Non ?

02/11/2017 Non Par cborne

Il y a un moment, un bon moment d’ailleurs avec le décalage d’écriture, Iceman exprimait son ras-le-bol de la technologie. Son article est en lien étroit avec l’obsolescence programmée des produits, comme je l’ai souvent dit, avec Iceman et Alterlibriste, il nous arrive souvent de vivre des choses similaires au même moment. L’ennemi cette année, et de façon indéniable pour moi c’est Windows 10.

Il ne s’agit même pas de faire du prosélytisme Linux mais de se rendre compte d’un changement de situation, c’est la première fois que j’ai la sensation profonde que mon OS est meilleur que celui de Redmond. Les gens qui sont Linuxiens depuis deux mois, qui font les foufous pour montrer leur différence, ne sont pas crédibles. J’ai passé le cap des 15 ans sous Linux, j’ai tenu, malgré quelques passages à vide, mais j’y suis resté, ce qui me permet d’avoir un recul que d’autres n’ont pas. Si on évite d’évoquer l’esprit libre, les problématiques communautaires, les dispersions des développeurs, voici quelques conclusions.

Avec Linux j’ai la main sur le contrôle des mises à jour. Windows update me tue la bande passante du lycée, Windows update décide de se mettre à jour quand ça lui prend, Windows Update ne permet pas de différer le téléchargement des mises à jour. Je peux faire chauffer mon eau la nuit grâce au système des heures creuses et des heures pleines, un système d’exploitation codé par des milliers de développeurs ne permet pas de choisir l’heure de sa mise à jour. A chaque fois que j’ai un contact informatique où je dois évoquer nos problèmes de bande passante, à chaque fois mon interlocuteur me dit qu’il subit la même plaie, quelle que soit la qualité de la ligne, dès que dix personnes sous Windows allument un PC dans la même pièce, c’est la catastrophe. Le problème de bande passante est pénible, mais il pourrait se gérer avec un peu de rigueur. J’ai demandé à mes collègues d’allumer leur ordinateur le soir, s’ils le faisaient, nous n’aurions qu’à subir les livraisons dans la journée où malheureusement on ne peut pas faire grand-chose à part passer en mode avion. (note de moi-même, ce point est résolu depuis la dernière mise à jour, un peu le souci d’écrire des billets un mois plus tôt).

Ce qui peut difficilement être contourné c’est l’obsolescence matériel qu’induit Windows. L’une des bases en informatique, enfin il y a plus de dix ans, c’était la rétrocompatibilité, c’est-à-dire que votre programme d’aujourd’hui dans sa version 14 doit permettre à tout ce qui s’exécutait avec la version 5 de fonctionner. Là, force est de constater que le pilote qui fonctionnait il y a quatre mois est devenu obsolète, votre matériel qui fonctionnait parfaitement et bien maintenant il ne fonctionne absolument plus. C’est d’ailleurs amusant de voir que Windows avec sa dernière version en date promet une meilleure compatibilité, des pilotes, une plus grande stabilité. Windows qui si le PC meurt, la logique de prendre le disque dur et de le mettre dans un autre PC et bien ça ne marche pas, il faut racheter une licence, car Windows il ne reconnaît pas la machine, alors il se désactive.

Je pourrais rajouter que Windows m’espionne, qu’il ramasse des données, que lorsque je choisis un autre navigateur, il me dit que ce n’est pas une bonne idée et m’affiche en petit le lien qui me permet de prendre ma décision. Windows victime de toutes les attaques, Windows victime des cryptovirus, et même quand ce n’est pas sa faute, Windows en prend quand même plein la tête avec ses programmes phares comme ccleaner qui se font contaminer. Windows qui promet désormais de se restaurer tout seul, de se réparer tout seul, de remettre le PC à zéro en conservant les fichiers ou en faisant table rase du passé ou du PC. Dernièrement j’ai eu dans les mains l’ordinateur d’une dame d’un certain âge qui pensait avoir perdu l’intégralité de ses documents. Son profil Windows avait crashé si bien qu’il lui affichait un profil temporaire, ses documents étant conservés dans le répertoire qui va bien. J’ai tenté des manipulations de la base de registre pour faire passer le profil considéré comme endommagé en réparé, ça n’a pas fonctionné, j’ai tenté de réparer l’ordinateur par un disque externe Windows, j’ai essayé de restaurer l’ordinateur, encore sans succès, il a fallu que je fasse la réinstallation complète de la machine.

De façon synthétique : Windows 10 fonctionne mal sur des ordinateurs à peine anciens de deux ans, espionne, est la cible des virus, se fait contaminer de tous les côtés et avec ça Linux est dans l’ornière des 3%. Et pourtant mon Linux ne plante quasiment jamais ou presque, mon Linux fait tourner des tonnes de PC qui sont considérés comme morts, Linux ne m’espionne pas, il y a toujours une solution pour vous dépanner si vous êtes plantés et si vous avez fait une installation convenable à la base, vos fichiers de configuration sont dans votre home séparé de votre / si bien qu’en 15 minutes d’installation vous retrouvez tout ce que vous avez laissé.

Pourquoi ça ne marche pas ? C’est quand même une question de bon sens, on a la solution qui sans être miraculeuse est largement meilleure que celle de Redmond, et pourtant ça ne marche pas. Dernièrement je viens de voir que ça a marché à Rennes, l’administration passe de outlook à Zimbra. Est-ce qu’on peut vraiment considérer que ça marche ? Pas vraiment, et sans pessimisme, je me dis que ça va être difficile et qu’il y a quand même un fond de mauvaise foi. En effet, dire qu’on fait une économie de un demi million sans évaluer ce que ça va finir par coûter en terme de service, de maintenance, c’est quand même simpliste. C’est sans importance, ce qui compte c’est qu’on franchit le pas et si je vais essayer de vous apporter des réponses à pourquoi ça ne marche pas, je serais très curieux de savoir pourquoi à Rennes ça a marché.

Si le libre ne fonctionne pas d’un point de vue national, c’est je pense parce qu’il est méconnu, incompris. Je côtoie des centaines de personnes par jour, ça va de 13 ans pour le plus jeune à quasiment 65 ans pour le plus âgé, vous n’imaginez pas le fossé qu’il y a entre eux et nous. Prenons par exemple le refus d’utiliser Libreoffice. Quand ils ont commencé leurs études, ils ont dû être utilisateur de Office 1997 si je ne m’abuse, on me corrigera dans le forum, Openoffice / Libreoffice étant arrivés largement plus tard. A l’heure actuelle une majorité de mes collègues utilisent (mal) la suite office de Microsoft dans sa version de 2007, c’est-à-dire qu’ils utilisent un logiciel qui date d’il y a dix ans et qu’ils sont persuadés qu’il faut continuer à l’utiliser car il est estampillé Microsoft. Je montre désormais régulièrement que Libreoffice est plus puissant sur de nombreux points et pour telle ou telle fonctionnalité les gens sont prêts à changer.

On pourra faire tous les sites internet du monde, ils resteront pour nous, pour l’entre-soi, car quand nous cherchons à comprendre, à raisonner, à philosopher sur l’informatique, le français normal lui prépare des quiches à l’aide de marmiton. Nos axes de communications en fait ne servent pas à grand-chose, à part pour se donner du courage, se dire qu’on fait partie de la meute, si tu veux convaincre que le libre c’est mieux, il faut le démontrer à ton voisin. Si on veut réussir à faire du libre à un autre niveau que celui du local, il faudra coincer un ministre, un député, quelqu’un qui a un peu de pouvoir et lui montrer ce qu’on peut faire. La démarche sur internet à part expliquer les actions locales n’a finalement qu’une portée limitée.

Les gens n’ont pas conscience de leur pouvoir de dire non, les gens se contentent de subir ce Windows 10 alors qu’objectivement il est quand même franchement plus le problème que la solution. On peut pardonner aux gens la méconnaissance, peut-on pardonner alors aux gens qui sont éclairés ?

Ma mère qui a le même forfait téléphonique que ma femme, mon beau-père et moi puisque je suis chef des forfaits, me dit qu’on va avoir une augmentation de deux euros sur le forfait. Nous payons du tout illimité pour 10 € par mois avec 5 Go de data ce qui n’est pas une véritable affaire, en cassant le forfait et en reprenant, on passerait à 30 Go. En regardant de plus près l’augmentation, c’est une situation qui est totalement ubuesque. En fait, SFR me propose de passer à 50 Go de data pour 2 € de plus, seulement la proposition, c’est à moi de la refuser … Je trouve que c’est hallucinant qu’ils ne se soient pas pris des procès par centaine. Si ma mère ne m’avertit pas, vive la retraite, on se retrouve avec quelque chose qu’on n’a pas demandé. C’est comme si j’allais chez mon garagiste, que je demandais la vidange et qu’on me dit qu’on m’a fait les pneus parce qu’il fallait lire à l’entrée que toute vidange s’accompagne d’un changement de pneus sauf si on le refuse.

Même si je n’ai pas le temps, que je n’ai vraiment pas que ça à faire, je vais utiliser mon pouvoir de dire non, mon pouvoir de refuser ça. Je me dis qu’il faut bien commencer, que si on est plein à le faire, alors peut-être qu’on arrêtera ce genre de pratique en se disant que les gens faut pas trop les chauffer non plus. J’ai commencé à regarder les forfaits, si je veux avoir l’équivalent, je suis forcé de passer à 19.90 € globalement, il va donc falloir que je sacrifie de la data. Le forfait qui m’intéresse finalement le plus au moment où j’écris ces quelques lignes, c’est la poste mobile avec un forfait à 1 Go ou un forfait chez Bouygues, avec du 30 Go mais limité sur la France, ce qui me chagrine un peu étant donné qu’on fait de plus en plus d’incursions en Espagne. La poste. Quand j’entends les salariés que je côtoie évoquer leurs conditions de travail, et bien je me dis que ce n’est pas fameux. Je pourrai évoquer Free où suite au reportage d’Elise Lucet, qui dénonce les conditions de travail, les gens qui étaient à la tête des centres d’appels quittent leur poste, une décision certainement prise par la direction qui doit répondre au bad buzz initié par le reportage.

Je n’ai pas encore changé de forfait, je regarde, mais finalement, si je quitte une société dont je déplore les pratiques commerciales, que je les quitte pour moi, est-ce que finalement je ne vais pas choisir un prestataire dont le comportement est néfaste pour ses salariés ?

Dire non n’est pas simple. Dire non, c’est d’abord savoir pourquoi on doit refuser, comme on le voit avec Microsoft ce n’est pas forcément à la portée de tous. Dire non c’est aussi savoir à quoi on va dire oui. Et le cas échéant, dire non c’est faire preuve d’un sens du sacrifice qu’on n’est pas forcément prêt à faire. Si à l’heure actuelle on voulait mener le raisonnement jusqu’au bout, je n’aurai pas d’abonnement téléphonique car forcément dans toutes ces entreprises, il y a quelque chose qui coince. Si quand bien même j’arrivais à trouver le forfait qui va bien, il faudrait que je dise non au smartphone. La politique d’Apple est discutable, celle d’android une catastrophe, pas une semaine sans qu’on apprenne un problème, en ce moment c’est le clavier qui vous espionne. Et pourtant ça ne nous empêche pas libriste, d’avoir de façon majoritaire un android dans la poche. En même temps quand on voit que Bill Gates lui même, a adopté un téléphone Android, un homme qui pourtant est largement éclairé même si c’est de la lumière noire, on est réellement en droit de se demander jusqu’à quel point nous sommes décidés à dire non.

Pour moi dire non, restera tout de même le compromis de la moins mauvaise décision sans forcément prendre la meilleure. J’évoquais plus haut l’éclairage, la conscience, mon regret profond c’est que des responsables, des politiques, alors qu’ils ont ces éléments n’ont pas le courage de dire non au nom de notre nation. A l’heure actuelle et malgré tous les paradoxes que cela implique, les seuls états qui sont capables de se positionner de façon forte contre le capitalisme à outrance, ce sont les dictatures. Paradoxe forcément, des gens qui sont capables de couper ou d’interdire certains sites, certaines entreprises, souvent pas pour les bonnes raisons, sont les seuls opposants à notre système. C’est mon regret, le pouvoir politique devrait être bienveillant, devrait avoir la force de dire non pour nous, refuser Microsoft dans les écoles françaises pour favoriser la neutralité, l’indépendance et accessoirement la facture, interdire que Facebook collecte des données à outrance, que ces entreprises continuent de gagner des millions sans payer d’impôts.

Dire non quand on est seul, c’est difficile, c’est à plusieurs que le non a réellement son sens, sa force. Pour moi dire non à ma façon, sera de montrer qu’une autre informatique existe, qu’on peut faire vivre des produits plus longtemps, qu’on peut utiliser des logiciels alternatifs, pour qu’un jour d’autres disent non à leur tour pour un non qui sera peut-être massif et franc.

On se dit non dans le forum.