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PIX au collège, jusqu'à la certification et au-delà

mai 19, 2021 - Temps de lecture: 15 minutes

La notion de compétences, de petit examen, de cadeau bonux récupéré dans la lessive est devenu l'un des grands kifs de l'éducation depuis des années. Je passe le permis piéton, je passe le brevet de natation, je passe l'ASSR, je passe le niveau A2 en anglais, je passais le b2i. On notera bien sûr que tout ceci se fait sur le temps scolaire, une école qui apprend à nager, à conduire, peut-être demain la balalaïka. Une école dans laquelle il y a tellement de choses à apprendre qu'on ne sait plus lire, écrire et compter.

Vous noterez le "je passais le b2i", je ne le passe donc plus, je passe PIX. Le b2i était une certification informatique de fin de troisième qui a fini par disparaître avec l'arrivée des compétences pour le calcul des points du Diplôme National du Brevet des collèges. Le b2i n'a jamais pris et ce pour au moins deux raisons : 

  • Pas d'examen c'est le prof qui valide le b2i. On ne va pas se mentir, le prof est toujours en train de courir. Vérifier les compétences au fur et à mesure pour savoir si le petit Jean-Michel est capable d'envoyer un message c'est trop compliqué. Notre métier est devenu celui d'un bureaucrate à un moment, quand il n'y a pas d'enjeu tu vas à l'essentiel. Tu te rappelles que Jean-Michel a envoyé un mail, la compétence est validée.
  • L'un des problèmes du métier, la traversée en solitaire. Sur le papier le b2i se devait être un problème collectif et tout le monde pouvait valider des compétences. Cela reste encore vrai aujourd'hui, sur le principe je pourrais très bien valider des compétences de français puisque j'ai des élèves qui "rédigent" des réponses. Seulement le travail de groupe qui nécessite de prendre du temps pour organiser quand nous passons déjà notre temps à courir, on ne va pas se mentir mais sans être mort c'est plutôt rare. Dès lors imaginer prendre une certification et la partager en dix profs autour d'une table et d'arriver à ce que chacun fasse sa partie c'est une utopie. Le b2i était donc validé uniquement par l'enseignant d'informatique.

Un bien beau mulot pour reprendre l'expression du président Chirac

Donc l'éducation a appris de ses erreurs et a bien compris qu'il était nécessaire d'avoir un examen, en utilisant en plus les moyens modernes à base de MOOC et d'outils d'autoformation qui permettent désormais de faire des examens complets depuis un ordinateur avec à peine l'intervention de l'adulte. Cette pratique se développe, on peut penser aux examens d'entrée en classe de seconde qui fonctionnent sur une principe similaire. Par contre il y a un point que l'éducation n'a toujours pas compris, et un autre point que l'éducation ne doit pas connaître. 

PIX m'est tombé dessus un peu par hasard et pourtant c'est pas faute d'avoir été averti il y a bien longtemps, mais ce n'est pas mon travail. Je n'ai plus de responsabilités informatiques au niveau de mon lycée sauf celui d'être prof des troisièmes donc concerné. Mais sur le principe, l'organisation, la documentation, les informations, j'aurais dû me contenter d'être le petit poussin qui reçoit avec tout l'amour du monde la becquée de sa maman oiseau. Cela n'a absolument pas été le cas et j'ai pris le train à très grande vitesse en marche. On est de ce point de vue totalement dans l'inchangé. PIX est le problème du professeur d'informatique, tout le monde s'en fout et on fait encore une fois tout à l'arrache, seul. Ce qui pose franchement problème, alors que le prof d'informatique pouvait se contenter de cocher des cases selon son bon plaisir, ici il est difficile de tricher ce qui fait qu'il faut compter sur l'autonomie de l'enfant. L'autonomie de l'enfant, c'est une légende, il paraît que certains l'auraient vue mais je n'y crois pas, comme la dame blanche. Le collégien aujourd'hui, ça peut marcher avec en gros n'importe quel jeune, si tu ne t'assois pas à côté de lui pour qu'il fasse, il ne fait pas, et c'est ici qu'on fait encore monter le level. 

Le prof faisait donc son cours pépère, son TD, et faisait le constat à un instant t que le gosse était capable de faire quelque chose. Avec un système moderne et informatisé, il faut que l'enfant le fasse réellement pour que ce soit quantifié. D'un point de vue très objectif c'est l'idéal, c'est juste, c'est normé, dans le sens où tous les enfants de France sont face à la même épreuve avec un juge impartial. L'enfant fait des parcours,16 différents, et il marque des points quand il réussit à faire certaines choses. Cela ressemble en gros à ça.

Pourquoi on fait monter le level ? Le gosse pour pouvoir prétendre à l'examen doit avoir 5 points. C'est en gros comme pour participer à une compétition avoir un score minimum. Mon exemple ci-dessus est pertinent car alors qu'on pourrait penser que l'enfant a 4 points, il en a 3. Seul le premier point est comptabilisé, il est nécessaire d'avoir 5 points dans 5 catégories différentes pour participer. Très peu d'élèves l'ont compris du premier coup, il a fallu avec chaque élève reprendre son profil pour lui indiquer ce qu'il pouvait finir et lui faire comprendre qu'il ne fallait pas "s'enfoncer" dans un parcours.

Voilà pour ma part ce qui me pose problème. Vous avez par exemple la partie traiter des données, je ne sais pas ce qu'il y a exactement à l'intérieur. J'ai un programme à faire, il y a certainement des choses intéressantes mais ça ne correspond peut-être pas exactement à mon besoin. Comme je l'ai dit, j'ai pris le train en route, avec le recul, il faut que je vois comment je fais rentrer PIX dans mes cours d'informatique et de mathématiques, ce qui veut dire des vacances studieuses. Néanmoins sur le papier, dans le monde merveilleux de l'éducation, il n'est pas de la responsabilité de l'enseignant de faire du PIX jusqu'à ce que l'enfant arrive à ses 5 points, c'est à lui, sur son temps libre, en autonomie de faire son PIX. Sur l'ensemble de mes élèves, seuls quelques-uns ont joué le jeu, il a fallu que j'en fasse à fond sur mes heures de cours. Le problème des absents, il faut relancer en permanence, avec des enfants qui ne jouent pas le jeu et qui ont toujours mieux à faire. Le jour de la certification il existe un parcours pour les élèves qui n'ont pas la totalité des points, on fait donc ça pour les occuper, environ 10% de mes élèves n'avaient pas réalisé les cinq points. À la décharge toutefois des élèves, PIX n'est pas responsive design, ce qui signifie qu'avec un taux d'équipement en ordinateur en baisse depuis années et un collège où on ne donne pas d'ordinateur, souvent le seul appareil c'est le téléphone. 

J'ai fait passer la certification dans des conditions une fois de plus qui relèvent de la quatrième dimension. Avant le commencement du week-end de cinq jours, j'ai envoyé un message copie parents pour dire que tout le monde vérifie son compte PIX et que le cas échéant on m'écrive pour réinitialiser. Trois personnes qui répondent. Nous rencontrons un vrai problème de communication auquel il faudra apporter une réponse forte, seulement 30% des familles et des élèves lisent les messages, nous avons donc des élèves qui ne sont jamais au courant de quoi que ce soit. Le lundi, je passe dans mes trois classes de troisième, je vais réinitialiser facilement selon les classes entre le tiers et la moitié des codes. Il faudra et c'est une décision d'équipe, en finir avec ce système d'assistanat supplémentaire. On devrait réinitialiser le code une fois, car une erreur, un oubli ça peut se comprendre, mais quand pour certains élèves on a franchi le cap des dix réinitialisations, on encourage le gosse à ne pas faire d'effort. Il faudrait refuser de donner, qu'il ne passe pas l'examen, mais c'est toujours la culpabilité, la peur de se retrouver avec seulement cinq élèves qui sont certifiables et devoir donner l'explication de pourquoi on a viré 25 gosses qui n'avaient pas leur code qui nous fait fléchir. Le fait aussi que le jeune avec son air perdu on l'aime bien quand même et on finit par lui refaire son code. 

Le jour de l'examen, alors que la veille j'ai réinitialisé leurs codes, des enfants me le redemandent. Tu comprends pas, et tu finis par t'exécuter pour les mêmes raisons citées plus haut, car finalement tu en viens à te dire que tu ne vas pas lui retirer ses chances de passer un examen. Je le répète encore c'est une erreur, je crois que lorsqu'on s'est fait taper très fort sur les doigts dans la vie, qu'on s'est cramé sur une plaque trop chaude qu'on n'a plus envie de recommencer. Notre filet de sécurité omniprésent pour nos enfants est une fausse protection, dans leur vie d'adulte rien ne les retiendra pour éviter qu'ils ne se cassent violemment la gueule. 

J'ai donc avec ma première classe découvert la certification en même temps qu'eux. Vous donnez un numéro de session, vous donnez un code d'accès et c'est parti. Nous sommes dans le cadre d'un examen officiel, cela sous-entend qu'il y a un PV et selon la gravité d'une potentielle infraction, c'est cinq ans sans la possibilité de passer un examen. Difficile de rendre toutefois le moment solennel car l'enjeu n'est pas clair, pas défini, et c'est aussi le cas pour moi. Cette année c'était facultatif à cause du contexte COVID mais comme toutes les nouvelles apprises au dernier moment, c'est trop tard, on avait lancé la machine, si bien que nous avons fait le choix de le faire passer. À terme, il devrait y avoir une prise en compte dans le LSU mais pas seulement, je regardais dans le livret de mes élèves de première qu'une page complète est consacrée à PIX, c'est dire son importance même si pour l'heure on ne sait absolument pas comment ce sera quantifié. 

Surprise, vingt minutes plus tard le premier élève a terminé, je lui demande s'il a fait n'importe quoi, en fait pas du tout. J'ai compris par la suite que si un enfant a fait ce qu'on lui demande et qu'il a validé les cinq points demandés, il n'a que 15 questions. L'examen était prévu pour 1h45, il a fallu que je brode autour alors que j'avais calé des séances de deux heures. Les questions sont sans surprise puisqu'elles sont issues du parcours dit de rentrée, le parcours qui permet de capitaliser les fameux cinq points. J'aurais bientôt le résultat pour pouvoir vérifier si ça c'est bien passé ou non. 

Il faut reconnaître que dans le métier, on a tendance désormais à être réfractaire à toute forme de nouveauté, qui s'associe souvent à de la paperasse inutile. J'évoquais plus haut le livret des élèves de première technologique, il faut désormais compléter des compétences, faire des courbes, tout ça à la main pour des livrets qui ne sont jamais regardés et qui vont prendre la poussière à une époque où tout est informatique. Je l'ai écrit, je le répète, on fait de moins en moins le cœur de métier pour se transformer en bureaucrate et faire de la paperasse au lieu de justement prendre le temps d'organiser notre pédagogie, de travailler en équipe, nos cours, des tâches indispensables. PIX est une bonne idée : 

  • C'est très bien fait, c'est attractif, c'est certainement mieux fait que certaines choses que nous serions amenés à faire nous même.
  • Donner un niveau d'informatique à la population française, c'est positif, savoir envoyer un mail, débusquer des arnaques, utiliser correctement un réseau social, l'informatique est une compétence qui doit être valorisée. On peut toutefois s'interroger sur la nécessité de l'apprendre à l'école, comme le fait d'apprendre à nager. L'école doit-elle réellement tout apprendre ? Si je suis pour l'apprentissage de l'informatique, y compris à l'école, il n'y a pas de véritable ambition, de politique informatique. Au niveau horaire en troisième, j'ai une heure par semaine pour un programme monstrueux, le rajout de PIX est aujourd'hui plus un problème qu'une solution. Il faut réussir à l'intégrer de façon efficace à sa pédagogie et pas qu'à sa pédagogie, à la pédagogie de chaque enseignant puisque PIX se décline en différents parcours comme le français, l'anglais les maths etc ...
  • Comme je l'ai écrit la plateforme est très bien faite, et sans scier la branche sur laquelle nous sommes assis, c'est aussi montrer au jeune que l'autoformation existe, et qu'il n'est pas nécessaire d'être en cours pour apprendre. Pourquoi pas apprendre à coder avec des sites comme codecombat par exemple mais aussi s'informer avec des chaînes Youtube. Vous noterez le côté totalement utopique de mon propos, le problème est ailleurs, vous pouvez donner tous les meilleurs outils du monde, nos élèves refusent d'apprendre, la culture, ils n'y voient aucun intérêt.
  • PIX permet de faire des parcours dans chaque matière, une alternative pour des enseignants de s'approprier une autre façon de transmettre le travail. 

La mise en place pourtant cette année a été catastrophique, notre manque de préparation, nos élèves si particuliers, sont autant de problèmes qu'il faudra régler. Ce qui est certain c'est que PIX est avant tout un travail qui ne peut se faire qu'en équipe et c'est certainement ici le plus gros défi à relever. Pour le reste, tout est une question de placer les exigences et d'accepter que des élèves qui auraient pu avoir la certification ne l'auront pas car ils n'ont pas eu la capacité de noter un code ou de prendre le temps de gagner leurs cinq points sur le temps personnel.

À l'instar des outils de visio qui cette année ont été adoptés beaucoup plus facilement du fait d'avoir une population qui a essuyé les plâtres l'an dernier, on se rend compte que si c'est bien fait les années précédentes, c'est autant d'avance pour les années futures. Concrètement et dans le cas des lycées agricoles, il faudra dès les classes de seconde et de quatrième, utiliser au plus pour induire des bases saines dans la scolarité de l'élève, la répétition étant la seule façon d'adopter une habitude. On peut donc espérer que plus on en fera, plus ce sera facile d'en faire, encore faut il que tout le monde le fasse.

Nous allons nous retrouver assez rapidement dans une nouvelle série qui risque de vous faire vibrer qui s'appellera : Cyrille VS Sosh VS Sony VS boku avec de l'émotion et de la gendarmerie à l'intérieur.

À Propos

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