Le Blog de Cyrille BORNE

Dernier Round

Complément 39 - on va tous mourir mais c'est normal

Rédigé par Cyrille BORNE

Ce billet est à destination des jeunes pour une époque que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître.

J'ai un peu bâclé mon billet d'hier, certainement trop dans Dark Souls pour faire correctement les choses. La tradition aurait voulu que je fasse tout sauter mais désormais j'assume. Revenons un peu sur la "mort" de  hardware.fr, pour cela il faut comprendre l'informatique d'il y a 20 ans, retour vers le passé. Il y a 20 ans, j'ai des cheveux bouclés, je ressemble à Alain Prost, c'est vrai en plus, je suis encore en cité universitaire et l'informatique, ce sont des machines qui n'atteignent pas les 500 Mhz en terme de fréquence, on tourne encore sur des Cyrix parce que c'est le moins cher. Je pense qu'on tourne sur des configurations qui n'ont pas 100 Mo de RAM, c'est loin, je me rappelle surtout avoir joué à des jeux comme Daggerfall, Tomb Raider premier du nom, Heroes Of Might Of Magic II, l'informatique de l'époque c'est ça :

J'y ai laissé un nombre d'heures considérables, j'ai toujours du mal à me dire qu'on s'amusait avec rien quand aujourd'hui je trouve le Dark Souls II moche par rapport à Bloodborne. C'est dans ces eaux là que tout a commencé, le début des cartes graphiques avec 3DFX qui faisaient la révolution, chaque innovation, chaque sortie apportait une amélioration significative à notre quotidien en informatique. Il est important de comprendre que toute nouveauté était un apport conséquent, il est important aussi de comprendre que les prix bougeaient de façon très significative, contrairement à aujourd'hui. On a vu fondre par cinq le tarif des configurations quand aujourd'hui le prix des PC dans une gamme donnée ne bouge pas.

Aujourd'hui j'ai 43 ans, et la vie est un peu passée par là, pas seulement. Comprenez que d'avoir des gosses, des responsabilités, ce genre de choses, ne m'empêche pas de jouer, ne m'empêche pas de perdre du temps, moins certainement, mais quand même. Le monde PC ne m'intéresse plus ou pas le même, on peut supposer que c'est valable pour toutes les personnes qui ferment boutique pour les sites personnels ou semi-professionnels. Il y a quelque chose d'important dans mon billet d'hier, j'évoquais la différence entre les choses qu'on fait par obligation, les choses qu'on fait par plaisir. Il y a certains sujets, il faudrait me payer pour écrire dessus. A une époque, je testais un peu tout et n'importe quoi comme distribution Linux, car j'étais insatisfait de ce que j'avais, parce qu'aussi comme pour le hardware, ça n'avance plus vraiment, quand à l'époque chaque sortie d'une version majeure de distribution Linux était un apport considérable pour l'utilisateur final. Je vais faire l'amalgame entre Linux, logiciel libre et hardware, finalement c'est un peu pareil, on pourrait englober l'informatique de façon générale, mais c'est plus subtil. L'informatique ça bouge énormément, l'intelligence artificielle, la réalité virtuelle, néanmoins j'ai l'impression que c'est moins palpable dans les performances, pour l'utilisateur final.

Concrètement :

  • dans ces dernières années d'un point de vue hardware, la seule véritable innovation qui a un impact direct sur les performances de la machine c'est le SSD. Comprenez que lire un benchmark de 50 cartes vidéos ou de 50 processeurs c'est désormais insuffisant pour moi. Quand on sait que certaines séries de cartes sont des remontées d'anciennes cartes d'il y a deux ans, avec un nom un peu différent et quelques fonctions de plus, c'est devenu problématique. Le benchmark n'est plus pertinent, il faudrait mettre en concurrence des processeurs actuels avec des processeurs d'il y a dix ans, des configurations, des cartes vidéo. Cela fait trop longtemps que plus rien ne bouge pour mettre au placard les vieux PC.
  • ça n'innove pas, ça magouille au niveau des constructeurs, les prix ont largement augmenté. Monter une configuration de gamer c'est très cher, trop cher, la meilleure machine de jeu actuellement c'est la console. Je n'aurai jamais tenu ce discours il y a quelques années, mais entre les exclusivités, le prix de la machine, à 200 € la PS4, à 1000 € le PC "dépassé" au bout de trois mois par des codeurs qui font n'importe quoi et qui n'optimisent pas le code, j'ai arrêté de réfléchir. Avant on pouvait jouer à 450 €, les jeunes sont persuadés qu'il faut des machines de fou pour jouer à Minecraft, les commerciaux ont bien fait le travail. On pense en effet qu'il faut un monstre pour devenir gamer professionnel, les prix sont tirés vers le haut, le gaming PC n'est plus populaire.
  • le fait d'avoir son besoin qui évolue, de ne plus utiliser le PC pour jouer, fait qu'une machine vieille de dix ans est largement suffisante pour faire ce qu'on a à faire, notamment lorsqu'il n'est pas prouvé que la machine d'il y a dix ans est moins performante qu'une configuration actuelle.
  • les nouvelles versions de logiciel se suivent et se ressemblent, ça a beaucoup buzzé autour de la sortie de Firefox Quantum car c'était une véritable innovation avec un vrai gain pour l'utilisateur final à savoir les problèmes de rapidité et de consommation de mémoire réglés.

Si pour le hardware c'est mort, si pour le logiciel c'est mort, qu'est ce qu'il reste :

Et ça force est de reconnaître que pour les gens de ma génération, ça n'envoie pas vraiment du rêve, pire, c'est l'anti-PC. Ça ne se répare pas, ça n'évolue pas, ça ne se met pas à jour, cela correspond à un esprit individuel de non bidouillabilité qui ne correspond en rien à l'esprit du PC. La seule chose qu'on a vu d'excitant dans le monde du smartphone c'est indéniablement FirefoxOS car : chaque mise à jour apportait son lot d'améliorations significatives, un produit fun, un produit qui se bidouille, FirefoxOS c'était le PC des smartphones.

Dans un contexte pareil, il y a deux écoles, soit tu vis les choses par passion, soit tu as transformé le tir et tu en vis pour l'argent. Comme évoqué hier, l'argent t'oblige à le faire, la passion quand elle est partie, il ne reste rien. Il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les passionnés qui ont grandi, dans un marché qui a évolué, pour un contexte qui n'a rien d'excitant tirent leur révérence. Les blogs, les sites, ne sont pas morts, c'est juste l'informatique, une certaine partie de l'informatique qui a perdu de son charme. Pour réveiller la flamme, il faudrait quelque chose d'innovant, quelque chose de kiffant, quelque chose qui suscite l'excitation. Vous voyez quelque chose ? Personnellement je ne vois rien et je ne vois d'autant rien qu'on nous retire peu à peu la possibilité de bricoler les appareils.

Tout ceci est bien entendu applicable à Linux et au logiciel libre. A part java qui a dégagé dans Libreoffice, et bien je continue de taper du texte sans révolution palpable, Firefox continue d'afficher les pages, toutes les nouvelles distributions du monde n'apportent rien de plus que ce qui existe déjà, tout comme les gestionnaires de fenêtre qui sont trop kikou lol. Il ne faut donc être aucunement surpris de voir des blogueurs qui s'étaient spécialisés dans le libre, des sites internet sur le thème de Linux arrêter. Les auteurs ont vieilli et préfèrent les Mandalas, tout fonctionne plutôt correctement, la passion est devenue utilisation.

On ne va donc pas finir sur une note positive, mais une note réaliste, les blogs de développement personnel, de cuisine, de voyage cartonnent, tout comme Youtube, les gens continuent de livrer leurs passions. Et dans ce cas là c'est différent, car on continuera de voyager, on continuera à se poser des questions existentielles, on continuera de manger, quand on aura fait le tour d'une technologie de plus en plus intrusive, de plus en plus discrète, de moins en moins modifiable. Les contenus gratuits ont donc une vie, tant qu'ils sont animés par la passion, quand faire les choses devient une corvée, une obligation, c'est que la motivation est ailleurs, l'argent par exemple. Si ça ne rapporte pas, si la passion n'y est plus, il ne reste plus qu'une chose à faire, jouer à Dark Souls II.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Lui-même, et c'est déjà beaucoup.