Le Blog de Cyrille BORNE

Dernier Round

Restructuration ou on va tous mourir ?

Rédigé par Cyrille BORNE

Le grand retour de la mort, il était temps.

Le fait d'avoir coupé Twitter me laisse un trou béant dans mon emploi du temps. C'est un vrai problème tout de même ces réseaux sociaux, le temps qu'on y passe, pour ne finalement pas vraiment en sortir d'apprentissage. J'ai donc profité de cette journée avec mes élèves en stage pour faire un tour du web afin d'alimenter un peu plus mon agrégateur de flux RSS. Enfin un peu plus, beaucoup plus, parce qu'avec mes cinquante pauvres flux, c'est la peau de chagrin.

Si je devais définir mon besoin du moment, je dirai qu'en ce moment il me manque un simple site décrivant l'actualité du logiciel libre. C'est idiot, mais pour ceux qui ont connu l'époque glorieuse du planet-libre, on se plaignait que certains membres se contentaient de ne donner que les changelogs, aujourd'hui je serai ravi d'avoir un site qui en continu me balance du logiciel, les nouveautés, mais aussi de nouveaux programmes. J'évoquais photoflare dans un précédent billet, je l'ai découvert en Googlant. C'est un créneau à prendre, l'appel est lancé, peut être une section spéciale du journal du hacker ? Pendant un moment QuebecOS jouait un peu ce rôle, un petit côté distrowatch aussi, voici ce qu'on trouve sur ce vénérable site qui a, avait franchi la barre des dix ans :

ça a l'air de durer depuis un moment, reviendra, reviendra pas. Si on fait l'état des lieux de la francophonie, il n'existe plus je pense de forum généraliste actif, linuxpourlesnuls, terranux, autant de noms qui doivent évoquer quelques souvenirs. J'évoquais le planet-libre plus haut, qui a été une véritable source d'informations, sur les 350 blogueurs inscrits sur le planet, 50 ont écrit en 2018. Les blogs morts se ramassent à la pelle, et les plus joyeux d'entre nous annoncent la mort de Mageia la distribution francophone. L'encyclopédie libre Linuxpédia n'a pas vu de modifications depuis la fin de l'année 2017. Et pourtant c'est une bonne idée cette encyclopédie, expliquer les fonctionnements des logiciels qui sont communs à l'ensemble des distributions.

Je pourrais continuer de vous peindre un tableau bien sinistre, mais vous le savez, le nouveau Cyrille BORNE est en recherche de solutions plutôt que de clous pour le cercueil. Plutôt que d'imaginer une mort totale, je préfère mieux évoquer une rationalisation, revenir à l'ordre naturel des choses. Après des années "fastes", de nombreux projets redondants, des multiplications de distributions dans tous les sens, on assiste à une diminution des projets qui se concentrent autour de quelques ténors solides, qui possèdent un véritable modèle économique qui assurera la pérennité. Aujourd'hui le navigateur libre c'est Firefox, le cloud libre c'est Nextcloud, la suite office libre c'est Libreoffice, la distribution Linux qui tient la route est indéniablement à base de deb. Oui il existe des alternatives, mais ces projets sont les plus visibles, les plus solides, ceux qui bénéficient de la réputation que les petits projets n'ont pas. Pour les forums généralistes il est normal qu'ils s'eclipsent au profit des forums des distributions et encore la situation n'est pas toujours limpide, trois forums debian en France, c'est deux forums de trop. Je n'ai pas honte de le dire, il manque des moyens dans le libre, il manque de bras, aujourd'hui, pour moi, c'est la loi du plus fort.

Notez que je ne porte aucun jugement, on pourrait dire de la même manière que les blogueurs devraient faire un effort pour se regrouper au même endroit afin de proposer un site visible et fort. Chacun est libre de faire ce qu'il veut de son temps libre et malheureusement dans cette histoire, c'est le meilleur qui gagne, une concurrence qui ne touche pas les blogueurs qui sont complémentaires contrairement aux forums qui traitent exactement des mêmes sujets ou des cinquante distributions de bureau qui font la même chose.

Qu'est-ce qu'on ne fait pas ? Pour l'instant.

La réponse n'est pas unique, et va dépendre du profil de l'individu : débutant, confirmé, expert. Je vais parler de ce que je connais le mieux, moi-même, à vous par la suite d'adapter ce contenu pour qu'il vous ressemble, j'espère qu'on verra apparaître de nombreux billets de ce type. A l'heure actuelle, je cherche de l'info technique mais aussi philosophique, en lien avec le logiciel libre, et l'éducation. Je suis par exemple en train de m'envoyer des conférences Ted, même si je sais que ces gens ont des choses à vendre.

J'ai vu le message de dada qui lance un appel pour faire venir du monde sur Mastodon et Diaspora*. Voyez déjà l'un des premiers problèmes, je rajoute à ça GNU Social, Pleroma, quelques réseaux sociaux supplémentaires qui devraient s'interconnecter, on se retrouve avec différents réseaux, divisés eux-mêmes en instances. Dada a toutefois raison dans son billet, il est nécessaire de faire venir des tas de gens pour varier les sujets de conversation abordés, et pourtant paradoxalement, je ne pense pas que ce soit une si bonne idée.

Avec les différentes histoires autour des réseaux sociaux, on peut réussir à tirer quelques conclusions :

  • Facebook est trop gros, trop complexe à gérer, trop généraliste, trop tout.
  • Les réseaux sociaux vont devoir choisir leur camp s'ils ne veulent pas s'intégrer dans une mode. Par exemple, Instagram et Snap ont certainement plus de souci à se faire que Linkedin ou Twitter même si aujourd'hui ils fonctionnent très bien. En effet les deux premiers surfent sur la jeunesse donc une bulle, les deux autres sont ancrés dans des fonctionnalités précises : monde du travail, actualité et politique.
  • il est nécessaire d'innover et de proposer des choses que les autres ne font pas, la gestion du temps passé sur les réseaux est certainement un enjeu. Pour exemple dans Facebook, j'ai beau supprimer toutes les images débiles que mes "amis" postent, il en apparaît quand même d'autres. Comprenez qu'il y a un véritable travail de fond à faire et que personne n'a fait, on peut être intéressé par les propos d'un individu de façon générale, mais il peut avoir une tendance, qui va vous horripiler, lorsqu'il évoque par exemple ses chiens de façon régulière. Si on multiplie un comportement qu'on ne supporte pas chez 100 individus qu'on suit, la timeline devient insupportable. Il faudrait presque obliger les gens à taguer tous leurs messages et pouvoir filtrer ce qu'on veut voir apparaître ou non.

Il serait peut-être finalement plus judicieux qu'émerge un véritable réseau autour du logiciel libre, mais pas seulement, vegan, transformation énergétique, recyclage, DIY, disons un rassemblement qui mélangerait toutes les bonnes volontés, des gens qui cherchent à changer la planète. On ne sera pas étonné par exemple de trouver Monsieur Mondialisation avec un pod diaspora*, c'est cohérent. Diaspora* / Mastodon c'est donc ce qui se rapprocherait le plus de la source d'informations, mais malheureusement pour moi c'est trop d'informations à trier, pas toujours la plus pertinente. J'ai commencé à regarder et j'ai rencontré quelques difficultés : qui suivre ? Avec des instances dans tous les sens, des réseaux dans tous les sens, la chasse à la personne à suivre n'est pas simple. Il est d'ailleurs à noter qu'on peut très bien suivre un profil par le biais d'un flux RSS contrairement à twitter où il faut tricher. On peut donc être un simple suiveur et profiter des informations du réseau. Malheureusement, quand on lit un membre demander s'il est possible de supprimer de sa timeline un hashtag,  on comprend le deuxième problème. Les gens sur Diaspora* / Mastodon sont engagés, ils ne sont pas neutres. Par le fait, quand vous avez la grève de la SNCF, ou Notre-Dame-Des-Landes, ça devient tout de suite l'inondation et c'est ce que je décris plus haut, la timeline devient rapidement insupportable quand on n'est pas là pour lire des gens qui veulent refaire le monde au comptoir du bistrot.

Diaspora* / Mastodon restent des réseaux trop politisés pour qui n'est qu'en recherche d'actualités, d'informations que je qualifierai de technique. C'est une place publique destinée à l'échange, à la philosophie mais il m'est trop difficile de prendre l'info. Il faudrait que des comptes se spécialisent, comme des bots, il en existe sur twitter pour distrowatch, softaculous, et d'autres.

A l'ancienne.

Le réseau social aura quand même changé complètement la donne :

  • disparition de nombreux blogs au profit des réseaux. Les gens à vouloir être partout, sont surtout nulle part.
  • disparition des commentaires ou déplacement, c'est selon. Lorsqu'on répondait à un commentaire on laissait souvent son adresse, on avait donc la possibilité de rebondir sur de nouveaux sites.
  • segmentation de l'information. Comprenez qu'avant, l'information il fallait la piocher dans les forums ou sur les blogs / sites, aujourd'hui elle passe par les réseaux sociaux, des plateformes comme Medium. Il n'y a plus de règle, l'information est partout.
  • du fait d'avoir multiplié ses sources d'informations, on a fini par faire le tri. J'ai fait la grande purge dans mes flux RSS pour des gens qui n'avaient pas écrit depuis longtemps, parce que j'avais de l'information dans tous les sens et il me paraissait important de faire un choix.

Il est nécessaire de reprendre ses vieux automatismes, car c'est vers eux qu'on va s'orienter, oui je vous promets le retour du RSS, le retour des blogs. Comme évoqué plus haut, les mentalités changent. On a vu par exemple 200 000 belges supprimer leur compte facebook, beaucoup d'articles qui expliquent que des gens suppriment leur compte. Bien sûr on pourrait penser à Cambridge Analytica, et si nombreux sont désormais les personnes qui ont été interpellées par les affaires de vie privée, lorsqu'on interroge les gens, nombreux sont ceux qui témoignent de l'inutilité, du temps perdu. Avec un monde qui va obligatoirement ralentir, de la même manière qu'on a tendance à faire la fête quand on est jeune, ça finit par se tasser avec l'âge. Les gens n'ont pas le temps matériel pour tout suivre, et nombreux sont ceux qui n'ont certainement plus envie. Ajoutons à cela qu'ils vont bientôt être nombreux à réaliser qu'à force de se disperser dans les réseaux sociaux, ils ne peuvent pas tenir la cadence, on va forcément assister à une reprise de possession des sites internets, le truc qui ne bouge pas contrairement aux réseaux sociaux qui ne cessent d'évoluer. Voici quelques pistes pour retrouver de l'information :

Lanargeek a fait un travail considérable en recensant dans la page que j'ai linkée la quasi-totalité de ce qui se fait en terme de blogueurs francophones. Je pense que je vais commencer à tout agréger ou presque, ce qui va devoir me forcer à abandonner Feedly limité à 100 flux. C'est une bonne base de départ, sachant que la plupart du temps, sur chaque page de blog on trouve des liens vers d'autres blogs.

Le journal du hacker est une source quotidienne et incontournable de liens vers des sites Linuxiens et d'information sur le logiciel libre.

Google est ton ami ou le moteur de recherche que tu voudras bien employer. Par exemple, j'ai googlé ces derniers temps photoflare, pour voir si des sites internets en parlaient, c'est l'occasion de trouver de nouvelles sources. A une époque j'utilisais des alertes avec certains services comme talkwalker où je recevais une alerte quotidienne sur certains mots clés. Je n'étais pas particulièrement satisfait des résultats puis j'ai fini par arrêter. Il faudra que je regarde comment cela a évolué. 

Alternative.to, Github, softpedia, ou même sourceforge, autant de sites spécialisés dans le logiciel qui permettent parfois de trouver des nouveautés. Avec Github c'est pas formidable et c'est regrettable, alternative.to par contre me permet de découvrir régulièrement de nouveaux logiciels.

Regarder dans les forums. Souvent à travers une question, dans les solutions on arrive à découvrir une nouveauté.

Faire un tour du côté des sites anglo-saxons. Je le fais ponctuellement, surtout pour essayer de trouver une résolution de problème que les francophones n'abordent pas, je ne le fais pas pour l'actualité, je pense que je vais me faire violence pour suivre les grands sites de référence.

Demain ?

Je viens de vous donner ici quelques pistes pour une méthode que je qualifierai de passive, je vous ai expliqué comment prendre mais en fait je ne donne rien. Ce que n'ont pas compris les gens qui font du lien, ou ne veulent pas comprendre, c'est que c'est bien sympathique de linker des articles de blog, encore faut-il des gens pour les écrire. On ne peut pas forcer les gens à écrire, mais en tout cas on peut encourager ceux qui le font déjà :

  • une contribution financière pour les gens qui proposent une manière de donner de l'argent. Oui l'argent est une motivation, c'est une façon de montrer qu'on a apprécié un écrit, qu'il a pu rendre service, une façon de marquer le coup. Si tout le monde donnait un peu, l'économie du logiciel libre serait certainement plus solide.
  • un backlink positif et j'insiste pour l'aspect positif ou en tout cas pas un backlink à coup de hache. Si vous n'appréciez pas quelqu'un, et bien c'est comme TF1, pas la peine de faire un billet à rallonge pour dire que c'est de la merde, il suffit d'ignorer. Quelqu'un qui écrit des articles le fait pour être lu, un backlink c'est dire qu'on a lu, réagir c'est dire qu'on a pris le temps, ne pas tailler l'article à la hache c'est dire qu'on respecte. Il est fort possible d'avoir des opinions contradictoires, réagir par billet interposé permet d'alimenter les débats, pourvu que ce soit fait dans le respect.
  • commenter dans les billets de blogs si ces derniers le permettent, vous connaissez ma position dessus, même s'il est possible d'échanger par le biais du forum. Commenter, une fois de plus si c'est fait dans le respect, c'est une manière de faire vivre le billet, d'apporter un autre regard, de faire aussi réfléchir l'auteur. Commenter c'est montrer que l'article a été lu et qu'il fait réagir.

La situation à l'heure actuelle pour le libre francophone peut sembler moribonde car je pense que nous sommes à un tournant, un renouveau, une rationalisation. Tout est allé trop vite, beaucoup se sont essoufflés, les opportunités financières s'en sont parfois mêlées, les réseaux sociaux, de nombreux paramètres qui ont pu apporter de l'aigreur, du découragement, de la déception. Aujourd'hui l'acte de bloguer est un acte libre, un acte gratuit, un acte de plaisir, car on sait qu'il n'y a plus d'enrichissement possible. Resserrons donc les rangs malgré les désaccords d'opinions, osons réagir au travail de l'autre de façon bienveillante.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Lui-même, et c'est déjà beaucoup.