Le Blog de Cyrille BORNE

Dernier Round

Pas encore prêts pour le cloud

Rédigé par Cyrille BORNE

Ça rame

Je viens d'écrire ce soir, un soir mystérieux puisque désormais le blog est un peu intemporel, un tutoriel sur jdownloader que j'ai diffusé à mes collègues. De là à dire que j'encourage mes collègues au piratage, il n'y a qu'un pas que je ne franchis pas ou qui a déjà été franchi de toute façon parce que Youtube et ses copains posent quand même quelques problèmes.

On peut difficilement être lycée agricole de production et vivre au milieu de la ville. Du fait de notre position décalée par rapport au centre de Pézenas nous avons une bande passante faible par rapport à notre nombre d'élèves et nos usages. Les usages, parlons-en, j'ai demandé un audit à notre technicien pour savoir où partait l'Internet, sans surprise il part du côté de chez Microsoft. Windows 10 se met à jour quand il veut, Windows 10 télécharge de gros paquets, mes collègues fonctionnent sous Office365 avec des synchronisations par Onedrive, si bien que le gros de notre net part là dedans. Il serait indécent de se plaindre, cela signifie que le matériel est utilisé, que les sauvegardes dans le cloud sont faites, que l'utilisation du mail professionnel et des outils Microsoft disponibles sont acquis. En gros on a des profs et du personnel qui bossent, que demande le peuple ? 

Pour être réellement tranquille compte tenu de notre façon de travailler, il nous faudrait une fibre optique confortable, ce n'est pas le cas. Je fais donc la guerre à la bande passante, une guerre à laquelle ne participe pas Microsoft. Vous pouvez déclarer des heures de travail de façon à ce que vous ne vous trouviez pas dans la situation de l'ordinateur qui se met à jour pendant une heure et qui vous bloque, vous ne pouvez pas déterminer vos heures de téléchargement ce qui est une véritable honte. Concrètement, sachant que nous avons parfois jusqu'à 40 machines Windows qui sont amenées à tourner ensemble, si l'installation de l'update est bien différée, son téléchargement, lui se fait quand il a envie, si bien que le réseau est plombé. Je n'ai pas trouvé de solutions viables, on trouve énormément de gens mécontents sur la toile qui se retrouvent dans des performances diminuées, c'est notre cas. J'ai vu qu'une des options permettait aux ordinateurs de récupérer les mises à jour depuis le réseau local, dès que j'ai un ordinateur dans les mains, je réalise cette bascule mais ce n'est pas suffisant.

La problématique du raisonnement de l'individu de base, c'est que son raisonnement est individuel, il n'est pas collectif. Je rajouterai que le raisonnement ne va pas très loin et c'est d'ailleurs pour cela que le logiciel libre peine à progresser dans les écoles. Par exemple, Youtube est devenu le meilleur ami de l'enseignant, c'est une lourde prise de risque qui peut démontrer au quotidien notre inutilité. J'aime bien diffuser la vidéo des statistiques expliquées à mon chat sur la moyenne et la médiane, car je trouve qu'elle apporte une autre vision que celle que je peux apporter aux élèves. C'est une prise de risque, mes élèves peuvent préférer la manière d'enseigner du chat à la mienne, réaliser qu'en fait, je suis totalement dispensable. Il suffit d'ailleurs de voir que les vidéos de vulgarisation à destination des élèves ou les chaînes culturelles atteignent des milliers de vue pour comprendre qu'il y a une demande, et de lire dans les commentaires des élèves soulagés d'avoir compris et de réclamer le Youtubeur pour être leur prof.

Que ce soit un épisode de c'est pas sorcier ou un reportage quelconque, on diffuse donc des vidéos aux élèves depuis Youtube ou un concurrent sans se poser les questions qui vont bien. La première, c'est le fait de se dire que si dix autres collègues en font autant, qu'ils ont lancé la HD, on risque d'avoir une aspiration du débit. La seconde, c'est le contexte légal, j'y reviendrai plus loin pour m'attarder sur le premier aspect technique.

J'ai fait remarquer à l'ensemble de mes collègues que ce serait mieux s'ils veulent montrer de la vidéo, qu'ils la téléchargent depuis chez eux en amont. J'ai donné un conseil, j'ai montré l'utilisation d'un logiciel, car si plus personne n'utilise de vidéo en direct, c'est une partie de la bande passante qui est sauvée, imaginez tous les postes à jour et c'est le net du lycée qui est enfin exploitable. En téléchargeant sur un site de vidéo, mes collègues se mettent en infraction, on voit souvent dans les CGU qu'il est interdit de faire autre chose que de streamer. Néanmoins et c'est ici où la réflexion doit se faire quant à la légalité :

  • une très grande partie des vidéos est diffusée illégalement sur Youtube, on peut penser à des films. Qu'on diffuse un film qu'on n'a pas acheté depuis Youtube ou depuis son poste on est dans l'illégalité dans les deux cas
  • quand bien même une vidéo est légale, on ne possède pas les droits de diffusion si bien qu'à nouveau on se situe dans l'illégalité si on la projette.
  • quid des vidéos comme les statistiques expliquées à mon chat qui sont en Creative Commons et qui peuvent être réutilisées. Sur le principe cela veut dire qu'on peut en théorie les récupérer et en faire un peu ce qu'on veut, sauf que les conditions de Youtube, j'ai la sensation qu'elles prévalent sur la CC : vous vous engagez à ne pas accéder au Contenu pour toute raison autre qu'une utilisation personnelle non commerciale, telle que prévue et autorisée par les fonctionnalités normales du Service et uniquement à des fins de Streaming. vous vous abstiendrez de copier, reproduire, distribuer, transmettre, diffuser, afficher, vendre, concéder des licences ou autrement exploiter tout Contenu pour tout autre usage sans l’accord préalable écrit de YouTube ou des concédants de licences respectifs du Contenu.
  • il faut enfin tenir compte de l'exception pédagogique, vous pouvez lire un résumé à cette adresse, où l'on peut lire : Œuvre  achetée pour  une utilisation  privée (DVD) et  diffusée  en  classe ou mise en ligne  (sur le cahier de texte numérique  par exemple) :   extrait   de   6   minutes   maxi   sans   excéder   10 %   au   total   (15 %   dans   le   cas   de   plusieurs   extraits). Œuvres   intégrales   diffusées   en   mode   hertzien,   analogique   ou   numérique,   par   un   service   de   communication   audiovisuelle   non payant, enregistrée temporairement par un enseignant sur support numérique (ou analogique) et projetée en classe uniquement : totalité du programme (émission, documentaire, film...)

Voyez qu'entre vos souvenirs d'école, vos enfants qui vous racontent avoir vu les avengers en fin d'année scolaire, le dessin animé de Noël, ou n'importe quel reportage, l'école française est dans une situation d'illégalité globale. Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'utilise quasiment jamais la vidéo dans mes cours, ou des vidéos très courtes et libres de droit. Si certains collègues ont besoin d'illustrer leurs cours avec de la vidéo c'est leur choix, mais cela devient le problème de la collectivité à laquelle j'essaie d'apporter une réponse dans un cadre où les lois ont déjà été largement violées.

le logo d'emule, je cherchais celui en cage mais c'est tellement vieux qu'il n'existe qu'en petite résolution

Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme Linux mais de faire le simple constat que j'ai plus d'une centaine de postes sous Debian qui ne consomment rien en bande passante au quotidien du fait de choisir quand je fais mes mises à jour. Il ne s'agit pas de faire le prosélytisme de Debian car en fait je comprends parfaitement la position de Microsoft, je fais finalement ce que je veux quand je le veux. Parmi les problématiques d'un système d'exploitation, indéniablement la sécurité. Si on voit que Windows 10 progresse peu, c'est que les gens en voyant les messages d'alerte, n'en ont pas tenu compte, les gens ne lisent pas. Il suffit qu'un poste ne soit pas mis à jour pour qu'il soit contaminé, la grande majorité des utilisateurs d'ordinateurs ne se posent pas de questions, ils seront en outre les premiers à être scandalisés quand leur machine sera contaminée. La démarche de Microsoft est logique, on force la mise à jour sur les postes de façon à prévenir les contaminations et les 0 days qui deviennent de plus en plus agressifs.

Malheureusement, il se trouve que nous ne sommes pas prêts, en tout cas en France pour le tout cloud. Le dernier classement en date sur les débits, nous plaçait au dernier trimestre 2016 en cinquante deuxième position mondiale, une honte pour un pays comme la France où l'on veut faire du numérique à tous les étages. La problématique d'un système d'exploitation comme Windows 10, au-delà de ses mises à jour c'est que c'est un système qui vit partiellement sur Internet. L'envoi de données qui partent on ne sait trop où, ou encore l'exploitation du onedrive qui se synchronise très régulièrement. Si pour quelques machines dans un contexte familial ce n'est pas trop palpable, lorsqu'on multiplie les postes cela prend des proportions terribles. Les plaintes sont tellement importantes que le positionnement de Microsoft est ridicule, la version 1703 par exemple permet de ne pas mettre à jour son poste pendant un mois, alors que la seule chose que tout le monde attend c'est un contrôle du téléchargement pour le basculer la nuit, comme les heures creuses et les heures pleines de EDF. Si au système d'exploitation on rajoute des sites Internet qui sont de plus en plus gourmands, la référence Allociné ou Youtube et sa vidéo HD citée plus haut, il apparaît qu'en fait nous ne sommes pas prêts pour le cloud, pour le tout Internet, en France en tout cas.

Je trouve d'ailleurs qu'il est regrettable que la réponse qu'on apporte est toujours la même : la course en avant. Plutôt que d'envisager une gestion fine des services, des sites, en proposant des versions allégées, on estime que c'est aux gens d'avoir un débit plus important, on a l'impression qu'on est dans le domaine du jeu vidéo. Vous voulez jouer au dernier jeu tendance, achetez vous un PC plus puissant. La différence tout de même, c'est que sur PC, on permet de dégrader les performances pour pouvoir en être quand même, quand dans le domaine du cloud on reste souvent dans le domaine du binaire, l'utiliser ou pas.

comme l'escargot je porte la coquille sur le dos

La question que je me pose, c'est qu'est-ce que j'aurai pu faire, qu'est ce que je peux faire ? J'aurai pu ne pas faire migrer les postes sous Windows 10. J'ai fait ce choix car la politique de Microsoft est simple, enterrer le système d'exploitation précédent pour mettre en avant celui du moment. J'ai profité de la gratuité pour migrer, plus de un an et des poussières après la fin des mises à jour gratuite de Windows 7 vers Windows 10, je continue à mettre tout aussi gratuitement et légalement des postes que je peux trouver en 7. Il aurait fallu tôt ou tard y passer, le problème d'ailleurs est plus profond que ça, du fait de quand même faire plutôt bien mes corvées, l'informatique du lycée fonctionne plutôt bien, la demande augmente et avec elle la demande de débit, on aurait fini par coincer tôt ou tard. Je pense souvent que si on avait mis du Linux, on aurait une situation mieux maîtrisée, mais ce serait difficile. Ma fédération a fait le choix de Office365, il faut respecter ce choix et avec lui les outils qui nous sont donnés. J'utilise Office365 pour mettre mes cours, la différence c'est que je ne synchronise pas du fait de l'absence de client fonctionnel Linux, je me contente d'envoyer à la main. Je maîtrise donc mon débit.

En posant tous les paramètres de l'équation, il apparaît que toutes les initiatives qui peuvent être prises sont équivalentes à un pansement sur une jambe de bois et je trouve la situation tout de même inquiétante. C'est la première fois à part un détour par le 56k pendant une année dans le Cantal que je me retrouve limité par le débit. Du fait de la mondialisation de l'Internet, les sites réfléchissent en terme de globalité et c'est aux états d'adapter leur Internet pour utiliser les services proposés. Quand on évoque des plans pour déployer l'Internet à très haut débit à travers le territoire, c'est une urgence, les sociétés n'attendront pas et ne développeront pas des technologies légères pour rendre leur service plus accessibles à ceux qui rament.

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Lui-même, et c'est déjà beaucoup.