On est encore là, prêts à faire cours et tout le monde est cor-da

09/09/2020 Non Par cborne

Bon je reconnais que j’attaque un peu fort avec les références au rap français, il s’agit bien évidemment de la chanson de NTM, on est encore là. Vous noterez « C’est pour ça qu’j’ai gardé ma tenue de combat Que j’lâcherai pas mon ton-ba Fais gaffe à ton dos, protège tes abdos », qu’on traduira par j’ai ma tenue de combat effectivement, je ne lâcherai pas mon masque, fait gaffe à tes poumons protège tes narines.

Nous sommes donc à une semaine de la rentrée, les choses se déroulent plutôt correctement. Bien évidemment on reprend les élèves toutes les trois minutes pour remonter le masque sur le nez, mais ça se passe de façon courtoise, pas de scène surréaliste comme dans certains bahuts avec des gosses anti-masques. Ce qui est aussi certain c’est que je vois de plus en plus d’élèves, d’adultes dont moi, porter des masques jetables. J’aurais pu penser que je suis une petite personne fragile, mais finalement à croire qu’en termes de confort, ça ne se discute pas. Peut-être quand il fera plus froid, mais pour l’instant avec des températures de 28 degrés, ressenti 45, le tissu c’est compliqué.

Je crois d’ailleurs que la meilleure illustration de la difficulté de l’expression avec le masque, c’est Emmanuel Macron notre bon président qui la donne.

Je ne suis pas allé voir, mais forcément dans le camp enseignant on a dû se moquer pour aller dire, oh la petite fille avec des couettes, moi je fais 8 heures à me casser la voix, lui ne fait pas trois minutes. La moquerie n’a pas sa place ici, l’exercice de l’expression est d’une complexité violente pour tous, les enseignants d’un côté mais les enfants aussi de l’autre. J’ai des gamines qui sont timides, le son est totalement écrasé par le bruit du masque, elles sont inaudibles, je suis forcé de faire répéter quatre fois les choses. On s’use la voix, on a chaud, on se rend compte que le masque est trop saturé d’humidité et qu’il faut le changer, on a mal à la tête, c’est compliqué. Ce que nous ressentons, les enfants aussi, l’inconfort est permanent.

Le chef de l’état qui s’étouffe, vous comprenez bien que les gestes barrières en prennent un coup. Si lui tout seul n’arrive pas à se gérer, il se prend un verre d’eau limite au contact avec la personne qui lui tend, imaginez un enseignant, ses élèves et tout le bordel que ça peut-être autour. C’est mission impossible, on essaie de faire au mieux, toutes les situations sont compliquées.

Je crois que c’est un peu ce qu’on retiendra de cette période, faire au mieux. La problématique c’est qu’on n’a pas tout écrit, qu’on ne sait pas, qu’on n’a pas de réponse au cas par cas. Les enseignants, enfin les syndicats, ont gueulé pour parler de l’impréparation de la rentrée, c’est à moitié vrai. C’est vrai qu’on n’est pas préparé, mais les cas sont tellement tordus, qu’il est impossible de tout prévoir. On s’est retrouvé avec le cas d’un élève dont un proche a le COVID. Il doit se faire tester. J’ai proposé parce que ça va devenir compliqué de faire cours en visio, en direct. Tu le sais public, Cyrille BORNE ose tout, et je trouve que c’est une méthode pédagogique qui ne manque pas d’intérêt. Je me suis contenté d’allumer mon portable, de balancer la visio sur Teams, et l’élève a pu suivre. Réaction amusante et surréaliste, le gamin qui dit « est-ce que vous pouvez me changer de place ? ».

Avant de me lancer j’ai demandé à mon chef, j’aime bien demander à mon chef avant de faire des trucs bizarres. Imaginez le nombre d’infractions, le droit à l’image par exemple, et tant de choses qu’on n’imagine même pas. Mon chef me dit, avec des élèves masqués et de dos à la caméra quand ils écrivent au tableau, ça passe. Alors effectivement nous avons violé certainement la loi, une loi qui laisse des gens squatter chez les vieux sans balancer des cars de CRS, mais ça en valait la peine. Le gosse était ravi, il a demandé si mes collègues allaient faire pareil, no comment. Nous vivons une période où l’on se rend compte que les enfants sont tellement contents d’être à l’école, qu’ils sont à l’écoute et peu dans l’amusement. C’est assez impressionnant d’ailleurs. Nous savons que comme pour un président de la république, l’état de grâce ne durera pas. Pour moi, face à ce type de situations qui peut se produire dans un sens, celui de l’élève mais aussi du prof, tous les moyens sont bons pour réaliser un maintien de la scolarité, le lien social, la fameuse continuité pédagogique.

L’histoire a d’ailleurs tendance à me donner raison, le ministre de la médecine vise à réduire la durée de la quarantaine, les amphithéâtres sont bondés mais ça passe parce que la distanciation ne doit s’appliquer que quand elle peut s’appliquer. Comme je l’écrivais, tous les cas sont possibles, il faut tout faire au talent. Le même garçon pour qui j’ai fait la visio reçoit son test et il est négatif et c’est ici qu’on se rend compte que de toute façon on est dans le n’importe quoi. Il est personne contact en permanence tant que sa famille est contagieuse, à instant t il n’est pas contaminé mais qu’en sera-t-il demain ? C’est ça l’éducation aujourd’hui, fonctionner à l’aveugle.

Ce début d’année est donc comme vous pouvez l’imaginer fatiguant. Je m’investis dans l’informatique quand je ne suis pas payé pour le faire, mais quelque part je sais que je travaille aussi pour moi. J’ai créé l’intégralité des comptes Teams pour les élèves car il faut se tenir prêt. Pour l’instant, on fait cours les fenêtres ouvertes, on bouffe de la vitamine D mais qu’en sera-t-il demain encore une fois ? La première saucée est tombée de façon prématurée sur l’Aude, l’an dernier c’est quasiment quatre mois de temps dégueulasse qu’on a ramassé avec les alertes rouges. Là encore, l’aération préconisée risque d’en prendre un coup, on voit à la télé le nombre de cas qui augmente, dans les conditions actuelles, je ne vois pas comment on va éviter la chtouille. Je prends donc le temps de former, pas que les élèves mais aussi mes collègues, on réglera les comptes plus tard avec la direction. Les difficultés sont en fait les mêmes, les réfractaires, ceux pour qui rien n’est possible quand les gamins s’adaptent à tout.

J’essaie de profiter comme je peux, et cette année profiter c’est le mercredi avec ma femme. L’absence des enfants qui sont tous les deux à l’internat fait un bien fou. Ne pas se lever à l’aube pour déposer la gosse au bus, ne pas rentrer de façon précipitée pour préparer le repas, la paix.

Le mercredi c’est désormais moule frites, pendant que les restaurants sont ouverts. Si vous voulez manger des moules frites à Saint-Pierre la Mer sans vous empoisonner, c’est le Palmarium. Pour manger des glaces et des crêpes de qualité à tarif raisonnable, c’est le Bubble café. Ailleurs c’est souvent dégueulasse, cher et largement plus chimique. À part la saucée du jour, les quelques touristes profitent d’un temps magnifique, de l’absence de masque, c’est un coup à se mettre en arrêt maladie ou lécher des barres de bus pour être positif.

Je réalise que je fais de moins en moins d’informatique et que ça ne me manque absolument pas. La seule chose que j’ai fait pour compenser le problème DLNA de mon Blueendless Kimax BS-U35-WF c’est d’installer le logiciel SimpleDLNA sur mon PC. C’est l’un des rares créneaux où l’offre Windows est moins intéressante que l’offre Linux. Néanmoins celui-ci fonctionne plutôt bien, une interface simple comme son nom l’indique.

Pour le reste, comme je l’ai déjà écrit, Linux ne me manque absolument pas. Quand je vois comment Sébastien perd du temps pour essayer de faire tourner Teams sur KDE, je me dis que je suis non seulement trop vieux pour ça, mais surtout que je n’en ai plus envie. Pour moi, l’idée ce n’est pas de réussir à lancer Teams, l’idée c’est d’amener un maximum de personnes à l’utiliser.

Je peux comprendre que le propos peut paraître choquant dans la bouche de quelqu’un qui n’est pas loin d’avoir des idées libres, néanmoins il me paraît toujours important de se rapporter à nos contextes. Avec la COVID, chacun s’est lancé dans l’ambiance du moment dans les solutions qu’il maîtrisait le mieux, notamment quand les outils institutionnels étaient en carafe. Certains ont préféré utiliser Discord et ont continué à l’utiliser, ils sont aujourd’hui en faute, les outils de l’éducation nationale fonctionnent. Teams est l’outil de ma fédération, c’est donc en toute logique que nous l’utilisons, c’est un souci de cohérence. Si nous étions une petite entreprise, que nous étions indépendants, le choix des outils serait certainement différent. Et c’est ici qu’il faut comprendre les limites du logiciel libre, les limites de jouer les rebelles de la forêt. On peut penser ce qu’on veut des outils Microsoft, mais ils sont robustes. Si vous rajoutez à ça que c’est l’outil que tout le monde utilise chez vous, vous l’utilisez et puis c’est tout. La liberté, la liberté pédagogique a certaines limites mais n’est pas non plus totalement bloquante. S’il paraît évident qu’on ne va pas jouer au tennis avec une casserole parce que ce n’est pas réglementaire, si j’utilise des outils Microsoft je ne les utilise pas tous. Libreoffice reste en mathématiques un indétrônable pour les gens qui ne veulent pas se mettre à LaTeX, le contournement se fait en passant par le biais de fichiers PDF. Je rajouterai que les outils libres ont aussi montré leurs limites, qu’ils demandent de l’entretien, les solutions Cloud même si elles sont toutes sauf gratuites, nous permettent au moins de nous concentrer sur le principal, l’utilisation.

En conclusion pour ce paragraphe, lorsque vous êtes dans la situation comme la mienne où tout est organisé avec des outils Microsoft, que l’interopérabilité est particulièrement limitée, vous vous conformez et vous utilisez des outils Microsoft car tout le monde utilise ces outils. De la même manière que lorsque vous êtes sur l’autoroute vous ne décidez pas des limitations de vitesse, en entreprise vous avez aussi des impositions. Contourner pour essayer d’utiliser tant bien que mal des outils Microsoft sous Linux, c’est une perte de temps qui aurait pu être utilisée pour former les gens.

Sur ces belles paroles, je vous souhaite une bonne soirée, demain je vais au charbon pendant sept heures de cours.