Le Blog de Cyrille BORNE

Dernier Round

Complément 8 : en attendant le déluge

Rédigé par Cyrille BORNE

Une histoire de confiance et de météo.

Nous sommes mercredi après-midi au moment où j'écris ces lignes, je préfère mieux vous écrire maintenant, avant le déluge. On annonce ce qu'on appelle un épisode Cévenol, je vis là dedans depuis 1988, les inondations de Nîmes. Avant de mourir noyé, je me suis dit qu'un message s'imposait, peut-être le dernier. C'est honteux, en cet après-midi, il fait un temps magnifique, un grand soleil, qui rend la situation encore plus inquiétante, l'Aude et l'Hérault viennent de passer en alerte orange. Demain, je serai sur la route de pluie, de nuit et certainement de vent, j'ose à peine imaginer comment ça va charger entre cette nuit et demain matin. Juste pour rire :

  • je m'informe, je suis au taquet, inforoute, météo france, à la limite de la paranoïa, je suis au top
  • je ne prends pas ma voiture ... je passe
  • je me soucie des personnes proches, forcément
  • je m'éloigne des cours d'eau ... quand on sait que ma route est à 2 mètres de l'Aude ...
  • je ne sors pas ... si je prends ma voiture ...
  • je ne descends pas dans les sous-sols, à la maison de ce côté là, sur deux étages, on est plutôt pas mal
  • je m'engage ni à pieds ni en voiture ... utilisant ma voiture comme un sous-marin, c'est raté.
  • je ne vais pas chercher mes enfants à l'école, ça j'ai bien sûr déjà fait l'an dernier.

C'est certainement l'une des problématiques, une parmi d'autres, d'habiter loin de son lieu de travail et de vivre dans la culpabilité. Le gars qui ne vit pas dans la culpabilité, peut habiter à cent mètres de son lieu de travail et considérer que c'est dangereux. La loi n'est pas assez encadrée, ne prenez surtout pas de risque mais si ce n'est pas risqué, allez travailler, il faudra un jour qu'un enseignant meurt noyé pour qu'on se penche sérieusement sur le "quoi qu'on fait" quand il pleut chez nous, j'espère ne pas être ce martyr. Dans ces dernières années j'ai eu quelques grosses frayeurs par rapport à l'eau, je me suis promis de faire attention désormais, même si c'est parfois la surprise sur la route. Il se trouve que sur les cinquante kilomètres qui séparent Saint-Pierre de Pézenas, il peut y avoir le déluge dans l'Aude et rien dans l'Hérault, la réciproque est vraie. Foutu temps, il ne sait plus pleuvoir normalement dans ma région où nous alternons la sécheresse et les inondations.

Dimanche soir, j'ai un collègue qui m'écrit du lycée, certains habitent tellement à côté qu'ils préfèrent mieux travailler là bas que chez eux. Il me signale qu'il n'arrive pas à se connecter à Scolinfo, en deux secondes je me rends compte qu'il y a un problème de certificat avec Firefox, et que ça passe avec Chrome. Il me répond qu'il ne connaît pas son mot de passe, merci les gestionnaires de mots de passe qui remplacent nos cerveaux déficients, je me connecte sur le serveur Aplon pour le récupérer et je me rends compte qu'on a repris un crypto-virus, variante Arena. J'aime finir mes week-ends après des semaines épouvantables, j'ai coupé les machines virtuelles, envoyé un message au prestataire, qui a fait le nécessaire dans la journée de lundi. Il faut que je finisse de sonder, mais à priori c'est certainement un collègue qui aurait ouvert un message ou qui serait allé sur un mauvais site. C'est la deuxième fois que cela se produit dans l'année, cela dit, pour se rassurer, dans la filière de cheveux mon stagiaire, quand même une filière à caractère informatique, ils ont ramassé la même chose que nous.

Quand je suis arrivé, il y a deux ans au lycée, il avait été évoqué de mettre une protection antivirus, cela n'avait jamais été fait. On avait demandé un devis, il a finalement mis deux ans pour arriver, du Kaspersky. C'est cher, et je me demande si c'est réellement efficace. D'après ce que j'ai pu lire sur les crypto-virus, je fais une pause. L'information sur les crypto-virus est difficile à obtenir, quand on fait quelques recherches on se retrouve arrosé de pages plus ou moins bidons où tout un chacun essaie de vendre son logiciel, ou de fourguer son produit qui est peut-être un virus. Cela rejoint d'ailleurs un peu le sujet de ce billet, je trouve que le problème de confiance sur l'internet devient de plus en plus accentué. Donc, je disais, d'après ce que j'ai pu lire sur les crypto-virus, ça s'attrape par un site bizarre ou par l'ouverture d'une pièce jointe suspecte. Le problème se situerait de façon parfaitement localisée, entre la chaise et le clavier. Est-ce que ça vaut le coup de payer une fortune en antivirus quand il suffirait de bloquer la moitié de l'Internet dont les mails personnels, je ne le sais pas, ce que je sais c'est Kaspersky, ça m'aurait inspiré il n'y a pas longtemps, aujourd'hui ça m'inspire moins.

hummm ... pas sûr que ça passe en Partner.

N'allez pas croire que je sois dans un délire d'espionnage, oh mon Dieu les Russes vont récupérer nos contrôles, mais disons que les affaires autour de Kaspersky n'aident pas à la confiance. En effet on a le choix entre Kaspersky espionne lui-même, Kaspersky a des trous de sécurité monumentaux si bien qu'il a été exploité pour attaquer la NSA, ou encore Kaspersky a intentionnellement ouvert son antivirus pour qu'on puisse pirater. Je trouve que quelle que soit la vérité, la réputation de celui qui pour moi aura toujours été le numéro un des antivirus, celui que j'ai toujours recommandé, est quand même franchement égratignée.

Oui, la confiance n'est vraiment pas au rendez-vous, entre les sites qui se mettent à miner la cryptomonnaie à notre insu, les mails qui vous veulent du mal, les antivirus qu'on utilise comme support pour pirater, le monde informatique donne quand même envie de vomir. Dans cette ambiance jouassse j'ai lu la bande dessinée "dans l'ombre de la peur", qui rentre directement dans le top dix des plus mauvais titres de bandes dessinées au monde. Il s'agit d'une bd sur le big data, un journaliste et un dessinateur mènent l'enquête. Il faudrait le faire lire à des gens qui ne connaissent pas le sujet pour voir si ça les inspire, j'ai trouvé pour ma part le traitement franchement niais, avec un candide joué par le dessinateur qui s'étonne de tout. On découvre le futur qui nous est réservé au travers des très nombreux trackers d'activité, notre comportement au volant par exemple et les implications qu'il pourrait y avoir avec notre assurance, ce n'est pas sans rappeler le cours que je faisais il y a deux semaines.

J'ai largement préféré le profil de Jean Melville qui était certainement moins culpabilisant, mieux amené, moins théorique aussi, si bien qu'il parlera certainement plus facilement à tout un chacun.

L'informatique en ce moment a tendance à me sortir par les yeux, vous me ferez remarquer que le fait d'en faire trop, d'être à proximité des vacances, d'être fatigué, de croiser chaque jour un problème comme le WPA n'aide pas. L'actualité informatique devient chaque jour de plus en plus anxiogène, et l'intime conviction qui est en train de naître en moi c'est qu'en fait moins tu en as, mieux tu te portes. Je lisais dernièrement l'article de Sébastien où il en vient à se demander s'il ne faut pas conseiller des iphones au commun des mortels, et je lui donne raison, quand on en vient à se dire qu'aujourd'hui il vaut mieux conseiller Apple parce que c'est le choix le moins mauvais, c'est qu'on a certainement franchi un point de non retour.

Sans tomber dans l'excès de la déconnexion, qui ne fait que traduire un manque de modération des individus, comme quelqu'un qui voudrait perdre du poids et qui ferait la grève de la faim, je pense quand même qu'il est grand temps de faire un maximum de ménage pour ne conserver que l'essentiel de ses services et des appareils, retourner à des valeurs plus saines et éventuellement plus locales.

Mais ça c'est une autre histoire. Une histoire que je vous raconterai bientôt si je ne meurs pas noyé. Demain j'essaierai d'éditer ce billet pour vous donner quelques nouvelles, aussi bien ce sera de chez moi avec un pack de cannettes de Coca devant l'écran.

Edit 6h47 : le déluge est tombé à 4 heures du matin, à deux jours des vacances et six heures de sommeil, je crois qu'on peut dire que je suis au top pour aller travailler. La pluie s'est calmée, elle devrait revenir, j'aime ce monde de surprises.

Edit 8h00 : je suis au lycée, la route bien pleine de flotte comme je l'aime, mais pas de pluie. En espérant que ça tienne ou que la saucée retombe avant d'aller bosser.

Edit 20h30 : en train de corriger des copies devant mon PC, j'ai échappé aux quelques saucées qui sont tombées dans la journée, c'est étonnant, je suis d'habitude sur la route.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Réguler la consommation culturelle, un enjeu

Rédigé par Cyrille BORNE

On se plaint aujourd'hui de la dispersion des jeunes, du manque de concentration, sans finalement réaliser que c'est un processus normal dans le monde dans lequel nous vivons.

En 1990 : peu de chaînes de télévision, pas d'Internet grand public, pas de réseaux sociaux, une musique qu'il faut payer tout comme les films, pas de téléphonie mobile pour tout un chacun. Dans cette période, nous avons connu l'ennui, une période où il n'y avait pas mieux à faire que de sortir, faire du sport, lire ou même travailler. En 2017, nous nous orientons vers le tout illimité, les journées font toujours 24 heures, vous avez Netflix, les sites de streaming, des jeux consoles passionnants dans des mondes persistants, des réseaux sociaux qui n'existaient pas et qui font tout pour vous garder le plus de temps possible.

Le problème est donc simple, on a une explosion de l'accès à la culture, un temps équivalent à il y a 30 ans pour tout faire, le jeune fait donc indéniablement des choix. Les choix, on les voit dans le quotidien, la lecture a disparu car on n'a plus de temps à y consacrer, je trouve que j'ai moins de jeunes impliqués dans les activités sportives, beaucoup de fatigue car on prend sur le temps de sommeil et le temps de travail. Concrètement, avec la masse de tentations qui est proposée, des tentations qui font tourner le commerce, il est difficile pour le jeune de tout faire. De l'autre côté, pour les adultes ce n'est pas mieux, on y viendra plus loin, mais la crise, les difficultés financières, font qu'aujourd'hui les parents sont quand même moins présents, accrochés à leur travail, et parfois à la reconstitution de leur vie de couple. Les écrans finalement ça arrange tout le monde, sur du court terme en tout cas, je ne vais pas ressortir l'affiche d'idiocracy.

Jean-Michel Blanquer a dit : "Il ne faut pas exposer les enfants aux écrans jusqu'à 6 ans". Jean-Michel Blanquer sera certainement le ministre qui va réussir à dynamiter les vacances, qui posera certainement des problèmes au corps enseignant, mais j'apprécie son côté réactionnaire de l'homme qui pense qu'on ne résoudra pas tout par les nouvelles technologies. S'attaquer au téléphone portable à l'école est une mission impossible, je l'ai suffisamment répété, d'un point de vue technique notamment ce sera une charge de plus à porter par les établissements scolaires. Dans la globalité les élèves sont à l'écoute et je trouve que ça s'arrange avec les années, la question n'est pas tant ce que peut faire un enfant quand il est en face d'adultes pendant sept heures, la question est surtout ce qu'il faudrait faire pour les enfants le reste du temps.

J'avais écrit un billet dans lequel j'écrivais que la culture sauverait tous les enfants, pour moi l'un des problèmes majeurs c'est que face à l'écran, la génération actuelle au lieu de manger le savoir, s'oriente directement vers la crétinerie. Peut-on reprocher aux jeunes la recherche de facilité ? Non, certainement pas. Un jour dans des échanges avec des élèves de troisième, un gamin disait que ses parents ne pouvaient pas comprendre que parfois on n'avait pas envie de sortir, qu'on pouvait à 15 ans être aussi fatigué de sa journée ou de sa semaine et qu'on pouvait s'octroyer un moment de détente face à un écran même si c'est stérile. Je lui ai donné raison. Étudiant, je faisais les allers retours entre Nîmes et la Faculté de Montpellier, le train, la marche à pied, le bus, des heures de transport, mon réconfort du vendredi soir c'était de regarder le commandant Stubing dans la croisière s'amuse.

On pourrait faire des sujets de thèse sur la croisière s'amuse, rien que sur les moustaches de Isaac.

Le problème n'est pas le moment d'égarement, le problème c'est que ce n'est que de l'égarement. A l'heure actuelle on consomme n'importe quoi d'un point de vue culturel, dans des quantités colossales, sans chercher à tirer profit des connaissances qui nous sont distribuées. Est-ce qu'à 42 ans, on fait mieux ? Et bien en fait, on commence.

Avec Iceman alors que nous avons quelques années d'écart, nous avons souvent des pensées communes. Dans son billet de blog concentration, il évoque des difficultés à ... se concentrer, des choses qu'il était capable de faire avant et qu'il peut difficilement faire maintenant, il évoque la nécessité de couper l'Internet ou disons de couper un peu tout pour être davantage productif, la fameuse déconnexion. Ce qu'il évoque, j'ai exactement les mêmes problèmes, mais je dirai que j'avais un tour d'avance sur ma génération. Enfant, ma mère devenait folle, assis sur le tapis familial, je jouais aux légos en regardant la télévision, plus tard, les devoirs devant la télé, j'ai toujours réalisé un minimum de deux tâches à la fois. Cela m'a certainement joué des tours, des échecs scolaires, je n'ai pas une très bonne mémoire ou disons une mémoire sélective. Avec l'âge ce que je pouvais faire, la multiplication des tâches, je n'y arrive plus, si j'ai changé ma façon de faire pour bloguer, c'est aussi en partie à cause de ça, je l'ai découvert ces derniers temps, c'est que je n'y arrivais plus. Comprenez que les pavés que je rédige, en terme de quantité peuvent vous faire croire que je n'ai pas diminué la cadence. En fait, j'écris désormais de façon totalement détachée de l'actualité, ce qui m'évite de répondre aux stimuli de la précipitation, mais j'écris sans regarder un film en même temps, parfois sur plusieurs jours, avec à peine un fond musical et encore, de moins en moins. Je prends davantage de temps pour écrire, et si je n'ai pas le temps d'écrire, et bien je n'écris pas. J'ai pris la décision personnelle du choix d'un autre rythme, pas celui qu'on essaie de m'imposer, le mien.

Car si je devais suivre le rythme que je m'imposais depuis ces dernières années, je continuerai de m'envoyer des intégrales de séries télévisées que je ne regarde quasiment plus, je serai joueur PC où je m'enverrai tous les humble bundle du monde avec un compte Steam à 250 jeux, je regarderais tous les films qui sortent. Ceci a un prix : le temps. Ce temps qui n'est pas incompressible, ce temps qui impose de faire des choix.

A 42 ans donc, je commence à trouver un équilibre. Je fais des choix que je m'impose, j'ai arrêté de regarder par exemple des blockbusters américains qui sont de plus en plus mauvais, j'arrête désormais un film même si je l'ai commencé il y a trente minutes, aujourd'hui je ne prends plus la patience de regarder des bouses, et en amont je fais l'effort d'essayer de choisir. Comme pour mes jeux vidéo, la PS4 est un bon moyen de calmer les ardeurs, je prends le temps de lire les tests et si je dois lâcher 60 €, c'est pour des heures de plaisir.

Si à mon âge avancé, je commence à peine à me sortir de la gestion de la masse culturelle, si j'apprends à faire des choix alors que j'ai connu l'époque où on n'avait pas le choix, comment les jeunes peuvent réussir à suivre ? Suivre les réseaux sociaux, suivre l'actualité musicale, regarder les séries, les films, les émissions débiles, faire la fête, un peu de boulot, aller à l'école, comment trouver le temps ?

je cherchais une image plus classique mais cette photo de vieux qui regarde sa montre me fait sourire. Je trouve que c'est mesquin, le Monsieur est âgé, on a l'impression qu'il attend la mort. Ou un paradoxe entre quelqu'un qui a le temps et qui regarde quand même l'heure. Comme quoi l'image laisse la place à l'imagination.

Comme évoqué plus haut, les jeunes ont déjà fait des choix en rognant sur le temps de travail, sur les sorties, ou sur le sommeil. On ne peut pas dire que c'est particulièrement sain. Ce que je vais écrire peut sembler à la croisée des chemins entre le réac et le bobo qui vit dans le fin fond du Larzac mais limiter de façon drastique les usages n'est certainement pas la plus mauvaise des solutions. Dans mon entourage, beaucoup de parents ont dit stop, plus de réseaux sociaux, plus de tablette, de smartphone, et tout un chacun constate que leur enfant n'est pas plus malheureux, au contraire, il s'allège de préoccupations qui le dépassent, il a l'air comme soulagé, plus équilibré.

Il serait malhonnête de ma part de dire que nous tenons avec mon épouse les clés d'une éducation parfaite, je peux simplement vous dire ce que nous avons pu essayer, nos échecs et nos succès. Nos enfants se sont montrés incapables de gérer les appareils numériques et il est apparu qu'il était impossible d'étancher la soif d'écrans. L'insatisfaction permanente, à la limite de la boulimie, il en faut toujours plus. Nous avons essayé la carte de la confiance, mais ça n'a jamais fonctionné, j'ai souvenir d'avoir dû confisquer le smartphone de mon fils deux jours après lui avoir confié car c'était n'importe quoi. Des jeux, de l'obsession, toujours un oeil sur le portable. Ma fille et son vieux téléphone pourri à clapet, elle faisait l'exploit d'envoyer des centaines de messages par jour. Les écrans, des heures de Youtube pour regarder des parties de pokemons pour l'un, des youtubeuses beauté pour l'autre. Comme le disait mon élève, on a effectivement le droit de regarder des choses débiles pour se détendre, et que celui qui ne l'a jamais fait me jette la première pierre. Malheureusement quand on ne regarde que des choses débiles, c'est qu'on a franchi le cap de la détente. Nous sommes arrivés à couper au fur et à mesure tous les robinets, pour ne laisser accès qu'à deux heures de télé par jour. Là encore, il faut parfois intervenir quand on les voit jouer avec le replay pour regarder un épisode de Rex le chien policier qu'ils ont déjà vu ...

Est-ce que mes enfants ont l'air plus malheureux ? Pas plus que ça, je regrette qu'ils ne mettent pas les moments de désoeuvrement pour prendre un bouquin, je ne sais pas si c'est inhérent à leur âge, à leur personnalité, à la jeunesse dans sa majorité mais c'est tout sauf la culture. Est-ce qu'ils ratent vraiment quelque chose ?

On a souvent le débat sur l'actualité qui fait que si on a raté trois jours d'actu, ce n'est pas la fin du monde, et qu'en plus ça permet de faire le tri dans les fakes news. En fait ils vont surtout rater la dernière vidéo d'un Youtubeur, d'un chanteur et c'est peut-être ici qu'ils pourraient être pénalisés en terme d'intégration par rapport à leurs camarades chez qui c'est souvent l'open bar. Ils profitent dans les transports scolaires des smartphones de leurs camarades pour parfaire leur "culture", je suppose, il faut qu'ils soient efficaces et c'est certainement ici qu'ils commencent à apprendre à faire le tri, dix minutes avec un smartphone d'un camarade.

Ce n'est pas parce que le monde tourne autour d'une consommation culturelle de masse, qu'il faut avoir tout vu, tout entendu, être au courant de la dernière rumeur qu'il faut en être. Notre rôle d'adulte c'est celui de régulateur, celui de guide aussi, expliquer qu'on peut faire autre chose que de regarder des conneries sur les écrans. Je regrette aujourd'hui d'avoir failli dans mon rôle de guide qui n'a jamais fonctionné pour être le censeur, celui qui détermine si on a atteint la lie intellectuelle, celui qui dira non aux Marseillais à la télé. Il est certain que dès qu'ils auront l'opportunité de quitter notre domicile, ils s'inscriront sur tous les réseaux sociaux du monde, mais ce sera leur choix d'adulte. Ils auront souvenir peut-être d'une autre vie, celle où on parle à table pour raconter sa journée sans écran allumé, des promenades, des sorties, d'une vie simple où l'on ne vit pas l'angoisse de Facebook et de la dernière rumeur du collège qui se poursuit jusqu'après la sortie de l'école dans tous les réseaux du monde.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Cultures, épisode 2

Rédigé par Cyrille BORNE

Deuxième billet culturel, la bande dessinée reste à l'honneur.

Le chevalier Brayard rentre de la croisade après sept ans, Brayard. Un nom qui lui colle bien à la peau, il passe son temps à hurler des chansons paillardes sur le chemin du retour où il évoque tout ce qu'il va pouvoir faire à sa femme. Il est accompagné d'un moine qui bien sûr se désole des propos de son compagnon et qui ramène quant à lui de saintes reliques. Ils vont croiser sur leur chemin une gamine maure qui se prétend fille d'un puissant émir, et découvrir qu'elle doit être monnayée contre une rançon. Aller plus loin dans le one shot serait un peu trop spoiler, je vais donc m'arrêter ici. Le chevalier Brayard est une bande dessinée particulièrement drôle, et qui fait tout pour l'être. Les anachronismes du moine, très caricatural dans son rôle de lâche qui raconte les histoires improbables de Saints qui survivent dans des volcans ou tués dans d'horribles situations, les personnages aussi abrutis les uns que les autres, violents, ridicules, et ce personnage de chevalier Brayard particulièrement bourrin qui passe son temps à étriper tout ce qui bouge. La bande dessinée ne se prend pas au sérieux, même si tout de même, le dénouement, certains points de l'histoire nous montrent que le thème principal ne serait pas la gaudriole mais bien le destin des individus et la façon d'y échapper.

Si vous voulez compléter votre lecture sur les croisades, un jour sans raconte l'histoire d'un roi qui part en croisade, les choses ne se passent absolument pas comme prévues, il enchaîne la malchance et les malheurs. Aussi cruel sur le principe que le chevalier Brayard avec la description de cette époque cruelle mais sans humour, le dénouement ne manquera pas de vous surprendre, au point de s'interroger sur le titre. Ferait-il référence à un célèbre film avec Bill Murray ?

Dans un genre complètement différent adieu monde cruel nous présente quatre personnes qui se sont rencontrées par Internet dans le but de se suicider dans la forêt. Comme on peut l'imaginer, si le suicide aboutissait dès les premières pages, l'histoire tournerait court, ce n'est pas le cas. Nos héros vont découvrir que se suicider ce n'est pas facile, et puis comme on peut encore s'en douter dans cette bande dessinée, ils vont apprendre à vivre. Un dessin moderne, clair, dynamique, une histoire qu'on comprend très rapidement classique, mais qui fonctionne. Si les personnages restent à la limite de la caricature, le looser, le vieil homme qui en a marre de la vie, ou la fille qui a tout perdu, s'il n'y a pas de surprise, il faut tout de même saluer l'optimisme de la bande dessinée quand la trame de départ c'est quand même se donner la mort. L'interview du scénariste sur branchés culture (un site qui mérite d'être connu), qui apporte de nombreux compléments sur la genèse du projet et sur l'histoire, du dessinateur dans la voix du nord.

Dans cette même veine, celle de l'optimisme, ce très étonnant diptyque qui ne rentre pourtant pas du tout dans mon style de lecture, ou dans ma façon d'être : le jour où le bus est reparti sans elle. C'est l'histoire franchement niaise, qui pourrait être considérée par les plus cyniques comme ridicule, d'une jeune femme en manque d'assurance qui part avec un groupe de développement personnel. Lors d'une halte dans une épicerie perdue au cœur de la forêt, elle est tout simplement oubliée par le groupe. Elle va être prise en charge par Antoine, le patron, qui va s'avérer être un homme d'une philosophie rare, et lui permettre de changer de façon radicale la manière de voir sa vie au travers d'histoires et de rencontres. Par exemple, il lui explique que ce qui peut sembler un bonheur ou un malheur, n'est pas nécessairement palpable au premier abord. Un homme vit avec son fils et son seul cheval s'évade, le fils considère que c'est un malheur, le père dit qu'on ne peut pas savoir. Le cheval revient avec deux juments, le fils s'extasie et dit qu'il s'agit d'un bonheur, le père dit qu'on ne peut pas savoir. Le fils se casse la jambe, malheur, jusqu'à ce qu'il se rende compte que cette fracture va l'empêcher d'aller à la guerre. Tout est donc franchement très gai, très zen, très orienté sur le développement de soi dans cette bande dessinée philosophique. Le dessin qui l'accompagne cadre parfaitement, les personnages sont ronds, les couleurs chaudes. La bande dessinée a reçu un bon accueil et je pense que c'est normal, c'est une bande dessinée dans l'air du temps, reprendre sa vie en main, sortir des sentiers battus si bien qu'un deuxième tome a été écrit.

On retrouve Clémentine qui a osé, elle est désormais sûre d'elle, active woman, mais n'a pas réellement trouvé le sens de sa vie. Elle repart donc dans l'épicerie de son ami Antoine et se lance dans un tour du monde où elle va retrouver des personnages qu'elle a déjà croisés pour trouver le vrai sens de sa vie. Je dois reconnaître que l'un des personnages m'a intrigué, il s'agit d'un homme qui a tout réussi, devenu riche à millions en travaillant comme un fou et qui dans le premier tome lâche tout. On le retrouve dans ce deuxième album, il est redevenu entrepreneur et applique une règle qu'il appelle les 80 / 20 ou loi de Pareto qui dit que 80 % des effets sont le produit de 20 % des causes. Concrètement, 80% de son chiffre d'affaire vient de 20% des entreprises, il fait donc le tri dans ses clients pour ne conserver que les meilleurs 20%. Il applique cette règle à ses amis, à ses loisirs, pour ne garder en fait que la substantifique moelle. A la lecture, j'ai été intrigué, je pense que c'est purement utopique, mais la bande dessinée m'a donné envie d'en apprendre plus sur le sujet. Rien que pour ça la bande dessinée mérite d'être lue, et certainement d'être relue.

Je continue de lire le blog de Boulet, je suis aux environs de 2006. Le dessin s'est affirmé, beaucoup plus clair, beaucoup plus osé, beaucoup plus riche. Le parcours de cet homme est pour le moins étonnant, il a fait si je puis me permettre le parcours de l'adolescent attardé que nous avons beaucoup rêvé mais que nous n'avons pas mené : pas de femme, pas de gosse, des voyages, des amis, vivre de sa passion. Des voyages, dans cette période jusqu'à 2006, ils sont particulièrement nombreux, l'Afrique, le Canada, et j'en passe. Les amis qui prennent le relai pendant qu'il n'est pas là, non, rien à dire, il est difficile de ne pas se retrouver dans l'homme qui a mon âge, 1975 le meilleur cru de l'humanité. Entre deux bandes dessinées, je continue de lire ses dix années de blog qu'il a écrites, une part d'admiration indéniable pour le coup de crayon bien sûr, mais aussi pour l'énergie, une production conséquente, reprendre la série Donjon, cet homme a vraiment beaucoup de talent. Un article sur Boulet que j'ai trouvé intéressant.

Didier a écrit : Si à 40 ans, t’as pas l’impression d’avoir tout vu…. J'ai souvenir d'avoir écrit il y a bien longtemps, j'étais dans le Cantal à l'époque, le blues du trentenaire où j'expliquais que passés les 35 ans on avait quand même fait pas mal le tour de la question. Je trouve que les commentaires sont rudes, on lui propose le suicide, ce qui montre la classe de l'internet, c'est certainement lui qu'on devrait achever, meurtri par la bêtise crasse de ses intervenants. A l'heure actuelle avec la masse de travail, le jeu vidéo est en stand by, mais force est de reconnaître que même si j'ai beaucoup joué à Nioh, mon vrai coup de cœur de ces dernières années restera les souls, le reste est franchement fadasse. Le jeu indépendant qui dans les trois quarts du temps se contente d'être du jeu de plate-forme ou de reprendre des modèles déjà vus, ne m'apporte pas de satisfaction particulière. Le retrogaming, j'ai commencé à avoir la vague de nostalgie, elle n'a duré que quinze minutes, le temps que je me rende compte qu'en fait c'est trop laid pour moi et que je veux du graphisme qui claque.

En ce qui concerne le cinéma même si Antistress souligne dans les commentaires avec justesse qu'à quarante ans passés nous ne sommes pas le cœur de cible, oui c'est vrai, mais d'un autre côté, le problème ne vient pas intégralement de nous, les vieux désabusés. La masse de Marvel en est l'illustration, à l'époque le comics était rare, il était attendu, il était événementiel, désormais vous avez un film de comics par mois. Depuis le dernier billet, aucun film n'a retenu mon attention, je n'ai d'ailleurs pas fini un seul film. Je pense qu'à l'instar de la malbouffe, il y a des conseils à suivre, manger moins de viande mais de qualité, produire moins de film, mais plus originaux.

Je regarde des vidéos Youtube, j'ai vu celle-ci par exemple "Bande-dessinées et cinéma - Blow Up - ARTE" où j'ai découvert par exemple la fascination de Denis Podalydès pour Hergé, il place la fusée de Tintin sur la Lune. Comme vous le verrez dans le prochain épisode des compléments, je n'ai pas de temps à l'heure actuelle, je vais essayer toutefois avec les billets culturels de linker des vidéos Youtube ou des chaînes que j'ai trouvées pertinentes.

Au niveau musical, je préfère mieux ne rien dire, je viens d'écrire ce billet en écoutant du Radiohead et du Saez, voyez à quel point je suis ancré dans mes habitudes.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Complément 7 : enter sandman

Rédigé par Cyrille BORNE

Exit light, enter vendredi.

Je suis en train de me rendre compte que mon dernier billet écrit en temps réel date d'une semaine, sur les cryptomonnaies, j'ai de l'avance jusqu'à la mi-novembre pour les billets préparés, ce qui est quand même affreux, je peux être mort mais continuer de publier. Nous sommes à une semaine des vacances, et le moins que je puisse dire c'est que je ne m'ennuie pas. Du travail, du travail, du travail, accessoirement du travail et pour pimenter un peu ma vie, rester en carafe un vendredi soir en tournant la clé de contact du Partner. La batterie qui meurt, ça aurait pu être à n'importe quel moment mais c'était un vendredi. Dix ans la batterie quand même, salut l'artiste.

Je vous avais donc raconté que j'avais un stagiaire, il va mieux, il se déride, on lui apprend des tas de choses. Après vous me connaissez, je suis joueur, je l'ai pris avec moi pour jouer les assistants pendant des cours de troisième pour qu'il puisse voir ce qu'ils font, de l'utilisation de Wordpress ou de la retouche simple d'images. J'ai bien sûr pris les plus pénibles. Si on rajoute à ça les rumeurs lancées par mes collègues comme quoi c'était mon fils, celles que j'ai lancées faisant de lui un vampire, il a sa petite réputation dans le lycée où il s'intègre de mieux en mieux. Il clone désormais les ordinateurs plus vite que son ombre, il sait démonter des machines, commence à raisonner, sait désormais dire quand il ne sait pas faire, prend quelques initiatives. En même temps en terminale il était plus que temps. Il m'a permis d'avancer dans du boulot sur des tâches simples et répétitives. On a rentré une palette d'ordinateurs, tous une carte vidéo externe avec du DVI, si on essaie de les faire démarrer sur la carte interne en VGA, la machine refuse avec le message qui va bien, vingt PC à démonter avec la carte vidéo à retirer. C'est un travail de petites mains qui a quand même son intérêt et il faudrait aujourd'hui prendre le temps de former la technique à ce genre de choses. Prendre le temps ... rires dans la salle. Je persiste tout de même sur le fait que ce gamin a été mal formé et que l'apprentissage concret que nous lui donnons au quotidien est quand même important.

mon stagiaire, désormais plus détendu

Je suis donc crevé à courir de partout, on vient de faire la première réunion parents professeurs pour les élèves de troisième, après sept heures de cours le vendredi, ça fait toujours du bien de rentrer chez soi à vingt heures. Je me suis lancé en mode briseur de rêves, une de mes spécialités. Dans l'éducation, on a des effets de mode incontournables en lien direct avec l'actualité. Il y a quelques années, vous avez vu apparaître un pic d'élèves s'inscrivant dans les cours d'allemand pour faire comme les Tokio Hotel. Il y a cinq ans j'ai orienté sur une classe de 32 élèves, 8 gamins dans le secteur de la restauration, c'est ce qu'on a appelé l'effet Top Chef. Cette année la tendance forte c'est vétérinaire ou soigneur animalier. Si vous êtes vieux, que vos gosses sont casés ou que vous vivez dans une cave, c'est ce qu'on appelle l'effet zoo de la flèche. Plus tard, je travaillerai avec les animaux même si à la maison je ne suis pas capable de sortir le chien ou changer la litière du chat.

Je fais une des rentrées les plus simples de ma carrière. Alors certes, vous allez me dire que mes quatre années passées à punir des élèves qui sortent des couteaux dans les classes ou qui arrivent défoncés à huit heures le matin font qu'aujourd'hui quel que soit mon public c'est plus facile, mais c'est une tendance que je constate de façon forte depuis l'an dernier, les enfants sont plus gentils, de doux rêveurs. Les parents forcément ont la même vision que la mienne, voyant le comportement de leur enfant au quotidien, ils voient la confusion entre fantasme et réalité. Quand on rame en troisième de l'enseignement agricole, malheureusement devenir vétérinaire, dans les conditions actuelles d'obtention du diplôme ce n'est pas facile. On en revient à notre malade qui voulait devenir docteur, à notre joueur de jeux vidéo qui voulait devenir développeur, j'ai peur pour cette génération qui va tomber de haut. J'ai donc tenu mon discours habituel, ne pas tout confondre, une passion qu'on peut vivre en dehors du cadre de son travail. Rendre glamour la profession de plombier, d'électricien ou de boucher, c'est ici le défi.

Tu veux rencontrer Metallica ? Deviens boucher !

Vous avez été plusieurs à me signaler que j'étais un manche avec mes Windows et qu'il faudrait mettre en place un serveur WSUS. Pour ceux qui ne savent pas ce que c'est, c'est tout simplement un serveur de gestion des mises à jour de Windows, ce qui me permettrait de gérer les fameuses mises à jour comme je l'entends, seulement il ne faut pas oublier quelque chose : je n'ai pas la main sur le serveur Windows, c'est le prestataire qui le gère. Je pourrai installer moi-même, mais je ne me lancerai pas dans la manipulation. Pour une raison ou pour une autre, je casse quelque chose, et c'est le drame avec grosse facture du prestataire à la clé. Les ordinateurs portables sont de plus gérés sans stratégie de groupe, si bien que chaque utilisateur est administrateur de sa machine. Avec des professeurs qui ont des besoins différents, un prof de mathématiques n'a pas les mêmes besoins qu'un prof de français, chacun fait ce qu'il veut, comme allumer ou non son ordinateur à la maison, il faudrait faire aussi rentrer les portables dans la stratégie.

La situation, je dois l'admettre me convient. Même si parfois je peste d'être limité, de ne pas pas avoir la main sur telle ou telle partie, je préfère mieux finalement ne pas savoir, ne pas m'intéresser. La masse de travail au quotidien en lien avec l'informatique, ne s'arrête pas à l'installation de postes sous Linux mais toute la stratégie pédagogique par exemple ou le support des collègues, fait qu'il faudrait que j'arrête mon activité d'enseignant pour ne me consacrer qu'à ça, ce qui ne m'intéresse absolument pas. Au contraire, je veux pouvoir décrocher de l'informatique quand un jour j'en aurai marre, pour ne faire que mes cours. L'une des prochaines choses qu'il faut que je fasse au lycée dans les nombreuses choses à faire, c'est documenter, de façon à pouvoir passer la main si je ne suis pas là, si je meurs, si je démissionne pour aller vendre des kébabs à Saint-Pierre. Laissez moi vous raconter une petite histoire.

En arrivant au lycée il y a plus de deux ans, j'ai découvert qu'une partie de l'activité était gérée par o2switch (le bien), une autre par 1&1 (le mal). A la grande surprise de tout le monde j'ai fait remarquer qu'on pouvait faire une économie de plus de 200 € par an en basculant le tout chez o2switch. Lors de la bascule, j'ai racheté le nom de domaine par le prestataire nod.fr, un registrar que vous ne connaissez certainement pas. Fantasio que vous voyez dans le forum achetait ses ndd depuis au moins quinze ans chez eux, j'ai toujours fait de même, un service familial et sans problème. Pour une raison qui m'échappe, le domaine en .fr du lycée n'apparaissait pas dans la liste des domaines à gérer, on m'a expliqué qu'il s'agissait d'un domaine bizarre, afnic tout ça, si bien qu'il fallait que l'équipe développe quelque chose. Dix mois ont passé et le fameux code n'a jamais été produit, je n'avais donc pas la main sur ce domaine, j'ai donc demandé ce qu'on faisait un peu sèchement. A ce moment là, mon chef passe et me demande qui je suis en train de joyeusement engueuler au téléphone. Je lui explique que je suis en train de récupérer le nom de domaine du bahut et que ça serait bien que ça se fasse s'il ne veut pas que le nom de notre institution vieille de 70 ans je pense, ne se transforme en site porno ou en site de casino en ligne. J'ai donc fait la bascule chez gandi qui change son interface, c'est un véritable foutoir que j'ai tenté d'essayer d'expliquer à la comptable. Il faut comprendre que lorsque vous me voyez souvent dans l'amateurisme, c'est que malheureusement, ce n'est pas un plein temps et que l'informatique pour moi va de l'aménagement complet d'une salle informatique, à l'explication du réseau social Yammer à mes collègues, la gestion des noms de domaines et un stagiaire au milieu. L'avantage, c'est de ne bien sûr jamais s'ennuyer. Le vrai problème de fond c'est de devoir penser à des choses que les autres n'imaginent même pas.

Alors effectivement je reconnais que je fais souvent du sale, mais sur ces plus de deux ans, j'ai avancé dans beaucoup de dossiers où c'était encore plus sale, je vais pouvoir commencer à faire propre, la documentation c'est fondamental, il y a de tout partout, dont certaines choses que je suis seul à maîtriser.

des méthodes parfois vraiment sales

De plus en plus de sites minent des crypto monnaies à votre insu quand vous les consultez, ce n'est pas moi qui le dit mais le site Numerama, ce qui veut dire que si l'information arrive sur un site généraliste, le phénomène doit prendre de l'ampleur. Comme je l'ai expliqué, du fait de n'avoir le temps de rien faire si ce n'est travailler, je ne me suis pas penché sur les plugins du navigateur, aussi bien ublock origin a évolué et permet de bloquer. Je continue de trouver la situation malsaine, non pas le système en lui même qui est peut-être l'avenir de la rémunération pour les sites alternatifs, mais bien la manière de faire, détourner la machine sans avertir le propriétaire. J'ai finalement monté ma page Tipeee, où vous pourrez noter que j'ai fait vraiment quelque chose à l'arrache, que je vais quand même faire l'effort de faire évoluer vers quelque chose de plus positif. J'ai écrit qu'à 50 € je ferai un remerciement sur un ton mielleux, je vais devoir le faire pour Cascador.

Cascador, je t'adore, tu es vraiment un gros kador, tu es plus fort que musclor et tu maraves X-Or.

N'étant pas le meilleur pour me vendre, ma page est assez déplorable, réalisée en deux minutes, il faudrait que je trouve un système de "récompense", un early access comme c'est la mode chez les blogueurs, on se rend compte quand même que nous n'avons pas grand-chose à offrir avec nos écrits.

Voilà le tour de mon actualité du moment, les vacances arrivent à la fin de la semaine, je vais pouvoir souffler un peu. Avec la crise en Catalogne qui s'éternise, j'ai annulé le airbnb à Port Aventura, pour partir en Ariège, j'ai l'impression de jouer au jeu de la brosse à dents de Nagui, partir à l'île Maurice ou à Lille chez Maurice. Si vous avez des questions, si vous voulez des compléments, n'hésitez pas à les demander dans le forum.

Classé dans : blog Mots clés : aucun

Pas encore prêts pour le cloud

Rédigé par Cyrille BORNE

Ça rame

Je viens d'écrire ce soir, un soir mystérieux puisque désormais le blog est un peu intemporel, un tutoriel sur jdownloader que j'ai diffusé à mes collègues. De là à dire que j'encourage mes collègues au piratage, il n'y a qu'un pas que je ne franchis pas ou qui a déjà été franchi de toute façon parce que Youtube et ses copains posent quand même quelques problèmes.

On peut difficilement être lycée agricole de production et vivre au milieu de la ville. Du fait de notre position décalée par rapport au centre de Pézenas nous avons une bande passante faible par rapport à notre nombre d'élèves et nos usages. Les usages, parlons-en, j'ai demandé un audit à notre technicien pour savoir où partait l'Internet, sans surprise il part du côté de chez Microsoft. Windows 10 se met à jour quand il veut, Windows 10 télécharge de gros paquets, mes collègues fonctionnent sous Office365 avec des synchronisations par Onedrive, si bien que le gros de notre net part là dedans. Il serait indécent de se plaindre, cela signifie que le matériel est utilisé, que les sauvegardes dans le cloud sont faites, que l'utilisation du mail professionnel et des outils Microsoft disponibles sont acquis. En gros on a des profs et du personnel qui bossent, que demande le peuple ? 

Pour être réellement tranquille compte tenu de notre façon de travailler, il nous faudrait une fibre optique confortable, ce n'est pas le cas. Je fais donc la guerre à la bande passante, une guerre à laquelle ne participe pas Microsoft. Vous pouvez déclarer des heures de travail de façon à ce que vous ne vous trouviez pas dans la situation de l'ordinateur qui se met à jour pendant une heure et qui vous bloque, vous ne pouvez pas déterminer vos heures de téléchargement ce qui est une véritable honte. Concrètement, sachant que nous avons parfois jusqu'à 40 machines Windows qui sont amenées à tourner ensemble, si l'installation de l'update est bien différée, son téléchargement, lui se fait quand il a envie, si bien que le réseau est plombé. Je n'ai pas trouvé de solutions viables, on trouve énormément de gens mécontents sur la toile qui se retrouvent dans des performances diminuées, c'est notre cas. J'ai vu qu'une des options permettait aux ordinateurs de récupérer les mises à jour depuis le réseau local, dès que j'ai un ordinateur dans les mains, je réalise cette bascule mais ce n'est pas suffisant.

La problématique du raisonnement de l'individu de base, c'est que son raisonnement est individuel, il n'est pas collectif. Je rajouterai que le raisonnement ne va pas très loin et c'est d'ailleurs pour cela que le logiciel libre peine à progresser dans les écoles. Par exemple, Youtube est devenu le meilleur ami de l'enseignant, c'est une lourde prise de risque qui peut démontrer au quotidien notre inutilité. J'aime bien diffuser la vidéo des statistiques expliquées à mon chat sur la moyenne et la médiane, car je trouve qu'elle apporte une autre vision que celle que je peux apporter aux élèves. C'est une prise de risque, mes élèves peuvent préférer la manière d'enseigner du chat à la mienne, réaliser qu'en fait, je suis totalement dispensable. Il suffit d'ailleurs de voir que les vidéos de vulgarisation à destination des élèves ou les chaînes culturelles atteignent des milliers de vue pour comprendre qu'il y a une demande, et de lire dans les commentaires des élèves soulagés d'avoir compris et de réclamer le Youtubeur pour être leur prof.

Que ce soit un épisode de c'est pas sorcier ou un reportage quelconque, on diffuse donc des vidéos aux élèves depuis Youtube ou un concurrent sans se poser les questions qui vont bien. La première, c'est le fait de se dire que si dix autres collègues en font autant, qu'ils ont lancé la HD, on risque d'avoir une aspiration du débit. La seconde, c'est le contexte légal, j'y reviendrai plus loin pour m'attarder sur le premier aspect technique.

J'ai fait remarquer à l'ensemble de mes collègues que ce serait mieux s'ils veulent montrer de la vidéo, qu'ils la téléchargent depuis chez eux en amont. J'ai donné un conseil, j'ai montré l'utilisation d'un logiciel, car si plus personne n'utilise de vidéo en direct, c'est une partie de la bande passante qui est sauvée, imaginez tous les postes à jour et c'est le net du lycée qui est enfin exploitable. En téléchargeant sur un site de vidéo, mes collègues se mettent en infraction, on voit souvent dans les CGU qu'il est interdit de faire autre chose que de streamer. Néanmoins et c'est ici où la réflexion doit se faire quant à la légalité :

  • une très grande partie des vidéos est diffusée illégalement sur Youtube, on peut penser à des films. Qu'on diffuse un film qu'on n'a pas acheté depuis Youtube ou depuis son poste on est dans l'illégalité dans les deux cas
  • quand bien même une vidéo est légale, on ne possède pas les droits de diffusion si bien qu'à nouveau on se situe dans l'illégalité si on la projette.
  • quid des vidéos comme les statistiques expliquées à mon chat qui sont en Creative Commons et qui peuvent être réutilisées. Sur le principe cela veut dire qu'on peut en théorie les récupérer et en faire un peu ce qu'on veut, sauf que les conditions de Youtube, j'ai la sensation qu'elles prévalent sur la CC : vous vous engagez à ne pas accéder au Contenu pour toute raison autre qu'une utilisation personnelle non commerciale, telle que prévue et autorisée par les fonctionnalités normales du Service et uniquement à des fins de Streaming. vous vous abstiendrez de copier, reproduire, distribuer, transmettre, diffuser, afficher, vendre, concéder des licences ou autrement exploiter tout Contenu pour tout autre usage sans l’accord préalable écrit de YouTube ou des concédants de licences respectifs du Contenu.
  • il faut enfin tenir compte de l'exception pédagogique, vous pouvez lire un résumé à cette adresse, où l'on peut lire : Œuvre  achetée pour  une utilisation  privée (DVD) et  diffusée  en  classe ou mise en ligne  (sur le cahier de texte numérique  par exemple) :   extrait   de   6   minutes   maxi   sans   excéder   10 %   au   total   (15 %   dans   le   cas   de   plusieurs   extraits). Œuvres   intégrales   diffusées   en   mode   hertzien,   analogique   ou   numérique,   par   un   service   de   communication   audiovisuelle   non payant, enregistrée temporairement par un enseignant sur support numérique (ou analogique) et projetée en classe uniquement : totalité du programme (émission, documentaire, film...)

Voyez qu'entre vos souvenirs d'école, vos enfants qui vous racontent avoir vu les avengers en fin d'année scolaire, le dessin animé de Noël, ou n'importe quel reportage, l'école française est dans une situation d'illégalité globale. Qu'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'utilise quasiment jamais la vidéo dans mes cours, ou des vidéos très courtes et libres de droit. Si certains collègues ont besoin d'illustrer leurs cours avec de la vidéo c'est leur choix, mais cela devient le problème de la collectivité à laquelle j'essaie d'apporter une réponse dans un cadre où les lois ont déjà été largement violées.

le logo d'emule, je cherchais celui en cage mais c'est tellement vieux qu'il n'existe qu'en petite résolution

Il ne s'agit pas de faire du prosélytisme Linux mais de faire le simple constat que j'ai plus d'une centaine de postes sous Debian qui ne consomment rien en bande passante au quotidien du fait de choisir quand je fais mes mises à jour. Il ne s'agit pas de faire le prosélytisme de Debian car en fait je comprends parfaitement la position de Microsoft, je fais finalement ce que je veux quand je le veux. Parmi les problématiques d'un système d'exploitation, indéniablement la sécurité. Si on voit que Windows 10 progresse peu, c'est que les gens en voyant les messages d'alerte, n'en ont pas tenu compte, les gens ne lisent pas. Il suffit qu'un poste ne soit pas mis à jour pour qu'il soit contaminé, la grande majorité des utilisateurs d'ordinateurs ne se posent pas de questions, ils seront en outre les premiers à être scandalisés quand leur machine sera contaminée. La démarche de Microsoft est logique, on force la mise à jour sur les postes de façon à prévenir les contaminations et les 0 days qui deviennent de plus en plus agressifs.

Malheureusement, il se trouve que nous ne sommes pas prêts, en tout cas en France pour le tout cloud. Le dernier classement en date sur les débits, nous plaçait au dernier trimestre 2016 en cinquante deuxième position mondiale, une honte pour un pays comme la France où l'on veut faire du numérique à tous les étages. La problématique d'un système d'exploitation comme Windows 10, au-delà de ses mises à jour c'est que c'est un système qui vit partiellement sur Internet. L'envoi de données qui partent on ne sait trop où, ou encore l'exploitation du onedrive qui se synchronise très régulièrement. Si pour quelques machines dans un contexte familial ce n'est pas trop palpable, lorsqu'on multiplie les postes cela prend des proportions terribles. Les plaintes sont tellement importantes que le positionnement de Microsoft est ridicule, la version 1703 par exemple permet de ne pas mettre à jour son poste pendant un mois, alors que la seule chose que tout le monde attend c'est un contrôle du téléchargement pour le basculer la nuit, comme les heures creuses et les heures pleines de EDF. Si au système d'exploitation on rajoute des sites Internet qui sont de plus en plus gourmands, la référence Allociné ou Youtube et sa vidéo HD citée plus haut, il apparaît qu'en fait nous ne sommes pas prêts pour le cloud, pour le tout Internet, en France en tout cas.

Je trouve d'ailleurs qu'il est regrettable que la réponse qu'on apporte est toujours la même : la course en avant. Plutôt que d'envisager une gestion fine des services, des sites, en proposant des versions allégées, on estime que c'est aux gens d'avoir un débit plus important, on a l'impression qu'on est dans le domaine du jeu vidéo. Vous voulez jouer au dernier jeu tendance, achetez vous un PC plus puissant. La différence tout de même, c'est que sur PC, on permet de dégrader les performances pour pouvoir en être quand même, quand dans le domaine du cloud on reste souvent dans le domaine du binaire, l'utiliser ou pas.

comme l'escargot je porte la coquille sur le dos

La question que je me pose, c'est qu'est-ce que j'aurai pu faire, qu'est ce que je peux faire ? J'aurai pu ne pas faire migrer les postes sous Windows 10. J'ai fait ce choix car la politique de Microsoft est simple, enterrer le système d'exploitation précédent pour mettre en avant celui du moment. J'ai profité de la gratuité pour migrer, plus de un an et des poussières après la fin des mises à jour gratuite de Windows 7 vers Windows 10, je continue à mettre tout aussi gratuitement et légalement des postes que je peux trouver en 7. Il aurait fallu tôt ou tard y passer, le problème d'ailleurs est plus profond que ça, du fait de quand même faire plutôt bien mes corvées, l'informatique du lycée fonctionne plutôt bien, la demande augmente et avec elle la demande de débit, on aurait fini par coincer tôt ou tard. Je pense souvent que si on avait mis du Linux, on aurait une situation mieux maîtrisée, mais ce serait difficile. Ma fédération a fait le choix de Office365, il faut respecter ce choix et avec lui les outils qui nous sont donnés. J'utilise Office365 pour mettre mes cours, la différence c'est que je ne synchronise pas du fait de l'absence de client fonctionnel Linux, je me contente d'envoyer à la main. Je maîtrise donc mon débit.

En posant tous les paramètres de l'équation, il apparaît que toutes les initiatives qui peuvent être prises sont équivalentes à un pansement sur une jambe de bois et je trouve la situation tout de même inquiétante. C'est la première fois à part un détour par le 56k pendant une année dans le Cantal que je me retrouve limité par le débit. Du fait de la mondialisation de l'Internet, les sites réfléchissent en terme de globalité et c'est aux états d'adapter leur Internet pour utiliser les services proposés. Quand on évoque des plans pour déployer l'Internet à très haut débit à travers le territoire, c'est une urgence, les sociétés n'attendront pas et ne développeront pas des technologies légères pour rendre leur service plus accessibles à ceux qui rament.

Classé dans : blog Mots clés : aucun
Fil RSS des articles