Les grandes manœuvres

11/05/2019 Non Par cborne

Il y a quelques bricoles dans l’actualité informatique qui méritent d’être commentées.

Hardware.mondial

La diminution de 50 % des ventes des disques durs en 2019, à elle seule permet d’expliquer l’informatique de 2019. On pourrait dire que s’il se vend moins de disque dur c’est au profit des SSD, certainement, néanmoins il faut préciser que les SSD et les disques durs ne jouent pas pour l’instant dans la même catégorie de stockage. Concrètement, la baisse de vente des disques durs, c’est la traduction d’un besoin moins important de stockage. Logique, tout passe désormais dans le cloud et pour les documents personnels, et pour le multimédia qu’on n’a plus besoin de stocker au local. Netflix, ou le streaming pour les pirates, le besoin se déplace vers la bande passante, pas seulement pour la vidéo ou la musique mais aussi pour le jeu vidéo comme on a pu le voir ces derniers temps.

La vente de PC n’en finit plus de diminuer mais personne n’évoque aujourd’hui la mort du PC, car nous sommes face à un marché mature. Le raz-de-marée tablette n’était qu’une tempête dans un verre d’eau, les ventes de smartphone stagnent. Le hardware en 2019 c’est :

  • un ordinateur pour ceux qui travaillent. Pour avoir tout essayé, il apparaît qu’en 2019 on a rien fait de mieux qu’un clavier et une souris. Le format de l’ordinateur n’a finalement que peu d’importance, qu’il soit portable ou fixe pour ceux qui ont besoin de confort, l’ordinateur reste la machine de production par évidence.
  • un smartphone pour tout le monde. Avec des possibilités de plus en plus importantes, des possibilités de plus en plus nombreuses, mais qui ne permettent pas encore de remplacer un PC.
  • un ordinateur pour jouer mais certainement plus pour longtemps, le cloud gaming sera une réalité dans quelques temps.
  • un ordinateur pour serveur, qui reste tout de même un usage dédié aux professionnels.
  • une tablette ? Un appareil qui disparaîtra certainement lorsque les téléphones pliables seront au point.

Le hardware de demain ? Un terminal avec le gros œuvre qui se trouvera dans le cloud. Je vois bien comme appareil central un smartphone pour lequel on aura des docks, poser le téléphone sur le dock à côté de l’écran et le voilà ordinateur, insérer le smartphone dans un emplacement d’ordinateur portable et nous voilà avec un ordinateur portable. Ce genre de concept d’ailleurs, j’en ai vu passer plusieurs.

L’ordinateur personnel tel qu’on le connaît est mort et certains l’ont bien compris.

À qui profite le crime ?

Apple a réussi à tirer son épingle du jeu pour quelques raisons : la qualité, l’innovation, un écosystème rassurant, la fameuse cage dorée. L’iphone, l’ipad, autant de produits qui faisaient la différence, ce n’est plus le cas aujourd’hui, Apple n’a plus la côte. La qualité n’est plus forcément au rendez-vous pour des tarifs prohibitifs. L’innovation c’est fini, on se contente de ressortir le même produit plus cher, plus puissant mais rien ne justifie son achat. Des problèmes techniques divers, Apple n’est plus la garantie de l’impeccable, du solide. Pas étonnant dès lors que le chiffre d’affaires est à la baisse. Le soldat Apple est loin d’être condamné, jouant sur les habitudes, jouant sur son univers rassurant, il peut continuer de jouer les paresseux, mais pour combien de temps encore ?

Pour moi, les jours d’Apple sont comptés et j’y vois au moins deux raisons. Le téléphone à 1200 € pour rien c’est fini dans la tête du consommateur, il n’est pas le seul à en faire les frais, Samsung est aussi en train de se ramasser. Celui qui explose les ventes c’est Huawei qui a montré qu’il n’était pas nécessaire de mettre une fortune dans un téléphone pour avoir de belles performances. Apple est dépendant de son cloud de sociétés de prestation, Amazon pour l’instant avec AWS pour 1.5 milliards de dollars. Si on va photoshoper dans les nuages au point de pouvoir se passer des Imac, si les tablettes n’ont pas montré leur intérêt, si les Iphones c’était mieux avant, que va-t-il rester à Apple ?

Google et sa stratégie dans les nuages depuis le début, à ne pas miser sur le hardware à part les pixels, est certainement l’un des grands gagnants de l’histoire, mais cette situation n’est pas idéale non plus. Du fait que Google ne possède rien ou presque, il est donc dépendant de l’intégralité des constructeurs. Lorsque l’on sait qu’un Windows Phone aujourd’hui, est plus sécurisé que la majorité des téléphones Android sortis ces derniers temps alors que le projet est abandonné, il y a de forts soucis à se faire pour la sécurité mondiale. C’est la faute de Google qui va finir par manger son pain noir quand le drame va se produire.

La force du système Microsoft, c’est que quelle que soit la machine, sauf quand il décide que la capacité de stockage est insuffante, c’est lui qui met à jour. Par le fait, l’utilisateur qui continue de tourner sous Windows Vista ou même XP, sauf s’il vit dans une grotte, doit avoir conscience par les messages envoyés par son propre ordinateur que son système est obsolète et plus maintenu par Redmond. Lorsque vous utilisez un appareil Android, vous utilisez le système Google mais pas vraiment. Les logiciels installés par défaut qui ne se retirent pas sauf si vous parvenez à rooter, les couches constructeurs qu’on connaît chez Samsung ou Xiaomi qui donne parfois à l’utilisateur la sensation de vivre une expérience différente, et bien sûr, le bon vouloir de la mise à jour ou non.

Le souci, c’est que les appareils sont obsolètes à peine sortis, pas de suivi, pas de mise à jour de sécurité, comprenez dès lors que tous les conseils que vous pouvez trouver sur la toile, la méfiance dont on vous invite à faire preuve, c’est de la merde totale. Les pirates sont des travailleurs, et comme tout bon travailleur, on vise ce qui est lucratif. On vise donc du gros, du lourd, qui rapporte. Lorsque vous balancez un ransomware qui va atteindre les très grosses entreprises, vous savez que certaines préféreront payer que de se retrouver avec l’intégralité des données perdues. De la même manière quand vous tentez un fishing, vous visez large, c’est ainsi que nous recevons tous des emails pour nous dire que notre ordinateur a été piraté. Ceci provient des énormes bases de données de mails et de passwords récupérés sur les sites comme linkedin, yahoo, dailymotion etc …

Aujourd’hui Android alors qu’il est une passoire avec un système totalement fragmenté où cohabitent des appareils qui vont de la version 5.1 à la version 9, des appareils qui ne sont pas mis à jour, par la faute des constructeurs mais aussi de Google qui ne fait rien pour arranger la situation, que se passera-t-il quand un pirate lancera une attaque mondiale qui verrouillera l’ensemble des téléphones mondiaux ou presque, Apple hors course bien évidemment ? Et bien sûr, qui paiera l’addition ? Les particuliers ou Google ?

Google a bien conscience de cette situation et c’est pour cela qu’il prévoit à terme de faire les mises à jour de sécurité à travers le playstore. Un jour, peut-être, mais ça n’a pas l’air d’être dans les préoccupations du moment. Pourtant pour les Chromebooks, plus récents, où il aurait pu faire les choses différemment, c’est exactement le même problème avec des machines qui ne sont plus mises à jour et qui deviennent obsolètes. Par le fait, le problème actuel de Google c’est qu’il est vecteur d’insécurité, d’instabilité pour l’utilisateur et c’est pour cela qu’il ne perce pas au niveau des entreprises. En effet, non seulement il laisse faire n’importe quoi avec son système d’exploitation, mais il est un fossoyeur de ses propres services.

le site killed by Google recense la liste des services tués par Google, à ce niveau-là, c’est serial killer.

Google malgré sa puissance, ses logiciels extraordinaires, ne fait pas vraiment sérieux, pas assez sérieux en tout cas pour quelqu’un d’un peu rigoureux en informatique et qui veut miser sur le long terme.

Il se pourrait que vous considériez que mon billet soit orienté pro Microsoft du fait d’être actuellement retourné sous Windows, et y voir une intention de justification ou de vous convaincre, ce n’est pas le cas. Vous connaissez ma versatilité, du fait qu’on a appris que désormais les Chromebooks étaient capables de faire tourner des applications Linux, je viens de télécharger une iso de Cloud Ready, mais ce sera une autre histoire.

Sur ces dernières années, il y a quelques bricoles qu’on peut dire sur Microsoft. Particulièrement malmené par Google, Apple, Facebook et les autres, la firme est restée très discrète. Il faut dire que Satya Nadella n’a rien à voir avec Steve Ballmer. Pas de sorties qui font la une de la presse informatique, la risée souvent, pas de phrase culte, mais une grosse action de fond. Malmené Microsoft, c’est une évidence. Un four complet pour les Windows Phone malgré la qualité des appareils, un Windows 10 qui a sorti les rames pour arriver sur le poste des utilisateurs, une section jeu qui ne fonctionne toujours pas face à Sony et Nintendo. Et pourtant c’est pour moi de façon indéniable le grand gagnant de la partie, ou en passe de l’être, quelques explications.

Microsoft a conservé son cœur de cible, les professionnels. Non seulement les office365 se vendent comme des petits pains au niveau des professionnels contrairement aux solutions Google, je peux vous en parler puisque ma fédération est chez office. Microsoft avec ses serveurs Azure est indépendant contrairement à Apple et donc prestataire de nombreuses sociétés qui ont besoin de s’héberger. Le changement de stratégie de Microsoft est réellement notable, puisqu’il opère désormais une stratégie à la Linux. On savait que la vente avec des ordinateurs Linux c’était mort, si bien que Linux s’installe sur n’importe quel ordinateur. Microsoft a compris qu’il n’arriverait pas à s’imposer sur le marché des smartphones, et pour preuve plus de nouvelles d’Andromeda, si bien qu’il est passé à l’étape de contagion des smartphones par ses applications. Les interactions entre le monde d’Android et de Windows 10 sont de plus en plus importantes, comme le nombre d’applications présentes sur l’OS de Google. Et c’est ici que Microsoft est bon car finalement il se débarrasse du plus pénible : la gestion du hardware. Si vous discutez avec n’importe quel professionnel, il vous dira qu’il préfère mieux faire cent fois du service que du hardware. Le hardware c’est un problème permanent, c’est de l’aléatoire, le gars qui vend la machine est responsable, celui qui la répare ou qui intervient a moins de questions à se poser.

En fin de compte, on peut avoir un téléphone Android avec un monde totalement Microsoft, au point que je ne serais pas surpris si Microsoft est un peu malin qu’il sorte sa propre version d’Android comme il sort sa version modifiée de Chromium, montrant désormais sa nouvelle démarche. Ce Chromium modifié qui aura déjà du sens car rétrocompatible avec les pages pourries qui ne savent que lire du IE6. Moins de code propriétaire, plus de code ouvert, moins de développement à payer, plus de rentabilité. Microsoft inspire donc la confiance, car on aura beau dire que Windows c’est de la merde, Windows c’est très largement moins de la merde qu’Android et ton ordinateur sous Windows il est à jour, et identique à celui du voisin même si les composants sont différents. Non seulement Microsoft c’est la confiance pour les professionnels car on a une réelle pérennité dans les produits avec des logiciels qui ont plus de 20 ans, mais c’est désormais une aura qui déstabilise jusqu’aux barbus. Bien sûr le coup de grâce c’est l’inclusion du noyau Linux dans la prochaine build de Windows, l’achat de Github c’est pas mal non plus, même dernièrement les powertoys en version libre. Celui qui apparaissait comme l’empire du mal est en train de se positionner comme l’informatique sérieux, l’informatique des pros.

Libristes, les gilets jaunes de l’informatique ?

Voilà la guerre est finie, l’opensource a gagné la bataille. Pendant des années j’ai dit qu’il fallait arrêter de jouer sur les mots entre opensource et libre, pourtant j’en comprends aujourd’hui parfaitement la signification. Si je devais y donner ma définition, je dirais ceci. L’opensource a effectivement gagné la bataille, le code est majoritairement ouvert, Microsoft est l’un des plus gros contributeurs de logiciels ouverts au monde, Microsoft intègre Linux dans sa prochaine version. La lutte contre le modèle propriétaire, contre ce code « qu’on sait pas ce qu’il fait » est terminée, vous avez désormais la possibilité de lire le code pour voir comment vous êtes espionnés.

Et c’est ici que se joue la différence, à l’instar du fusil de chasse que vous pouvez utiliser pour tuer de sang froid un chaton, vous pouvez sauver la veuve et l’orphelin. Concrètement, que le code soit ouvert ou non, c’est l’utilisation qui en est faite qui compte, et c’est ici qu’on aurait donc l’aspect libre, l’aspect éthique.

Si vous installez une distribution Linux, contrairement à Windows qui peut être désormais pétri de code ouvert, vous n’avez pas de pistage, vous n’avez pas de télémétrie, votre ordinateur ne vous demande pas si vous êtes bien sûr de vouloir utiliser Firefox à la place de Edge.

je suis perdu d’avance, si tu veux faire comme moi entre dans la danse

Il faudrait donc se réjouir de cette libération du code, sauf que le libriste lui n’est pas content. Dans mon titre, la notion de gilet jaune n’est pas une provocation mais une réalité. Reconnaître aujourd’hui que la situation correspond aux attentes serait casser l’aspect communautaire, remiser les piquets de grève au placard, quitter le rond-point pour rentrer chez soi et perdre l’aspect social, abandonner la meute. Vous me direz ça pourrait être pire, certains se mettent au Valyrien comme d’autres au klingon.

Et pourtant combat il y a, sauf qu’on préfère mieux faire les mauvais choix. Ce n’est pas parce que Microsoft met un noyau Linux dans Windows ou que les Chromebooks seront compatibles avec les applications Linux que cela fait de ces OS de bons OS. Pas bons dans le sens de performants, mais bons dans le sens bienveillance. Une alternative libre, puissante et j’ai envie de dire unique, en tout cas plus unique que 120 distributions qui ne servent à rien ou 15 gestionnaires de fenêtres aussi bugués que les autres est indispensable ne serait-ce que pour préserver la souveraineté numérique de nos états. Si on sait que pour l’indépendance des produits électroniques, l’Europe c’est mort, on pourrait au moins se dire que c’est encore jouable pour le logiciel, ne pas subir la danse des entreprises. Lorsqu’on voit que Google balance sa publicité sur le compte twitter de l’Élysée, il y a franchement de quoi se faire du souci.

La notion de libre n’a plus de sens, c’est la notion d’éthique qui compte. Le temps où l’utilisateur devait se contenter d’un bricolage, d’adapter sa façon de travailler, se pénaliser sur le principe que c’est libre, est peut-être révolu. Comprenez que si les vieux de mon âge en ont marre parce qu’ils ont autre chose à faire que de corriger les bugs de leur système d’exploitation, va pas forcément falloir compter sur la génération qui fait une dépression quand on lui a changé son interface snapchat.

Le temps de l’amateurisme doit cesser, place à l’efficacité, place au professionnalisme, sinon le libre, je ne parle pas de l’opensource, restera ce qu’il est, une passion pour gens qui veulent rester dans une certaine forme de sectarisme, d’isolement, de l’entre-soi. L’empathie doit aussi entrer en ligne de compte, les noms d’oiseaux c’est fini, et lorsque le propre créateur de Linux se rend compte qu’il doit prendre du recul car il est un insultron sur pattes, c’est bien la preuve que le ver est dans la pomme.

Linux, le logiciel libre pour survivre se doit désormais de faire des efforts de communication, de robustesse, de facilité, sortir tout simplement de l’amateurisme. Je ne parle pas des serveurs, où tout le monde est d’accord.

2600 mots. Bonhomme.