupillé une partie de l’après-midi, pendant que les gosses increvables étaient sur la télé ou la console. On aurait culpabilisé, parce que tu es en vacances faut bouger, c’est une obligation, il faut surtout faire ce qu’on a envie de faire et tant pis si on a payé la location.

L’après-midi, vers 16 heures après avoir émergé, les gosses sont allés plonger pendant deux heures. C’était mercredi soir, et dans ce coin qui essaie de se bouger, tous les mercredis ils font venir des food trucks à proximité du lac. Des burgers de qualité, des fish and chips réalisés par de véritables anglais qui se comptent par légion dans le coin, j’ai pour ma part mangé asiatique. C’était génial, des gens qui font avec des produits du coin, des tables installées, quelques musiciens, la moitié du village qui descend, la grand-mère d’à côté qui nous raconte sa vie, loin de ces conneries de réseaux sociaux et d’internet, des vrais gens.

Je reviens particulièrement content de ces quelques jours, pour le dépaysement bien sûr, pour avoir enfin réussi à dormir, mais surtout parce que cela nous confirme que le bonheur ne tient pas à grand-chose, qu’il n’est pas nécessaire d’en faire des mille et des cents pour être heureux, et que le chemin de la simplicité n’est certainement pas le plus mauvais.

Bon c’est pas tout ça mais c’est bientôt la rentrée qu’on va essayer de faire dans les conditions similaires.

PS : j’ai reçu bien sûr à l’approche de la rentrée, de nombreux messages me demandant des conseils en informatique (étonnant ?). J’ai pris la peine de répondre que je ne pouvais pas répondre et que je le ferai plus tard. Plutôt que de se faire violence à chercher une solution dans l’urgence sur un smartphone, mieux vaut faire cette réponse. Si les gens sont trop pressés, tant pis pour eux.