Le Blog de Cyrille BORNE

Dernier Round

Complément 42 - ça sent la fin

Rédigé par Cyrille BORNE

La fin d'année se profile, pas trop tôt.

Nous sommes aux portes du mois de juin, les élèves vont commencer à partir. J'ai souvent tendance à raisonner en terme d'année scolaire plutôt que d'année civile, celle-là aura été aussi gratinée que les précédentes, les camions à caca, les fuites de la bagnole, le premier genou de la femme. L'année prochaine rajoutera son lot de nouveautés avec mon fils au lycée pro et certainement la conduite accompagnée. Pour ceux qui ont des enfants plus jeunes, à chaque fois que vous les regardez et que vous vous dites que c'est franchement pénible, il faut quand même vous dire que ce n'est que le début. Nous sommes mercredi matin au moment où je commence l'écriture de ce billet, dans une heure j'ai rendez-vous pour son orientation, un rendez-vous d'à peine cinq minutes. Quand je vois qu'en tant que prof principal, responsabilité dont je ne veux plus, je prenais le soin d'appeler chaque parent pour faire le point de façon régulière, je me dis que la prime de 1200 € est mieux payée à certains endroits qu'ailleurs. Le collège à part quelques réunions d'informations n'a rien fait, les parents doivent se débrouiller par eux-mêmes. Quand on sait que je suis du "bon" côté de la barrière et comment c'est compliqué, que j'ai l'habitude, je me demande comment font les autres, les petites gens. L'ascenceur social, quand on voit les barrières, ce n'est pas pour tout de suite.

La responsabilité de prof principal c'est une relation théoriquement exclusive avec les familles, une relation de confiance où à un moment tu regardes le parent droit dans les yeux et tu expliques que médecine ça ne va pas être possible, j'aurai voulu qu'un enseignant tienne ses propos à mon fils plutôt que de mettre des encouragements qu'il ne mérite pas. On n'encourage pas quelqu'un qui manque de rigueur, on n'encourage pas quelqu'un qui glandouille, on n'encourage pas quelqu'un qui fait le tarif syndical, on n'encourage pas quelqu'un pour qui souligner à la règle est trop difficile, on lui dit la vérité. La vérité elle est simple, la vérité c'est d'expliquer qu'il n'a pas le profil général, qu'il n'a pas le niveau pour le général et qu'il vaut mieux faire un bon BAC PRO et tenter de trouver son patron sur les trois prochaines années que de faire un BAC général médiocre et se retrouver coincé par la barrière de parcoursup. On a beau tourner le problème dans tous les sens et je vais me répéter, on ne peut pas fabriquer des promotions de 80% de réussite au BAC, dégrader un diplôme pour qu'il ne veuille plus rien dire sans mettre un obstacle quelque part, il est désormais à l'entrée du supérieur. Dans ces conditions, je serais le gamin titulaire d'un BAC général qui ne permet de rien faire, je me retournerais contre le système scolaire qui m'a mal orienté et qui aurait dû me dire la vérité, il n'y a pas de place pour la médiocrité dans le général. J'ai connu ça il y a plus de 20 ans, sauf que nous c'était à BAC +4 ou BAC +5 que ça se jouait. Avoir un diplôme d'ingénieur ou avoir un DEA ça ne fait pas pareil, et tu t'en rends compte quand tu es sur le marché de l'emploi. Paradoxe de se dire que les meilleurs arrêtaient les études à BAC +3 ou BAC +4 avec l'agrégation pendant que les autres n'avaient pas d'autre choix que de pousser vers la thèse à BAC +7. Ces incohérences on ne les voit plus, puisqu'on verrouille dès l'entrée de l'université, sans se poser de questions sur ces jeunes qu'on a fait passer en général alors qu'ils n'ont pas le niveau, trois ans de mensonge à faire croire qu'ils pourraient faire la filière qui les intéresserait vraiment, trois ans à leur faire croire qu'ils pouvaient choisir leur avenir.

La vie finalement ce n'est pas bien compliqué c'est une question de discernement et de courage. Quand on voit les problèmes de l'école actuellement, que personne ne comprend le fond du problème, c'est qu'on manque de discernement et de courage. Parcoursup montre totalement la limite de notre système actuel et explique comment l'école ne va cesser de se casser la gueule. Un jeune qui n'est pas très bon scolairement mais qui a d'autres qualités ira monter sa startup dans un pays qui reconnaît sa véritable intelligence. En France on continue de faire des maths non pas parce qu'on pense que c'est bien mais pour faire de la sélection chez les gamins, en partant du principe que le gosse qui est bon en maths est meilleur que les autres. Le système marchait il y a quarante ans, aujourd'hui avec les robots, l'IA, ce genre de choses, il faut revoir sa copie, les artistes, les bricoleurs, les jardiniers, c'est aussi vers ces profils qu'il faut se tourner.

Lui il pourrait sauver le monde, il n'a certainement pas fait maths sup.

La franchise si on devait l'appliquer de façon nationale serait de reconnaître que le système ne fonctionne plus et que le malaise est plus profond, les matières ne sont plus adaptées. Quand la lecture et l'écriture sont rejetées par une population entière, est-ce qu'il faut y voir un signe de progrès, une hérésie, freiner des deux pieds ou au contraire prendre la tangente. Alors que j'aime lire, que j'aime écrire, je pense que c'est l'impasse. Les profs de français devraient se transformer en prof de communication et d'expression orale, les profs de maths en prof de logique, personne n'aura le courage d'appliquer une telle réforme qui aurait une implication sur l'ensemble du métier.

Il est 13h00 je suis au lycée, c'est la fête de l'école cet après-midi, le genre d'événement qui me gonfle et auquel je participe contraint et forcé. Ce matin j'ai récupéré des ordinateurs portables à Coursan, chez désormais mon revendeur exclusif et officiel. C'est chez lui que j'ai acheté mes fameuses tours à 16 € TTC, aujourd'hui des icore5 de la mort à 4 Go de RAM et 250 Go de disque dur, 120 € TTC avec la station d'accueil. On a sympathisé, il faut dire que je suis le client idéal, j'arrive, je prends, je paye et je n'emmerde pas le monde car je connais le matériel et je sais le gérer. On discute, on se raconte nos vies, et puis dans la conversation je lui demande s'il a des écrans. Il me montre une palette, une cinquantaine d'écrans et m'en fait cadeau. C'est ma vision de la vie. Tant qu'on arrivera à faire ce genre de choses, des poignées de main, des relations simples entre les hommes, alors tout ira bien. Je crois en ça, c'est une conviction, à 43 ans, je suis encore convaincu que c'est l'homme honnête qui gagne à la fin. Et pour vous dire à quel point l'histoire est morale. En parallèle de son activité de revente de matériel informatique, il se lance dans les déchets informatiques. Par le fait, les vieilles UC, il en fait son affaire. Si vous avez suivi mon histoire, vous aurez compris que je vais lui descendre mes vieux PIV avec grand plaisir pour une boucle qui sera finalement bien bouclée.

Il est 20h00 et je continue d'écrire cet article. La fête de l'école c'est surtout la fête des élèves et ça me gonfle. Ça me gonfle parce qu'il faut encore surveiller, il faut gueuler, pas trop mais un peu, comprenez que ma journée de repos de la semaine, c'est une journée de travail de plus, 500 bornes au compteur avec le prix de l'essence qui n'arrête pas de monter. J'y suis allé de mauvais cœur et puis la collègue a tellement tout bien organisé que finalement ça file la patate de voir les gosses s'éclater, il faudra quand même réussir à trouver l'énergie pour passer les deux prochaines journées, treize heures de cours.

Dans les faits marquants de cette fin d'année scolaire, les résultats de mon concours des établissements agricoles. Carton plein. Je vous rappelle le principe, il s'agit de réaliser la première page d'un journal imaginaire. On remporte donc le prix national pour la deuxième année consécutive, et les trois places sur le podium en Occitanie. Cette année il faut reconnaître que c'était plutôt un bon cru, ce que je note d'intéressant dans ce concours c'est le plaisir que les élèves ont dans la réalisation, pour la majorité d'entre eux. Avec les années et l'expérience puisque c'est la troisième année que je m'y colle, j'ai pris le parti parfois "d'imposer" le sujet. C'est le cas avec la petite qui a gagné le grand prix et qui était peu inspirée, son activité du week-end c'est dormir, on a donc fait le journal du sommeil. Mon coup de cœur cette année, c'est indéniablement le Pere Nonews. Il y a des gosses qui vous marquent dans votre carrière, Valentin en fera définitivement partie. Complètement borderline, complètement no limit, souvent très irrespectueux, il s'est pointé en classe habillé en père Noël des pieds à la tête. Alors que mon CPE a tendance à ne pas laisser passer grand chose, le dernier jour avant les vacances de Noël, plutôt bon esprit et inédit, on l'a laissé crever de chaud dans son habit toute la journée. On a profité du concept pour faire le journal du père Noël, si vous regardez avec attention la photo de l'article en haut à gauche c'est lui avec son camarade sur les genoux. C'est sur ce genre de thématique qu'on arrive à développer quelques compétences et qui permettent à des élèves qui ont un peu de créativité de réussir à se démarquer alors qu'ils ne sont pas forcément bons scolairement. D'autres travaux sont possibles comme la réalisation d'un blog, d'une vidéo Youtube, si j'avais plus d'une heure par semaine, il est certain que je commencerais à m'y pencher.

La semaine prochaine c'est le début des conseils de classe, cette semaine je mets mes dernières notes, je remplis les appréciations, on est en plein dans les révisions. Ça sent clairement la fin. Le programme informatique de cette fin d'année, comme l'année passée sera de remettre au propre, de récupérer le vieux matériel et de le donner à mon vendeur, comme mon fils est au brevet, que ma fille a son conseil de classe le 11 juin en cinquième, qu'elle sera gentiment ramenée vers la sortie, c'est elle qui va s'y coller.

Dans le billet de Cascador, où j'ai remporté la victoire par KO même si je me doute qu'il prépare un nouveau billet pour remonter sur le ring, l'un des commentateurs a écrit : De mon côté, je vois très bien que les jeunes d’aujourd’hui sont passés au côté « simples utilisateurs » des technologies qui nous entourent. Et je pense que c’est dû à un mal un peu plus profond que ce que l’on entend partout : ils ne sont plus curieux.

Il évoque aussi la stimulation familiale et je le rejoins pleinement. Si on laisse le jeune faire il n'apprendra rien, ma fille n'est pas vraiment intéressée par le démontage de PC et les commandes Linux, elle apprendra quand même. Ça ne lui sera certainement pas utile dans la vie, surtout les commandes plus que le démontage, mais comme ces maths que je pense devenues inutiles, c'est une démarche, c'est une logique, c'est un protocole avec certaines conditions et une méthode. Ça c'est certainement ce qui a son importance. On reviendra sur mon ménage annuel dans un prochain épisode, pour l'heure il est juste l'heure de tenir dans cette période toujours un peu compliquée où l'on se retrouve à 7 heures dans la voiture pour rentre à 20 heures le soir.

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Lui-même, et c'est déjà beaucoup.