LE VENDREDI NOIR

15/12/2017 Non Par cborne

Cela fait maintenant plusieurs semaines que je me traîne, en tout cas suffisamment pour aller voir le médecin, c’était mercredi dernier. J’ai réuni le conseil de famille et j’ai dit « surtout vous ne faîtes rien qui devrait me faire intervenir ».

Ma femme a voulu un aspirateur balai, et a donc acheté un aspirateur balai. Comme bien sûr mon discours qui consiste à dire que c’est une mauvaise idée ne fonctionne pas, nous avons un aspirateur balai. Ce qu’elle n’avait pas calculé c’est qu’il est sur batterie, si bien qu’il fallait trouer le mur pour le poser. J’ai dit que ça fera pas deux mois, et que dans deux mois, je serai l’imbécile qui refera le mur. C’est chose faîte. C’est rien un mur. Boucher les trous, poncer, peindre, un détail, surtout dans la semaine de la mort. Ma femme a un problème électromagnétique, je pense qu’il y a un champ de force qui l’empêche de conduire dans un rayon supérieur à 25 km. Mardi, je l’ai donc amenée voir l’anesthésiste, elle doit se faire mettre une prothèse dans le genou, un problème congénital. Je suis donc sur les rotules, humour des membres inférieurs, mais c’est pas grave, j’aime conduire, c’est la passion d’une vie, une passion comblée. Après avoir fait un aller retour Saint-Pierre la Mer Montpellier, on se dit que ça va aller et qu’on va pouvoir dormir mais c’est trop facile. Ma fille a voulu faire déléguée de classe cette année, ma femme a trouvé que c’était une excellente idée et que trois fois l’an elle irait la chercher. La faute à pas de chance, il se trouve que le premier des trois fois l’an tombe sur la journée où on était à l’hôpital. Du fait qu’elle soit plus crevée que moi, je me suis fendu de prendre la voiture pour aller chercher ma fille et là c’est le drame.

Je pars de Saint-Pierre à 18h30 pour être au collège de Coursan à 19h00 ce qui est normal. Je quitte le village à vive allure et je tombe sur ça :

Vos papiers, contrôle d’identité. Formule devenue classique à laquelle tu dois t’habituer

Et là je vois ma gosse de 13 ans seule dans les rues de Coursan à m’attendre et je dis que c’est pas possible. J’explique au premier gendarme qu’il faut vraiment que j’y aille, il me dit que c’est comme ça et pas autrement. Je me dis que je vais appeler ma femme mais qu’ils vont l’arrêter aussi. Un gendarme me fait passer, il s’agit d’un simple contrôle d’identité en lien certainement avec l’affaire de l’homme dans le sofa. J’étais tellement en stress que malgré la température négative, j’aurai baissé mon pantalon pour que ça aille plus vite en criant « vas-y, fais le, examine ma prostate ». En toute sincérité, et vue la semaine pourrie que je suis en train de passer, on viendrait me récupérer à la maison ce vendredi soir pour me passer les menottes du fait de mon attitude trop pressée, je ne serais qu’à moitié surpris.

Le mercredi est une journée plutôt tranquille dans laquelle je positionne des tâches CRON pour éteindre les ordinateurs du lycée à 20h00, mes collègues ne sachant pas comment éteindre des ordinateurs, préférant tuer des ours polaires. Ma femme, oui c’est le fil rouge de ce billet, fait la vaisselle et pour une raison qui nous échappe, on se retrouve sous l’évier de la cuisine avec une véritable marée. On découvre plus tard que lorsque quelqu’un tire la chasse dans la maison, il y a un appel d’air qui fait remonter de l’eau jusqu’à la vidange du chauffe-eau. Nous sommes mercredi soir, je n’en peux plus.

Le fouet d’Indiana Jones ? Non, le furet de Cyrille BORNE

Chez moi la fatigue se porte sur les intestins, les épidémies de gastro sont de la partie, je pars plié en deux. Tellement plié en deux que je suis forcé de rebrousser chemin. Je vous éviterai les scènes gores mais sachez que les toilettes sont à moitié bouchées chez moi, donc on rajoute à l’ambiance loi de Murphy. Moi je suis un fou, je me dope de médicaments et je pars au lycée pour attraper ma troisième heure de cours. J’ai le temps de m’arrêter à Bricoman et de prendre le nécessaire du déboucheur. J’enchaîne les heures de cours dans un état comateux, les gens n’ont pas de pitié, j’ai installé une connexion réseau sur la tablette d’un prêtre, couru partout comme un foufou et je repars avec la tour d’un collègue que je dois basculer sur SSD.

Nous sommes jeudi soir, j’ai fait du travail sur les toilettes mais pas assez, c’est mieux mais pas formidable, je pense que ça va finir par casser une colonne en placo pour arriver à l’évacuation ce que je me réserve pour ce week-end, et je me lance dans le clônage par EaseUS TO DO BACKUP qui ne veut rien faire. L’installation était moisie, j’utilise un logiciel pour réduire la partition, au reboot, plus rien ne fonctionne. C’est bien que le collègue ait fait son backup, j’ai quand même une réinstallation complète à faire, je suis fou de joie, ça attendra le week-end.

Je passe enfin une nuit de sommeil entière, je pars au lycée. Une collègue est absente, et nous avons une organisation fatigante qui consiste à prendre quarante gamins en salle informatique pour les faire avancer sur le concours de la réalisation de une de journal. Je réalise très vite qu’il y a un problème, lorsque nous avons un écran d’attente à la connexion pour les trois quarts d’entre eux. Le quinze ans a quand même une patience limitée, et malheureusement le prestataire ouvre à 9 heures. Avec des élèves qui commencent à s’énerver, je passe un coup de téléphone, mon collègue d’informatique débarque, il commence à vérifier les boucles réseaux, pendant que le prestataire commence à vérifier et confirme à Houston, moi en l’occurrence, que nous avons un problème. Il apparaît que l’un des disques durs est en train de tomber, le raid débloque et bouffe du CPU comme un foufou ce qui explique nos problèmes. Je finis ma matinée tant bien que mal, une pause méritée entre midi et deux heures où je commence à vous écrire ce billet pour ne rien oublier, je pars en cours, et je me fais attraper par la directrice adjointe qui me dit qu’on a n’a plus accès aux emplois du temps. Du fait que ça se trouve sur une machine virtualisée, qu’on a redémarré douze fois le serveur … J’arrive en première, je mets un problème au tableau et je demande poliment si on peut me laisser tranquille le temps que je sauve le monde. Je réponds à des questions sur la dérivation tout en sauvant le monde, en dix minutes. Le technicien passera en fin d’après-midi pour changer le disque dur en cinq minutes et refaire le raid, un beau métier, on aurait dû le garder avec nous le matin avec les troisièmes.

J’arrive le soir avec des yeux injectés de sang, et comme je tiens sur les nerfs, j’embarque ma femme pour aller faire les courses. Repas, ma fille se douche, c’est la cascade sous l’évier de la cuisine … Ma théorie c’est la suivante, le circuit d’eau est bon dans la maison, le problème pourrait venir de la canalisation extérieure et ça va pas être drôle. Je démonte l’évacuation de la cuisine et dans la partie qui est encastrée, je pousse jusqu’au début de la canalisation extérieure avec mon furet, le passage a l’air d’être libre, je crains qu’il ne s’agisse réellement de dehors et là ça va devenir franchement plus tendu, je ne sais pas où elle se trouve. Je viens d’envoyer un message à un premier voisin, je vais certainement devoir faire appel à une entreprise histoire de lâcher un gros billet avant Noël.

J’en ai un peu ras-le-bol, mais le moral reste bon. Il est néanmoins urgent que tout s’arrête et que j’arrive en vacances pour rattraper le retard. Je trouve que ça devient de plus en plus problématique, le week-end me sert à faire ce que je n’ai pas le temps de réaliser dans la semaine, ce n’est plus de la détente, ce n’est plus un moment pour reprendre son souffle ou pour faire autre chose. Je mets ça sur un contexte de fin d’année, d’une vie de famille compliquée avec deux adolescents qui ont des montagnes de travail et pas d’autonomie pour le faire seul, des responsabilités de chef de famille, faut que ça marche. Voyez que je ne parle même pas du travail qui est à l’heure actuelle ce que je maîtrise le mieux. Une semaine à passer avant la quille où j’espère que j’aurai le temps de remonter la pente physiquement, de prendre un tour d’avance ou combler le retard c’est selon et qu’aucun incident supplémentaire ne se rajoute, j’ai mon compte.