Ou le théorème de plus je parle, plus je me noie

24/04/2020 Non Par cborne

La plaisanterie du jour :

Les familles qui voudront ainsi garder les enfants à la maison peuvent le faire sans être inquiétées, mais elles devront leur faire suivre un programme d’enseignement à distance, comme la fameuse « école à la maison » avec des fichiers et autres devoirs envoyés par leur enseignant.  

BFMTV je sais c’est mal mais c’était le premier sur le coup

Souvenez-vous à l’allocution de notre bon président, j’expliquais que c’était n’importe quoi. Dans mon dernier billet j’écrivais que j’étais dans la phase d’acceptation, et j’étais donc prêt à rentrer même si c’était très obscur. Que c’était même une bonne idée de rentrer. On découvre aujourd’hui que le président Macron à l’instar du Général, nous a compris, nous a entendu, et que pour éviter que dans les familles ça flippe sa race, on irait à l’école sur la base du volontariat.

On en revient donc à ce qu’écrivait le grand philosophe Cyrille BORNE, je vous le fais à la louche, je connais bien le gars : « on nous aurait dit qu’on fait garderie pour que les gens qui bossent puissent ne pas se poser de questions sur la garde de leur gosse, pas de problème, mais qu’on nous fasse pas croire qu’il s’agit là d’un acte qui vise à prendre en charge les 5% de gamins qu’on a perdu de vue. Cessons l’hypocrisie, cessons de nous prendre pour des enfants, et accessoirement pour des cons ». Finalement, en laissant le choix, on ne se préoccupe absolument plus de la situation du décrochage scolaire, on se contente de faire garderie pour les enfants qui ne peuvent pas se garder. Alors qu’il suffisait de commencer par là, tout le monde souligne la cacophonie gouvernementale.

Le gouvernement

Il serait bien évident complètement stupide de jeter la pierre dans une situation de crise sanitaire, à quelqu’un qui change d’avis. S’adapter dans pareille situation, c’est bien normal. Le problème c’est qu’à force de raconter n’importe quoi sur l’école, et de faire n’importe quoi, on se contente de rajouter du stress, de discréditer cette fin d’année, et surtout de repousser l’inéluctable : la rentrée de septembre.

Et cette rentrée il va falloir commencer à la réfléchir sérieusement puisque la fin 2019-2020 a été enterrée aujourd’hui, avec les problèmes qui vont demeurer. Comment on fait ? Et un comment on fait avec l’enquête du jour qui dit que si les gosses sont increvables ou presque au Covid, ce n’est pas le cas des lycéens, et peut-être des collégiens. Moralité, encore une étude scientifique qui tombe à pic, si on pouvait garder les lycéens à la maison, les collégiens aussi et rassurer tout le monde quant aux petits pour les mettre à l’école et que papa maman puissent faire travailler le grand capital pour que les profs ne sucent pas des cailloux ce serait formidable.

La prise de parole présidentielle devient désormais un exercice particulièrement périlleux, je plains le pauvre Jean-Michel qui travaille d’arrache-pied son retour à l’école pour un plan qui vient d’être assassiné avec le mot « volontariat ». Désormais c’est au tour des enseignants de commencer à gueuler, et ça démarre déjà. Si on fait garderie, on est présent physiquement en classe, on comprend bien qu’on va pas répondre jusqu’à 22 heures en rentrant à ceux qui n’ont pas été volontaires pour venir, ni courir après ceux qui ont décroché du système scolaire. Plutôt que de renforcer le télé-travail à distance qui, à mon sens se poursuivra pendant la prochaine année scolaire, on sème le trouble.

Oui la parole présidentielle devient désormais un exercice particulièrement périlleux, quand le gouvernement explique qu’il va falloir qu’on ne se déplace pas de région en région, à priori ce sera l’open bar cet été. Je vous garantis pour avoir encore fait mes courses dans le grand n’importe quoi hier matin, avec des gens qui venaient me faire du collé-serré aux fruits et légumes, que le 11 mai c’est l’équivalent de la victoire de l’équipe de France au foot. Et je vous raconte pas cet été où j’aurai 30000 touristes sur la plage.

C’est donc dans l’écœurement total que je finis l’année avec ceux qui le veulent bien. J’écrivais que j’avais mis un coup de pression à mes élèves de seconde en leur rappelant que dès qu’on se croisait j’évaluais, on se doute que désormais c’est impossible. Ceux qui seraient volontaires pour venir, ne peuvent pas être évalués par souci d’égalité avec les autres qui sont restés à domicile. On se contentera donc de prendre en compte la fameuse assiduité, qui de toute façon ne comptera que dans un sens : la merveilleuse bienveillance qui donne les diplômes à tous les enfants.

Quand j’aurais pu, voulu m’investir pour aller plus loin dans le télé-travail, pour amener les élèves au plus loin possible, développer de nouvelles compétences, on va tranquillement finir en sucette généralisée avec la date qui fait rire tout le monde, le 4 juillet. L’objectif paraissait incessible, désormais c’est le 4 juin qui paraît certainement trop loin. En tant que parent, et compte tenu que ma fille part dans l’enseignement professionnel agricole l’an prochain, je ne l’enverrais pas à l’école. Jouer à se faire peur est totalement inutile, au pire je lui finis l’année moi-même et je lui fais son programme de seconde dans certaines matières, ce que je compte faire pendant les vacances si on nous confine un peu.

J’ai donc l’herbe coupée sous le pied par l’incertitude du moment, mais aussi une nouvelle incertitude qui vient de se rajouter. Deux postes seraient potentiellement accessibles sur un établissement de Narbonne. Je suis en train de monter mon dossier pour l’éducation nationale, on comprend pourquoi l’informatique fonctionne mal. On me demande un gros dossier papier, les sites sont très anciens, peu fonctionnels, on me redemande bien sûr des documents que j’ai déjà donnés un certain nombre de fois. S’il apparaissait que je sois pris, réponse dans le courant du mois de juillet, je suis bon pour mettre à la benne le gros de mes cours, et tout changer. Comprenez dès lors que cela ne motive pas franchement pour s’investir dans l’année à venir.

Par contre et ce qui est sûr c’est que cela me conforte dans une utilisation faible des outils propriétaires mais RGPD proof que représente la suite Office365. S’il apparaissait que je quitte cette année le ministre de l’agriculture, c’est donc pour me retrouver avec d’autres outils. On comprend bien dès lors la notion d’interopérabilité qui est un vilain mot. Je rappelle à nouveau que l’idéal serait d’utiliser des logiciels libres et maison, de façon à ce que mes questionnaires, me suivent de partout. Néanmoins et comme on le voit se profiler très fortement, l’outil personnel quelles que soient ses qualités n’est pas un bon outil, car il ne s’agit pas d’un outil de l’institution. La RGPD aura fait finalement son chemin, mais plus fort encore, elle est détournée pour en faire une super loi, la loi unique : tout ce qui ne vient pas de ton bahut, d’un site institutionnel ou d’une boîte de prestation que l’état paye un bras, c’est pas bien. On comprend dès lors non seulement la castration pédagogique, la cassure de toute forme d’initiative chez les enseignants innovants mais surtout le principe de miser sur les valeurs sûres que sont les logiciels et les formats en dur : Libreoffice, pdf. C’est d’ailleurs assez intéressant puisque c’est une invitation à innover à partir de ces logiciels. Je verrais ce que je peux faire.

Un enseignant et sa liberté pédagogique face à la RGPD

J’ai fait hier la mise à jour vers Ubuntu 20.04. Tout s’est passé normalement. Après une mise à jour qui m’a parue bloquée, j’ai dû forcer le reset pour me retrouver en kernel panic. J’ai réussi à partir d’un ancien kernel à faire le sudo dpkg –configure -a qui va bien et nous voilà arrivés dans cette nouvelle version qui au premier regard ne change absolument rien. Le thème sombre. Ce que je trouve inquiétant c’est ceci :

Si j’ai effectivement quelques bricoles qui tournent, mais rien de bien extraordinaire non plus, la sollicitation de 6 Go de RAM c’est quand même franchement abusé. On a beau dire que Windows 10 c’est le mal, pour le travail de bureautique que fait mon épouse, avec une configuration similaire à la mienne et 4 Go de RAM au lieu de mes 16, la machine ne rame jamais. Si on a bien compris notamment avec l’abandon du 32 bits que Linux et les machines anciennes c’est bien fini, il y a certaines limites qui ne sont pas à franchir, et j’ai l’impression que c’est largement le cas depuis un moment.

Moins d’applications, ça l’a toujours été, des bugs et des anomalies ça l’a toujours été, en outre la machine à genoux et une forte consommation des ressources, c’est de plus en plus préoccupant. Enfin, préoccupant ? Préoccupant pour celui qui ferait du prosélytisme Linuxien et qui expliquerait que le libre c’est mieux et que ça permet de redonner vie à de vieux PC, c’est un problème. Pour quelqu’un comme moi qui a les moyens de se trouver une occasion à pas cher et d’y mettre 16 Go c’est un simple détail que je dois prendre en compte. La migration sur mon ordinateur portable s’est déroulée sans encombre. Néanmoins la machine qui n’a que 4 Go de RAM est forcément moins véloce. Si j’étais amené à me déplacer au lycée et faire garderie plus télé-travail, je verrais ce que ça donne en situation réelle. À suivre de ce côté-là.

Je suis peu inspiré pour faire une ronde des distributions pour se rendre compte que Debian c’est plus léger mais que pour arriver à un niveau de configuration fin c’est plus long, même si snap et flatpak changent la donne quant à la fraîcheur des paquets, ou pour tester une saveur d’Ubuntu à base de KDE ou de Xfce. Le bureau Gnome par défaut d’Ubuntu est fonctionnel même si certaines choses comme le drag and drop sont largement perfectibles. On continue donc jusqu’à la lassitude ou le bug de trop, pour l’instant c’est satisfaisant.