Presque vacances

04/07/2019 Non Par cborne

Correction du DNB, encore un souvenir mémorable.

Je suis donc allé corriger le brevet des collèges, direction Frontignan. Moi tu sais public, quand tu lis sur ta convocation à l’arrache Maurice Clavel, tu finis au collège des deux pins rue Maurice Clavel. Avant d’aller plus loin je dois te dire que la route est magnifique, je suis passé devant Bouzigues où l’on fabrique les huîtres. Même si je suis blasé par la vue de la mer, je dois dire que la route avec cette vue, ça claque

J’arrive donc dans un quartier franchement populaire, je vois un gars sortir d’un immeuble avec des tatouages de partout, même sur le visage, des gens qui font peur et je me dis que ça va que je roule dans une poubelle sinon je ne retrouverai pas le Partner le soir. Je passe la porte du collège, bonjour, je viens te corriger 200 copies, pas de chance, ce n’est pas le bon endroit. Je prends le temps de lire ma convocation, il s’agissait du lycée Agricole Maurice Clavel.

J’aurais dû sentir que la journée démarrait mal, encore plus quand à 8h30 pétante alors que je compte traverser le pont, celui-ci se soulève, je regarde passer les bateaux pendant 10 minutes. Du café, des croissants, tout le bonheur du monde, je salue mes habituels collègues que je retrouve chaque année pour les corrections, pour certains nous nous connaissons depuis plus de 10 ans, sans connaître nos prénoms. Nous sommes tous profs de l’agricole privé, pour une fois de plus accomplir une mission de service public. Ça démarre plutôt mal, je crois que l’établissement est centre d’examen pour la première fois, ces braves gens ont l’air un peu perdu. 320 copies à corriger, 8 profs de maths, nous avons tous le sourire, on aura même le temps de corriger les copies des collègues de physique et rentrer manger. AH AH AH …

On nous annonce qu’il n’y a rien à bouffer. Ce n’est pas une obligation, mais il apparaît qu’en 15 ans de corrections, pour avoir fait tous les coins les plus perdus de France, on a toujours eu une tablée. L’an dernier un super bon repas, c’était la classe. Cette année on a erré dans les rues de Frontignan pour trouver un Vival et acheter un sandwich triangle … Et le pompon parce que sinon ça aurait été trop simple, une grille de correction complète à remettre avec la copie, une nouveauté. Il apparaît que cette grille de correction est décomposée en compétences, pour l’exercice 1 par exemple, à la question 1 la compétence chercher, si le gamin a donné les bonnes mesures avec les bonnes unités il a le meilleur pallier donc il gagne 4 points. On peut se dire que ce sont des indications de barème, sauf qu’au jeu de la compétence, une même question peut avoir plusieurs compétences et c’est là que ça devient tendu. Toujours pour le premier exercice au lieu de noter les questions 1 2 3 et 4, on note la 1 2 la 3 on revient sur 2 on note la 3 et la 4. Alors que d’habitude nous sommes les premiers à sortir, et que nous corrigeons les copies des collègues de physique pour rester pour le repas, nous avons fini presque bon dernier. Presque. Nos collègues de français ont été convoqués en sous effectif puisque parallèlement à nos corrections se déroulait l’oral de rattrapage du BAC PRO. Eh oui, à décaler les dates, on oublie de se dire que le monde autour de nous continue de bouger.

Il y a quand même un point qu’il me paraît important d’évoquer ici. J’étais de surveillance et j’ai dit à un de mes élèves : mon garçon, c’est le moment où jamais de faire des 4 qui ressemblent à des 4 parce que le correcteur n’aura pas la patience de traduire tes copies dégueulasses. Quand j’ai pris mon paquet de 40 copies, ce qui m’a sauté directement aux yeux c’est de retrouver ma belle écriture avec noté « absent » sur une copie d’élève. Forcément j’ai commencé à gueuler pour dire que j’étais en train de corriger mes propres élèves, et qu’il y a donc un problème. Tu te doutes que lorsque je tombe sur la copie avec un 4 qui ne ressemble pas à un 4, je souris, l’ironie, la vie bien faite, je suis le correcteur de mon élève. Si seulement il n’y avait que lui. Il faut savoir que Cyrille BORNE comme prof, c’est pareil que Cyrille BORNE que tu connais. C’est rassurant, tu sais exactement ce que tu vas trouver, et c’est surtout particulièrement répétitif. Quand je fais les probas, j’explique que je veux une présentation de la forme P(le truc que je cherche) égal à une fraction, égal à un nombre compris entre 0 et 1. Tu comprends que lorsqu’on dit que dans la copie il ne faut pas mettre de signe qui permettrait de reconnaître la copie d’un candidat, j’ai non seulement reconnu les écritures de mes élèves, et quand je n’ai pas reconnu les écritures je savais quand c’était les miens dans la présentation. Je ne suis pas le seul dans ce cas, tous les collègues présents dans la salle sauf mon collègue qui n’a que les quatrièmes et qui était convoqué avons corrigé nos propres élèves pour un examen officiel.

une copie anonymisée du DNB

Nous restons des professionnels de l’éducation et donc on corrige sans se poser de questions. Comprenez que mon gamin du 4, qui donne le résultat exact d’une longueur à 2 chiffres après la virgule mais qui n’a pas recopié de son brouillon le théorème de Pythagore qu’il a dû certainement écrire, la compétence modéliser où il fallait écrire le théorème, il peut s’asseoir dessus, je n’ai rien mis même si connaissant l’individu, je sais qu’il l’a fait, tant pis pour lui. Comme je l’évoquais dans l’épisode précédent, le DNB est une farce à cause du contrôle continu, il est aussi une farce au niveau des corrections. Les notes ont été particulièrement mauvaises, peu d’élèves ont décroché la moyenne avec quelque chose de profondément palpable, le manque de motivation. Des questions non traitées, même pas envie d’essayer.

Mal à l’aise avec la situation, je l’ai signalé, aux personnes sur place, pas dans le procès verbal car il n’y a pas de procès verbal, à mon chef d’établissement et à mon collègue du syndicat qui même en réunion a répondu à mon appel, se doutant d’un grand problème. En effet je lui rappelle régulièrement que le seul syndicat qui devrait exister c’est le MEDEF et quand j’ai un discours trop de droite, je lui demande de se boucher ses gentilles oreilles de gauchiste. Il m’a répondu avec cet humour si caractéristique, que c’est une préparation pour l’avenir, avant on allait dans d’autres établissements pour faire passer l’épreuve, aujourd’hui on garde nos propres élèves, demain on arrêtera d’anonymiser pour corriger directement les copies.

Pendant que j’y suis, je fais ma saisie de frais et je me rends compte que dans la passerelle du rectorat ne figure pas avec mon code habituel ma mission. Je vérifie ma convocation, et il apparaît que j’ai de nouveaux identifiants … Avec ces nouveaux identifiants, je me connecte, je vois ma mission, et je réalise que toute la partie personnelle est vide. Lorsque je suis arrivé dans l’Hérault et qu’on m’a envoyé corriger le DNB dès la première année, j’ai souvenir d’avoir dû donner bon nombre de pièces justificatives pour pouvoir me faire payer, les mêmes qui m’auraient été demandées. Il faut savoir que pour la journée que je viens de passer, je vais être payé 30 € ce qui veut dire qu’il s’agit réellement de l’accomplissement du service public, et pas une histoire d’argent. Au bout de un an, mon dossier était resté bloqué, j’avais pris mon téléphone pour appeler la responsable du DNB et j’avais expliqué que je n’irai pas mettre les pieds si on me convoquait, par question de principe. On m’avait alors donné une dame pour traiter mon cas, curieusement très rapidement, il était apparu qu’après avoir envoyé trois fois mon numéro de sécurité sociale, c’était l’absence de la clé qui posait problème …. Vous vous doutez que je n’avais pas coupé mon code pour faire sauter la clé. J’ai donc appelé la responsable qui forcément dans cette journée d’apocalypse avait d’autres choses à faire, mais j’ai un bon feeling avec elle, certainement depuis que je lui ai posé la question de la possibilité de passer la session de septembre pour un élève en garde à vue le jour du DNB. Elle m’a orienté vers un brave monsieur à qui j’ai raconté mon histoire et surtout ce que je ne voulais pas revivre. Il est apparu qu’après avoir changé d’établissement depuis quatre ans le rectorat l’a enfin compris et m’a créé un nouveau compte à l’arrache plutôt que de me corriger l’ancien. Les gens du rectorat de Montpellier sont très sympas et cherchent à rendre service de façon systématique, comme quoi les mauvais clichés, ce n’est pas que pour les profs.

160 km, la chaleur, le monde sur la route, j’ai tapé une sieste de trois heures. C’est bien sûr une mauvaise journée que je ne regrette pas d’avoir vécue car elle pose les nouvelles attentes pour le DNB. Une satisfaction aussi, et ce n’est pas la première fois que je l’écris ici, l’exigence, encore plus pour l’an prochain. Quand tu te rends compte que l’ensemble de tes élèves a posé les probas comme tu l’attends, tu te dis que ça valait la peine de les emmerder avec ça, et que l’an prochain j’en demanderai plus encore.

Une histoire de Cyrille BORNE mais pas celui qu’on croit

Il s’agit d’une anecdote que les forumeurs connaissent mais qui je trouve mérite d’être racontée. Samedi, c’était une journée caniculaire et j’étais puni, j’étais de mariage. A 12h55, on me félicite pour la création de mon compte Pixmania, à 13 heures pour la commande de mon frigo Samsung à plus de 1000 balles.

Forcément, je pense que c’est un spam, la routine. Sauf que le spam en deux étapes c’est assez étonnant. Ce que j’ai trouvé étrange, c’est l’utilisation de mon adresse cyrille.borne chez orange, que je n’utilise jamais et que je redirige vers mon adresse principale. Comme j’ai reçu le mail sur une adresse que je contrôle, je vérifie que la boîte de chez Orange ne se soit pas faite hackée, ce n’est pas le cas, je demande une réinitialisation du mot de passe. J’ai donc accès au compte et je dois te dire que je ne comprends pas le principe. Une adresse, un téléphone, mon nom et prénom, une date de naissance qui n’est pas la mienne, le frigo bien payé, une adresse physique … Bon, tant pis pour la compréhension, je flingue la commande, je commence à pourrir Pixmania, par échange, je signale qu’il y a certainement arnaque. Et puis je prends le temps de vérifier, il apparaît que sur Pixmania, on peut créer un compte sans aucune vérification derrière.

un site de 2019, en apparence.

J’ai donc rajouté une couche de pourrissage sur le site en évoquant leur système particulièrement douteux, où l’on peut faire n’importe quoi sans réfléchir l’espace d’un moment à une erreur.

Vive la mariée tout ça, il fait chaud, on revient à la maison pour prendre une douche de plus, et je reçois un mail en milieu d’après midi, un mail de Cyrille BORNE. Il se trouve que j’ai un parfait homonyme, mais qui la faute à pas de chance a été servi après moi à la création des boîtes mails, il s’appelle Cyrille BORNE mais sa boîte mail c’est cyril borne chez orange. Le malheureux qui de temps en temps doit avoir un coup de fatigue, m’explique s’être raté sur le mail. Je peux comprendre que quand tu t’appelles Cyrille, ça doit te gaver de taper Cyril. Sachant que les Cyrille ont cette supériorité d’avoir deux ailes pour mieux voler.

« Quand tu entends des sabots, pense cheval, pas zèbre », c’est le Rasoir d’Ockham. Il est sûr que moi quand j’entends des sabots, je pense licorne, c’est donc pas toujours évident pour moi.

Je suis donc officiellement en vacances, mais pas vraiment. Lundi je remonte sur Pézenas, j’ai la joie d’avoir le moteur un peu gras et d’avoir perdu un peu d’huile, au moins une durite à changer, il faudra qu’il me remette du mastic ou je ne sais quoi dans les injecteurs. Saloperie de moteur HDI DV6. Le partner arrive aux 200.000 km et dans le contexte actuel, il n’est pas arrivé le nouveau véhicule. La semaine sera ponctuée d’examens médicaux pour mon épouse, j’espère qu’on ne trouvera rien. On devrait y voir plus clair aux environs du 20 juillet, nous aurons déjà entamé un gros tiers des vacances.

Arrêter le boulot va permettre d’avoir quand même un peu de temps pour le reste, on en discutera plus tard, pour l’heure, c’est dodo. 2118 mots ce soir, pas mal.