Overdose propriétaire et numérique

16/09/2018 Non Par cborne

Je trouve les informations assez catastrophiques, je ne sais pas trop par où commencer, alors on va prendre ça.

Ça a fait le tour de web, c’est tout simplement dans les versions insiders de Microsoft, en gros les pré-versions, une tentative de plus de Microsoft de sortir de sa misère avec Edge. Concrètement si vous tentez d’installer Firefox ou Google Chrome, vous vous prenez ça dans la face. C’est assez intéressant comme perspective, Microsoft passe à la vitesse supérieure. Souvenez-vous, si vous avez croisé un Windows 10 ou si vous avez écouté les rumeurs, lorsque vous essayez de passer Firefox ou Chrome en navigateur par défaut, on vous demande si vous êtes bien sûr de votre coup.

Ça m’insupporte. C’est comme quand une boulangère saisonnière me demande si je veux quelque chose de plus, comme si j’étais trop vieux, trop indécis pour savoir que je n’étais pas décidé, et qu’on n’allait pas s’arrêter à nos deux baguettes. Là ça va quand même franchement plus loin, c’est comme si j’achetais dans la boulangerie concurrente et que d’un coup ma boulangère s’interpose et me dit : « oh garçon, tu as la meilleure boulangerie de France, pourquoi tu vas ailleurs ? Tu es vraiment sûr de ton coup ? »

Ce qui finalement est plus malaisant, c’est que cela ne vient pas d’un individu mais de votre ordinateur. On évoque souvent la neutralité du web, la neutralité du logiciel nettement moins et pourtant on pourrait l’évoquer. Je trouve que Microsoft manque de courage et devrait y aller franchement en bloquant tout simplement l’installation d’un logiciel alternatif. Vous pourriez penser que je suis dans la gaudriole mais je pense qu’on finira à terme par arriver à ce type de conflit qui pourra se justifier en rendant Edge indispensable pour certaines manipulations.

Alors que jusqu’à maintenant on avait un semblant de contrôle sur nos machines, qu’on criait au scandale quand on découvrait que notre système d’exploitation envoie des informations à ses développeurs, aujourd’hui on se fait sucer de toute part la donnée, on se fait bloquer l’installation de logiciels, on choisit de plus en plus pour nous, personne ne dit rien, personne ne trouve cela anormal. Il faut dire que les états sont quand même dépassés, ou disons sur d’autres fronts. La manipulation de l’information dans l’affaire Cambridge Analytica fait oublier la multiplication des abus dont nous sommes victimes.

Ce qui m’inquiète profondément c’est que nous n’en sommes qu’au début de la Matrice. Lorsque les IA vont passer à l’attaque et que votre ordinateur possédé par le démon ne va pas se limiter à une réaction en lien à l’une de vos actions, mais carrément élaborer des stratégies au service de grandes entreprises, là, je pense qu’on va passer plutôt du côté de Terminator. Denis a écrit un article sur le lien entre l’informatique et la diminution de l’emploi, je suis convaincu qu’on va vers l’apocalypse, et que les états ne jouent pas leur rôle dans la protection des citoyens, qui va à mon avis d’une réflexion de fond sur le temps de travail, au revenu universel en passant par les pouvoirs que s’octroient les compagnies privées dans de trop nombreux domaines. N’allez pas croire que je vous la joue gauchiste, j’aurai trop peur de choquer mon lectorat majoritairement de droite, mais j’ai quand même la sensation qu’on perd le contrôle, qu’on ne décide plus de rien, jusqu’au choix de son navigateur.

En même temps les gens sont complètement cons ou je ne comprends rien.

L’enquête n’est pas terrible car elle porte sur 450 personnes, et si vous lisez les beaux billets du professeur BORNE vous savez que ce n’est vraiment pas terrible, néanmoins je n’imagine pas Apple lancer des smartphones à 1300 balles avec un si faible intervalle de temps entre chaque smartphone sans être sûr de son coup.

Je suis persuadé que ça va se vendre comme des petits pains même si certains affichent que ça coûte un bras, et c’est surréaliste. A plus de 1000 € le téléphone, on fait des économies de bout de chandelles, en se réjouissant que ces nouveaux modèles acceptent enfin la double SIM ce qui fait marrer la concurrence.

Je ne fais absolument pas du Apple bashing, je pense qu’entre Android et Apple si on a les moyens, il vaut mieux prendre Apple, je ne vois rien de honteux dans la démarche de vendre 1300 € un téléphone à partir du moment où il y a un public pour l’acheter. C’est un de nos derniers pouvoirs, le pouvoir de consommateur, enfin ça se discute quand on vous force à changer de voiture par exemple ou utiliser un produit. Si ces appareils vendus à prix d’or sont un succès, il n’y a qu’à s’incliner mais vous aurez du mal à me faire croire qu’il y a une révolution, quelque chose de plus qui fait qu’il faut en être. Je ne dois pas être représentatif de l’utilisation d’un smartphone, mais pour faire ce que j’ai à faire, téléphone, SMS, messagerie, agenda, réseaux sociaux, pas de jeux, je ne peux qu’imaginer que le gars qui pose 1300 € sur la table le fait pour s’afficher avec le dernier iphone sorti, un signe extérieur de richesse.

Je pourrais aussi évoquer Windows, toujours lui qui si on le laisse faire va trier dans vos fichiers pour savoir ceux qui vont rester ou non sur votre PC et partir dans le Onedrive. Je pourrais vous raconter comment Jeff Bezos patron d’Amazon va créer un fond de 2 milliards pour l’éducation,  jouant alors dans la cours des gens généreux comme Marc Zuckerberg ou Bill Gates tout en laissant ses salariés gagner une misère. Ce même Amazon qui fait exploser ses revenus publicitaires en présentant à fond du produit sponsorisé, quelle que soit la qualité du produit bien sûr. Que dire du plan numérique pour que les gens deviennent autonome en informatique. Il s’agit d’une hérésie, au niveau de l’état on ne maîtrise même pas ce qu’est la bonne informatique, comment espérer alors guider les gens, qui les guidera ? Des prestataires qui orienteront vers des solutions propriétaires ? On va encore jeter des millions en l’air pour rien, comme d’habitude. Et comme le ridicule ne tue pas Mounir Mahjoubi qui est quand même un gars qui connaît la question, qui déçoit bien des espoirs en ne faisant pas une politique libertarienne crypto libriste, évoque une loi contre l’addiction aux réseaux sociaux. Pour ça, il faudrait avoir la volonté des dictatures ou des pays qui ne rigolent pas, et tout simplement prendre des décisions drastiques auxquelles finissent par se plier ces entreprises car on ne crache pas sur un marché de plus d’un milliard d’utilisateurs. Le pauvre secrétaire d’état qui se prend les pieds dans le tapis sur le domaine très délicat de l’indépendance du logiciel sur des points stratégiques comme l’armée par exemple. La SNCF a signé un contrat avec des boîtes américaines, il n’y a pas grand-chose à faire d’un point de vue commercial pour ne pas mettre les sociétés françaises en difficulté pour les exportations. Alors bien sûr il y une solution à laquelle personne ne pense, favoriser le logiciel libre, une manière élégante de remercier tout le monde en se fâchant avec personne, mais ça, sortir des jupes du lobby informatique, on ne sait pas faire en France.

C’est curieux mais ce sentiment d’agression que j’éprouve en ce moment par rapport à l’informatique propriétaire, une informatique que je trouve étouffante, me donne des bouffées de chaleur libristes. Ni vu ni connu je suis retourné à Firefox (sur fixe, pas sur mobile où opera est vraiment un cran au-dessus), et j’ai commencé à baratiner mon collègue prof d’informatique pour lui faire imaginer un tout cloud au lycée ou presque, de façon à ne plus subir le joug de Microsoft. Me manquerait plus qu’à me trouver un prestataire Linux sur la région de Pézenas, donc par extension de Béziers, et je me sentirai prêt à tenter ma chance et jouer les dictateurs informatique.

Avec le changement de directeur, arrive l’ère bénie des choses plus carrées, si bien qu’on passe à la gestion fine de la réservation des salles, du fait d’avoir régulièrement des groupes extérieurs qui se présentent. J’ai mis en place un booked. Il y a un bon moment j’avais posé la question dans le forum d’un logiciel simple de gestion de réservation des salles, c’est grr qui ressort assez régulièrement chez les enseignants ou dans le monde éducatif. J’avais installé le logiciel, je l’avais trouvé complexe, et j’étais passé à autre chose, l’urgence du moment certainement. En regardant alternative.to, on se rend compte qu’il n’y a pas grand-chose alors que le marché est saturé de services propriétaires. Booked est disponible dans softaculous, c’est une de mes tendances fortes du moment, n’utiliser que ce qu’on me propose de façon simple ou presque, le logiciel est très intuitif, on fait les utilisateurs, on fait les ressources et on passe à la suite.

Si le logiciel nous donne satisfaction, on peut imaginer l’étendre aux bus, à l’heure actuelle nous utilisons un calendrier office365, ce qui n’est pas top en termes de lisibilité mais aussi de fonctionnalité. Car en fait, l’idée ici sera de soumettre une demande de réservation par les enseignants et la validation derrière par le gestionnaire des salles, office365 n’est pas fait pour ça. J’ai jeté un coup d’œil du côté de sharepoint qui propose un tas d’application, chez Microsoft comme dans l’opensource, les projets morts se ramassent à la pelle. Je vous épargne mes commentaires sur l’interface, je pense que ce sont les développeurs Gnome qui l’ont réalisée.

L’année comme vous le savez est tendue, je vais donc pas tout changer, mais l’idée de retirer du propriétaire de l’établissement commence à faire de plus en plus son chemin. Ce n’est pas exact, l’idée de retirer du non-sens plutôt. En effet, l’utilisation d’office365, je n’ai absolument rien contre surtout que cela ne nous coûte pas un centime c’est la fédération qui paye, par contre du Office 2007 en 2018, ça commence à me poser de plus en plus de problèmes. L’hérésie de camper sur cette position avec un logiciel qui présente de plus en plus d’incompatibilités quand tout le secrétariat travaille en Office 2016 qui sera soutenu par Microsoft jusqu’en 2023, les problèmes d’Office 2007 qui crashe dans TSE. Et puis l’éthique, tout simplement, s’accrocher à une relique pour ne pas faire « l’effort » d’embrasser un logiciel libre régulièrement mis à jour et sur lequel tous nos élèves, les élèves en France de façon générale travaillent.

Si l’overdose propriétaire est évidente, les aberrations qu’elle entraîne, avec les années je dois reconnaître que c’est l’overdose informatique qui me saisit. On ne va pas se mentir, l’internet poubelle, la qualité qui passe au payant parce qu’il faut bien vivre, ce média qui était source de tous les espoirs se rationalise pour devenir comme la télé, les radios ou la presse écrite. Le hardware donne de moins en moins envie, les nouveaux appareils étant de moins en moins ouverts, coupant court à toute possibilité, obsolescence partout, durée de vie nulle part. Le libre aujourd’hui si vous suivez les blogs, ce ne sont plus que des professionnels de l’informatique qui en parlent ou presque,  ce qui montre pour ma part que l’idée de libérer les peuples est une utopie qu’il faut troquer contre des dictateurs éclairés.

Je lisais ces deux articles : Internet : les bienfaits de la déconnexion et 4 constats que j’ai faits après m’être séparé de mon portable qui est quand même un peu clickbait. Déjà le titre est racoleur, je ne sais pas comment en 2018 on peut attaquer un titre par les 4 raisons et vouloir avoir un peu de crédibilité, l’article est exagéré, en fait aussi exagéré que les effets qu’il dénonce.

Notre société étant ce qu’elle est, un monde où toutes les raisons sont bonnes pour rentrer un maximum d’argent, on va dénoncer la pollution au profit du bénéfice et expliquer qu’il faut devenir écolo en proposant à prix d’or des solutions pour moins polluer. On évoque de plus en plus les lobbys ces derniers temps, mais il est regrettable de se dire que lutter contre quelque chose c’est pour beaucoup un moyen de faire exploser leur marché de niche. Au niveau de l’informatique par exemple :

Le lightphone, le téléphone vendu à 250 € pour n’envoyer que des SMS et téléphoner, ce qui est, avouons-le, n’importe quoi. Le problème de la distraction, de l’obsession de l’utilisation des appareils numériques, c’est un choix personnel. Si quelqu’un ne sort plus de chez lui pour rester sur son écran, c’est qu’il trouve certainement quelque chose de mieux derrière sa lumière bleue que dans le vrai monde.

Je m’égare un peu mais pas tant que ça. Les articles plus hauts évoquent la déconnexion, comme vous l’avez compris, je pense que c’est une erreur, l’idée étant de trouver le juste milieu.

L’informatique est un outil extraordinaire, il permet de gagner du temps, d’échanger, de partager, c’est à chacun de faire ses choix pour le maîtriser, le maîtriser le moins mal possible, ne pas en être esclave. Dans tous ces excès, ce grand n’importe quoi du quotidien, ce qui me désole le plus c’est l’état qui ne comprend pas.

L’état assure le bien être de ses citoyens, s’engage au quotidien dans la santé, dans l’éducation, je sais c’est discutable, mais il est engagé on va dire, mais dans tout ce qui concerne l’informatique de façon générale, c’est l’open bar où les sociétés privées font la pluie et le beau temps. Ce n’est pour ma part pas un monde dans lequel j’ai envie de vivre, et ma véritable difficulté c’est aujourd’hui de faire l’effort de ne pas céder à la paresse. Mes enfants avaient besoin de commander des bouquins, vous savez ce genre de livres jetables que la région ne finance pas et qui rappelle que l’école n’est pas si gratuite, j’ai systématiquement le réflexe Amazon, même si je sais que c’est mal.

Je crois que l’enjeu est ici, faire les bons choix, ne pas se fier uniquement à l’outil informatique, montrer à nos jeunes qu’une autre utilisation existe, reprendre tout simplement le contrôle.