Si c'est gratuit c'est vous le produit, vraiment ?

Rédigé par cyrille - - Aucun commentaire

Il y a quelques années la situation au niveau logiciel était simple : on payait son logiciel pour avoir le logiciel comme on paye la baguette de pain pour avoir le pain. La situation depuis s'est largement diversifiée :

  • on continue de payer le logiciel pour avoir le logiciel, on tend toutefois maintenant vers l'abonnement. L'abonnement est une logique et un piège à la fois. En 2007 vous achetez le pack office 2007 et vous pouvez en jouir comme vous le souhaitez jusqu'en 2017 par exemple. Sauf qu'il n'a pas reçu les améliorations, qu'il peut poser des problèmes de compatibilité avec les nouvelles versions du logiciel, un document venu du futur pour le logiciel ne sera pas forcément lu. En 2017 vous prenez l'abonnement, le logiciel va évoluer au fur et à mesure et en 2027 vous jouirez de la dernière version du logiciel. Seulement, si en 2020 vous décidez d'arrêter d'utiliser le logiciel, rien ne vous dit que vous pourrez continuer à utiliser vos documents. L'abonnement rime donc avec engagement,sans savoir jusqu'à quel point vous êtes engagé, avec derrière un intérêt pour le loueur, plus vous êtes engagé, plus il est difficile de partir, on peut compter sur les prestataires pour se rendre indispensable.
  • on ne paye plus le logiciel, ou plutôt le service, c'est le cas de Gmail, Facebook, et de nombreux autres services, c'est gratuit. Et pourtant derrière, ces grandes entreprises fournissent des serveurs pour héberger toutes vos données, des développeurs pour entretenir et créer les services, il faut bien de l'argent pour que tout fonctionne. La question c'est donc nécessairement, comment font-ils pour gagner leur vie ? Avec la publicité, avec la collecte de vos données personnelles, en vous ciblant. En utilisant des services comme les réseaux sociaux, vous indiquez vos goûts alimentaires, vestimentaires, votre position géographique, parfois même vos opinions politiques. Ainsi, positionner une publicité qui vous correspond, qui vous intéresse, devient simple, il suffit de vous observer et dès lors de multiplier les chances de vous vendre un produit.

Donc si c'est gratuit c'est forcément vous le produit, une formule qui a été utilisée à de très nombreuses reprises pour démontrer la dangerosité des produits gratuits, voici l'histoire d'une bonne idée qui peut devenir une grosse erreur de communication. Il existe une dernière catégorie de logiciels, le logiciel libre dont voici une définition donnée par Wikipedia :

Un logiciel libre est un logiciel dont l'utilisation, l'étude, la modification et la duplication en vue de sa diffusion sont permises, techniquement et légalement. Ceci afin de garantir certaines libertés induites, dont le contrôle du programme par l'utilisateur et la possibilité de partage entre individus.

Plutôt que de rester dans le cas général, prenons le cas de la suite bureautique Libreoffice, qui est un logiciel libre. Libreoffice est un logiciel que vous pouvez utilisez gratuitement et légalement, c'est permis, vous pouvez contribuer en signalant une anomalie ou même développer une extension, vous pouvez vérifier le code afin d'être sûr qu'il ne vous espionne pas. La confusion évidente c'est que si on peut utiliser Libreoffice gratuitement alors on est forcément le produit, ce n'est absolument pas le cas, le logiciel libre est au contraire un logiciel de confiance. En fait la grande difficulté de compréhension du message c'est que si vous pouvez télécharger Libreoffice gratuitement, Libreoffice pourtant n'est pas gratuit. A l'instar des services qui vous espionnent ou que vous payez, il y a des frais de fonctionnement, il est donc nécessaire d'avoir de l'argent pour que tout ceci existe. Le modèle économique du logiciel est tout simplement différent, il repose ici sur le don. Des gens qui ont compris l'utilité de ce type de logiciels vont donner de l'argent pour qu'ils puissent continuer d'exister.

Le problème, c'est que l'économie du don n'est pas "fiable", dans le sens où il est difficile de faire des perspectives, les campagnes sont donc régulières, piqûres de rappel nécessaires mais qui peuvent finir par être ressentie comme une agression. Se pose aussi la multiplication des projets, des associations pour qui il faudrait donner.

Ainsi, des développeurs de logiciels libres finissent par trouver d'autres voies de financement en proposant par exemple le service tout en laissant le logiciel gratuit (même s'il n'est pas gratuit). Des logiciels de cloud par exemple vont proposer un service d'hébergement payant tout en laissant le programme accessible. Ce mode de financement est intéressant car il propose une source de revenus équitable, claire du fait de la nature du logiciel dont on peut lire le code, on peut savoir assez facilement si le logiciel nous espionne ou non.

Par conséquent, l'adage si c'est gratuit c'est vous le produit est une vulgarisation trop simpliste du logiciel où l'affaire est plus complexe et mérite d'être mieux expliquée.

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