Nioh

26/09/2017 Non Par cborne

Nioh est un jeu vidéo qui lors de sa preview a été vendu comme étant plus ou moins un super Dark Souls japonisant, ce n’est absolument pas le cas. On incarne un pirate européen qui est prisonnier dans la tour de Londres. Un esprit l’aide à se libérer, cet esprit est capturé par celui qui sera considéré comme le méchant de l’affaire, un type qui est à la recherche des gemmes de pouvoir. Gemmes de pouvoir d’ailleurs que vous ramassez dès que vous tuez un adversaire, contrairement à Dark Souls où on était dans la monnaie unique, ici vous aurez l’argent et donc ce précieux matériau qui vous permettra de passer les niveaux.

Votre adversaire se trouve au pays du soleil levant, vous débarquez dans un pays dévasté par la guerre avec des cinématiques façon bandes dessinées plutôt réussies qui expliquent … et bien pas grand en chose en fait, la trame n’est pas limpide, certains passages sont incompréhensibles. D’ailleurs à quoi bon ?

Dark Souls effectivement n’est pas réputé pour son scénario qui relève plus de la traduction, de l’interprétation, on pourrait en faire des thèses, certains l’ont fait d’ailleurs, mais c’est avant tout une ambiance. Des décors magnifiques, une musique oppressante, la peur de l’adversaire, on ne sait jamais ce qui va bien pouvoir se passer. Dark Souls a cassé complètement les codes du jeu vidéo en surprenant le joueur, en l’étonnant, en l’écoeurant parfois. Le modèle de jeu est similaire à Dark Souls, vous avez donc votre guerrier qui va réaliser des combats difficiles, précis, mais malheureusement non pas en utilisant le modèle Souls c’est à dire le gigantisme, le background, le décor, le level design mais en utilisant la vieille recette qu’on pensait éculée, se retrouver dans un couloir coincé face à trente adversaires. Un soul c’est l’aventure, ici c’est la carte. Comprenez que si dans le soul vous allez par hasard trouver le chemin ou la porte dérobée qui vous entraîne dans un nouveau monde, ici nous sommes sur le principe de la mission. La mission est simple, faire un niveau plus ou moins difficile, tuer un monstre. Les structures de niveaux sont d’ailleurs réalisées de façon quasi identique, vous avez un obstacle élémentaire qui vous pose problème, le niveau avec l’eau où le faux pas vous fait vous noyer, celui avec le poison où il faut détruire les sources etc … Ensuite, vous avez dans le niveau, un objet qui vous sera indispensable pour vaincre le boss de fin, un talisman de protection électrique contre un boss qui envoie des éclairs etc … La mise en difficulté est donc relativement artificielle et fait penser parfois à de mauvaises astuces de vieux jeux, le niveau dans le feu, dans l’eau ou dans la glace.

la fée électricité version japonaise, il suffit d’attendre qu’il s’énerve, une fois essoufflé, le frapper, une stratégie payante pour quasiment tous les boss du jeu

Vieux, c’est le terme le plus adapté à Nioh. Initialement prévu pour la PS3, le jeu n’est paru sur PS4 qu’après un certain nombre d’années de développement, il est techniquement dépassé. Comme précisé plus haut, le dépassement pour moi est plus en lien avec une certaine facilité de développement, l’absence de level design pour ainsi dire, comme si on avait utilisé un générateur de niveaux. Pour accentuer cette problématique, vous avez trois types de missions : la mission principale qui se déroule dans un univers original au level design juste moyen, les missions secondaires qui réutilisent ces niveaux mais pris sous un autre angle, raccourcis parfois par une barrière ou un rocher posé, enfin les missions crépuscules qui vous font rejouer les missions principales avec des monstres plus durs, un équivalent du new game plus dans la partie.

On peut alors s’interroger sur la nécessité de faire ces missions, et enchaîner uniquement sur la quête principale. Malheureusement, alors qu’un Dark Souls ne tient qu’à la technique et quasiment pas dans le farm, c’est l’inverse dans Nioh qui prend de faux airs de Diablo III. Le nombre d’objets lâchés est considérable, et l’utilisation est très vaste, trop vaste. La forge à elle même est un bon résumé du trop plein que veut donner le jeu. C’est ici le problème de fond de Nioh, la quantité à la qualité. Vous pouvez acheter, vendre, forger, reforger, associer des objets aléatoires etc … Ces objets peuvent être aussi utilisés plus tard quand on a tué la femme araignée (notez l’originalité) dans le salon de thé caché. Vous pouvez choisir d’adhérer à un camp, donner des objets pour gagner de la gloire, obtenir des « corps » de personnages rencontrés puisqu’à part la barbe et la longueur des cheveux vous ne pouvez pas choisir votre personnage, ce qui m’amène au multi-joueur.

L’une des forces de Dark Souls c’est indéniablement son multi-joueur, j’ai payé l’abonnement PS PLUS pour en profiter, il donne une autre dimension au jeux. Des parties de cache cache à essayer de s’étriper au milieu des crânes géants, patienter parce que le boss de fin est increvable, ceux qui auront fait la nonne de Ashes Of Andariel à quatre savent de quoi je parle. Il y a de la collaboration dans Dark Souls qui n’est pas la condition sine qua none de la victoire, un simple espoir pour ne pas se faire trop vite massacrer. A l’instar des feux, vous avez ici de petits temples, c’est ici que vous pouvez invoquer des personnages. J’ai joué jusqu’à la carte numéro quatre, toute participation d’un personnage supplémentaire c’est la garantie de victoire, les boss sont faciles avec un pattern simple et répétitif. Il y aurait une arène quelque part pour faire des combats, je n’ai pas pris le temps de vérifier, ce n’est pas intéressant. Plus ou moins de la même manière que dans Dark Souls, vous avez des tombes qui symbolisent l’endroit où des joueurs sont morts. Il est indiqué la façon dont ils sont morts, si vous lisez « tombé dans le vide », il y a de fortes chances que des chauves souris soient dans les parages pour vous pousser. En appuyant sur le bouton rond pendant un moment, vous déclenchez le combat, vous vous battez contre l’IA de l’ordinateur qui utilise le « joueur » au moment de sa mort. L’intérêt c’est de récupérer des points de gloire que vous utiliserez dans le salon de thé caché et éventuellement une des armes du joueur. Dans les idées intéressantes, il y en a quelques-unes, un musicien a le pouvoir de faire ressurgir les joueurs de leur tombe dans son périmètre, si bien que vous devez rapidement trouver le musicien pour éviter d’affronter des ennemis en pagaille.

L’IA n’est pas bonne et c’est un problème dans la manière de jouer. Les ennemis ne sont pas intelligents, admettons, ne vous surprennent pas, c’est un fait, mais possèdent un sens de l’orientation extraordinaire. Il est possible de jouer avec des armes à distance, et comme souvent il est de rigueur de sniper les ennemis à l’arc. Lorsque vous avez deux adversaires, celui qui est à côté va venir vous attaquer directement quelle que soit la distance ou la complexité du chemin à parcourir, il sait où vous êtes. On se rend compte alors que malgré les cinq armes qui sont proposées, le gameplay se résume souvent à taper le plus rapidement possible, éviter les coups. On évoquait Bloodborne pour la rapidité, les deux jeux sont similaires, et si on pouvait se plaindre que Bloodborne n’en proposait pas assez, ici c’est encore une fois la surenchère. Une arme se tient en position haute pour les coups puissants, moyenne l’intermédiaire ou basse pour les coups rapides. J’ai joué l’intégralité de mon run en position basse, on ne tape pas très fort mais les ennemis n’ont pas le temps de réagir, on neutralise les attaques.

Une des seules surprises du jeu, le mur qui vous regarde et qui vous attaque !

On vous propose de vous spécialiser dans deux armes, je n’ai développé que le Katana. Chaque arme possède son arbre de compétences et vous pouvez très bien, étant donné le nombre de missions, missions sur lesquelles vous pouvez revenir, vous spécialiser dans les cinq armes. Le nombre de compétences est énorme car il faut imaginer qu’on a les compétences passives mais aussi celles liées à la position haute, basse, et moyenne. Deux arbres supplémentaires sont disponibles, la magie et le ninja, j’ai fait l’erreur de développer les deux branches. La magie va vous permettre de développer des résistances ou d’envoyer des projectiles élémentaires, du feu par exemple qui peut vous faire gagner du temps. Vous allez croiser des monstres élémentaires, si c’est du feu, vous envoyez une boule de feu, il explose en laissant un cratère. La problématique c’est que le nombre d’emplacements est limité, huit au total, vous êtes donc forcé de faire un choix, choix qui ne peut être modifié que dans un temple. Pour le ninja, des armes de jet qui dépannent, envoyer des shurikens sur un gros monstre en fin de vie, permet d’éviter de prendre des risques quand soi-même on est en difficulté. Après un nombre d’heures conséquent, ni l’un ni l’autre n’est indispensable pour la partie, et s’il fallait réellement choisir ce serait le ninja qui propose des armes plus nombreuses que deux pauvres boules de feu.

Pour rajouter à ce toujours plus : le dojo. Alors que Dark Souls les compétences s’apprennnent de façon naturelle, la progression de votre personnage dans Nioh passe par un apprentissage. Sans ces apprentissages, impossible d’apprendre les compétences. Un exemple de plus qui montre le manque de souplesse du jeu, mais aussi une richesse artificielle, inutile, car on a la super attaque. A chaque fois que vous tuez un monstre, vous récupérez de l’expérience, vous chargez aussi votre jauge. Lorsque votre jauge est pleine votre arme est possédée par un esprit élémentaire que vous débloquez (pokemon attrapez les tous), vous faites d’énormes dégâts. Chaque esprit a ses propres caractéristiques dont certaines passives et ici on se rend compte encore que certains ne se valent pas tous, la chauve souris est très au-dessus des autres, elle se recharge au fur et à mesure des attaques, une fois que je l’ai débloquée, je n’ai eu aucun intérêt de changer d’élémentaire.

En résumé, utiliser plusieurs armes ne sert pas à grand chose, les grosses armures non plus car on passe son temps à sauter comme un cabri avec des monstres qui s’évitent bien et qui vous laissent du répit, la magie et l’aptitude de ninja ne sont pas indispensables. En se focalisant sur une seule arme et sur l’esprit élémentaire, on peut, ce sera certainement l’objet de ma prochaine partie, faire le run en entier sans se prendre la tête.

Que penser de Nioh ? Que les tests de jeux ne sont pas bons et qu’il devient de plus en plus difficile de miser sur le bon cheval. Nioh est un bon jeu, il aurait certainement été meilleur il y a quelques années mais certainement pas en 2017 où il accuse le poids des années. Les très nombreuses comparaisons avec Dark Souls, j’en ai décortiquées plusieurs, ne tiennent pas la route car les sources d’inspiration sont trop nombreuses. Si on était réellement dans une imitation de Dark Souls, un travail de fond aurait été réalisé dans le level design qui pour moi transforme ce jeu en une espèce de Candy Crush bourrin. Si Dark Souls est une aventure, les interconnexions entre les niveaux, les découvertes, Nioh avec ses niveaux indépendants casse complètement la dynamique du jeu. La multitude de possibilité pour se rendre compte qu’il n’est pas possible d’adapter son style de jeu ou de façon très mineure est regrettable, Nioh veut beaucoup donner, trop, il en aurait fait moins mais mieux, on aurait eu un très bon titre.

Si je prends du plaisir à jouer Nioh, même si je coupe car je sature, j’y joue sans l’intérêt, la passion, l’envie que j’ai pu y mettre dans un Souls, plus comme un passe temps que pour réellement enfiler ma tenue de guerrier. Nioh reste tout de même une bonne expérience de jeu que je conseillerai davantage à un amateur de hack and slash, qu’à un joueur de Souls qui sera logiquement déçu.