Prendre le temps

03/01/2018 Non Par cborne

Mon titre n’est pas très bon car il n’exprime pas totalement ce que je cherche à dire, j’hésitais avec l’urgence de ralentir aussi, mais c’est plus un ensemble de choses, il y a du minimalisme aussi là-dedans.

Cela fait depuis le mois de novembre que je suis sur le réseau facebook, comme je l’avais évoqué, c’était un problème d’usurpation d’identité. J’ai conservé mon profil pour éviter ce problème, des collègues m’ont invité, ce qui correspond à ce que représente ce réseau, un réseau pour les vieux. C’est d’ailleurs étonnant de voir à quel point c’est mal maîtrisé, utilisé par des adultes, les photos de base, les dessins débiles, les citations, on réalise que quelle que soit la tranche de la société, on retrouve concrètement les mêmes conneries, les fautes d’orthographe en moins. On me propose des profils d’élèves, je regarde par curiosité, pas par voyeurisme, pour une seule donnée, vérifier si le profil est à l’abandon ou non. Il apparaît que l’ensemble de mes élèves a quitté facebook, faisant donc de lui un réseau pour les vieux. Les jeunes se retrouvent sur snap et sur instagram, je ne vous apprends rien, et cela peut se comprendre. Non seulement Facebook est envahi par les vieux, leurs parents, leurs profs, mais l’interface de Facebook est complexe, ce n’est pas intuitif. Je rajouterai à cela le problème de fond, le jeune d’aujourd’hui est formaté pour le changement.

Aujourd’hui c’est donc Snap et Instagram mais pour combien de temps encore ? Il faudra réaliser que la société de consommation a créé des monstres assoiffés de nouveauté. Ces réseaux de plus posent le problème de la monétisation, basés sur l’image, il est difficile de faire de l’argent à l’heure actuelle, il va falloir que les technologies de l’image fassent d’énormes progrès pour repérer au mieux les marques, les lieux, afin de ramasser des données tellement plus évidentes avec Facebook où le texte conserve encore son importance.

Sans vouloir jouer les devins ou les prédicateurs, je pense que Facebook en a pour quelques années. Je ne m’étonnerai pas que Zuckerberg en tant que fin tacticien renomme sa société pour avoir un nom plus neuf, plus dynamique, moins symbolique qui permettrait de mettre mieux en avant la marque. On ne sait pas forcément par exemple que WhatsApp et Instagram sont la propriété du groupe. Que reste-t-il à Facebook ? Un réseau social pour les vieux, un facilitateur d’événements locaux. J’ai découvert dernièrement le market, c’est puissant, tout comme je m’abonne à des pages locales qui communiquent par ce biais. L’un des restaurants de chez moi est ouvert à l’année, j’ai appris par leur page qu’ils faisaient désormais de la livraison à domicile.

On ne réalise pas la problématique du moment, le morcellement du tissu social sur Internet. Si les vieux sont ancrés sur Facebook, pour les plus jeunes, il n’y a que des tendances. L’un des enjeux sera de réapprendre la fidélité à la clientèle jeune, car la situation risque d’être totalement intenable. Aucun service n’arrivera à perdurer dans le temps, pour suivre, il faudra multiplier les réseaux sociaux, être partout à la fois, donc être nulle part. On en revient donc aux fondamentaux, on a tout intérêt à s’ancrer dans sa page personnelle et considérer comme volatiles les réseaux sociaux nécessaires toutefois pour assurer sa promotion. Inutile donc de se jeter sur le nouveau réseau social à la mode, celui-ci finira à terme par être remplacé par un autre.

Le morcellement se produit et il a de nombreux effets de bord. Le départ de Facebook pour cette fameuse quête de nouveauté se déporte sur Instagram sur snap comme on a pu le voir mais aussi sur d’autres réseaux sociaux : twitter par exemple est en augmentation, tout comme reddit. Je suis abonné au flux de France depuis une bonne année, en ce moment on assiste à des départs de membres historiques. A priori c’est un problème que l’on connaît depuis la vulgarisation de l’internet, les masses qui débarquent font fuir les gens qui étaient présents qui ne s’y retrouvent plus. Il est certain que si vous avez un certain niveau de français, une certaine éducation, si vous êtes un peu pointu techniquement, vous voyez débarquer des kikou lol en nombre, vous ne vous sentez plus nécessairement à votre place. Une autre difficulté c’est la multiplication de l’information. Vous avez désormais de tout partout, et parfois à l’abandon et c’est normal. Si une personne s’engage dans un réseau social au détriment d’autres canaux de communication, il s’agit d’une information à laquelle vous ne pourrez peut-être pas avoir accès. La multiplication entraîne la confusion, entraîne aussi le découragement, je pense qu’à terme, il faudra qu’on finisse par archiver certaines pages, et on y viendra certainement afin de gagner en lisibilité.

En tant qu’internaute, j’ai du mal à y trouver mon compte : je ne trouve pas toujours l’information dont j’ai besoin, je perds du temps à la chercher car il y a de trop nombreuses pages, pas toutes pertinentes. Il y aura bientôt une responsabilité des webmasters, des gestionnaires de forum de faire du tri dans l’information. On m’a fait remarquer dans le forum qu’on pourrait poubelliser certains sujets, s’ils sont trop nombreux, il faudra effectivement le faire. Trop d’informations ont finit par tuer l’information. A la question de laisser un site inactif depuis 2012 et qui est encore référencé dans Google ou le fermer car les informations techniques qu’il donne ne sont plus adaptées, pour moi c’est clairement la fermeture. Le morcellement dans le monde du libre rend la situation encore plus pénible, il s’agit d’un morcellement que je qualifierai d’historique et de naturel, il me peine de plus en plus. Trop de forum, trop de sites, et pourtant de moins en moins d’informations car ils sont trop nombreux à avoir jeté l’éponge, en tout cas pour ceux qui s’expriment de façon publique.

Ce qui me permet de rebondir sur le billet de Cascador.

la symbolique de la bataille, en plus avec deux boucs c’est contextuel

En résumé, Cascador explique que l’Internet est devenu une grosse poubelle aux mains de haters qui ne sont capables de s’agiter que pour haïr sans aucune production. Il rajoute à cela un postulat simple, si les lecteurs étaient producteurs, ils auraient davantage de respect pour la production des autres, Korben avait d’ailleurs écrit quelque chose dans ce sens là. Pour moi, ce n’est pas nécessairement le problème. Le problème des haters, je l’ai réglé. Personne n’a fait la démarche de s’inscrire sur le forum pour venir me pourrir et cela correspond exactement au problème : la nature paresseuse de l’être humain. J’évoquais dans un billet mon enthousiasme quant à Yammer, mon réseau social d’entreprise. Je reviens dessus très largement.

Il est apparu que j’étais le seul pinpin de France à partager des cours, nous ne sommes que deux ou trois à diffuser du contenu, de l’information pédagogique. Au départ, je pensais qu’il fallait se mettre sur la piste et se déhancher pour faire venir du monde, six mois plus tard je suis tout seul comme un con au milieu de la piste. La prestation est appréciée, j’ai des likes, je m’en fous complètement, je perds du temps à distiller mon savoir sans rien en retour. Je n’ai absolument pas honte de dire cela, ce Yammer est partagé par de nombreux enseignants qui ont des années d’expériences et de métier, ils sont tous en mesure de partager du savoir seulement ils ne le font pas. Le propre de la profession d’enseignant c’est la peur évidente du jugement de ses pairs, mais cela rejoint ce que je crois être le phénomène de masse, l’ancrage est tellement fort dans la consommation, l’esprit télévision, que ça ne viendrait pas à l’idée du quidam d’aller contribuer. Et c’est ici je pense que se fait la différence d’expérience entre Cascador et moi, pour avoir connu les premiers forums, je peux vous dire que c’était mieux avant, mais pas pour les raisons qu’on pense. Ce qu’on n’appelait pas encore les makers ont vu dans l’internet la possibilité de partager du savoir, de l’information, nous étions les pionniers sur la terre vierge de l’Internet. Avec la démocratisation de l’Internet, nous sommes tout simplement noyés dans la masse des consommateurs.

Si vous avez un peu suivi ce que j’ai raconté, c’est ici que ça devient problématique. Quand à une époque, il était simple de se retrouver, aujourd’hui la multiplication des lieux, la multiplication du bruit, la multiplication du parasitisme (commentaires inutiles, photos de chats, contenus stériles), les contenus périmés, font que si un gars pondait la solution pour guérir le cancer on passerait complètement à côté.

Comment réagir à tout cela ?

principe de l’action et de la réaction

Comment réagir face à la complexité d’obtenir de l’information, de trouver des personnes qui veulent échanger, face à la pression sociétale de la nouveauté. Voyez quand même que ça fait pas mal de questions qui partent dans plusieurs directions.

S’il y a bien un lieu où tout n’est qu’early adopting, où il faut impérativement utiliser la nouvelle méthode à raison de une par semaine, c’est l’éducation. J’ai joué le jeu du Yammer, j’ai regardé le fonctionnement des classes inversées, j’ai même fait quelques essais, j’arrête désormais toute forme d’innovation pédagogique qui ne sert à rien pour ne me consacrer qu’à un seul élément : ma rigueur. J’ai fait l’effort cette année pour mes élèves de troisième de faire des fiches à trous pour éviter d’avoir trop de notes à prendre pour les élèves. Il apparaît que j’ai encore des élèves qui perdent les feuilles, qui ne jouent pas le jeu et qui ne prennent pas le cours. Il faut arrêter de croire que l’innovation technologique, que la nouveauté, que le dernier programme à la mode va créer une révolution, que des élèves qui n’ont aucune exigence avec eux mêmes, à qui on ne demande plus rien, vont se mettre à bosser. La vie exige du travail, de la rigueur, de l’organisation, ce sont des valeurs qu’il faut apprendre à nos enfants et arrêter d’imaginer que la technologie va nous sauver. Ma rigueur, c’est celle qui consiste à ne rien laisser passer, à pointer de la façon la plus régulière possible que mon cadre ne bouge pas. Je ne suis pas contre l’innovation, seulement quand on m’aura démontré par A+B que ça fonctionne, que l’innovation a du sens. J’insiste bien sur le qu’on m’aura démontré et pas attendre que je le démontre dans l’attitude passéiste des communautés qui attendent que quelqu’un le fasse. Avec dix ans de retard j’ai fait entrer l’appel numérique au lycée, c’était une nécessité, c’est un bonus incontestable pour tout le monde. Quand on sait que la grande majorité des élèves, des parents ne consultent pas l’ENT, rajouter de l’innovation alors que la base n’est pas réalisée n’a absolument aucun sens. Toute nouveauté qui arrivera au travail, pédagogique ou dans la structure sera raisonnée, analysée, et je prendrai le temps de la mettre en place. Au niveau éducatif il faut apprendre à casser le cycle de l’innovation des sociétés, on n’a même pas eu le temps de maîtriser la précédente génération d’outils qu’on nous impose la prochaine. L’école doit avoir son propre rythme. Ceci s’applique à moi-même et de ce côté là je ne suis pas trop mauvais. Cela commence à faire un moment que je n’ai pas acheté de gadget inutile, que je n’ai pas rajouté de services inutiles, et que je tourne sur de l’occasion.

Ma plus grosse difficulté en ce moment c’est ma présence et ma consommation du web. J’ai voulu me rendre utile sur quelques forums, ce n’est pas une bonne idée. Si on fait abstraction du fait de se plier aux règles inhérentes à toute organisation, je me rends compte que j’ai passé l’âge. Les gens laissent un message dans un forums, ne viennent même pas chercher la réponse. Et puis c’est au-delà, c’est devenu trop gros, trop impersonnel, j’ai de plus en plus de mal à gérer les masses d’où ma volonté d’implication locale. Au niveau de la consommation, j’essaie de varier l’info entre Facebook pour du local, mes flux RSS pour du global, et Twitter pour de l’individuel. En effet lorsque vous suivez des individus, vous avez un résultat différent des sites institutionnels, des sites que vous ne suivez pas nécessairement.

De façon synthétique. Le web est en train de partir totalement en cacahouète, un mélange de télé, une immense décharge dans laquelle on pourrait trouver de jolies roses qui poussent mais comme la décharge devient de plus en plus vaste, ancienne, il devient de plus en plus difficile de les trouver. Pour éviter de contribuer à tout ça, il faut certainement éviter de rajouter sa couche personnelle, de s’orienter vers une forme de minimalisme à de nombreux niveaux. Appliquer des mises à niveaux lentes de ses environnements, qu’ils soient matériels ou immatériels. Suivre des individus plutôt que les gros groupes pour avoir une diversité d’actualité. Ne pas oublier que le net n’est qu’un support, la vraie vie commence en bas de chez soi.

On poursuit dans le forum.