Ne pas vendre la peau de Facebook avant de l’avoir tué

21/03/2018 Non Par cborne

A l’heure actuelle facebook est dans le creux de la vague, avec quelques affaires, voici quelques articles :

  • l’affaire Cambridge Analytica qui est en lien avec l’élection de Trump, les fake news, les fuites de données, 50 millions de comptes, une paille.
  • la censure sur Facebook, après l’origine du monde, la liberté guidant le peuple.
  • suite aux différentes affaires, le co-créateur de WhatsApp fait partie des gens qui appellent à la destruction de son compte facebook, et des sites comme 01net vous expliquent comment supprimer votre compte facebook et récupérer vos données. Il est à noter que le gars a empoché 5 milliards dans la vente de WhatsApp à ce même facebook.
  • dans les précédents épisodes on notera aussi d’anciens responsables qui ont largement craché sur le système et qui ont quitté le navire avec le pactole pour certainement monter une startup franchement plus éthique. Très important de tuer le père.

Facebook est une très grosse entreprise.

Avec deux bons milliards de comptes à gérer, Facebook a des problèmes et c’est logique. Youtube a ses problèmes avec des vidéos pornographiques, nazis, avec des films Warez, Twitter a largement rencontré sa masse de problèmes avec largement moins d’utilisateurs et une concentration de tous les rageux de l’humanité, certaines personnalités continuent régulièrement par lassitude de quitter le navire suite à un ras-le-bol. Facebook n’a pas d’autre choix que d’utiliser des algorithmes, les algorithmes ne sont pas parfaits et c’est tant mieux, cela laisse encore une place à l’intervention humaine. Intervention humaine qui cafouille parfois bien plus que les algorithmes comme cet homme qui est déclaré mort et qui même s’il est vivant, l’état ne reviendra pas sur cette décision. Quand on voit les proportions que ça prend, parce qu’on a censuré deux tableaux et une photo, on se dit quand même qu’on n’a plus grand chose contre quoi s’insurger. Il est d’ailleurs à noter que quelqu’un a tenté sa chance en justice pour la censure de l’origine du monde et qu’il a été débouté, pour la simple et bonne raison qu’il n’y a pas de préjudice.

Et alors que, vous m’excuserez, on nous emmerde avec Facebook du matin au soir, la note sociale Chinoise qui montre le pire cauchemar qu’on peut attendre du big data n’a pas l’air d’émouvoir grand monde et pourtant il y aurait de quoi. Scruté dans ses faits et gestes du matin au soir, sur ses opinions, tracé vingt quatre heures sur vingt quatre, imaginez quelques minutes la vie du Chinois de base. Imaginez que toutes vos actions réelles ou virtuelles soient classifiées, que le croisement avec votre dossier de santé se fasse, et on est dans le pire cauchemar décrit dans le pire film d’anticipation. L’an prochain d’ailleurs, plutôt que de faire imaginer à mes élèves un monde dans lequel on croiserait toutes les données, un futur hypothétique, il me suffira d’évoquer la mise en application de la note Chinoise.

Facebook est une grosse entreprise, avec deux milliards de comptes, elle est nécessairement la cible des pirates, la société ne s’en sort finalement pas si mal. Dailymotion, Linkedin, Yahoo une bonne dizaine de fois, le nombre de sociétés informatiques qui ont été hackées ne se comptent plus. Jusqu’à ce qu’on découvre dans quelques années qu’on a un trou de plus d’un milliard de comptes, ça sortirait dans ces jours-ci, je ne serais pas étonné, Facebook a quand même montré une sacrée robustesse. On y viendra plus loin, car il ne s’agit pas d’un problème de sécurité mais de comportement, un petit exemple. Firefox et Thunderbird une faille de sécurité dans la gestion des mots de passe pendant neuf ans. Voyez quand même que l’attitude est la bonne, on utilise du logiciel libre et pourtant la sécurité est quand même franchement discutable, neuf ans de faille quand même. On pourrait évoquer heartbleed, ça n’aurait pas de sens. Aucun programme, aucun système n’est infaillible, la vérité est ailleurs.

De façon synthétique, à 2 milliards de comptes, je ne suis pas étonné qu’on rencontre des problèmes techniques, quand Orange plante un grand nombre de ses abonnés pendant plusieurs heures sans communiquer, on attend que ça passe et on oublie.

Mauvaise presse.

Denis a fait un court billet sur Clubic avec l’article spécial degooglisation qu’on peut voir sur le site en ce moment. Il remarque que le site est bourré de tracker Google. Je l’avais remarqué aussi, mais je préfère m’arrêter sur l’article : Nos 10 distributions GNU/Linux préférées pour dire adieu à Windows 10. Une capture de circonstances juste pour rire où l’on peut voir que le site a quand même besoin de l’argent de Microsoft pour vivre, voyez quand même la limite de la presse gratuite, enterrer Microsoft pour avoir des pubs pour office, c’est tout simplement pathétique.

On me fera remarquer que si j’étais positif je devrais écrire que c’est super qu’un site généraliste fasse l’éloge des distributions Linux pour quitter Windows, mais malheureusement c’est écrit par la mauvaise personne, enfin le mauvais site. Une parenthèse avant de continuer, plus de 150 commentaires sur cet article confirme ce que j’écris régulièrement, à savoir que Linux, distributions, sont les mots magiques pour réveiller les commentateurs endormis, la communauté francophone restant particulièrement active, surtout quand il s’agit de commenter, plus que pour agir mais ce n’est pas le propos. Aujourd’hui Clubic écrit sur Linux parce qu’il faut se débarrasser impérativement de Windows, demain Clubic sera le premier à jeter en pâture Linux à la moindre faille de sécurité, à vous présenter le prochain produit Windows que vous devrez posséder, la prochaine mise à jour qui changera tout. Clubic offre un service gratuit qui ne lui permet pas de s’engager, c’est une difficulté. Quand on ne peut pas s’engager, on est obligé d’écrire tout et son contraire.

C’est ainsi que lorsqu’il était tendance de faire du twitter bashing pour annoncer que le réseau était mort jusqu’à ce qu’il dégage ses premiers bénéfices, ils y étaient tous. C’est bien normal de retrouver toute la petite famille de la « presse » gratuite autour du bûcher qu’on est en train d’essayer de monter pour Facebook. Ces sites ne connaissent malheureusement pas l’engagement, aucun ne fera sauter sa page Facebook au profit d’un compte Mastodon ou Diaspora. Et comme je suis un peu d’humeur joueuse ce soir, j’aime à rappeler que l’instance Mastodon de Numerama existe, rien n’y est écrit depuis six mois.

Comme je l’ai écrit, cette presse gratuite fait malheureusement avec les moyens du bord. Le modèle de ce type de sites n’a pas changé, on ne peut pas se permettre de faire un article de fond comme je le fais, même s’il est discutable, trop long à écrire, trop long à lire, on préfère jouer la carte de la mitraillette et balancer des brèves. Une technique qui continue de faire ses preuves, plus on écrit, plus on fait venir de monde, meilleurs seront les placements de pub. Du fait que ces sites soient nombreux à fonctionner sur ce modèle, on a la sensation anxiogène qui pourrait nous faire croire que tout le monde va fermer son compte demain ce qui n’est pas le cas.

Facebook pour les 25 ans et plus.

Comme j’ai pu l’écrire plus d’une fois, les jeunes sont désormais passés à Snap et Instagram. On commence à voir arriver quelques jeunes sur Twitter, ils sont peu nombreux car ils ont dû mal à maîtriser les codes, mais c’est aussi la preuve que Snap et Instagram ne suffiront pas à « calmer » la voracité de ces gros consommateurs du web. Et d’ailleurs, force est de constater le talent de Facebook dans sa gestion des produits, Instagram a désormais ses boutiques, bientôt ses RT, il est en train de réussir à enfermer les jeunes de moins de 25 ans, les plus âgés aussi car l’image c’est facile, tout en conservant la vieille garde dans son réseau social pour vieux.

Il n’est pas l’heure de fermer son compte pour les gens plus âgés, pour les jeunes c’est un conseil que je leur donne s’ils n’ont plus de raison d’y aller, coupez tout, c’est une sécurité. Car si la terre promise du jeune s’appelle désormais Snap et Instagram, qu’il est plus judicieux de fermer les robinets où traînent encore des informations personnelles, si le vieux coupe son compte, le vieux va où ? Nulle part. Et c’est ici ce qu’il faut comprendre, Facebook fait du lien non seulement entre des gens qui se connaissent mais aussi avec des associations, des commerces. La stratégie de Zuckerberg de favoriser la presse locale est une logique, la stratégie visant à favoriser les échanges entre les amis est une évidence, Facebook n’a pas la dimension d’actualité internationale d’un twitter ne possédant ni ses journalistes ni ses intellectuels, Facebook n’a pas la force vidéo d’un Youtube et ne l’aura jamais, que lui reste-t-il sinon ce réseau de proximité ?

Le jour où un réseau visant réellement le local arrive à s’implanter, c’est ici que Facebook sera menacé. Néanmoins on voit tout de même se profiler ce qui paraît comme une évidence pour demain : le retour de la segmentation.

des utilisateurs de facebook

Nous avons connu l’ère du décentralisé, tout a fermé avec l’arrivée de Facebook car les gens voyaient une logique d’avoir tout au même endroit. Aujourd’hui on en revient et ce pour au moins deux raisons : le problème générationnel décrit plus haut à savoir que les jeunes vont avoir besoin de migrer par goût de la nouveauté ou par opposition aux générations précédentes, Facebook ne peut pas tout faire. Si vous avez un problème avec votre voiture en toute logique vous allez vous orienter vers des communautés spécialisées dans la mécanique. Facebook n’est pas un outil adapté pour cela, on n’a toujours rien fait de mieux que le forum de discussion.

Facebook a donc de nombreuses années à vivre, quand Zuckerberg sera sorti de la tourmente, il faudra qu’à l’instar de Google qui a pris le nom d’alphabet, il trouve une appellation plus juste qui lui permette de détacher Facebook l’entreprise du réseau social historique. Si chez Facebook on a du talent, il faut se positionner pour savoir quel sera le prochain réseau social qui va émerger pour séduire la génération future qui sera lassée de Snap et d’Instagram. Car, ici, la presse fait fausse route en faisant la confusion entre le réseau social et l’entreprise, l’entreprise continue d’avoir la main mise sur les vieux et sur la jeunesse actuelle, c’est donc une histoire qui roule.

Confusion à tous les étages

Facebook doit protéger la vie privée des utilisateurs, par défaut. Voilà c’est dit, Facebook doit faire le job seulement cela ne fonctionne pas comme cela. Si je décide de vous mettre une photo de moi dans le plus simple appareil sur ce blog, je l’aurai fait en utilisant uniquement des logiciels libres. C’est la suite de ce que j’écrivais plus haut. Facebook, PluXml sont des logiciels, on ne peut pas oublier que ce sont de simples outils. Alors effectivement comparer PluXml à Facebook c’est un peu mesquin, PluXml n’a pas une batterie d’algorithmes qui passe son temps à décortiquer le moindre de vos faits et gestes. Néanmoins et c’est important de le préciser, si je ne mets pas de photo de moi à poil dans Facebook il n’y aura pas de photo de moi à poil dans Facebook.

Par le fait, crier contre Facebook, s’insurger contre l’outil, c’est oublier qui a mis les données à disposition, qui utilise. Si des informations sont disponibles sur vous dans Facebook c’est parce que vous les avez mises ou quelqu’un de votre entourage les a mises ce qui est plus délicat mais le principe est le même. Nous sommes responsables de nos publications quels que soient les outils, et ça on aurait tendance à l’oublier un peu trop rapidement. Tous les problèmes rencontrés sur Facebook peuvent l’être sur n’importe quel réseau social jusqu’à un réseau social libre où on pourrait imaginer qu’un administrateur malveillant de pod vous espionne et récupère vos données personnelles. A ce niveau là, je partage pleinement la phrase d’Eric Schmidt patron de Google : « Si vous voulez qu’on ne sache pas ce que vous faites, peut-être qu’il faudrait commencer par ne pas le faire » qu’on peut adapter à si vous ne voulez pas finir à poil sur Internet, ne mettez pas de photos de vous à poil.

Aucun système ne sera suffisamment secure pour garantir la protection de vos données les plus sensibles, si vous discutez sauvegardes avec ceux qui savent, nous sommes nombreux à en réaliser sur des systèmes coupés de tout réseau comme un bon vieux disque dur externe. Tout réseau social, tout système de stockage en ligne y compris les coffre forts virtuels ne sont pas inviolables, le risque zéro n’existe pas.

Conclusion

On pourrait penser que je fais l’apologie de Facebook dans ce billet, ce n’est pas le cas. Il s’agit ici d’une réponse à l’emportement, à l’urgence, à la presse gratuite, il s’agit simplement d’essayer de comprendre un peu, ou en tout cas ma vision de ce qu’on peut voir à l’heure actuelle. Comprenez que Facebook n’est pas le problème, le problème c’est une histoire d’argent. On évoque souvent le modèle Apple qui coûte un bras, mais un modèle qui s’oppose au FBI pour ne pas balancer les données personnelles d’un individu même s’il s’agit d’un terroriste. Il faut comprendre qu’il serait indécent de la part d’Apple à 1200 € le téléphone de s’engraisser sur les données de ses utilisateurs. Le modèle économique de Facebook c’est la data, un modèle économique pour le moins rentable, je ne suis donc nullement choqué par toutes les pratiques de Facebook. Si j’ai un compte c’est en mon âme et conscience, en sachant que la gratuité du service qui m’est offert se fait en contrepartie des données personnelles que je veux bien donner. Il serait alors difficile de s’insurger, d’exiger que tout aille pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, d’avoir le beurre et l’argent du beurre, sans avoir à verser un centime.

La campagne de Trump n’est pas un problème en lien avec les réseaux sociaux mais un problème bien plus profond dans nos sociétés. Quand on apprend qu’un jeune sur cinq pense qu’il peut attraper le VIH par la transpiration c’est que l’information ne fonctionne plus. Et ici, nul besoin de Fake news pour berner l’opinion publique, il suffit de laisser faire. Le jeune ne s’informe plus car il n’en ressent pas l’intérêt alors que les Marseillais qui s’insultent à la télévision c’est franchement plus passionnant. Toutes les campagnes d’explication, d’éducation, tous les articles du monde pour expliquer le fonctionnement de l’information, de la contrepartie en data que nécessitent les réseaux ne serviront à rien tant que l’auditoire que vous avez face à vous s’en tamponne le coquillard.

Je n’ai malheureusement pas de propos rassurants pour évoquer un éventuel réveil, une prise de conscience, il faudra certainement un événement très grave pour réveiller une grande partie de la jeunesse d’aujourd’hui, une coupure généralisée de l’internet par exemple.