Le monde demain quoi qu’il advienne nous app … Hummm … Non

19/04/2020 Non Par cborne

Nous n’avons pour l’instant aucune info de Jean-Michel quant aux protocoles de reprise. Ce que je sais, c’est qu’au niveau de mon établissement où nous avons un internat, certains parents nous font signe de défection pour la fin d’année et cela va poser quelques problèmes de fond. Souvenez-vous, l’école n’est pas obligatoire, c’est l’instruction. Comme on est quand même dans une situation où l’on croit que c’est fiesta la Pepa, des parents imaginent certainement qu’ils pourront ne pas envoyer leur enfant à l’école et poursuivre un enseignement à distance. Sauf que c’est ici où ça va certainement coincer, cela signifierait une demande de déscolarisation de l’enfant pour assurer la scolarité à la maison par les parents et pas par les enseignants.

Ce n’est pas si subtil que ça ce que je raconte. En effet, certains élèves suivent les cours du CNED ou les parents leur font l’école à la maison. Il n’y a pas besoin d’avoir le COVID pour ça. J’ai connu des familles il y a quelques années, elles étaient visitées par l’inspecteur pour vérifier si l’instruction donnée était conforme aux attentes de l’éducation nationale. Nous ne sommes pas dans une situation similaire, un élève qui par exemple est en classe de troisième, s’il ne revient pas à l’école, il est en faute par rapport à la loi française et relève donc d’un signalement s’il a moins de 16 ans. De la même manière comme il ne finit pas sa scolarité, on peut s’interroger sur son passage en classe supérieure. Et en parlant de ça je vous raconte pas la foire que ça va être pour ceux qui pensent faire un apprentissage l’an prochain et qui ne s’en préoccupent pas, car ce qu’il faut retenir c’est que la vie continue.

Et c’est ici que le discours est particulièrement mauvais de Jean-Michel quand il dit :

L’école est obligatoire, c’est la loi qui le dit. En revanche, c’est progressif : tout le monde n’y va pas tout de suite

Jean-Michel

Le problème dans ce genre de phrases et c’est ma principale critique dans la communication du gouvernement c’est le manque de précision. Puisque Jean-Michel a dit dans un premier temps que l’école ne serait pas obligatoire le 11 mai pour après parler d’un retour progressif, il n’est pas anormal que les gens ne retiennent qu’une partie de l’information, qui sera certainement l’école n’est pas obligatoire à partir du 11 mai.

Vous me ferez remarquer que le gars qui à l’heure actuelle est capable d’être précis, il n’est pas arrivé, néanmoins une autre organisation aurait été possible. Ici on comprend bien qu’entre les enseignants qui ont des problèmes de santé, les gosses qui ont des problèmes de santé, les problèmes de cantine, de transport et j’en passe, ça va être compliqué. Il aurait fallu dire, on fait garderie pour ceux qui sont dans le besoin, tous les profs actuellement ne sont pas logés à la même enseigne, les profs de matières générales en font plus que les collègues de sport, on assure la continuité pédagogique à domicile et des garderies dans un premier temps.

Mais comme je l’ai dit en introduction, cela ne se passera pas comme ça au départ, puisque le président et le ministre nous ont engagé dans une reprise. On finira certainement par y venir quand ça va partir en sucette et quand je vois dix jeunes hier dans une maison en bord de mer à 19 heures faire l’apéro, je me dis que ça va partir obligatoirement en sucette.

Avec du recul, je me dis qu’effectivement il faut bien faire quelque chose, parce que la situation économique va tourner à la catastrophe, et pourtant avec du recul, je me dis que la rentrée qui va se faire demain, ne va pas forcément servir de leçon à celle d’après-demain. J’entends par là que désormais il faut faire le calcul de vivre avec le virus pendant deux bonnes années sauf si on trouve le vaccin miracle ou le traitement miracle. L’expérience du Charles de Gaulle est certainement la plus intéressante, puisqu’elle montre le résultat de la propagation du virus dans un milieu où les gens sont collés-serrés.

Et qui dit collé-serré dit internat, dit salle de classe, dit transport en commun comme c’est le cas en région parisienne, dit que l’histoire des gestes barrières est une évidence mais que si tu es obligé de prendre le RER où tu as le nez planté pendant 45 minutes dans l’aisselle de quelqu’un, on n’est à pas grand-chose dans la situation du Charles de Gaulle. La moralité c’est que si cette fin d’année aussi anarchique soit-elle, n’est pas trop inquiétante, l’année scolaire prochaine qu’il faudra réinventer risque d’être beaucoup plus sportive et le gouvernement a intérêt à s’en préoccuper le plus rapidement possible.

Que ce soit dans le forum, ou que ce soit sur les sites internet, entre les inquiétudes, apparaissent le rêve de la société de demain. J’ai peu d’espoir dans la race humaine et je me dis que dès que les magasins sont ouverts les gens vont se ruer dedans, comme sauter dans le premier avion pour aller faire des photos Instagram à l’autre bout du monde. Et pourtant, même si j’ai peu de foi, sur le chassez le naturel, il revient au galop, j’ai quand même tendance à me dire que s’il faut passer deux ans dans des conditions de distanciation sociale, les mœurs vont tout de même évoluer.

Il y a pour moi deux obstacles. Le premier comme je l’ai écrit, c’est le besoin de retour à la normalité des gens et les gens la normalité ce n’est pas se poser des questions pour refaire le monde, pour essayer de vivre mieux, de s’interroger sur la nécessité de prendre l’avion ou d’avoir un Iphone à 1300 €. La normalité c’est de retrouver sa vie d’avant, et ça peut se comprendre, le déconfinement a son importance économique mais aussi psychologique, des gens sont en train de péter les plombs. L’enfermement, les gens qui vivent seuls, vont déclencher des vagues de dépressions dans le meilleur des cas, de suicides dans le pire, le premier réflexe sera de retrouver la vie d’avant, un réflexe de survie.

Le second obstacle c’est l’engagement qu’on pourrait traduire par le manque de développeurs COBOL.

Ceux qui me connaissent ou qui ont lu les archives, savent qu’il y a 20 ans j’étais développeur COBOL. À l’époque j’ai profité du passage à l’euro pour être recruté, on a embauché n’importe qui (pour preuve j’ai été pris !) et on disait à l’époque déjà que le langage était mort. L’article de Numerama est d’ailleurs très bon ce qui est suffisamment rare pour être remarqué car il évoque des problèmes que j’ai déjà rencontrés il y a 20 ans. Il m’a fallu je dirais une bonne année pour devenir opérationnel sachant qu’on était dans les spécificités de BNP PARIBAS. J’entends par là que coder chez la BNP n’était pas la même chose que coder au crédit agricole, le middleware par exemple que j’utilisais n’était pas le même d’une entreprise à l’autre. À l’époque de plus, on commençait à externaliser le code en Inde ce qui fait que le besoin de développeurs COBOL a commencé à chuter rapidement donnant encore moins envie de s’y coller. Et le problème principal, le fait que si on se débrouillait pour être capables de créer de nouveaux programmes à partir de squelettes, il y avait des parties de codes qui étaient totalement intouchables, on était forcé de demander aux vieux. Et quand je dis demander aux vieux, il s’agissait de personnes qui avaient plus de 60 ans à l’époque, qui avaient connu les cartes perforées, qui codaient en assembleur et qu’on cherchait à virer parce qu’elles coûtaient un bras.

Quand ces personnes sont parties, il s’est posé deux problèmes et c’est sur l’un d’eux qu’il me parait important de revenir. Le savoir n’a pas été transmis. À la rigueur, ce n’est pas un problème quand tu changes de technologie mais c’est ici qu’arrive le second et principal souci de COBOL et de notre société de façon générale : l’engagement. Si les gars avaient viré les vieux mais que derrière ils avaient remplacé l’intégralité du langage COBOL par autre chose, la question ne se poserait pas aujourd’hui. Les banques sont engagées dans COBOL, ce n’est pas le moment de changer de langage de programmation. Mais les questions qu’on peut se poser, c’est quand est-ce que c’est le bon moment ? Est-ce qu’un jour il y aura le bon moment ? Et si ce bon moment se présente, saisira-t-on l’opportunité de changer ?

Et c’est ici tout l’enjeu de la crise actuelle, en tout cas d’un point de vue économique. On pourrait imaginer qu’il y a ici l’opportunité de revenir à la terre française et de favoriser les cultures de notre territoire. Est-ce qu’on prendra l’opportunité ? Certains font la promotion pour leur ouvrage pour se passer des GAFAM, mais alors qu’on a besoin de communiquer est-ce que c’est le bon moment pour se passer de ces services qui ont su montrer leur efficacité et leur robustesse ? Allons plus loin. Est-ce que finalement c’est le bon moment pour se passer des couverts à usage unique, compte tenu de la crise sanitaire, ne faudrait-il pas envisager un retour au plastique jetable ?

Il y a donc tout un tas d’opportunités, d’interrogations, mais comme nous sommes dans l’urgence, que nous sommes engagés, c’est la réponse à l’urgence. On réfléchira plus tard. Les gens finiront par reprendre l’avion parce qu’on ne peut pas se permettre de se retrouver avec des milliers d’emplois en lien avec le tourisme, avec l’industrie aéronautique.

Oui il faudrait changer la société, la façon de vivre, la façon de penser, la façon d’envisager les choses, non on n’en fera rien parce que l’engagement dans le capitalisme est tel, qu’aujourd’hui on rouvre les écoles non pas pour l’instruction mais pour renvoyer les gens à la mine, parce qu’il faut bien payer les profs et le service de santé. De cette période ne sortira rien de bon, des morts, des déceptions, des divorces, plus d’enfants et de femmes battus, plus de mauvais chez l’homme. L’escalade de l’engagement, celle qui fait qu’on est allé trop loin pour revenir en arrière, on prend souvent comme exemple la guerre du Vietnam, c’est dire que la perspective n’est pas franchement réjouissante.

S’il fallait jouer les marabouts, je dirais à vue de nez :

  • Certaines industries au sens large ne s’en remettront pas. L’industrie culturelle et du loisir par exemple. Les gens ont quand même modifié leurs habitudes et vont continuer de les modifier. Si le besoin social se fait sentir, ce sera celui de se retrouver avec des gens qu’on juge sains. Comprenez que se retrouver dans une salle de cinéma ou dans un restaurant, c’est une prise de risque trop importante quand on peut se regarder une vidéo entre amis sains à domicile.
  • Les concerts, les spectacles, les foules, tout ce qui génère un sentiment d’insécurité, l’autre, l’inconnu de façon générale, va poser des problèmes. Est-ce que vous iriez dans une salle de spectacle ? Est-ce que vous iriez dans le festival d’Avignon ou la féria de Nîmes ? On va avoir une multitude de comportements agoraphobes qui vont se développer un peu à la manière des hikikomoris au Japon.
  • Peut-être mais sans certitudes, certaines personnes vont freiner la consommation en réalisant qu’il en faut peu pour être heureux. On peut se dire que les gens auront développé des habitudes dans les circuits courts et qu’ils vont avoir plus de mal à se défaire d’une bonne habitude comme c’est souvent le cas.
  • De nouvelles pratiques numériques mais certainement pas des pratiques libres, les GAFAM vont sortir les grands gagnants de l’histoire.

On pourrait spéculer pendant des heures sur ce que sera le monde de demain, mais une chose est certaine, il est impossible de faire table rase du monde actuel, l’engagement capitaliste est trop fort. Ce qui est sûr c’est que le suçage de cailloux risque d’arriver dans de nombreux secteurs de l’économie où de nombreuses personnes vont devoir faire autre chose. Faire autre chose quand on ne sait faire que ce qu’on a toujours fait, pas facile. Je peux vous dire que la robotisation va accélérer le pas pour éviter dans la bienveillance que nous connaissons des grandes entreprises que la situation se reproduise et que de pauvres hommes payés une misère fassent tourner le pays. Et de la même manière, ce fameux revenu universel qu’on jugeait stupide va revenir sur le terrain politique, comme l’écologie et quelques grands débats de société.