Les trois passoires de Socrate ou la frontière fragile entre le bien et le mal

12/04/2018 Non Par cborne

Trouver la frontière entre la médisance et le propos qui doit malheureusement être tenu.

J’aimerai revenir avec vous sur l’ordinateur Thomson ou l’ordinateur Electrodepot, ainsi que sur les trois passoires de Socrate. On va commencer par Socrate, ça fait toujours bien de commencer par les philosophes Grecs.

Quelqu’un arriva un jour, tout agité, auprès du sage Socrate :

– Écoute, Socrate, en tant qu’ami, je dois te raconter …
– Arrête, As-tu passé ce que tu as à me dire à travers les trois passoires ?
– Trois passoires ?
– Oui, mon ami, trois passoires. La première est celle de la Vérité. As-tu examiné si tout ce que tu vas me raconter est vrai ?
– Non, je l’ai entendu raconter …
– Bien, bien. Mais assurément, tu l’as fait passer à travers la deuxième passoire. C’est celle de la bonté. Est-ce que, même si ce n’est pas tout à fait vrai, ce que tu veux me raconter est au moins quelque chose de bon ?
– Non pas, au contraire …
– Essayons donc de nous servir de la troisième passoire et demandons-nous s’il est utile de me raconter ce qui t’agite tant …
– Utile, pas précisément …
– Et bien, dit le sage, si ce que tu as à me dire n’est ni vrai, ni bon, ni utile, oublie-le et ne t’en soucie pas plus que moi.

Il y a un point qui me paraît litigieux dans le coup des trois passoires en 2018, c’est celui de la bonté. Reprenons désormais l’ordinateur Thomson ou l’ordinateur Electrodepot dont je vous rappelle les caractéristiques :

Je vous rappelle que nous sommes face à un produit qui va poser des problèmes à court ou moyen terme au consommateur, pour la simple et bonne raison qu’il ne pourra pas se mettre à jour à cause d’un espace disque partagé par le système et l’espace utilisateur, une quantité de RAM inférieure au minimum attendu par Windows, une résolution qui n’est pas acceptable sauf pour une tablette qui n’a pas la même gestion de l’affichage. On ne va pas se mentir, c’est de la merde comme dirait le regretté Jean-Pierre Coffe. Si l’on suit les passoires de Socrate qui est une base pour savoir si on a raison ou tort sur la diffusion d’un message, je pense qu’il s’agit de la vérité, je pense qu’il s’agit de quelque chose d’utile, en outre ce n’est absolument pas bienveillant puisque je dénigre un appareil. Alors effectivement on peut se dire que Socrate à cette époque n’avait pas besoin d’un guide d’achat sur les ordinateurs portables et pourtant à cette époque déjà, on peut supposer que les marchands peu scrupuleux étaient légions. La question, c’est donc la suivante, faut-il appliquer à la lettre de façon scrupuleuse les passoires ? Quand est-ce qu’il est juste de dénoncer ?

Si vous lisez les témoignages clients, vous trouverez le mien, j’ai écrit globalement ce qu’il y a plus haut. J’ai joué le rôle du consommacteur, en avertissant les autres consommateurs qu’il y avait un problème. Je vous invite d’ailleurs à plussoyer mon commentaire, pour qu’un maximum de personnes le lisent. On remarquera d’ailleurs l’aberration du système de notation des sites internets. Je n’ai pas acheté le produit, je me base sur des valeurs empiriques, aussi bien Thomson ou l’autre constructeur puisque c’est le même modèle avec une étiquette qui change a réussi à faire l’exploit de créer un produit qui déchire et qui malgré ses performances médiocres sur le papier est formidable. Et si mon commentaire n’est pas justifié, que penser des gens qui sont propriétaires du produit depuis moins de 24 heures et qui mettent directement du 5 étoiles, sans imaginer qu’il faudrait un peu plus de long terme sur ce type de produit.

Je vais vous donner un autre exemple, où cette fois-ci c’est moi le dindon de la farce. Souvenez-vous, j’ai acheté un OBI MV1 l’été dernier, un téléphone particulièrement prometteur sur le papier. Sous Cyanogen Mod, des articles sur Numerama, et sur d’autres sites informatiques, avec des éloges et sur les caractéristiques et sur la boîte qui avaient tout pour mettre en confiance. Il se trouve que très rapidement la société n’a plus donné signe de vie, qu’elle n’a pas livré la stock rom pour permettre aux utilisateurs de se retourner, que Lineage OS ne peut donc pas s’installer dessus car il n’y a pas les spécifications de disponible et cerise sur le gâteau des installations de certaines applications font rebooter le smartphone en boucle. C’est donc un mauvais produit, une mauvaise société qu’il faut sanctionner et si on m’avait donné ces informations, j’aurai été bien content d’éviter cet achat. Alors que nous sommes au mois d’avril et que je n’ai acheté aucun nouveau gadget débile, je vais commencer à regarder pour l’achat d’un nouveau téléphone.

Si je fais une synthèse rapide de ce qui précède, il me semble que si on a une information dont on est certain, que cette information n’est pas positive mais que cette information est nécessaire pour éviter de faire tomber les gens dans un piège, alors tant pis pour Socrate qu’on renvoie aux calendes grecques (ça ne veut rien dire mais c’est pour le jeu de mots classe), il faut certainement le dire. A l’heure des faux avis, à l’heure des avis donnés à l’emporte pièce où les gens n’ont aucun recul sur un produit, à l’heure où la consommation devient de plus en plus un acte citoyen, politique, presque un engagement. Il faut, je pense donner son avis quand on a fait une mauvaise expérience et bien évidemment une bonne expérience. Si vous avez le savoir, si vous êtes sûr de votre coup, partagez votre savoir, même si ce n’est pas forcément bon et même si cela peut avoir des conséquences.

Soyons fous. Imaginons que tous les gens un peu compétents en France se mettent à miner tous les commentaires de façon structurée sur tous les sites de vente sur l’appareil de chez Thomson par exemple. Thomson a tout misé sur ce produit sur lequel les marges sont ridicules, il fait faillite, des gens sont licenciés. Bien sûr vous allez me dire que je suis dans la caricature, qu’une société ne s’appuie pas sur un seul produit, mais il faut bien comprendre qu’un avis négatif a un rôle particulièrement important sur les ventes. Imaginez une multitude d’avis. Même si c’est fondé, même si on privilégie l’intérêt du consommateur, porter un avis négatif c’est nuire à quelqu’un.

Si dans le cas d’un appareil pas assez performant, un appareil qui peut être dangereux, c’est assez facile, transposons le contexte au libre. Un exemple qui rappellera quelques souvenirs aux plus anciens d’entre vous :

Environ six mois avant l’annonce de la mort officielle de FirefoxOS, j’annonce que le projet va mourir. En même temps c’était assez prévisible, je m’étais basé sur une seule donnée, aucun téléphone FirefoxOS n’était annoncé, ceux qui étaient prévus finalement ne sortiraient pas. Il faut comprendre que mon message isolé, n’a eu aucune portée et que le sort de FirefoxOS était déjà fixé. Si sur ce coup là j’ai fait mouche, ça n’a pas été toujours le cas, j’ai eu ma période où je me suis spécialisé dans le « on va tous mourir », annonçant la mort de tout un tas de projets qui sont bien vivants. Un exemple bien parlant, j’ai annoncé la mort de Thunderbird cinquante fois, j’ai tout essayé et j’utilise à nouveau Thunderbird, voyez que j’ai raté l’occasion de cinquante fois me taire.

Cette erreur a un prix, et c’est le prix de la confiance, le raisonnement est simple. Il se trouve que fut une époque, j’étais largement plus lu qu’après avoir suicidé dix fois le blog et tronqué son flux RSS, donc je possédais une visibilité assez importante. Si quelqu’un fait une recherche dans Google et tombe rapidement sur un article de blog où l’on annonce que le projet va mourir, il paraît évident que même si la personne doit comparer différentes sources avant d’arriver à sa conclusion personnelle, un article dans le plus pur style Bornien teinté de mauvaise foi peut créer un très grand doute. Voici l’exemple du moment, Mageia se porte mal :

  • Mageia: celui qui plantera le dernier clou du cercueil, viendra de la communauté, vous chercherez le lien sur l’internet si vous êtes intéressés par lire l’article.
  • La fraîcheur et le nombre des paquets, indicateurs de la santé d’une distribution Linux. Denis paye un peu le prix de ce billet à savoir qu’un confrère blogueur dit qu’il raconte des conneries pendant que les gens du forum Mageia le traitent d’incompétent ce qu’il n’est pas. Ça fait partie du jeu, il est plutôt doué d’ailleurs le père Denis, il est de la trempe des hommes qui profitent des attaques pour rebondir, une technique d’usure très efficace qui lasse l’adversaire.

Voilà ici ce que je pense être la limite du système de la dénonciation. Quel enjeu pour les deux blogueurs ? Denis a écrit un article lapidaire sur la fraîcheur des paquets, le blogueur dont je tairai le nom a fait un article à charge sur la communauté Mageia. Il s’agit d’articles à troll avec pour moi la volonté de nuire. C’est mon point de vue, ça peut se discuter, c’est mon interprétation à ma lecture, mais je trouve dans un cas comme dans l’autre, ça manque de fond, ça manque de travail. S’appuyer sur la fraîcheur des paquets pourquoi pas, mais il faut avoir l’honnêteté d’aller regarder dans les pages de développement si le projet est à l’arrêt ou non. Expliquer que les utilisateurs d’un forum sont des intégristes, ça ne fait pas une mauvaise distribution. Pour ma part c’est de la méchanceté gratuite contre une communauté qui n’a rien à se reprocher, qui ne fait pas de mal, et qui surtout n’a rien demandé, en tout cas certainement pas de la mauvaise publicité. Les collègues blogueurs préjugent de la mort du projet, et effectivement sachant qu’ils auront été lus, ils contribuent à cette mort. Si je vous annonce la mort d’un projet, si une deuxième personne en fait de même, la personne qui va choisir d’installer une distribution Linux ne fera pas le choix de Mageia. Annoncer qu’un projet va mourir quand on contribue à le faire crever, c’est provoquer sa perte.

Principalement ce qui me pose problème c’est la forme, pas tellement le fond car dans le fond Denis n’a peut-être pas tort comme le blogueur dont je tairai le nom. J’évoquais plus haut la dénonciation du mauvais produit lorsqu’il y va de l’intérêt collectif. Imaginons, c’est une simple supposition que Mageia ne se porte pas bien et que le projet est effectivement en bout de course. N’est-il pas dans l’intérêt public d’avertir les gens qu’on est face à une distribution qui ne se porte pas très bien et qu’il n’est pas forcément judicieux de l’installer.

J’ai été confronté à cette situation en installant Handylinux qui même si on a une passation de pouvoir avec DFlinux, j’ai fait le choix de ne me focaliser sur les distributions Debian et Ubuntu selon le public, selon la machine. Du fait d’avoir été échaudé par l’expérience qui m’a conduit à réinstaller quelques ordinateurs, je fais du prosélytisme pour ces deux distributions. Comprenez que faire du prosélytisme ne me donne pas le droit d’expliquer que les autres distributions sont à fuir. De nombreux utilisateurs trouvent leur compte avec Manjaro, Solus, Mageia, Opensuse et d’autres, le bon sens veut qu’on tire la couverture à soi avec classe et élégance sans vomir sur le travail du voisin.

Contextualisons un petit plus. Qui va installer Mageia ? Un gars qui sait installer une distribution Linux. Concrètement le risque ce n’est pas d’acheter un appareil à 99€ qui va polluer la planète avec un système d’exploitation qui ne pourra pas se mettre à jour, le risque c’est qu’un type se retrouve avec une distribution qui n’est plus maintenue. J’ai confiance, s’il a su installer Mageia, il sera dans la capacité d’installer une Opensuse ou une Fedora, des distributions qui sont en RPM. Au pire, s’il s’est senti pousser des ailes, il devra se reconfigurer l’intégralité des installations de Mageia qu’il aura semé sur un tas de postes, c’est ce qui s’appelle assumer un choix.

Est-ce que Mageia va mourir ? Personne ne le sait. Est-ce que c’est une information bienveillante ? Certainement pas. Est-ce que c’est utile, absolument pas. Socrate gagne trois points à zéro contre les blogueurs.

Bien. Je ne peux pas conclure comme ça, sur un message moralisateur qui me ferait passer pour un saint homme. Je continue de troller parce que c’est rigolo, mais j’essaie en tout cas je l’espère de ne pas le faire au détriment de quelqu’un. Dans ces histoires, tout le monde est perdant. Un projet est décrédibilisé, des blogueurs se décrédibilisent parce qu’ils passent pour les charognards de service à publier des billets pour annoncer qu’un projet va mourir, les gens commencent à s’insulter parce que n’oublions pas que toucher la distribution Linux de quelqu’un c’est comme traiter sa mère. Plutôt que d’évoquer la mort supposée des projets, plutôt que de désorienter, il va mieux essayer de faire le contraire et de pousser ses expériences positives.

  • Cyrille BORNE c’est une famille avec une uniquement des ordinateurs sous Xubuntu,
  • Cyrille BORNE c’est 100 machines sous Debian au lycée,
  • Cyrille BORNE c’est désormais 35 PC sous Debian qui vont être distribués à des gens dans le besoin.

MANGEZ DU DEBIAN ET DU UBUNTU !