Le Blog de Cyrille BORNE

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Prologue

Cette page a commencé à être écrite au mois de juin 2016, les origines de ce blog datent de 2008, mes débuts sur le net à l'an 2000 avec mon arrivée à Paris. A ce niveau, il est nécessaire de concevoir deux choses : 

  • j'ai un long passif sous plusieurs pseudos, j'ai participé à de nombreux projets sur le web et si j'en suis arrivé après huit ans d'activité à me lancer dans une aventure personnelle, c'est que le collectif c'est difficile, l'harmonie, le même rythme, tout ça sur un temps de loisir avec des gens qu'on ne voit pas.
  • écrire sur des événements qui se sont produits il y a tant d'années aura forcément tendance à déformer, enfin bon ce n'est pas comme si les lecteurs de ce blog n'étaient pas habitués.

Avant 2000

Pour ne parler que d'informatique dans ces pages, en tout cas principalement, j'ai découvert l'informatique à l'école comme beaucoup d'élèves de ma génération avec les TO7 et les M05, j'ai souvenir enfant qu'on nous faisait nous déplacer dans la ville de Nîmes deux par deux pour nous emmener dans la seule salle équipée de la ville. Par la suite mon père nous avait acheté un EXL 100 ce qui nous ramène à 1984 puis l'Amiga 500 en 1987. L'Amiga 500 c'est la vraie découverte de l'informatique à domicile mais surtout du jeu vidéo, je m'éclate à Dungeon Master, aux Ultima, à Barbarian, je joue mais pas seulement, je commence à m'intéresser au Warez, à la bureautique, à la bidouille de façon générale mais pas à la programmation, à tort certainement. C'est aussi une période de socialisation avec les échanges de disquettes sous le manteau avec des gosses qu'on ne connaît pas, un aspect de l'informatique qui sera resté, le partage. Je n'aurai pas eu d'autre ordinateur personnel avant l'âge de 25 ans où j'aurai eu les moyens de me payer mon propre PC. Je découvre le monde du PC en arrivant à l'âge de 20 ans en salle informatique de la cité universitaire, je rencontre Frédéric Simonin qui travailler par la suite au level design de Prince of Persia, de quelques années plus jeunes que moi il sera mon professeur d'informatique, c'est le gars qui ose, il me montre comment ouvrir une tour, changer les barrettes de RAM et j'en passe, c'est le premier qui me montre que tout ceci n'est pas bien difficile à faire, la passion démarre. C'est l'époque de Tomb Raider, Heroes Of Might Of Magic II, de Daggerfall qui je pense m'aura coûté une année de licence à cause d'une trop forte addiction. 

2000

Une année notable cette année 2000, pour l'informatique bien sûr avec son fameux bug, mais aussi pour moi, on verra d'ailleurs que les deux sont liés. J'ai 25 ans, je viens d'échouer une fois de plus au CAPLP2 de sciences physiques, je vis en cité universitaire à Montpellier et ça commence à devenir tendu d'échouer. A cette époque, les gens se battent pour aller enseigner, les places au concours sont difficiles à avoir, je ne suis pas assez bon. Un jour un collègue m'a dit "tu as toujours été plus con que ton frère", éminent professeur agrégé, et il n'avait pas tort, je n'ai jamais finalement été un intellectuel, et mes méthodes de travail étaient déplorables, je passais donc mon temps à échouer avec l'angoisse de ne jamais y arriver. Celle qui allait devenir mon épouse et avec qui j'étais déjà en ménage depuis 1994 réussit quant à elle son concours en région parisienne, le concours de professeur des écoles. Nous nous marions, nous partons à l'aventure en région parisienne avec pas un rond en poche et un seul qui possède un emploi. Mais, nous sommes en l'an 2000, son bug, les SSII en informatique recrutent à tour de bras, des instituts de formation bidon se développent et recrutent le premier venu pour en faire un expert, je tente ma chance. 

Je suis recruté par institutpointcom et je passe un mois dans une cave en compagnie de deux Lillois, un parisien qui habite Melun comme moi, un asiatique qui ne parle pas un mot de français et qui dès qu'il avait l'occasion faisait sauter ses pompes, une vingtaine d'africains. L'enjeu pour les deux nordistes et moi est simple, si nous avons un CDI nous faisons sauter le service militaire, merci le président Chirac, accessoirement mettre du beurre dans les épinards. Pendant un mois d'une pseudo formation à ne rien apprendre ou pas grand chose mais faisant quand même de moi un expert COBOL, CICS, DB2 et Merise, je découvre Paris. Avec pas un rond en poche nous trichons pour prendre des repas universitaires, je travaille à côté de la Rue Montgallet, j'ai l'impression d'être à Disney. Assez rapidement nous sommes recrutés par la société de prestation de service Logica, je passe deux jours dans la cave et je débarque à BNP PARIBAS où je serais développeur COBOL pendant trois ans. Les premières semaines ont été parmi les plus éprouvantes de ma vie, car je ne sais rien, on me paye, mes collègues de bureau sont odieux, on a des contrats à l'époque de six mois, je me dis que je vais me faire virer. Et puis un matin, on se rend compte qu'on sait coder, on se rend compte qu'on a sympathisé avec ses collègues, qu'on est devenu aussi désagréable qu'eux. Je travaillerai pendant deux à l'agence Bergère (une vieille agence de la BNP conservée dans laquelle on faisait des tournages de film), à côté du musée Grevin et je passerai certainement parmi les plus belles années de ma vie mais certainement celles qui ont fait de moi celui que je suis ou pas loin. 

J'ai passé 25 ans à hésiter, et je suis désormais ingénieur, je prends des décisions, je me retrouve à 8 heures le matin à déboguer des chaînes parce que je plante 30.000 banquiers. Je suis passé d'un stade pur et dur de réflexion, d'hésitation, à celui de gros bourrin qui vit dans l'action, dorénavant les choses fonctionneront comme cela, et pas autrement. Parallèlement à cela je découvre les joies de l'internet que je ne connaissais qu'à la faculté, c'est ainsi que je démarre sur les forums de vidéo, c'est quelque chose qui m'a toujours intéressé, je piratais les VHS à la cité universitaire, il y a désormais prescription. C'est à cette époque que je vais commencer à écrire des tutoriaux sur des forums qui ont disparu aujourd'hui et sympathiser avec des gens que vous pouvez encore côtoyer dans le forum, Nicolas par exemple. 

2003

En 2003 nous quittons les beaux quartiers de Paris pour arriver à Saint Mandé les Tourelles dans des locaux tout neufs, mais un quartier bien moins sympa, c'était mieux avant. Mon mentor en informatique de 32 ans mon ainé, le baron André Chauvain du Treuil a changé d'équipe, je me rappelle boire le café avec lui pendant qu'il fumait ses cigarettes dans les issues de secours, Frédéric Huet mon analyste qui prenait un malin plaisir à écrire des spécifications organiques sur un bout de papier est parti vers de nouvelles aventures, Stéphane Dupuis le plus mauvais codeur du monde qui cassait tout à chaque changement de lui et qui m'a laissé de cette époque une facilité pour trouver des bugs s'est vu écourter sa mission comme de nombreux prestataires de services à l'époque, nous nous comptions désormais sur les doigts d'une main. Il reste Gilles Monnier le gars au sourire horrible à peine plus âgé que moi mais qui codait 10 fois mieux, qui aimait me rappeler que j'étais une chèvre, Alexandre Coupin que j'avais fait rentrer de ma boîte de prestation, Sylvie Burtin aka Maman qui supportait nos vannes à deux balles et qui tentait d'écrire ma documentation parce que je passais plus de temps à coder qu'autre chose et Yolande ma chef de projet, une femme d'une quarantaine d'années extraordinaire, un personnage. De la mini-jupe pour aller chercher les lignes de budget en passant par les repas avec les commerciaux où elle finissant pompette, cette femme était un monument. J'ai vu en cette femme la définition du bon chef, faire ce qu'elle a à faire, et déléguer, je me rappelle qu'elle nous gueulait dessus parce qu'on codait pendant les réunions au lieu de l'écouter.

A la BNP l'ambiance est donc moins joviale, on doit faire des comptes rendus d'activité à la demi journée, on fait monter la pression, le prestataire doit justifier sa place. A la maison, à Melun donc, nous vivons dans 35 mètres carrés sur des rythmes de vie totalement différents. Même si mon épouse fait ses armes en tant qu'enseignante et travaille donc énormément, la vie "parisienne", la Seine et Marne n'est pas vraiment Paris, n'est pas faite pour elle, et me met donc la traditionnelle pression pour qu'on quitte la place. En juillet 2003, je réponds à une annonce, dans le fin fond du Cantal, à Maurs la jolie, où l'on recherche un professeur de mathématiques avec des compétences en informatique. Yolande me dit de saisir ma chance, en quelques semaines ma vie bascule, je finis ingénieur le 28 août et démarre une carrière de professeur le 2 septembre. 

Jusqu'à 2008

A l'agence dans le Cantal, la dame n'avait jamais vu ça, nous avions pris un appartement sans le visiter par téléphone, pris un camion et descendu toutes nos affaires en plein dans la canicule. Je suis à 200%, je suis stressé par la lenteur ambiante, je cherche ma carte de métro dans mes poches, en fait je n'ai pas quitté Paris, je pense que quelque part dans ma tête, je n'ai jamais vraiment quitté Paris. Je me retrouve seul professeur de mathématiques à enseigner à des élèves de la quatrième au BAC les mathématiques mais aussi la physique chimie et l'informatique, c'est un travail de préparation énorme. En parallèle, je vois le parc informatique, une catastrophe, de vieux ordinateurs sous Windows XP, le local informatique est tellement plein que je peine à passer la porte, je viderai avec mes élèves de troisième à l'époque à la fin de l'année dans toutes les poubelles du quartier des magazines des années 90, même des disques de connexion AOL. Ma première inspection sera une véritable catastrophe, l'inspectrice qui a pris sa retraite m'avait dit que j'étais dans le top 10 de ses plus mauvais rapports d'inspection. Je n'avais jamais enseigné, et c'est une grosse remise en question, j'en viens à me demander si je vais continuer le métier ou si je vais arrêter, notamment quand elle m'explique que les élèves c'est comme des chevaux, il faut tenir la bride. Je n'ai pas le choix, il faut avancer, mon épouse a demandé un congé sans solde et il faut que l'argent rentre. Je deviens donc plus dur, plus rigoureux, et je prends conscience du métier. Il faut comprendre que je passe d'un open space avec six personnes qui racontent des conneries pendant toute la journée à un rôle d'éducateur, les choses iront bien mieux par la suite où j'ai parfois le surnom de Terminator. Je n'ai jamais regretté la bascule d'ingénieur à prof, enfin si, les premiers temps bien sûr. Professeur aura été le métier qui m'aura donné la chance d'avoir le temps de faire autre chose, même si ce n'est pas le métier le plus passionnant du monde, qu'on n'y croise pas non plus paradoxalement les plus passionnés non plus. L'enseignement apporte d'autres satisfactions personnelles, comme ce gamin qui est devenu un homme qui vous serre la main et qui vous rappelle quand vous l'avez embarqué chez le voisin pour aller s'excuser d'avoir jeté des morceaux de verre sur les chiens, ou ces filles qui travaillent dans les maisons de retraite et qui se sont insérées dans la société alors que c'était mal parti. J'ai vraiment l'impression d'avoir porté ma petite pierre à la société, j'ai toujours cette impression alors que cela fait plus de 12 ans que j'enseigne au moment où j'écris ces mots.

Il n'était pas possible de rester avec une salle informatique dans un état pareil, je dis à mon chef d'établissement qu'avec 6000 € je lui refais la salle avec 17 ordinateurs et que je la fais monter à des élèves. A l'époque, Richard Galati, que je connais depuis des années par les forums, tente sa chance et monte sa boîte d'informatique. Nous ne nous sommes jamais rencontrés, c'est sa première grosse commande, on fonctionne à la confiance et ça se passe bien, c'est ainsi que commence ma réputation dans le C.N.E.A.P, ma fédération agricole. C'est à cette époque que se pose le choix du système d'exploitation. A domicile je continue d'utiliser Windows mais j'ai déjà migré massivement aux logiciels libres et / ou gratuits, sans savoir d'ailleurs la différence. Il se trouve en effet que je prends honte en voyant des mallettes de CD pleines de logiciels pirates, des logiciels comme 3DS Max, Photoshop, que je ne vais de toute façon jamais utiliser. J'ai fait de nombreuses tentatives sous Linux sans jamais de succès, je trouve Mandrake trop chargée par exemple, et c'est avec la première version de Ubuntu arrivée en 2004 que je commence à m'y mettre. Je fais le choix au lycée de miser sur Debian pour la garantie de la pérennité et de la stabilité. A cette époque le bureau qui se rapproche le plus de Windows c'est KDE 3.5, et c'est vers lui que je me tourne. 

Le lycée de Maurs sera mon premier territoire expérimental dans la gestion des réseaux et je commence donc à gérer une petite salle d'une vingtaine de poste. Avec elle le besoin d'utiliser une distribution qui fait office de contrôle parental et donc l'installation d'IPCOP. Sur le web aussi je me lance, en faisant mes premières installations de Guppy à cette époque où les CMS ne s'installaient pas en quelques clics, le CMS sans base de données permettait à tout novice de pouvoir se lancer dans l'aventure, c'est toujours le moteur qui est utilisé à l'heure actuelle. Nous sommes en 2004, et je suis dans les premiers établissements scolaires presque full Linux au fin fond de la campagne.

2008

En mai 2008 j'ouvre ce blog. Nous sortons d'un projet collectif qui a tourné en sucette, et je décide de faire tomber les pseudos, d'écrire en mon nom propre pour moins écrire n'importe quoi. Je mets mon blog sur le planet-libre et je le quitte relativement rapidement, car j'ai beaucoup de mal avec la masse d'articles à l'époque. Imaginez, vous qui lisez ces lignes au moins en 2016, le planet envoie jusqu'à 30 billets par jour avec souvent la même information pour annoncer une sortie de firefox (version 3 !!!) ou une nouvelle version d'Ubuntu. Militant pour la qualité au détriment de la quantité, je claque la porte une première fois. On verra par la suite que je suis passé expert dans la claquage de porte au point de ne plus s'engager en rien pour éviter d'en claquer de peur que cela ne casse. 

En cette année 2008 les faits marquants : 

  • L'annonce de la loi Hadopi. Avec le recul c'était une loi nécessaire mais une loi qui n'a servi à rien. Il était nécessaire je pense de montrer qu'on ne pouvait pas se payer des baskets à 250 € et de l'autre refuser de payer un disque ou une vidéo. Elle a été inutile car c'est totalement inapplicable mais surtout, alors qu'on a revendiqué son éradication, qu'on a vu des gens manifester sur l'internet toute la haine possible et imaginable, on a vu apparaître les abonnements payants pour de la culture, un peu comme la licence globale qui était tant demandé et qu'on disait impossible à mettre en place. C'est presque une réflexion sur l'ordre naturel des choses, à savoir que ce doit se faire, se fera, cela s'applique à la technologie.
  • Le KDE 3.5 qui me rendait tellement heureux disparaît au profit d'une catastrophe, la branche 4. Ce sera pour moi la cassure définitive avec KDE, la version 4.0 qui sort n'est pas une version définitive mais une version alpha, je migre alors sur Gnome 2, un bureau plus dépouillé mais finalement efficace, je fais de même avec la salle informatique.
  • Je fais un billet pour dénoncer le Wiki d'Ubuntu en écrivant qu'il est d'une part bourré d'erreurs et d'autre part de souligner que parfois certaines personnes se font écraser leurs très bonnes documentations techniques par des incompétents. La documentation d'Ubuntu reste encore une référence mais ces problèmes n'ont jamais été résolus. 
  • Je suis le possesseur d'un EEE PC, à cette époque c'est la première fois qu'on voit des ordinateurs sous le cap des 300 € avec en plus un système d'exploitation Linux embarqué, on commence à y croire sérieusement. L'histoire montrera qu'une fois de plus "Linux" aura raté le coche avec un Xandros manquant largement de maturité, ce type de machine a désormais complètement disparu remplacé par des tablettes. L'appareil m'aura quand même pas trop mal dépanné et aura ouvert la voie pour moi dans l'achat de portable, même si aujourd'hui je n'en possède plus. 
  • J'utilise Ubuntu à la maison en faisant régulièrement tourner les distributions sans succès. 
  • J'adhère à la campagne de l'APRIL qui cherche à recruter 5000 personnes. Tout le monde en parle, on cède à une espèce de forme de panurgisme en se disant que si on est plus nombreux on sera plus fort. L'APRIL a bien fini par recruter ses 5000 personnes mais sans rien de palpable derrière pour quelqu'un comme moi. Déjà à cette époque j'avais du mal avec les associations du libre, comprendre la portée, comprendre les actes. 
  • Ma configuration est un E5200 avec une Radeon 8800 GT et 4 Go de RAM. J'écris un billet sur le montage d'un ordinateur à 250 €, un truc de fou, du Sempron monocore avec 80 Go de disque dur, 1 Go de RAM, de la vraie machine de guerrier.

L'événement certainement le plus marquant de cette année 2008 sera la paternité. Après plusieurs années de procédures d'adoption, un coup de téléphone, deux dossiers, avec deux photos et quelques mots pour vous décrire l'état de santé des gamins. Coup de chance, c'est avant les vacances, nous sautons dans l'avion et nous débarquons donc à la frontière Russe pour rencontrer nos enfants. Les gens qui vous disent que les enfants c'est magnifique, que c'est le truc le plus beau qui peut arriver dans la vie, que ça vous change un homme, je reste toujours perplexe. Les enfants ne m'ont pas changé, je suis resté globalement égal à moi-même. Il faut dire que les années d'attente préparent certainement psychologiquement, que le métier que je fais donne certaines habitudes. Ce qui a radicalement changé en outre c'est le manque affectif qu'on pouvait parfois projeter sur les élèves, ça c'est arrêté directement, j'ai pris beaucoup plus de distance, en même temps le Cantal restait un contexte très particulier où les élèves étaient mes voisins. C'est à cette période qu'on aura vu apparaître les billets liés aux gosses, à certaines réflexions notamment mon fils qui avait grandi en famille d'accueil abandonné face à une télévision et qui est totalement accroc, un gamin presque taillé pour moi, un père certainement taillé pour lui, deux intoxiqués aux écrans qui se retrouvent et l'un qui se doit de trouver comment réguler tout ça alors qu'il peine parfois à gérer sa propre cyberdépendance. La particularité de l'adoption en Lettonie c'est qu'on part avec les enfants et qu'il faut revenir pour passer devant le tribunal des enfants, l'appellation qu'on donne là bas au juge des affaires familiales. Comme on n'allait pas repartir à quatre en Lettonie avec des gosses qui auraient eu peur qu'on les ramène, il était évident que je parte seul. J'écris alors une série de billets qui s'appelle le voyage, qui retrace en gros les événements que je décris de 2000 à 2003. J'avais 2500 km de voyage en trois jours pour écrire cela, je donnais des nouvelles à tout le monde de cette façon, on aurait dit un film de Rémi Bezançon. C'était une fois de plus un épisode de ma vie surréaliste, je me retrouve face à une grosse dame, le juge, dans sa robe noire et un traducteur qui me dit que c'est plus gai que sa dernière traduction, un français qui avait commis un homicide. La juge me demande si je suis impoli parce que je ne me lève pas, je me dépêche et je demande de dire à mon traducteur que je n'ai pas l'habitude des tribunaux ... 

2009

En ce début d'année 2009, je me fais tomber dessus par Christophe G. qui vit à Mayotte. Et quand je dis tomber dessus c'est peu de le dire, je me fais littéralement agresser. En ce début 2009 mon discours est simple, le logiciel libre c'est un outil pas plus ni moins. Je vis donc mon librisme dans un pragmatisme le plus complet sans me poser de questions sur l'aspect philosophique. En gros tu as besoin d'utiliser flash pour une animation pédagogique, tu utilises flash, point barre. Le discours de Christophe, c'est non on n'utilise pas flash parce qu'on est libre ou on ne l'est pas, on ne fait pas du libre de pacotille. Forcément ça remue un peu, car en 2009 par exemple, ne pas utiliser flash c'est ne pas regarder de vidéo en ligne ou autres et pour moi ça me paraît complètement aberrant. L'homme est engagé, révolté, et cohérent, il refuse les documents au format propriétaire même si pour cela il se met en porte-a-faux avec sa hiérarchie si bien qu'il est crédible et qu'on a envie de l'écouter. Je commence à adhérer à son discours et je me radicalise dans le librisme au point d'en devenir chiant. C'est une période qui a duré pendant un temps, un temps assez long d'ailleurs mais qui m'a largement passé, je ne considère désormais que le libre comme un outil, un outil auquel j'essaie de contribuer le mieux possible si ça ne me demande pas trop d'effort.  Ce coup de pied au cul toutefois m'aura fait du bien dans le sens où je fais passer de façon systématique la solution libre devant la solution propriétaire, même si c'est pourri et contraignant. En gros, à part dans le domaine du jeu par exemple, je suis en full linux, je n'utilise quasiment aucun service propriétaire. Alors que j'avais fait des billets pour vanter les services Google, j'explique désormais comment faire pour degoogler, voyez comment j'étais en avance sur l'époque, je passe à RSSLounge à la place de Google Reader, la faute à pas de chance les deux sont morts, j'abandonne Gmail et Google Agenda, je retire aussi les publicités du blog qui ne me rapportent rien ou presque ou disons qu'entre le peu que ça rapporte, ma crédibilité, je fais un choix que je regrette parfois quand je vois mes statistiques à plusieurs millions de pages vues.

En 2009 c'est :
  • la sortie de Windows 7 qui est un excellent système d'exploitation, ce sont les gens qui font n'importe quoi avec, mais c'est une autre histoire
  • la disparition du site commercial Alapage racheté par rueducommerce qui sera racheté par carrefour en 2016 
  • je fais mon premier article pour pourrir Archlinux, le coup de la distribution des prétentieux, le truc qui marche toujours
  • le blog est sous dotclear, il l'était déjà en 2008, à l'époque c'était un peu la référence, francophone et qui faisait jeu égal avec Wordpress
  • la Hadopi est promulguée, des sites comme Numerama se lancent en campagne et arrosent au quotidien de messages pour dénoncer l'infamie, le site s'est vendu quelques temps plus tard à un groupe de presse, comme quoi l'indépendance, la justice, quand on est en face d'un gros chèque ...
  • la création d'un compte identi.ca basé sur status.net et je découvre les joies du microbloging je pense que j'aurais fermé le compte et rouvert pour fermer après. 
  • le passage chez OVH pour le blog
  • Encarta disparaît, on sent que le monde est dominé par Wikipedia
  • mon retour sur planet-libre
  • je crois que je suis muté à Clermont l'Hérault mais je me fais souffler la place
  • j'écris un billet sur la dictature informatique, un concept auquel je tiens et que je maintiens. Concrètement je pars du principe que si je suis responsable informatique quelque part j'impose, car c'est moi qui fais. Du fait de travailler avec des noobs, je sais ce qui est bon pour eux. Ça peut paraître un peu raide mais en fait les deux seules préoccupations des utilisateurs se résument à : faut que ça marche, faut que je fasse rien pour.
  • je me déclare en tant qu'auto-entrepreneur. Le contexte est assez simple, je suis d'une part écoeuré de ne pas avoir été muté, que rien ne bouge, et d'autre part j'en ai un peu ras le bol de voir que la sphère du travail déborde sur la sphère privée et que les collègues estiment qu'il est légitime de me faire réparer leurs ordinateurs gratuitement. La création de l'auto-entreprise aura mis un sacré coup de frein à mes collègues, m'aura permis de gagner quelques sous supplémentaires, une expérience que je ne regrette pas et qui était totalement compatible avec ma vie de village dans le Cantal.
  • le blog passe à MavenHosting
  • la grippe A en France
  • j'intègre l'administration du planet-libre
  • J'ai 34 ans et j'écris le blues du trentenaire. En gros, je constate que culturellement plus rien de surprenant, c'est la mort intellectuelle, ça reste assez vrai aujourd'hui même si j'en ai quarante. La différence c'est que c'est sans regret et que finalement ça m'arrange, pas le temps de tout découvrir, ah le temps.
  • j'achète une Radeon 4770

Comme on peut le voir, cette année 2009 aura été une année d'engagement dans le courant libre, ou disons une tentative d'engagement, c'est certainement l'un de mes principaux défauts, le long terme. Rien que de lire, l'éparpillement dont j'ai pu faire preuve dans cette année, je me fatigue. En même temps, j'écris ces mots en 2016, en 2016, je viens d'achever 3 ans de travaux, j'ai changé de lycée, et j'ai passé une année de fou. En 2009, c'est ma sixième année dans le Cantal et nécessairement une certaine routine s'était imposée, me laissant du temps, d'autant plus que je vivais à 200 mètres du lycée.

2010

L'année 2010 commence mal, c'est la mort de Mano Solo. Mano Solo, je lisais ça dans une bande dessinée, et c'est vrai, c'est écouter un homme qui a mal à notre place, et on sait pas trop si ça fait du bien ou du mal. Je sais qu'à sa mort j'ai pleuré, comme si on avait perdu ou un pote ou peut être celui qu'on aurait cru immortel, le gars qui aurait vaincu la maladie. Mon serveur au lycée finit par décéder lui aussi et là je me retrouve avec un vrai problème, IPCOP n'a tellement pas été mis à jour depuis longtemps, que le noyau est trop vieux pour supporter le matériel récent. Je me rappelle m'être retrouvé dans l'impasse, soit se lancer dans le marché de l'occasion ce qui aurait été une hérésie, soit changer de distribution, je prends donc IPFIRE un fork d'IPCOP prometteur à l'époque et qui aujourd'hui a totalement supplanté l'original. Je claque nécessairement la porte du planet-libre. Le problème à jouer les intégristes et bosser dans un monde concret, un monde de prof, un monde de Michu c'est que tu peux pas te contenter de solutions libres, donc tu finis par tomber dans le pragmatisme. Je me choppe avec Christophe et en même temps je fais un article sur Frugalware qui ne fait pas plaisir à Frédéric, on finit par se crêper le chignon et c'est ridicule, honteux même, nous sommes tous les trois administrateurs du planet, il fallait montrer l'exemple. Le fait d'être administrateur, de modérer fortement rajoute des tensions supplémentaires, je me mets à dos un maximum de personnes. Ma faute, on peut difficilement être juge et partie. Pour mettre un coup de calme, je ferme les commentaires, je pense que ça durera neuf mois. C'est étonnant car on pourrait se dire que c'est le genre de choses qui auraient dû me calmer pour la suite, malheureusement on verra plus tard qu'il n'en est rien ... Car dans la même année, le fait de s'être méchamment marave avec Christophe ne nous a pas gênés pour monter le planet-educalibre. Je pense qu'à l'époque j'étais réellement dans une phase d'ennui, j'allais de plus enseigner l'informatique en 4/3, je construisais un B2i spécial Linux et logiciel libre, je pestais de ne pas avoir de source équivalente à celle qu'on pouvait avoir dans le logiciel libre, alors j'ai pensé que ce serait une bonne idée. Malheureusement cela n'a jamais décollé, d'une part nous ne en sommes jamais occupés très sérieusement, d'autre part il est très difficile de trouver des professeurs blogueurs partageurs, si on rajoute libristes, là, c'est mort. 

On notera : 

  • l'apparition du ballot screen dans Windows 7 pour casser la situation de monopole d'internet explorer ce qui fait plutôt sourire aujourd'hui quand on sait que les gens ont migré en masse vers chrome gentiment embarqué dans tout ce que peut proposer Google jusqu'à la page Google qui invite à la navigation de son navigateur. Et forcément Firefox commençait déjà à battre de l'aile face à un Chrome toujours de plus en plus agressif.
  • 37% des français étaient actifs sur Facebook
  • ​j'achète mon premier autoradio mp3 et j'en finis avec le disque 
  • je vends mon EEE 701 au profit d'un Hercules 
  • je monte mon premier serveur domestique à base d'Atom N330, 1 Go de disque dur. C'est à cette époque où je commence à réellement m'intéresser à la ligne de commande, à aller plus loin que la simple utilisation basique. Un prix à 200 € pour rester dans la tradition du pas cher bien évidemment
  • on commence déjà à réfléchir fortement aux problèmes de monétisation et de libre, le 17 mai 2010 j'écris : il faudrait apprendre à parfois ... payer.
  • je m'intéresse à Android-x86
  • j'ouvre un compte twitter
  • ​les chromebooks arrivent sur le marché
  • on évoque l'arrivée de SteamOS basé sur Linux mais déjà à l'époque je n'y crois pas en écrivant qu'il arrive trop tard
  • Openoffice et Libreoffice, le schisme. Après le rachat de Sun par java et c'est une des catastrophes du monde libre car les deux programmes continuent de coexister brouillant encore un peu plus l'offre déjà franchement pas claire du logiciel libre alors qu'on a là un des logiciels phrares.
  • l'affaire Wikileaks
  • ​je passe à o2switch l'hébergeur Auvergnat suite à un plantage phénoménal de MavenHosting l'hébergeur Canadien que je suspecte à l'époque d'avoir voulu faire le ménage
  • sortie de la 3DS et de son écran qui tue les yeux

2011

L'année 2011 est une continuité de l'année 2010, une année d'ennui, une année d'attente. Même si le Cantal c'est sympathique, même si le Cantal nous a permis de réaliser l'adoption des enfants et de façon simple car c'était un département où on avait quasiment les services pour nous du fait de la faible population et du faible nombre d'adoptants, nous sommes des gens du sud et les 50 cm de neige en hiver devant la porte ce n'est pas fait pour nous. Les heures de routes à réaliser à chaque vacances pour descendre voir la famille sont de plus en plus pénibles, oui, il est plus que temps de partir. Je suis donc dans l'attente une fois de plus de ma mutation, pas de réforme particulière, pas de nouveauté particulière, ma salle informatique fonctionne, tout n'est finalement que routine et pour sortir de la routine, j'achète n'importe quoi, une de mes grandes forces. En 2011, Archos au travers d'Arnova se lance dans la tablette pas cher. J'en achète une que je renvoie en à peine quelques jours, pas de market google, un écran résistif qu'on pourrait presque qualifier de résistant, tout est lent, même Angry Birds est totalement injouable sur ce matériel, preuve qu'on en est réellement aux balbutiements de cette technologie en cette année. Je finirai par acheter six mois plus tard une CT1002 de carrefour à 199 €, une 9.7 au format Ipad réactive et surtout évolutive, j'ai pu la flasher pour grimper un peu dans les versions. On peut dire que c'est réellement à cette période que la tablette se démocratise et avec elle on voit se dessiner les premières interrogations quant à l'avenir de l'ordinateur et par le fait, Linux.

2011 c'est :

  • la sortie d'Emmabuntus
  • j'achète un Mercure NB1 Slim, il s'agit d'un netbook vendu par le site LDLC sans système d'exploitation, histoire d'être cohérent avec mes idées libristes. Il apparaît que les distributions du moment ont du mal à repérer le Wifi, première déception, que le hardware n'est pas terrible seconde déception, cet ordinateur finalement de mauvaise qualité finira par casser avec une charnière explosée
  • ​la sortie de Gnome 3 se traduit par une déception similaire à celle de KDE 4.x, mal fini, dégradé, avec une interface tablette alors qu'à cette époque comme on a pu le voir, Android et le hardware n'en sont qu'à leur début pour les interfaces tactiles. Quelle prétention de penser que ce Linux qui n'a jamais percé sur le desktop pouvait s'offrir le luxe de sortir un bureau pour un appareil qui n'existait pas et qui n'existera certainement jamais, la tablette libre. Ce sera l'occasion pour moi de passer de façon définitive à Xfce, le Gnome castré.
  • je suis de plus en plus sous debian au détriment d'Ubuntu
  • Microsoft rachète Skype
  • ​E.A. lance sa plateforme Origin pour lutter contre Steam sans vrai succès même si nous avons été nombreux à faire un compte pour Mass Effect 3, exclusivité de la plateforme.
  • Openoffice passe à la fondation Apache après la tentative ratée d'Oracle de monétiser le produit. Oracle qui aurait pu être beau joueur et refiler le bébé à libreoffice n'aura pas aidé le libre dans cette histoire
  • j'achète un GPS pour aller corriger les copies à Romans sur Isère, un souvenir de route mémorable où j'ai eu la riche idée de traverser la France à l'horizontale et passer par des routes impossibles
  • je ferme ma page fan facebook, mon compte twitter
  • J'enterre ma grand mère de 85 ans, ma grand mère quand elle voyait le Dalaï Lama à la télé elle pensait que c'était Kung Fu.
  • je découvre Lordi, l'ordinateur de la région donné à tout élève de seconde en Languedoc Roussillon, je continue à penser que c'est donner du caviar à des cochons et qu'on jette l'argent du contribuable par la fenêtre. La faute aux élèves qui font n'importe quoi avec et qui n'ont pas de véritable culture informatique, qui n'ont pas de respect pour le matériel. Mais aussi la faute des enseignants. Le produit venant de la région, Lordi n'a pas pu être donné aux profs, on aurait considéré ça comme un cadeau. Du fait d'avoir cette machine où l'on n'a pas associés les enseignants, les profs ne s'en servent pas ou peu pendant leurs heures de cours si bien que les élèves en voient encore moins l'intérêt. 
  • je constate la dégradation de l'information quant à Linux et le logiciel libre, ce n'est que le début, le web est en train de disparaître au profit de facebook
  • ​changement de matériel  i52400 de chez Intel, 4 Giga de RAM, et une radeon 6850
  • Steve Jobs décède, RMS fait une grande année 2011 dans les provocations et en remet une couche alors que le corps est encore chaud. En 2011, je m'éloigne totalement du propos de Stallman, un gars trop radical, qui voit dans la femme et les enfants une ancre, la mauvaise excuse du gars qui n'a pas réussi à chopper certainement. 
  • je rouvre les commentaires, du fait d'avoir fermé tous les réseaux sociaux, je suis certainement en manque de socialisation. Un an de fermeture et un bon souvenir, un souvenir de calme, de sérénité. 

Et puis au mois de mai, c'est le chamboulement. Je fais un coup de poker et je postule pour un mi-temps à l'établissement de Clermont-Hérault. Mon lycée dans le Cantal se porte de plus en plus mal, s'il ferme je peux me retrouver muté en Bretagne, je n'ai pas d'autre choix que d'anticiper. C'est une situation qui n'est pas simple, on m'annonce qu'on m'aménagera mes heures du mardi au jeudi, le soir j'irai dormir à l'appartement que nous avons acheté à Saint Pierre la Mer en 2003 et je rentrerai les longs weekend pour être le plus présent possible. Cela fait trois ans que les enfants sont en France, ils sont encore petits, ce n'est pas une décision facile à prendre, nous n'avons jamais été séparés avec ma femme, et nous ne le serons finalement pas. En 2011, le président Sarkozy commence à foutre la trouille à tout le monde et on assiste à un départ impressionnant de professeurs des écoles à la retraite qui ont peur de se faire coincer quelques années de plus, ma femme obtient sa place pour l'Hérault, un des départements les plus demandés de France. Pendant les deux mois d'été nous vivons à la plage dans un appartement de 18 mètres carrés avec l'intégralité de nos affaires dans le garage de mon beau-père. A deux jours de la rentrée nous apprenons qu'elle a un poste de remplaçante à l'école de Saint-Pons des Thomières, un coin complètement perdu de l''Hérault où il neige en hiver, de la neige dans l'Hérault ... En 24 heures nous trouvons une maison à côté d'Olargues, un trou perdu de plus à 1 heure de Clermont en voiture.

A partir de ce moment là, je rentre dans une dynamique complètement différente de celle que j'ai pu connaître pendant les 8 années passées dans le Cantal. J'évoquais la routine, je m'engage dans une course contre la montre qui me force à aller à l'essentiel. Je dois d'une part finir ma vie dans le Cantal en laissant tout propre et de l'autre côté tout recommencer au lycée Agricole de Clermont. Clermont c'est le no man's land de l'informatique, je me retrouve dans une situation similaire à celle que j'ai pu connaître dans le Cantal. Commande de matériel en pièces détachées, assemblage, debian partout, création du réseau qui n'était qu'une simple boucle, montage du serveur ipfire, des bornes Wifi de partout et c'est parti. La différence ici est nette, je sais pertinemment ce que je fais, aucun tâtonnement, je vais à l'essentiel. Ce coup-ci car nous sommes en 2011 et que les choses ont franchement changé, je monte un Wordpress pour le site du lycée. L'autre différence, ce sont les élèves, dans les premières semaines je jette mes cours tellement le niveau est bas, pour tout refaire. Violence, drogue, problèmes familiaux, si mon petit établissement Cantalou n'était pas à l'abri de ces problèmes, ici c'est autre chose. Jamais, je ne me suis senti en insécurité malgré le contexte lourd et difficile, je disais souvent à ma mère en plaisantant : tu sais maman au lycée je ne risque pas grand chose, mes élèves sont armés. Je suis entré dans une deuxième phase de mon métier, la version dure, la version horrible. Face à un public d'élève qui se la joue méchant, il faut être encore plus méchant, et quand on arrive à faire comprendre la notion de justice, que les élèves vous respectent parce que même si vous gueulez tout le temps, ils savent que vous travaillez pour eux, et bien on a gagné la partie. Je tire de cette expérience très éprouvante de beaux souvenirs, de grands fous rires, avec une équipe pédagogique taillée dans le roc. Cette transition aura été fatigante à tous les niveaux, déménagement bien évidemment, nouveaux élèves, nouvelle vie en quelques sortes mais une loi de murphy assez épouvantable. Je me fais défoncer la portière à l'entrée de Clermont l'Hérault par quelqu'un qui sort de son garage, je cumule les problèmes avec SFR avec la box qui grille avec l'orage, on m'en renvoie une mauvaise, des problèmes de compteur EDF, des problèmes administratifs de toutes sortes comme la MSA qui mettra six mois à me retrouver alors que je payais bien mes cotisations, des chèques perdus par banque pendant trois semaines, la salle informatique qui se fait casser et voler intégralement qu'il faudra reconstruire, rien ne m'aura été épargné.

2012

L'événement majeur de ce début d'année c'est certainement la fermeture de Megaupload et les conditions de fermeture, les gros fusils, les menottes pour toute l'équipe. On avait sur le moment l'impression que le piratage était fini en fait il l'a complètement réorganisé c'est à dire qu'au lieu de proposer des liens uniquement vers Megaupload les sites de téléchargement direct ont tout simplement multiplié les liens vers plusieurs sites garantissant la pérennité du partage. Ce qui s'est avéré être un remarquable coup d'épée dans l'eau par la suite, montre que les actions de ce type pour faire cesser le piratage n'ont pas de sens, la seule façon de lutter contre le piratage c'est la proposition d'une offre légale attractive, en 2012 nous sommes encore loin de Netflix.

2012 c'est aussi l'arrivée de Free sur le marché de la téléphonie mobile, une grande claque dans la tête de tout le monde, et de réaliser qu'on paye des fortunes chez nos opérateurs respectifs. On aura beau critiquer Xavier Niel mais il aura profondément bougé la téléphonie, dans le bon sens je pense. Pour avoir été client SFR à l'époque et souvent en contact pour des problèmes techniques, on était déjà sur des plateformes téléphoniques étrangères, concrètement, on n'a rien vu de pire que ce qu'on pouvait avoir auparavant c'est dire qu'on nous prenait vraiment pour des pigeons et qu'on s'est largement engraissé sur notre dos chez les opérateurs de téléphonie mobile. 

Sur le blog commencent à apparaître des thématiques de plus en plus récurrentes dont une qu'on retrouve encore aujourd'hui, à savoir que tout se casse la gueule : disparition des forums, grosse perte de vitesse au niveau des blogs, le marché du PC qu'on essaie d'enterrer à tout prix pour vendre des tablettes au point qu'Intel fasse de la publicité pour montrer que le PC c'est bien, enfin bref, cette morosité qui s'installe dans MON monde. En cette année c'est vraiment la révolution, la bascule de l'ancien monde, PC, blogs et sites au profit des réseaux sociaux, tablettes et smartphones est vraiment palpable.

C'est l'arrêt de l'auto-entreprise. J'entre dans ma troisième année et avec elle je vais devoir payer la fameuse CFE. Le problème c'est qu'en déménageant, j'ai perdu l'intégralité de ma clientèle, et dans cet arrière pays de l'Hérault où je sais que je ne vais pas rester, je ne prends pas de risque et je clôture sans regret du fait de ne plus gagner un centime. On en reviendra quand même à cette problématique, pour entreprendre, il faut être connu et reconnu, difficile dès lors pour quelqu'un qui arrive de s'implanter, la place est réservée aux enfants du pays même s'ils sont totalement incompétents.

Une affaire notable pour moi et c'est là que je réalise pour la première fois ce qu'est sortir du cadre sur internet, l'enseignant qui a piégé ses élèves sur Wikipedia. J'ai réagi par un billet assez virulent pour des raisons assez simples :

  • piéger ses élèves, ses élèves, je trouve que c'est malsain, ce n'est pas le rôle des enseignants
  • piéger ses élèves en sabotant Wikipedia c'est saborder le travail de milliers de personnes qui essaient de faire de l'encyclopédie libre une ressource de qualité, c'est une forme de mépris
  • je reste persuadé que la façon de médiatiser l'affaire était calculée pour se faire connaître

Quand j'écris, j'ai toujours la sensation que cela va être lu par ceux qui le lisent et que ceux qui le lisent c'est un public averti qui lit les textes dans leur contexte depuis des années, des habitués. Je me suis retrouvé avec des élèves du professeur qui sont intervenus, j'ai pensé à un fake. J'aurais dû couper court et stopper les commentaires, je me suis enlisé dans la mélasse avec une bonne dizaine de gamins venus défendre leur professeur. 

2012 c'est aussi :

  • le virus de la gendarmerie
  • je m'essaie à Owncloud
  • la mort de Mandriva
  • ​Facebook entre en bourse
  • fermeture de mes comptes pinterest et linkedin que j'avais ouverts, pas vraiment de sens pour moi, le premier étant très féminin, le second servant à se créer un réseau professionnel ce qui en tant qu'enseignant ne sert pas vraiment à grand chose
  • on parle du secure boot et de l'impossibilité d'installer Linux sur certaines machines. Ceci n'a pas eu lieu, le problème étant ailleurs, l'impossibilité d'installer Linux sur des machines de type tablette ou smartphone. 
  • on évoque la fin de Thunderbird
  • ​je stoppe mon compte twitter
  • Diaspora le projet qui avait levé 200.000 dollars pour devenir le facebook du libre devient communautaire. Par le fait on ne sait pas trop ce que sont devenus les fonds engagés mais c'est la déception et un énorme déficit d'image pour le réseau social qui mettra pas mal de temps à se relever.
  • j'achète un kobo pour lire des bouquins à la plage
  • blogeee est avalé par cnet, les netbooks disparaissent du catalogue de chez Asus. Réouverture peu après de MiniMachines
  • Canonical intègre de la publicité sous la forme de liens vers les produits Amazon. C'est le début de la crise de confiance et le début du Ubuntu bashing qui en 2016 au moment où j'écris ces lignes n'est toujours pas fini
  • La circulaire Jean-Marc Ayrault qui donne la priorité au logiciel libre en fait rêver plus d'un, dans les faits cela ne sera jamais appliqué, histoire de gros sous, tout ça.
  • sortie de Windows 8

Après 10 mois passés à prendre ce que j'ai baptisé la plus belle route du monde, par ironie, car entre le brouillard, la pluie battante, j'ai failli me tuer au détour d'un virage avec la CLIO à raison de deux heures de voiture par jour, je récupère un plein temps et nous nous déplaçons à Roujan, un village situé à 10 minutes de Pezenas et à 25 minutes de Clermont l'Hérault par une route bien pourrie. Mes déboires avec SFR n'en finissent plus, au lieu de me déménager ma ligne on me résilie ma ligne, enfin bref, la routine. Roujan, une maison de 110 mètres carrés avec 600 mètres carrés de terrain, une grande maison mal construite et mal agencée. Cette photo prise le 12 juillet 2013 n'est pas anodine, je fête mes 37 ans en 2012 (je réalise que je n'ai quasiment aucune photo de Roujan), cela fait maintenant depuis l'âge de 25 ans que nous avons roulé notre bosse avec mon épouse, il commence à devenir réellement urgent de se poser à l'approche de la quarantaine, pour nous, pour les enfants notamment. Roujan est bien situé géographiquement, un collège en construction, des lycées à Pezenas ou à Clermont, on commence à regarder le prix de l'immobilier 210.000 € la maison de base à cette époque, il faudra vendre notre appartement à la plage et ça c'est pas terrible. En effet Saint-Pierre la Mer reste notre port d'attache, le seul après toutes ces années à descendre vers le sud, et là on est un peu loin de la mer.

Je fais ma deuxième rentrée au lycée agricole de Clermont et sans dire que c'est la routine, je suis comme chez moi, à l'aise, après cette première année, tout fonctionne plutôt bien au niveau informatique et pédagogique. Je vais enseigner la communication, si bien qu'on verra mes cours en ligne et le travail de réalisation qui va avec, des cours fabriqués de toute pièce, à part un bouquin, il n'y avait rien. Toujours à cette rentrée, nous devenons le premier bahut du coin à donner des ordinateurs portables à des enseignants. La raison est simple, le cahier de texte numérique est entré dans les meurs, dans l'enseignement agricole il n'est pas encore une obligation pédagogique mais va le devenir en 2013, il paraissait évident de fournir du matériel pour que les enseignants puissent travailler. Avec un logiciel libre qui s'enterre, avec des préoccupations pédagogiques assez importantes, des trajets, je suis sorti de la routine des années précédentes et je constate que mon implication diminue à regrets d'ailleurs, car je constate que mon monde s'effondre et qu'on ne peut pas y faire grand chose, que de plus en plus d'acteurs du libre arrêtent, que les forums disparaissent, enfin bref que ça sent le sapin. Je vois en fait de façon simple le remède. Cep qui n'a plus de blog écrit régulièrement chez moi, Christophe commence aussi, j'ai des billets invités, et pour marquer ce côté pluriel le blog devient "Cyrille BORNE et Associés, informaticiens du XX° siècle". C'était une logique. Chacun dans son coin à écrire ses petits textes, essayer de se débattre pour être vu, quand il suffit simplement d'être plusieurs au même endroit pour avoir du poids et de la visibilité, c'était le concept, j'y crois encore mais sans moi. A cette époque et avec le contexte, à savoir la perte de l'internet gratuit, libre, au profit des réseaux sociaux, je multiplie les articles sur la monétisation. En effet c'est peut être les blogueurs les premiers voyant qu'il n'y avait rien à gagner avec en plus en face l'explosion des youtubeurs qui passent aujourd'hui à la télé qui ont jeté le plus rapidement l'éponge. Écrire prend du temps, dans une période de crise, on se dit qu'il vaut mieux l'employer à quelque chose de plus bankable.

2013

L'année 2013 démarre sur l'abandon du planet-educalibre et la recherche de son repreneur. Le site n'a jamais pris, l'idée pourtant est bonne, mais je n'ai pas envie de m'en occuper, d'aller traquer les blogueurs qui n'ont pas envie, ou de motiver les troupes pour écrire. C'est le temps du début du désengagement, du repli sur soi mais aussi du retour à l'essentiel, je vise le minimalisme dans pas mal de domaines, aller à ce qui est évident. C'est à cette période que je passe en Debian stable de façon définitive et que j'arrête de jouer avec les distributions desktop. Ce positionnement n'a quasiment que des avantages : un environnement stable où il faut s'investir tous les deux ou trois ans, un environnement qui laisse le temps d'apprendre, un environnement similaire à domicile et à l'école. 

  • linuxpourlesnuls ferme ses portes c'était un site Linuxien parmi les plus anciens
  • je passe chez free mobile pour le forfait à 2 € par mois
  • Google ferme Google Reader
  • je me lance dans une idée débile, monter un annuaire libre de logiciels libres pour dépoussiérer celui de Framasoft. Malheureusement, je fais comme d'habitude c'est à dire qu'au lieu de faire quelque chose de sérieux, je pourris littéralement le truc en y mettant ma touche personnelle. Je garderai le jouet pendant moins de 6 mois puis je crèverai joyeusement dans l'oeuf. 
  • Sur la page du site de dotclear, on voit un beau matin "42, merci pour le poisson". Le chef de projet dotclear claque la porte et le fait de façon particulièrement maladroite puisqu'il se sert du portail officiel pour annoncer cette décision qui pourrait laisser penser que dotclear est mort. Comme on connaît mon côté, il est urgent de ne pas attendre, je fais une migration de folie de dotclear vers Wordpress qui me force à pogner l'intégralité des billets à la main, la première fois mais pas la dernière, on ne se refait pas. 
  • j'achète un ASUS X201E-KX042DU - Ultra Portable 11,6'' - Intel Core i3-3217U (1,8 GHz) - HDD 500 Go - RAM 4 Go, il s'agit d'un ordinateur portable vendu sous Ubuntu. Le hardware est très bon, la machine est robuste, au moment où j'écris ces lignes c'est ma fille qui a récupéré l'ordinateur avec un SSD dedans, en outre l'installation d'Ubuntu est catastrophique, Asus a livré une Ubuntu sans aucune customisation, j'ai des problèmes de clavier assez rapidement qui sont en qwerty, l'ordinateur passera comme le reste des machines sous Debian stable. 
  • J'achète mon premier smartphone au prix de 94 €, un alcatel Mpop en 4 pouces, un mono-core qui en 2016 traîne encore dans la maison et qui fait bien les affaires de mon fils. 
  • l'affaire prism éclate au grand jour, ça n'empêche pas les gens de continuer à aller sur Facebook, snap, instagram et les autres.
  • Nextinpact est l'un des premiers à se positionner sur une formule premium
  • achat d'un clavier K400 qui embarque dans un simple clavier, un touch pad. Un must have du bricoleur.
  • Canonical se prend un four avec son Ubuntu Edge, une tentative de smartphone haut de gamme sous Ubuntu mais le crowdfunding ne prend pas. Il y a pourtant cette idée particulièrement intéressante qui sera reprise par Microsoft, à savoir la possibilité lorsque le téléphone est posé sur un dock lié à un écran de transformer l'appareil en véritable ordinateur avec une interface de bureau. 
  • je me débarrasse du serveur et j'achète un NAS
  • je passe d'un abonnement à 19 € chez free à la même chose chez Sosh.
  • achat d'un Takara RDU1540 un auto-radio bluetooth à moins de 40 €
  • Nokia racheté par Microsoftt pour le destin funeste qu'on connaîtra quelques années plus tard. 
  • sortie d'Handylinux

Nous sommes donc à Roujan, c'est pas mal, mais ce n'est finalement pas ce qu'on veut. Dès que l'occasion se présente nous partons en direction de Saint-Pierre la Mer. Je dis à ma femme, qu'on ne va pas chercher de maison dans l'Hérault et qu'on part se trouver une maison à la page, je ferai les allers retours entre Saint Pierre et Clermont l'Hérault, mes cours sont sur trois jours, si bien que cela ne me fera "que" 450 km par semaine. Mon épouse demande sa mutation dans l'Aude, coup de poker une fois de plus, on se positionne sur l'achat de la maison avant même de savoir si elle aura sa mutation. L'Hérault est plus demandé que l'Aude, ça a donc de bonnes chances de passer, reste à savoir la proximité avec Saint-Pierre mais c'est une autre histoire. La maison, pas bien difficile à trouver en fait, il n'y en a qu'une qui correspond à notre gamme de prix et à la superficie. En quelques mois à peine, nous vendons l'appartement et nous achetons la maison. Si la vente de l'appartement s'est déroulée dans des conditions plutôt sympa à part la signature où je me suis retrouvé dans un incendie, l'achat de la maison a été une succession de catastrophe. Je recopie ici l'intégralité du billet de l'époque, je crois que je pourrais difficilement faire mieux : 

Le dossier part avec un peu de retard à la banque, le vendeur devant refaire des diagnostiques, son notaire prenant un peu son temps, nous sommes dans la semaine du 9 juin. Ma banquière, 13 ans de présence dans la même banque, jamais un problème, une épouse fonctionnaire et moi en CDI avec l'état, 38 ans ou presque, me propose un taux risible. Du fait d'être profs nous sommes sociétaires CASDEN, la CASDEN est un organisme bizarre pour les profs qui fait des prêts facilement et qui en trois clics vous fait la simulation pour vous donner le taux. J'explique à ma banquière que je suis trop pressé pour faire le tour des banques, c'est donc soit ma banque où je suis présent depuis 13 ans et j'attends quelque chose d'exceptionnel compte tenu de notre situation et du fait que j'allonge le tiers de la somme ou sinon c'est la CASDEN. Après une semaine de négociation, la banquière me fait un taux correct sans plus. Nous sommes dans la même dynamique que celle de la téléphonie mobile, j'aurais claqué la porte de ma banque pour être nouveau client ailleurs, on m'aurait fait un taux plus intéressant. On incite à l'infidélité dans tous les domaines, je trouve que c'est déplorable. Parallèlement à ça, la vente ne se finalise pas, mon acheteur qui avait posé ses vacances pour profiter de l'appartement se retrouve avec un service informatique refait, des offres qui peinent à venir, ça ne marche pas mieux de son côté. Il m'expliquera par la suite qu'en étant sur deux banques, la principale lui a fait un taux moisi un peu comme moi, il s'est désengagé totalement pour passer sur sa deuxième banque, comme quoi c'est partout pareil, l'herbe n'est pas plus verte ailleurs. Je signerai le 28 juin le lendemain des corrections de Rivesaltes.

Parallèlement à cela je dépose le 19 juin mon dossier pour l'assurance. Du fait que mon épouse est éducation nationale, la logique c'est de prendre l'assurance à la MGEN, la mutuelle des enseignants. La MGEN ne peut pas faire d'assurance elle travaille en collaboration avec la CNP l'assurance dont les pubs très réussies sont accompagnées par la musique d'André Rieu, du rêve dans tes oreilles. Le dossier est déposé le 19 juin à Béziers à une femme qui me fait une gueule monumentale, on a l'impression qu'un avion lui est tombé sur les pieds. Il faut savoir que dans le cadre d'un questionnaire médical assez simple mais complet, soit vous avez tout bon et l'accord d'acceptation est direct, soit vous n'avez pas tout bon et le dossier est visé par "l'expert" comme on verra plus loin. Sachez que si vous avez été opéré de quelque chose d'autre que de l’appendicite ou  les amygdales, que vous souffrez d'une maladie chronique pas trop grave, c'est l'expert direct, autant dire que passé un certain âge, on multiplie les chances de passer devant l'expert et de prendre le malus qui va avec. Au départ, un délai de deux semaines maximum et puis ça part en sucette sévère. On apprend que le dossier est arrivé à la CNP le trois juillet, la CNP me dit qu'ils ont pris du retard et que le dossier sera visé par l'expert le 18 juillet, donc un bon gros mois de délai. Par acquis de conscience on appelle la CNP le lundi 15 et on découvre avec joie que le dossier a été rejeté pour cause d'incohérence informatique. Nous voilà balancés entre les deux mastodontes du médical, chacun rejetant la responsabilité sur l'autre, pas grand monde pour se bouger pour nous donner un coup de main. On fait donc le boulot d'intermédiaire entre les deux pour essayer de faire avancer les choses. Le problème est issu d'une erreur informatique, une ligne de crédit supplémentaire a été rajoutée à notre dossier, une ligne de crédit qui en fait appartenait à quelqu'un du nord de la France. Aucune des deux boîtes n'accepte sa responsabilité et la rejette sur l'autre, entre les envois postaux et le temps de résolution nous perdrons 10 jours de plus. On se rend compte que le fameux expert médical c'est du vent, dès que le dossier a été retourné il a été traité en quelques minutes ce qui laisse supposer que c'est un barème pré-calculé selon les pathologies. A la fin du mois de juillet le dossier arrive complet à ma banque, j'ai la chance d'avoir un vendeur super sympa et réactif, au départ l'offre devait dans le compromis de vente être réalisée avant le 20 juillet, la banquière nous dit que pour que le dossier soit accepté par le service des offres, il faut un avenant ... Dans l'urgence alors que nous sommes en bord de mer car nous avons pris une location pour que les gosses profitent du soleil, et prolongé bien évidemment la maison de Roujan un mois de plus pour ne pas se retrouver à la rue, je gère tout mal avec mon téléphone free et ma 3G toute pourrie. On nous explique enfin qu'il est nécessaire avant de transmettre notre dossier aux offres de faire une validation par trois chefs différents, on nous informe enfin qu'il n'y a que deux secrétaires pour la rédaction, alors ça va prendre un moment. On a quand même la classe de nous dire que comme l'assurance a pris son temps, la banque peut aussi en prendre un peu. Le dossier complet a été reçu le 27 juillet, nous recevons les offres le 12 août.

La dernière maison que nous avons acheté, l'appartement en l'occurrence c'était il y a dix ans et il faut reconnaître qu'on a perdu la main entre temps. Je ne me rappelais absolument pas qu'il fallait conserver les offres à domicile pendant 10 jours et renvoyer au onzième, je pensais tout bêtement qu'on avait 10 jours de rétractation. Donc tellement pressés de bien faire, nous renvoyons le 12. Ma banquière pas très contente me dit qu'on me renvoie de nouvelles offres avec la même date tout de même pour la réception et que celle là je les garde à domicile pour un renvoi le 23 août. Le courrier n'arrive pas. Comme on commence à avoir l'habitude des choses qui n'arrivent pas on anticipe un peu et on nous envoie le document par mail ... Imaginez tout de même si toutes les procédures avaient été réalisées par mail, le temps gagné, avec de plus des accusés de lecture pour valider la réception.

Le 26 j'appelle ma banque pour avoir la confirmation que les offres sont bien reçues, c'est le cas. Ma banquière me demande en outre de demander au notaire d'envoyer l'appel de fond, la notaire l'a déjà fait depuis vendredi. Parallèlement à cela, la notaire me dit que la vente doit être reportée au mois de septembre car le notaire du vendeur souhaite se déplacer et faire 900 km pour venir représenter son client ! J'appelle le vendeur en catastrophe qui appelle son notaire pour dire que c'est bon ça ira. Problème, le vendeur n'a pas encore reçu sa procuration pour la signature, le rendez vous est fixé le jeudi matin à 10 heures ... Le mardi 27 ma banquière a enfin retrouvé l'appel de fonds de la notaire il était tout naturellement dans les spams depuis le 19 août. Le notaire du vendeur quant à lui n'a pas envoyé la demande de procuration à son client si bien que la signature ne peut se faire. Pas de chance, son épouse est en déplacement, il va se déplacer chez son notaire, le mercredi ou le jeudi matin avant 10 heures ...

Dans l'après-midi du mercredi alors que j'ai quitté Roujan de façon presque définitive puisque je dois faire l'état des lieux, ma banque me dit que c'est OK, mon vendeur m'envoie une photo de sa procuration chez son notaire, notaire qui avait envoyé le document à son ancienne adresse résiliée depuis un an.

Le jeudi matin, c'est le grand jour, on arrive enfin chez le notaire, on nous annonce que la procuration a bien été envoyée mais pas certifiée par l'autre notaire. L'autre notaire est injoignable, le clerc est atterré, je lui dis que je vais tenter ma chance des fois que ça filtre. Je passe au premier coup. On lui explique qu'ils ont une coupure de courant depuis ce matin d'où le fait qu'ils ne soient pas joignable. Je signe, la notaire n'a pas la clé, j'appelle le vendeur qui m'explique qu'il les a enterrées dans le jardin, il m'envoie ça par internet.

Nous entrons dans la maison le 29 août, une maison dans laquelle on sait qu'il faudra faire des travaux, des travaux qu'on suivra sur ce blog pendant quasiment trois ans avec des choses un peu folles, comme ce cumulus dans les combles où la trappe est trop petite pour le faire sortir par exemple. Un nouvel épisode de ma vie commence, j'ai enfin touché la terre promise, je suis chez moi. Alors que j'ai passé les dernières années à cavaler dans tous les sens et à déménager chaque année, c'est un nouveau défi, il faut remettre intégralement la maison en état, aller bosser, et cerise sur le gâteau se faire inspecter au mois de septembre pour le changement de catégorie. Je suis sur tous les fronts, mais je suis tellement content d'être enfin redescendu dans le sud après 13 ans d'errance que finalement tout passe comme une lettre à la poste, une grosse lettre quand même. Au niveau de l'internet je prends Sosh, après avoir essuyé les plâtres pendant des années avec SFR, je préfère jouer la carte de la sécurité sachant que je suis tout de même dans une de campagne, Saint-Pierre ça n'est que 1500 habitants à l'année à 20 km de Narbonne, loin de tout globalement. 

Au mois d'octobre de cette année, ma femme m'explique que le tas de cailloux à l'arrière de la maison, ben va falloir le transformer en terrasse. Il y a des tonnes et des tonnes de pierres, de terre à dégager, un travail qui aurait découragé n'importe qui et finalement j'y prends du plaisir. C'est d'ailleurs ce que je retiens de cette expérience, beaucoup de DIY, beaucoup d'efforts et une volonté d'en faire, de comprendre, d'étendre ses compétences bien au-delà de l'informatique. J'achète un marteau piqueur Titan à 150 €, des seaux et avec mon fils le malheureux, je me lance. Des journées et des journées complètes à faire des allers-retours à la déchetterie pour vider encore et encore.

2014

L'année 2014 ressemble forcément à l'année 2013, des travaux, des travaux et bien évidemment des travaux. L'internet n'en finit plus de mourir, les questionnements sur la monétisation deviennent une réalité, les sites commencent à se positionner et proposer leurs formules payantes, de plus en plus de sites indiquent clairement qu'il faut désormais passer à la caisse si on veut lire la suite. L'argent devient alors le nerf de la guerre de partout et arrive de plus en plus dans le logiciel libre. Le crowdfunding commence à remplacer les campagnes de dons tout simplement parce qu'en apparence le crowd propose un cahier des charges. Dès lors de nombreux projets libres se lancent, faisant des campagnes très pros pour réaliser des levées de fonds et promettre des évolutions qu'on attend encore. En avril de cette année on débranche Windows XP, et on se reprend à rêver de voir des Linux arriver en masse sur les anciens ordinateurs. Chacun y va de sa proposition de distribution, moi au lycée je fais quelques migrations sous Xubuntu, je me refuse à cette époque de faire des réparations sous Windows et j'ai tendance à redevenir de plus en plus radical. Il faut dire qu'avec les ordis de la région, on passe son temps à décontaminer, j'explique de plus en plus que s'ils veulent un coup de main ce sera sous Linux ou rien. C'était une erreur, aucun des gamins que j'ai passé à Linux ne s'y est vraiment intéressé, a essayé de comprendre le fonctionnement, a essayé même de faire une mise à jour, c'est moi qui finissais par les faire. Pour moi la préoccupation première c'est bien évidemment la maison, des travaux, des travaux, et encore des travaux. Nous refaisons tout, électricité, plomberie, pour arriver à un résultat. plutôt satisfaisant. Ce qui n'était qu'un garage et une chambre devient la cuisine et le salon

ce qui était une cuisine et un salon devient une chambre, la salle d'eau et notre bureau

C'est finalement le dernier étage avec les chambres qui subit le moins de transformation, une vieille douche se transforme en placard

La vue quant à elle, ne change pas 

Au milieu de l'année, deux événements déclencheurs d'une grosse connerie à venir, le décès de Régis d'abord et de Michel ensuite, des compagnons de toujours. C'est au décès du second que je me rends compte que monter un blog à 12000 billets pour claquer un jour et tout voir disparaître c'est stupide, c'est stérile, c'est inutile. Je crois à l'époque profondément au libre, j'ai fait un retour sur Diaspora* car avec la fonte de la blogosphère, je ne suis pas mécontent de retrouver des gens qui parlent de la même chose que moi, un peu comme si j'allais au PMU du coin. L'idée est simple, ce que j'écris doit me survivre, survivre avec le nom de Cyrille BORNE et associés, ça va pas être simple si je décède, je renonce à mon nom de domaine, je prends le très original blog-libre, je lance un appel et assez rapidement on se retrouve avec une équipe de huit blogueurs. C'est là où on voit les limites du système, agir d'abord réfléchir après. Avec du recul, je n'aurais jamais dû m'y prendre de cette façon, je n'aurais pas dû transformer mon blog mais partir d'un blog neuf où chacun aurait conservé ses espaces personnels pour traiter de ce qui lui était personnel. Car pour être libre, la thématique, elle l'était, chacun parlait de ce qu'il voulait, sans se préoccuper d'un cadre quelconque, au point que ça parte dans toutes les directions. Des billets déclenchent de grosses polémiques, j'en viens à faire tourner la moulinette de la modération, il faut répondre à tout le monde, jouer au gendarme. A côté de ça mes écrits se perdent dans cette masse, si bien que je ne me sens plus vraiment chez moi. Je fais avec, en me disant que c'est un mal pour un bien, que les choses finiront par se tasser, cela ne sera jamais le cas. Je réalise que je ne supporte plus le bruit de mon ordinateur que le jeu PC ne m'apporte plus de satisfaction, j'arrête tout et je passe au Brix, un petit ordinateur. De l'autre côté on m'offre un Optiplex, c'est la découverte des ordinateurs de bureau professionnels et silencieux, pour jouer j'achète une PS3. Disons que la PS3 c'est surtout pour le gamin, je suis pour ma part dans les travaux jusqu'au cou et de l'autre côté je dois modérer comme un âne un site qui devient de plus en plus actif et qui dépasse la barrière des 5000 visiteurs par jour avec une pointe notable à 6000 un grand jour de troll. Pendant cet été 2014, c'est la sortie du ZTE Open C en Europe et en France, je commande rapidement mon appareil en Angleterre, je le décortique de toutes les façons, j'écris de nombreuses méthodes, j'anime sur diaspora*, enfin bref, je suis à 12000%, je vis une période euphorique que je n'avais pas connue depuis de nombreuses années, à l'époque où Linux marchait moins bien, où il fallait s'entraider pour réussir. J'ai donc poussé la machine pendant tout l'été, arrive la rentrée, les 150 km pour aller bosser, la reprise des travaux, le quotidien, et commence à me sentir de plus en plus vieux. J'ai toujours eu des périodes de fluctuation, je pense que c'est le cas pour tout le monde, et d'une phase d'hyperactivité, je commence à regarder des reportages comme l'urgence de ralentir. Alors certes ce n'est pas le même ralentissement, mais un ralentissement tout de même. Sur le blog, on continue de gérer des trolleurs de compétition, tout ceci commence à faire beaucoup et sans un bruit je supprime mon compte diaspora ce qui fait polémique, je ne m'y attendais pas. Sur diaspora* je commençais à tourner en rond, des gens énervés, haineux, ce que je retrouvais déjà sur le blog, j'ai fait le choix en toute discrétion de quitter le réseau social, pour avoir moins de choses à gérer. J'écris un billet cinglant pour rappeler aux amis de la liberté, qui crient à corps et à cris qu'ils ne veulent pas être surveillés, qu'il est étonnant qu'on commente la décision d'un individu de quitter un réseau, ceci ne fait que monter d'un cran la tension entre une partie de la communauté du libre et moi-même. A la fin du mois de novembre, le sud de la France est en alerte rouge. A la maison j'ai la box qui grille, l'eau qui commence à monter à l'arrière, c'est le rideau en alu qui empêchera l'inondation. Je fais l'erreur d'aller travailler car j'ai un technicien qui doit venir spécialement pour réinstaller un serveur, je me fais la peur de ma vie, je vois le moment où je vais noyer la voiture dans les rues de Clermont l'Hérault. Je rentre, je suis épuisé, tendu, et je réalise que c'est l'anarchie sur le blog, les commentaires et les billets partent dans tous les sens. Je demande aux gens de se réunir dans le forum pour mettre les choses à plat, des auteurs commencent à se prendre à partie, je sabre l'intégralité du blog.

2015

J'ai donc sabré le blog-libre mais l'envie d'écrire est toujours la même. Depuis toutes ces années l'envie de partager, d'échanger, de rédiger, d'organiser ma pensée est toujours présente. J'avais écrit que cyrille-borne.com serait ma dernière expérience de blog et comme toujours je triche, je rouvre cyrille-borne.com. Reprise d'une fausse aventure en solo puisque l'infrastructure est toujours la même, les collègues sont toujours derrière, Cep refait rapidement un compte et reprend la publication de billets technique. Avec Cep on a rarement besoin d'échanger, on sait comment on fonctionne, on est donc à des années lumières de ce que pouvait être le blog libre, il se met d'ailleurs lui même en retrait pour me laisser toute la place, place que je n'aurai jamais dû lâcher mais c'est trop tard. L'écriture des débuts est froide, je l'ai amer. J'en veux à la majorité de mes anciens comparses d'avoir fait preuve d'égoïsme, de ne pas avoir percuté qu'ils n'étaient pas sur leur blog personnel mais dans un espace commun. La faute à qui ? La mienne nécessairement, je n'ai jamais posé de règles, je n'ai jamais voulu jouer les capitaines, j'aurai pourtant dû ou peut être prendre conscience que je n'étais pas fait pour ça. Alors que nous sommes en fin de l'année 2016, et que j'écris ces lignes, je reste entièrement convaincu qu'il aurait fallu collaborer, que c'était vital, qu'il fallait regrouper les forces vives y compris dans l'écriture pour rassembler, fédérer. La peur de la centralisation dans le libre est une hérésie, surtout si on centralise les bonnes personnes au bon endroit. Le mal est fait, un mal profond, je tire de l'expérience de l'amertume et surtout un profond besoin de solitude, d'isolement et de résignation, tout ce que j'entreprendrai, je le ferai seul ou pas loin, en tout cas en façade. L'isolement ce n'est pas sain dans le courant libre où il faut se crever les yeux et chanter tous en coeur, la hache de guerre est largement sortie entre moi et le gros de la population libriste, un fossé qui ne cessera de grandir.

Quelques faits mémorables de cette première partie de l'année 2015

  • Des inondations, et un nouveau problème plutôt rigolo qui me tiendra en haleine quelques mois de l'année, mon passage à la VDSL2 chez SOSH qui se conclue par un passage chez Orange. En fait on réalise à l'activation de la VDSL2 que mon upload est catastrophique, tout le monde me prend pour un fou et pourtant et ça finit par trouver sa conclusion avec un stagiaire qui bosse chez Orange. Il se trouve que la carte TV dans le répartiteur de Saint Pierre la Mer n'était pas compatible avec la VDSL2 si bien que toute activation du service télé pompait mon upload au maximum. La solution pour ne pas revenir à l'ADSL et avoir de nouveaux problèmes, c'est de se priver de télé, c'est ainsi que je me lancerai dans l'utilisation de Kodi pour le Raspberry Pi afin de compenser l'absence de télé à la maison.
  • Mes déboires chez Sosh m'amèneront chez l'opérateur Joe Mobile un opérateur virtuel de SFR qui avait un système de cockpit très avantageux permettant de gérer sa consommation au plus fin. L'opérateur sera fermé plus tard. Je passe une courte période chez Prixtel avec un forfait soit disant modulabe pour partir à nouveau vers le forfait free à 2 € qui est le plus économique. Il vaut mieux en effet dépasser un peu chaque mois que de payer 19.90 € pour un forfait qu'on n'utilisera trop peu par rapport à la somme engagée.
  • Je m'intéresse à des services d'auto-hébergement dont cozycloud, une participation au forum où j'explique que l'application RSS est complètement en bois, sans trop d'arguments certes, mais force est de reconnaître que c'est tellement en bois qu'il n'était pas nécessaire de rentrer dans les détails, l'application ne fonctionne pas. Alors que je remonte des bugs à la chaîne pour Cozy, la franchise, le ton sec ne passe pas, je me fais jeter comme un malpropre. C'est un épisode qui peut vous paraître anodin mais il reste pour moi marquant, c'est certainement l'un des problèmes parmi d'autres du libre, le refus de l'aide dans une forme non conventionnelle. Toute personne qui aurait lancé l'application aurait réalisé que l'application était totalement daubée. Une scission parmi d'autres, développeurs, testeurs, utilisateurs finaux, expérimentés ou débutants, des sphères qui déjà en 2015 avaient de plus en plus de mal à s'interconnecter.
  • Dans la morosité qui continue de me caractériser, j'écris qu'installer Linux chez les gens ça ne sert à rien car ça ne change en fait rien. Aucune des personnes chez qui j'ai installé Linux n'est devenu vraiment Linuxien, intéressé, sauf un, tous les autres n'ont fait que subir ou apprécier mais sans se poser plus de questions que nécessaires. Je commence à éviter d'installer Linux chez les autres, je commence d'ailleurs à éviter l'informatique chez les autres, sollicité en permanence, pour une plus value nulle ou presque, il vaut mieux apprendre à taire ses compétences en informatique.
  • J'ouvre une chaîne dailymotion, c'est le choix de la politique du moins pire. Je ne cède pas aux sirènes du tout vidéo, mais force est de reconnaître que pour présenter certaines choses, la rapidité de démarrage d'une machine par exemple, ou le lancement d'un logiciel, c'est quand même plus explicite, plus rapide, plus facile à mettre en oeuvre. Il s'agit de plus d'une activité que nous faisons avec les gosses et qui a tendance à nous faire marrer, il n'y a pas d'enjeu, avec un certain style, tout est fait à la première prise et sans montage derrière, un peu comme d'habitude, brut. Enfin, je voyais passer des gigas octets de bande passante chez mon hébergeur à cause des vidéos, même s'il y a une prestation, même si c'est de l'illimité, j'ai toujours tendance à penser qu'il ne faut pas abuser, cette délocalisation en soi ne me coûte pas grand chose, le fait de ne pas l'avoir créée chez Youtube est aussi un symbole de l'utilisation de l'outil et pas de l'audimat, c'est pas avec dailymotion qu'on va faire des vues.
  • Départ de la distribution Xubuntu qui devient de plus en plus lente sur mon Brix pour passer à debian Jessie.
  • Je fais un nouveau blog pluxml pour y mettre ma veille. J'ai testé pas mal de choses, un shaarli, les liens dans le forum, je tente donc la veille externalisée dans un pluxml, pourquoi pas. Ce système je le ferai sauter en fin d'année pour tout ramener dans le blog, pour finalement le détruire à nouveau juillet 2016 et tout éclater, y compris les critiques cinémas et certains billets pédagogiques.
  • je rouvre une page facebook pour renouer le contact avec d'anciens élèves qui m'avaient sollicité, je fermerai cette page avec les attentats, le matraquage répété à l'infini des comptes suivis devenait insupportable.
  • je commence la purge de mes flux RSS en commençant par les sites de jeu vidéo qui font des articles bâclés à la minute pour commenter de la non actualité. De plus de 150 flux suivis je vais tomber rapidement à moins de 100 pour finir à 50 en 2016.
  • Je commence à m'intéresser à BoZon, collaboration bien sympathique avec Bronco le Warrior du dimanche pour qui je fais du debug en masse.

L'événement personnel marquant de cette année 2015, j'en ai la confirmation au mois de mai c'est ma mutation vers le lycée Agricole Bonne Terre de Pézenas. Pour moi, le gain est double, je passe d'un établissement en difficulté avec une centaine d'élève, de la violence, de la drogue et d'autres joyeusetés à un établissement de 400 élèves où je ferai 50 km de moins par jour. L'investissement que j'ai pu réaliser dès le début de l'année scolaire a été colossal. Le lycée Agricole Bonne Terre est un véritable lycée agricole, des tracteurs, des vignes, une très faible culture informatique et de l'organisation. J'ai passé les premiers mois de l'année à vider, des vieux rétroprojecteurs, à migrer des dizaines de postes sous debian du fait de l'infrastructure particulière de l'établissement à savoir que nos élèves travaillent par RDP pour se connecter à un serveur de la mort, il fallait rapidement vider les ordinateurs encore présents sous Windows XP. La migration sous TSE ensuite pour les enseignants, la formation pour le cahier de texte en ligne pour office365 et j'en passe. Voici quelques photos dans le désordre, principalement de la salle des serveurs où on avait pris pour habitude de déposer toute pièce ne fonctionnant pas.

L'un des moments forts de cette année 2015 où j'aurai certainement mis un clou de plus, peut être le dernier dans mon cercueil de libriste et surtout consommé davantage mon divorce avec la communauté du libre c'est quand au mois de septembre de cette année, j'interroge par twitter ZTE quant à la sortie du ZTE OPEN L qui devait être le nouveau modèle de téléphone Firefox remplaçant l'OPEN C et que la réponse c'est qu'il ne sortira pas. Assez rapidement je me positionne pour dire que Firefox OS est mort et qu'il va falloir penser à changer de crémerie. Ces quelques propos me font me ramasser des remarques plus ou moins désagréables de toute part, trolleur, pessimiste, quelques noms d'oiseaux. Comme je suis joueur, je collabore avec Odysseus Libre pour la réalisation de ces quelques dessins histoire d'énerver un peu plus la galerie.

Le pire là dedans, c'est que l'histoire a fini par me donner raison. En 2016 Mozilla annonce la mort totale de son système d'exploitation que ce soit pour smartphone ou pour objet connecté. Aigri par l'expérience de blog-libre, la querelle avec une bonne partie de la librosphère est certainement la goutte qui fait déborder mon vase personnel, c'est l'exil, plus de réseaux sociaux, plus rien à part chez moi. Je rajouterai que tel le venin s'instillant dans mes veines, à travailler dans un établissement totalement sous Windows, à faire utiliser des services Windows aux autres, on finit par les utiliser et trouver que finalement ce n'est pas si mal en se préoccupant de moins en moins des aspects philosophiques au profit du gain de temps, car le temps il en faut ... Il n'est d'ailleurs pas anodin que derrière j'ai fait l'essai d'un téléphone Windows, pas réellement envie de retourner dans le monde d'Android pour lequel je n'ai aucun attachement, utilisateur finalement de peu d'applications, ne jouant pas avec mon téléphone, ayant par le travail un compte office365, il n'était pas illogique que je fasse ce choix, choix de courte durée d'ailleurs, un appareil de qualité pour à peine 80 € mais trop bridé dans ses fonctionnalités si bien que j'ai repris le chemin du bas de gamme téléphonique avec de l'Android à faible prix.

Cette année 2015 a tout de même ceci de caractéristique, elle est quasiment exclusivement auto-centrée. Ce n'est pas du narcissisme, c'est que tout simplement avec un internet qui n'en finit plus de mourir, les autres ne sont plus une source d'inspiration, l'inspiration il faut bien la trouver ailleurs, avoir une vie pour ainsi dire plutôt mouvementée, bien remplie, intéressée, aide quand même à la production.

2016 première moitié d'année

L'année 2016 est une année d'achèvement pour la maison. Après avoir martelé la clape pendant plus de deux ans à coup de marteau piqueur (on en a quand même passé deux), nous arrivons à la réalisation de la terrasse. La construction d'un mur de soutien, 30 cm de gravier pour pomper l'eau qui tombe de plus en plus dans ma région. Puis enfin, des dalles posées sur 5 cm de sable. Toujours sur le même principe, faire une dalle, c'est un coup à se retrouver avec l'eau qui ne s'écoule plus et donc avoir de l'eau dans la maison. La problématique du chantier, comme toujours, c'est de faire passer la totalité des graviers, des parpaings à la main, et de travailler avec une bétonnière dans un espace plus que réduit, étant donné qu'on était forcé d'avoir les matériaux sur place. 

  Au niveau du lycée, je suis dans ma première année sur le nouvel établissement, on est donc sur des problématiques qui sont multiples : trouver ses marques, comprendre la nouvelle organisation, réussir à se tailler une réputation auprès des élèves, et montrer qu'on assure au niveau de ses collègues. En fin d'année scolaire j'aurai fait bon sur quasiment tous les tableaux, l'intégralité des postes collègues sont passés de Windows Vista à Windows 10 comme les secrétaires, j'ai fait du grand ménage physique, du ménage dans du matériel obsolète, commencé à poser des bases de travail avec Office365, les postes de la salle des profs sont devenus des sessions TSE et la grande majorité des postes alors tournant sur Windows XP, passent à Debian.

Au niveau internet, j'aurai fait largement n'importe quoi. J'ai essayé les réseaux sociaux comme Gnu Social, un projet malheureusement peu maintenu et qui pourtant mériterait qu'on s'y intéresse notamment dans sa capacité à communiquer avec les autres réseaux. J'aurai essayé toutes les moutures pour le blog, l'explosion en quatre sites : le professeur, le blog, les brèves et la culture pour finir revenir à un simple et unique blog plus tard dans l'année. Insatisfaction permanente, certainement, mais à force d'essayer on finit par mieux se connaître et trouver la formule qui va bien. Au niveau de l'informatique, nous continuons le déclin, les gens sont présents sur les réseaux sociaux, les sites s'affirment de plus en plus avec des prestations payantes, le libre francophone quant à lui continue de s'effondrer dans sa partie communicante et dans ses projets, les déboires de Mozilla bien sûr, plus tard ceux d'Ubuntu. De plus en plus la sensation que les jeunes ne sont pas intéressés par ce mode de partage, juste partager leur bonheur sur les réseaux pour montrer "que", pas d'engagement dans une volonté de partage plus spirituelle, plus humaine.

En cette période de l'année, c'est le lancement des CHATONS de Framasoft. Framasoft explique qu'il n'a pas vocation à être une entreprise et qu'il paraît nécessaire que des entrepreneurs se lancent afin d'offrir des prestations de service autour du libre. J'écris un article un peu raccourci en expliquant que si Framasoft invite des gens à créer des services libres, avec des prestations, cela signifie qu'à court ou long terme les services qu'il propose seront amené à fermés et par le fait, les utilisateurs débarqués. Je me suis pris une joyeuse storm shit collective avec ce "meme" que j'ai trouvé bien malheureux et qui illustre tout de même l'une des tendances lourdes du libre francophone, apprendre à se taire face à certaines institutions et ne surtout pas dire que les choses ne sont pas si roses.

Alors que l'année scolaire touche à sa fin, nous avons l'opportunité d'acheter un garage dans un lotissement qui s'est monté à 50 mètres de chez nous, l'occasion pour nous de faire de la place et d'enclencher la dernière vague de travaux qui arrivera en fin d'année 2016. Dans les faits mémorables :

  • la fermeture de Virgin Mobile au profit de SFR
  • la réforme du DNB avec l'introduction de la "programmation" au collège, on évoque Python, Scratch, le pseudo code pour se rendre compte que la liberté pédagogique faute d'être bafouée a donné 100% de Scratch dans les épreuves de DNB 2017.
  • nouvelle storm shit sur mon positionnement face au développeur de Xscreen-saver qui décide de mettre un gros message d'erreur bloquant un matin qui interpelle tous les novices utilisateurs de Debian.
  • l'arrivée de Ubuntu dans Windows 10, à mon avis on a pas fini d'en entendre parler car avec le tournant que prennent les événements, certains seraient tentés de profiter du meilleur des deux mondes et surtout de bash.
  • le passage du blog à let's encrypt
  • fermeture de la société Ryxéo un des pionnier du libre francophone
  • la fin d'Handylinux et c'est une disparition qui m'aura marqué plus que les autres. Handylinux était un projet pertinent puisqu'il visait à rendre accessible une Debian Stable, des paquets préinstallés, les codecs par exemple, un menu plus ergonomique. J'ai commencé à m'y intéresser assez rapidement, la présence d'Arpinux que j'ai rencontré en démolissant littéralement la distribution et qui avait su prendre note des remarques, y était pour beaucoup, je travaille surtout à l'affectif et à l'humain. Et puis comme souvent, des problèmes d'hommes. D'un côté des gens qui codent, de l'autre côté des gens qui ont des exigences, le projet sans être abandonné migre vers les forums de Debian-Facile. L'histoire aurait pu s'arrêter là, un nouveau lieu, un nouveau départ mais malheureusement les choses tournent mal avec l'apparition d'un fork à destination des mal voyants. Ce groupe monte un crowdfunding, récupèrent de l'argent et la façon dont s'est fait passe mal auprès des gens qui ont contribué à Handylinux sans rien demander. Des mots sont échangés, des menaces, on parle de tribunaux. On est dans une situation plutôt honteuse dans les comportements notamment lorsqu'on sait qu'il s'agit mine de rien de faire du bien mais cela pose aussi un problème de confiance vis à vis des petits projets. A l'heure actuelle, en 2017 au moment où j'écris ces lignes, Handylinux est devenue DFLinux que quitte son développeur principal, si bien qu'on peut considérer que le projet est mort, nous le verrons pour les années suivantes. C'est le "petit libre" qui se porte mal, tout est fait pour orienter les gens vers les plus gros projets ou même le propriétaire.
  • Nous donnons la Clio et nous achetons une Citroen C1 essence

2016 seconde moitié d'année à un matin d'août 2017

L'année scolaire démarre chez le médecin avec un diagnostic pas terrible, ma femme va devoir se faire opérer et il ne faut pas que ça traîne. C'est certainement à l'image de cette année scolaire qui n'aura été qu'une succession de problèmes, d'épreuves. Le chirurgien est à Toulouse, pour le premier rendez-vous la secrétaire se trompe de date, plus de quatre heures de route pour rien qui ne font que rajouter de la pression et du stress. Je cours beaucoup, je me fatigue, j'ai accepté une responsabilité de professeur principal que je n'aurais pas dû prendre, je finis par me prendre un carton avec le Partner. Pas méchant, mais de la pression supplémentaire avec une voiture qui a le capot qui est plus ou moins ouvert et de fortes pluies sur le sud. Plus tard c'est la fuite d'huile, puis la courroie à changer, une belle année voiture. On pourra rajouter à ça la cuisinière, le sèche linge et la machine à laver qui ont lâché pour rajouter au tableau.

Tout n'est pas négatif dans cette fin d'année, le voisin a accepté d'abattre son arbre, en même temps c'était un peu lui ou à terme les murs de nos maisons respectives. Le fait d'avoir le garage nous a permis de faire des aménagements de placard, de faire un bureau pour les enfants, nous en avons profité pour corriger le tir sur un manque de faïence au niveau de la cuisine. J'ai cherché dans toute la France pour me rendre compte qu'un magasin à l'entrée de Pezenas vendait les mêmes carreaux et que son propriétaire était un ancien participant de Koh Lanta !

L'année scolaire 2016 à 2017 aura donc été complexe à gérer sur le terrain familial mais aussi sur le point de vue scolaire, une responsabilité de professeur principal et cette fameuse réforme du DNB avec les EPI, l'oral, et toutes les joyeusetés qui sont passées avec. Au niveau de l'informatique scolaire, beaucoup de travail encore, continuer à faire propre, rajouter une salle informatique supplémentaire, créer une page web pour la promotion de facebook, aller à l'essentiel quand on passe son temps à courir pour être partout. Une fin d'année et un début de vacances d'été à récupérer le travail qui n'a pas pu être réalisé comme la migration des postes de Debian Jessie vers Debian Stretch à la main. J'en profite pour migrer la dernière salle à laquelle s'accrochait un collègue, il ne reste désormais plus qu'un seul poste en Windows Vista dans l'établissement, celui dédié à Aplon avant qu'il disparaisse bientôt à son tour. Dans les problèmes rencontrés, on notera que nous avons été victimes du virus Wannacry, parmi les nouvelles menaces avec lesquelles il faudra désormais compter. C'est d'ailleurs cet événement qui me fera rebasculer sur Linux et de façon durable après quelques allers retours dans l'année sous Windows.

Avec une vie privée, professionnelle, très mouvementée, l'année scolaire 2016, 2017 aura été l'année de la rationalisation absolue. De plus en plus de distance vis à vis du libre, et ce pour deux raisons : techniquement parlant j'ai les solutions qui me conviennent et je n'en cherche pas d'autres, philosophiquement, on est loin de l'entraide des débuts de l'internet, une époque où l'on ne savait même pas ce qu'était un logiciel libre. En ce mois d'août 2017, tout va pour ainsi dire bien au niveau internet. J'ai stabilisé ma formule, j'écris beaucoup, et alors que pendant l'été c'est une baisse de fréquentation pour l'ensemble des sites, mes statistiques sont en augmentation. J'écris beaucoup, et je dirai même que j'écris trop, que ce j'écris n'est pas terrible. J'ai tendance à privilégier la quantité à la qualité dans mes critères personnels. Le contexte du libre à cette époque est simple, la fin. On écrit que Firefox va mourir car ses statistiques sont en baisse. On voit que Cozycloud qui devait libérer les utilisateurs des services de Google ou Dropbox ne propose plus son tutoriel pour s'auto-héberger, il ne propose plus que de s'héberger gratuitement pour l'instant, mais demain ? La disparition du petit logiciel libre tel qu'on l'a connu est en marche au profit d'un service payant. Pendant ce temps là les communautés continuent dans le grand n'importe quoi, alors qu'il apparaît clairement que le libre cherche des modèles économiques, le libriste de base continue de chercher la gratuité. L'affaire openmailbox par exemple en est l'illustration, les conditions d'utilisation du service gratuit change, les gens crient au scandale alors qu'ils ne payent rien et vont bien sûr changer de crêmerie pour retrouver un nouveau service gratuit qu'ils finiront par tuer à son tour.

Ce qu'est devenu le libre francophone me débecte, mais néanmoins par mon positionnement, le refus d'être linké dans les agrégateurs comme le journal du hacker, ma non participation à des réseaux sociaux de libristes me protège dans un sens de certaines incivilités, de la violence de cet univers. Néanmoins, lorsque je regarde mon positionnement, je réalise que j'ai adopté la posture de l'indifférence et de la critique, de celui qui est dans le banc des spectateurs et qui regarde le monde s'effondrer. Le problème c'est que c'est que je véhicule de plus en plus dans mes écrits, et à propos du libre, et à propos du monde de l'enseignement alors que dans mes actes c'est le contraire, je suis hyperactif. Alors que je suis en train de faire une partie de Just Cause 3, 2016 aura été l'occasion d'acheter une PS4, pendant que je suis en train de détruire un port complet au lance roquettes, ça ne s'invente pas, je décide de tout arrêter.

Le premier réflexe c'est de ne plus bloguer, l'arrêt complet. Et puis, les témoignages de sympathie commencent à arriver, l'envie d'écrire, de participer est toujours bien présente, je décide donc de faire à nouveau table rase et de recommencer à zéro en essayant de faire mieux, en essayant d'adopter un autre rythme, de ne pas m'enfermer dans la publication quotidienne qui nécessairement est source de déchets.