Pendant ce temps là

02/12/2018 Non Par cborne

La France va bientôt tourner à la guerre civile, et c’est certainement ici où je suis le plus dubitatif quant à la volonté des « gilets jaunes », si c’est bien eux qui mènent encore la danse, c’est que personne n’en sortira gagnant. Les destructions c’est l’état qui paye, les commerçants qui vont fermer boutique et se retrouver dans la précarité c’est l’état qui paye, l’image de notre tourisme largement dégradée devant toutes les caméras du monde, c’est l’état qui paye. L’état c’est nous, donc c’est nous qui payons. L’action menée est finalement un non-sens puisqu’elle sera supportée par l’ensemble de la population française. Comprendre que si c’était déjà la merde, on y sera encore un peu plus.

On peut dire que c’est une action de désespoir qui mène les gens dans cette situation de point de non-retour, et en toute sincérité je suis incapable de savoir quelle action il faudrait mener, à part l’engagement en politique. Il est certain que c’est moins visuel, mais c’est certainement la seule façon de changer les choses. Je ne parle pas d’un gros engagement, mais déjà d’un engagement local, pour que sa commune puisse vivre mieux, pour aider son voisin. La solidarité plutôt que la division.

Car ne nous y trompons pas, tant qu’on aura un président qui jugera nécessaire de changer la vaisselle pour 500 000 €, 300 000 € de moquette quand le peuple est à la révolte, le fossé entre le peuple et l’état est devenu trop important pour être comblé. Même si la somme peut paraître dérisoire dans un budget d’état, c’est le geste. À l’époque on se moquait de Hollande et de sa normalité, même si on sait qu’un président ne peut pas être normal car diriger un pays nécessite d’autres capacités, ne rien comprendre à un point pareil, donner l’impression d’être revenu à l’époque de Marie-Antoinette c’est anormal. Anormal et absolument pas stratégique, ou complètement méprisant. Que personne ne fasse remarquer au président que changer la moquette à 300 000 € en cette période n’est peut-être pas une bonne idée, c’est soit tout le monde s’en fout, soit ces gens sont effectivement tellement loin des préoccupations des concitoyens, qu’ils n’y voient même pas le mal.

Terminons avec cette philosophie de comptoir où j’ai du mal à me positionner, même si je pourrai. À l’heure actuelle, sur Saint-Pierre mon village, rattaché à Fleury le gros village qui regroupe aussi les cabanes de Fleury le village encore plus paumé qui est rasé à chaque crue de l’Aude, un habitant se lance en politique, il m’a demandé de faire partie d’un comité de réflexion. C’est un homme qui m’a rajouté comme ami sur Facebook, j’ai échangé un peu avec lui, à priori il n’affiche pas d’opinion politique, seulement l’envie de mieux vivre et de vivre ensemble. Acteur du monde associatif, c’est tentant, mais je vous le dis à vous, pas de façon publique, quand on connaît ma vie, on sait que ce n’est pas bien raisonnable. C’est trop tôt, les enfants encore trop jeunes, ma vie trop compliquée, à n’importe quel moment il peut se produire quelque chose, mais je sais désormais qu’une possibilité politique d’engagement m’est offerte. Il est ici question des municipales à venir, ça ne sera pas sur ce coup mais peut-être sur le suivant si je suis encore vivant et entier. Les enfants seront largement majeurs, j’aurai missionné des tas de sociétés informatiques, la routine pourrait faire que je trouve le temps long. Revenons sur terre, quand je ne sais même pas comment va se dérouler la semaine, les municipales de 2026 c’est vers l’infini et même au-delà.

Quelque chose me fait dire que l’entreprise n’a pas été retenue dans l’appel d’offres pour refaire les moquettes

Pendant que ça marave dur en France se déroule un événement qui devrait pourtant focaliser notre attention, la réunion des états de l’union européenne pour taxer les GAFAM. Ce qui est assez énorme, et c’est ici qu’on donnera raison aux anti-Europe, c’est la perte de souveraineté partielle des états ou disons-le chacun pour sa gueule qui interpelle quant à l’utilité de l’Europe. Lorsqu’une entreprise génère des milliards de revenus, des centaines de millions sur votre territoire et qu’elle ne paye pas d’impôts ou presque, ce n’est pas bon du tout. Ce n’est pas bon parce que c’est de l’argent qui échappe à l’état, ce n’est pas bon parce que c’est de la concurrence déloyale pour les entreprises qui payent des impôts sur le territoire national, ce n’est pas bon politiquement parce que ces entreprises jouent la carte de l’optimisation fiscale en choisissant l’état qui va bien créant des divisions entre les pays. 

Il faut savoir que pour qu’une décision fiscale soit adoptée, il faut que la totalité des membres de l’union Européenne soit signataire. Par le fait, un seul ne signe pas, rien n’est fait. En fait si, on peut faire, et c’est ici qu’on en revient à du chacun pour soi, qui à ce compte- là pourrait être du chacun chez soi. Plutôt que d’avoir une taxation harmonieuse, montrer que l’Europe parle d’une seule voix comme un seul homme ou une seule femme, chacun appliquera sa politique intérieure. La loi ne sera pas votée à l’unanimité tout simplement parce que l’Irlande s’y opposera. L’Irlande est le pays où toutes les sociétés s’installent pour jouer à l’optimisation fiscale, la porte ouverte aux sociétés américaines pour mettre un pied en Europe en avoir les avantages sans les inconvénients. Le calcul que fait l’Irlande est à court terme, lorsque ces sociétés auront trouvé une parade fiscale plus avantageuse, ils quitteront le pays en ne laissant rien derrière. On ne construit pas une économie sur la spéculation, on construit une économie sur du concret, avoir un tissu d’entreprises qui permettent de vivre sans dépendre du reste du monde, avoir une agriculture solide, c’est certainement plus sain que de se vendre à Microsoft ou Facebook.

Dansez maintenant

Vous noterez que je n’évoque même pas ici l’enjeu informatique, car si on peut s’interroger pour savoir qui tire encore les cordons de la bourse, des états ou des gros groupes, pour la souveraineté de l’informatique, plus personne ne se pose de questions. J’ai vu circuler cette enquête qui dit qu’en gros sur l’ensemble de nos députés seulement un quart serait compétent dans le domaine de l’informatique. Je vous fais pointer l’article de Numerama qui est allé plus loin, notamment dans l’analyse de la méthodologie qui est discutable à savoir qu’on mesure plus une pratique qu’une véritable compétence. L’enquête aurait tendance à dire que le type qui n’a pas de compte twitter ou qui ne s’exprime pas par les réseaux n’est pas compétent, ce qui n’est pas vrai. Réciproquement ce n’est pas parce que quelqu’un fait deux cents tweets par jour qu’il est un expert informatique. L’article ne fait qu’illustrer ce qu’on sait déjà, on n’a pas des flèches pour nous gouverner, on ne peut pas être bon en tout mais le problème c’est que ces gens-là votent les lois. Sont-ils suffisamment bien guidés pour prendre une décision éclairée sur un sujet qu’ils ne maîtrisent pas, on peut d’ailleurs aller plus loin pour montrer les limites du système, sont-ils tout aussi qualifiés pour prendre des décisions sur l’éducation, sur l’armée.

J’évoquais plus haut la notion de normalité, et le fait de l’importance d’avoir des gens hors normes qui nous dirigent, on devrait s’interroger sur la mise en place d’assemblées consultatives gérées par des experts dans des domaines plutôt que de pauvres gars qui se sont lancés en politique en pensant changer les choses.

L’informatisation va trop vite, et c’est le rôle des scientifiques qui veulent être les premiers sur l’affaire pour recevoir le Nobel, comme c’est le rôle des vendeurs d’être les premiers à vendre leur camelote aux concitoyens. Laisser trop de place aux GAFAM ou à n’importe quelle industrie sans s’interroger sur le véritable bien-fondé de la technologie pour les populations, c’est certainement l’un des enjeux de demain. Tout va trop vite, si demain on trouvait le moyen de rendre les gens immortels, faudrait-il lancer le produit sans se poser de questions ? L’exemple est exagéré mais il nous pousse à réfléchir. Qui dit immortalité, dit surpopulation, plus de pollution, moins de nourriture, il faudrait réellement prendre du recul pour imaginer les conséquences de l’immortalité. Avec l’IA, la blockchain, les monnaies virtuelles, les manipulations génétiques sur les gosses, il faudrait se demander si on a vraiment besoin de tout ça pour vivre heureux et pourtant ça arrive demain dans notre assiette poussé par les commerciaux du monde entier. 

Le mouvement des gilets jaunes en s’attaquant à l’état, c’est la colère qui parle plus que la raison. J’entends le mouvement initial et pas le pillage des magasins ou les actes de violence gratuits qu’on observe aujourd’hui. Il est certain qu’un gouvernement qui t’explique qu’on brûle du diesel pour la forme, et qu’il est important de faire monter la note d’un pôle dont tu ne peux pas te passer pour aller travailler tout en payant un demi million d’euros de vaisselle, c’est difficile à digérer. Néanmoins c’est faire fausse route. Jamais nous n’avons eu autant besoin de l’état, un état bienveillant, un état protecteur qui prend les bonnes décisions pour le peuple. Le danger c’est le capitalisme, c’est la mondialisation à outrance, les grandes entreprises, la productivité à tout prix qui nous conduit directement à la fin du monde.

N’imaginez surtout pas que je tienne un discours de bobogauchiste mais quelle que soit la réponse que pourra apporter l’état, ce ne sera qu’un pansement sur une jambe de bois. La lutte est ailleurs, la lutte c’est d’être capable de dire non au progrès pour préserver l’emploi, la lutte c’est de taxer les sociétés pour qu’elles payent l’impôt, la lutte c’est le bonheur et faire comprendre que le bonheur ce n’est pas se payer un téléphone à 1200 €. Le bonheur ce n’est pas l’envie, le bonheur ce n’est pas avoir, le bonheur c’est être. Le jour où les gens seront capables de refuser toutes les nouveautés aussi indispensables les unes que les autres, le jour où les gens ne se bousculeront plus pour acheter des objets inutiles sur des journées organisées comme le black friday alors il sera possible d’envisager un autre monde où la seule chose qui compte c’est de consommer.

L’état aujourd’hui ne protège pas les concitoyens, encore moins les enfants qui ont l’impression que pour exister il faut des Adidas et des Samsung, l’état n’investit pas dans l’éducation qu’il traite comme n’importe quelle entreprise, un lieu de réactivité et de changement pour être à la mode. Il faut impérativement sortir du rythme infernal que nous font vivre les entreprises pour reprendre les choses en main. Curieusement, m’est avis que si on en veut moins, qu’on veut mieux, on produira moins, on se posera alors moins de questions sur l’écologie. Quand certaines personnes refusent de faire un enfant pour ne pas faire un pollueur de plus, c’est que nous sommes indéniablement à la fin des temps.