Pirates !

22/07/2018 Non Par cborne

J’avais pris pour habitude d’arrêter de commenter les lectures ou les produits culturels que j’ai trouvé mauvais, mais je vais faire quand même une exception, c’est bon parfois de dire du mal. Dread Mac Farlane est une bande dessinée réalisée intégralement par Marion Poinsot à qui l’on doit le Donjon de Naheulbeuk. J’ai envie de dire que c’est un sacré tremplin et que sans avoir dessiné cette série à succès, je vois mal comment cette bande dessinée aurait pu voir le jour, et s’étaler sur cinq tomes. Dread Mac Farlane est le personnage central de l’histoire, c’est une jeune femme qui vit au pays imaginaire, avec Peter Pan, la faute à pas de chance elle a commencé à grandir. Et là force est de reconnaître que l’auteure de la bande dessinée, nous le fait bien sentir que c’est une grande fille, étant donné qu’on trouve son personnage à poil toutes les trois pages, une technique bien connue pour captiver un public masculin. Comme elle grandit, elle ne partage plus réellement le délire de Peter Pan même si elle continue à faire de la licorne au quotidien (quelle chance !). La seule issue qu’elle finit par trouver c’est de partir avec le capitaine crochet dans des tas d’aventures qui vont l’emmener en Afrique, rencontre l’équipage du Hollandais volant, revenir sur les terres de son enfance, et tout un tas de choses de ce genre, aussi insipides les unes que les autres. Il faut tout de même rendre justice à cette série qui est mauvaise, le dessin est souvent maladroit, les scènes de combat notamment, l’histoire est une catastrophe, mais à l’instar d’une mauvaise série télévision, ça se laisse lire. Et pourtant faire des histoires de pirates avec de l’aventure, du fantastique, une écriture solide et un dessin qui tient la route, c’est possible et c’est le cas de Barracuda. Le barracuda c’est un bateau, qui longe à proximité de Puerto Blanco, une île qui a la particularité de laisser faire la piraterie comme bon lui semble avec quelques règles toutefois pour vivre en paix, une zone de neutralité. La pêche est plutôt bonne, un bateau espagnol est capturé avec à son bord, Maria et Emilio, Emilio qu’on va travestir en Emilia pour éviter d’être tué. Les deux enfants vont être vendus respectivement au plus grand marchand d’esclave de Puerto Blanco qui deviendra fou amoureux de Maria, Emilio/Emilia, à un pirate un peu classe qui en fera son disciple et plus car affinités. Il ne faudrait pas oublier Raphy le fils du capitaine Blackdog, propriétaire du barracuda, un homme qui va essayer de devenir propriétaire du diamant le plus gros du monde, le Kashar. Barracuda c’est un peu la saga de l’été version TF1, il y a tout. Des secrets qui ressurgissent, de la passion, des trahisons, des cannibales, à chaque page son lot de révélations. En six tomes, très bien dessiné, pas vraiment cohérent mais franchement passionnant.

Plus classique Long John Silver est une bande dessinée en quatre tomes qui nous placerait non pas dans la suite de l’île au trésor mais vingt ans plus tard avec des personnages issus du roman. C’est une pratique que j’avais déjà présenté avec la « suite » de Jason et les argonautes. Le concept est intéressant, les auteurs sont obligés de respecter le cahier des charges de l’œuvre tout en essayant de laisser la part belle à leur imagination. Lady Vivian Hastings, est une lady comme son nom l’indique, elle n’en porte justement que le nom. Son mari est parti à la recherche d’un trésor aux Amériques, elle n’a plus de nouvelles, elle est enceinte et se voit dans l’urgence de se remarier car le patrimoine fond comme neige au soleil. Malheureusement, un indien vient frapper à sa porte, il tient une carte qui mènerait à son mari, avec pour instruction de vendre ce qu’il reste pour financer une expédition et ramener le trésor. La femme de caractère plutôt que de partir dans un couvent embarque à bord du navire et signe un pacte avec le pirate cuisinier unijambiste de l’île au trésor pour se partager le butin. Graphiquement, au niveau du scénario, c’est une réussite sur les trois premiers albums. On retrouve l’esprit des pirates, l’aventure, des personnages aux caractères bien trempés, la tempête, les sauvages, tout y est. Je suis en outre largement plus partagé sur le dernier tome que je ne vous spoilerai pas et surtout à la cohérence de l’histoire par rapport à l’ensemble. Même si ce dernier album ne me plaît pas, Long John Silver est une bande dessinée à lire. Alors que Long John Silver est le pirate cruel, téméraire, avec une large réputation, le capitaine Kucek est un pleutre, malchanceux qui rate systématiquement tous ses coups. Kucek est une bande dessinée réalisée en trois tomes par le duo Pont et Abolin qui  s’est fait remarquer par leur diptyque où le regard ne porte pas. La construction n’est pas sans rappeler les Blues Brothers, c’est à dire qu’elles sont nombreuses les factions à vouloir la peau de Kucek. Il y a le père de Salima, la princesse qu’il arrive à kidnapper mais qui n’a aucune valeur aux yeux de son père, Kucek ne sait pas que dans le bateau qu’il a détourné, se trouvent les parchemins de la bibliothèque d’Alexandrie qui ont beaucoup plus d’intérêt. Il y a deux jeunes hommes issus du village d’origine de Kucek, car Kucek ne sait pas qu’il est l’héritier caché d’un royaume. Il y a la personne qui hériterait du royaume si Kucek mourait et qui a envoyé ses sbires à sa recherche. Kucek est l’anti-héros, de base, la série se veut amusante, elle n’en reste pas moins violente et d’aventure. Sans être un récit exceptionnel, ça se laisse lire.

Dans un domaine fantastique et franchement culotté, le sang du dragon. Culotté parce que lorsque dans un bouquin vous avez des pirates, des sirènes, l’homme au masque de fer, comte de Cagliostro, le roi soleil, un loup garou, des elfes c’est pour le culotté et le fantastique, on est dans une bande dessinée qui s’autorise de casser les codes de la piraterie. Le capitaine Hannibal Meriadec est un pirate, ses hommes le suivraient au bout du monde et pourtant, l’aventure est tellement périlleuse, qu’il leur fait croire qu’il y a un trésor, un vrai trésor de pirate. Ce n’est pas le cas, le capitaine est à la recherche du sang du dragon, la sève d’un arbre qui rend indestructible. Le pirate en a besoin pour vaincre un adversaire terrible : le comte de Cagliostro, un vieux magicien qui fréquente les rois, et qui a bien connu la mère d’Hannibal, une femme un peu sorcière brûlée sur le bûcher. Le pirate a décidé de se venger de tous ceux qui ont participé à l’exécution, le fameux comte mais aussi Louis XIV, le roi soleil. La bande dessinée est un vrai roman graphique, peu de texte, beaucoup d’action, et on ose tout. Les six premiers tomes correspondent à la trame principale, à savoir la vengeance de Meriadec. On démarre ensuite sur une nouvelle aventure avec le capitaine qui doit se rendre aux Amériques pour sauver une peuplade d’elfes en danger, il va être confronté à un nouveau super méchant : sa fille cachée. De la grande aventure bien dessinée, des personnages dont on découvre les secrets et l’histoire, du rebondissement, ça ferait une bonne série HBO.

La série ayant rencontré un certain succès, plutôt légitime, en parallèle, Hannibal Meriadec et les larmes d’Odin, une série se déroulant quelques années avant LA VENGEANCE ! Hannibal Meriadec est à la recherche des larmes d’Odin, des larmes qu’aurait versé le Dieu à la mort de sa fille. S’il baratine son équipage, encore une fois, pour faire croire qu’il s’agit de gros diamants, il s’agit en fait de pierres pouvant assurer la résurrection de son épouse, une histoire bien compliquée. En effet, son épouse est morte, son âme a été enfermée dans un collier, chaque femme qui le porte devient « elle », sauf que la vie de la possédée est raccourcie, elle meurt plus vite. Actuellement en quatre tomes, un cinquième devrait clôturer l’aventure, passionnante, aussi réussie que l’originale.