Le monde de demain quoi qu’il advienne ne nous appartient toujours pas

03/08/2020 Non Par cborne

À un moment, au cœur de la crise COVID, on aurait pu penser qu’il y aurait un monde d’après, je pense qu’on a tous eu envie de le croire. Désormais quand on voit de façon « naturelle » des masques qui traînent de partout, y compris en pleine nature, on comprend bien que c’est vrai, il y aura un monde de demain qui sera bien pire qu’avant.

La crise économique, les changements d’habitude et pas forcément les bonnes, vont certainement bouleverser pas mal de choses. Il y a quelques années j’avais vu une vidéo d’un jeune québécois, qui expliquait que l’homme ne serait pas remplacé par les robots, ou en tout cas dans certaines tâches, notamment dans le domaine artistique. Ce n’est déjà plus vrai.

D’une part la frontière entre l’art humain et « l’art artificiel » va devenir particulièrement compliquée à trouver, y compris pour des yeux experts, d’autre part l’art sous l’ère du COVID risque de prendre une sacrée claque sur le long terme. On ne s’étonne pas par exemple de voir les salles de cinéma à l’agonie quand les abonnements Netflix explosent et que même la télévision reprend du poil de la bête. Bien évidemment, on peut dire que si le cinéma se porte mal, c’est en lien avec l’absence de films américains qui sont le gros de la production estivale, mais c’est un mauvais raisonnement. Le COVID s’est contenté de catalyser la situation de la dématérialisation en toute logique. Dématérialisation des jeux vidéos bien sûr, où l’on apprend que le jeu vidéo physique se vend moins que le dématérialisé, et c’est bien normal.

J’ai payé 40 € pour l’année le PSN now, si je devais acheter un jeu vidéo ce serait en dématérialisé parce que le jeu vidéo physique c’est plus un problème qu’autre chose. En effet, Micromania vous reprend les jeux à un prix dérisoire, ce qui signifie que pour réussir à gagner quatre ronds sur un jeu physique, il faut passer par une plateforme comme leboncoin. Face à une population de plus en plus irrespectueuse, la perte de temps pour des rendez-vous que les gens n’honorent pas, c’est prendre conscience que c’est l’impasse. Le temps que vous allez perdre pour gagner 10 €, autant attendre le jeu à pas cher en dématérialisé ou payer un peu plus cher, le temps c’est de l’argent. Par extension, la fermeture des salles de cinéma c’est une logique car à y réfléchir c’est une aberration. Amateurs des salles obscures, désolé, mais vos yeux vont saigner. Aller s’enfermer dans une grande salle pour voir un film qu’on aurait pu voir sur son écran tranquillement à la maison et payer 12 € la place, il faut être masochiste. Aujourd’hui pour 12 € vous avez un abonnement qui vous donne accès à tous les films. Et quand je dis 12 €, je suis généreux, parce que le cinéma tout seul c’est triste, on y va en famille, avec la copine, on mangera un morceau pour finir à une soirée à 100 balles, de quoi réfléchir. De l’autre côté, la sortie en salle de cinéma, c’est produire pour le cinéma, c’est payer cher pour pas forcément un véritable retour sur investissement. Quand il apparaît que le film une balle perdue, un nanar dont j’avais parlé a été vu 37 millions de fois en un mois, ça doit quand même faire cogiter sévèrement du côté de la réalisation. Du côté de l’exploitation bien évidemment, des salles gigantesques à chauffer ou refroidir, des travaux, de l’entretien, des mises aux normes, une masse salariale conséquente, et l’affaire est faite. Rasons tout, faisons des parcs.

Oui, l’art, le COVID lui aura fait bien mal au derrière, les festivals, les artistes, ce qui faisait la différence entre l’humain et la machine, ne fait plus vraiment la différence. Lorsqu’un mannequin professionnel dit « Je suis un mannequin et je sais que l’intelligence artificielle va bientôt prendre mon travail », aucun secteur ne sera épargné par cette révolution qui est en marche. Une révolution qui vise à nous laisser chez nous le plus longtemps possible ou disons dans une certaine proximité. Car on a compris que le diesel et les voitures à essence étaient largement dans le collimateur, les voitures de pauvre qu’on se propose de remplacer par des voitures électriquse à 300 km d’autonomie qui coûtent un bras. Se déplacer va devenir plus cher avec les années, et ça a déjà commencé d’une façon que je n’explique pas pour l’instant. Je commence à regarder pour changer le Partner, ce sera un véhicule diesel puisque je n’ai pas eu ma mutation et que sans bouger, je fais 25000 km par an. Il y a 10 ans quand j’ai acheté mon véhicule, j’ai payé pour une voiture de 3 ans et 27000 km au compteur la somme de 10000 €. À ce tarif, aucun véhicule ne rentre dans les clous, c’est soit du véhicule de 10 ans pour avoir un plus faible kilométrage ou plus de 100.000 km si on veut un véhicule un peu récent. Le coût de la vie ne cesse d’augmenter, se déplacer c’est cher, manger bien c’est cher, tout devient plus cher. Payer ses masques c’est cher, je prévois sous peu une révolution en France plus dure que la crise des gilets jaunes. Si à un moment, le ras-le-bol a entraîné les gens dans la rue, dans le contexte actuel c’est la faim qui poussera les gens dehors.

Pour continuer d’illustrer ce billet franchement gai et décousu, j’aimerais vous raconter une légère mésaventure qui correspond bien à mon humeur du moment, le sentiment qu’on nous prend de plus en plus pour de la merde et qu’il est désormais temps de passer à la caisse pour pouvoir profiter des « bonnes choses ».

Le matelas étant mort, du fait que nous sommes vieux avec nos 45 ans et que les problèmes articulaires de l’une fait qu’il vaut mieux mettre une petite distance de sécurité avec l’autre pour éviter de se retrouver écrasée dans la nuit, nous passons au 160. J’ai commencé à faire le tour des tarifs matelas en regardant notamment du côté de chez ikea. Il apparaît que pour environ 300 € vous avez un matelas qui se déforme au bout de deux ans, d’après de nombreux avis clients. J’ai donc payé plus de 500 € sur le site emma qui a très bonne presse dans les comparatifs, j’ai le carton dans mon salon avec un service et une traçabilité sans faille. C’est un concept que j’aime bien car ils vendent très peu de produits différents. J’ai tendance à me rappeler des conseils de Gordon Ramsay le philosophe écossais de 1m88 de cauchemar en cuisine qui explique que lorsque dans un restaurant la carte est trop grosse c’est dégueulasse parce que tu ne peux pas tout faire bien.

Pour le lit, le critère était précis, du tissu, et une tête de lit de 110 cm de haut. De ce côté-là parce que je n’ai pas encore compris l’utilité d’un bon sommier, j’ai acheté sur Conforama à pas cher, je croyais. L’inclusion du market place de Conforama est parfaite, je n’ai pas fait attention que j’achetais sur une autre boutique, il s’agit de Habitat & Jardin je vous montre la page trustpilot où l’on découvre la masse des mécontents, mais on y reviendra plus tard. Je me rends compte qu’il y a un problème dès qu’on m’annonce l’expédition du colis avec un numéro des transports Mazet que je me permets de citer. Le lien ne correspond à rien sur le site de suivi. J’appelle le marchand, qui n’est pas Conforama car Conforama n’est pas engagé dans l’histoire, et s’en lave un peu les mains. Numéro de téléphone surtaxé, on me dit que le colis a bien été expédié et qu’il faut attendre 24 heures, le temps que le numéro soit enregistré dans la base des transports Mazet. Bien évidemment. Je commence à regarder du côté des transports Mazet avec un problème de fond, il y a des dizaines d’agences à travers la France et leur site est vieillot, je ne sais pas à qui m’adresser. J’appelle l’agence de Perpignan qui à vol d’oiseau est la plus proche de chez moi, je n’arrive à joindre personne. Je rappelle le marchand, numéro surtaxé qui me dit d’appeler les transports Mazet et me donne un numéro de téléphone. On me dit que si ça commence par une lettre, ce n’est pas un numéro Mazet, on me dit de rappeler le marchand pour obtenir un numéro de récépissé correspondant et on me raccroche au nez. Du fait d’être expert dans ce type de situation, je ne m’énerve pas et rappelle le numéro surtaxé qui me confirme qu’il y a effectivement un problème et qu’on va prendre mon dossier en charge. Parallèlement à cela, je joins Conforama qui assure de façon théorique la conciliation entre les parties, j’ai retapissé de messages « mon compte » et envoyé un message par la page contact des transports Mazet.

Aujourd’hui lundi, le colis devait être expédié le 24 de façon théorique, cela fait donc un certain temps, personne n’a bougé, j’ai demandé l’annulation de la commande. Il s’agit ici de l’illustration parfaite du quotidien.

L’époque bénie du client qui est roi c’est largement terminé, aujourd’hui on est pris pour de la merde. C’est quelque part assez facile avec internet, il est devenu évident, simple, de noyer le poisson. Il y a une dizaine d’années, vous vous souviendrez peut-être, j’avais balancé mes problèmes avec rueducommerce pour des disques durs morts à la sortie de l’emballage et pour mes déboires avec SFR où l’on m’avait envoyé une AOL Box. À cette époque je faisais bien sûr une autre audience mais surtout les réseaux sociaux et certaines stratégies n’étaient pas en place, j’avais eu une prise de contact directe des deux sociétés. Ceci ne se produira plus et c’est très simple, le bruit est devenu trop fort pour réussir à se faire entendre, merci les réseaux sociaux. Si les opérateurs de téléphonie et autres fournisseurs d’accès internet ont trouvé la parade avec des forums gérés par les membres, la stratégie de tout le monde c’est jouer la carte du pourrissement et de l’opacité.

J’ai un problème avec ma box adsl je vais me lamenter dans le forum, ça me fait du bien. J’ai un problème avec un vendeur de meubles je vais écorner sa page dans trustpilot. J’ai un souci avec un restaurant je le dézingue dans tripadvisor. Malheureusement la portée est nulle, tout est noyé dans le bruit. Des sites internet comme le mien n’ont plus de visibilité, et si à une époque de simples anonymes pouvaient se faire entendre ou certains « comptes » puissants, je pense notamment à la petite phrase meurtrière dans twitter re-twittée à l’infini tout ceci est bien fini, vous êtes seul dans la foule. Aujourd’hui ce qui paraîtrait comme des lieux publics sont de simples murs de lamentation, un os donné à ronger à la foule en colère.

Dans cette histoire, je ne peux m’en prendre qu’à moi-même et c’est ce que je fais. J’étais pressé, comme trop souvent, j’aurais dû prendre le temps de regarder les avis, mais surtout de me rendre compte que j’achetais chez un tiers, ce que je ne fais plus depuis un moment. La société nous montre que la solidarité a fini d’être enterrée avec cette crise du COVID, et que les solutions passeront par des comportements qui sont purement individuels, en espérant une prise de conscience de chacun pour qu’elle devienne collective. Aller sur trustpilot ne servira à rien, cela ne me défoulera même pas. Demander par la suite la suppression de mon compte Conforama, apprendre à payer plus cher pour un service de meilleure qualité, autant de choses qu’il faut apprendre à faire mais qui interpelle tout de même. Mon pouvoir d’achat est en baisse, les salaires dans la fonction publique n’arrivent pas à suivre les cadences folles des prix, de l’augmentation du coût de la vie alors que je suis un père de famille prudent et qui n’a pas de vice caché. Je me contente de peu. Je ne suis pas à plaindre, loin de là, mais comment peut-on échapper à la révolution quand les gilets jaunes ou les sans-dents de François Hollande n’ont d’autre choix que de subir ce système où même l’acte de consommation devient de plus en plus compliqué ?

Si vous trouvez que la période est sombre, l’aspect film d’anticipation des masques dans la rue n’est que l’aube d’un monde encore bien pire qui s’annonce demain. Je note aussi dans cette histoire, l’état catastrophique de l’informatisation française. À l’heure des puces dans le cul, quand je vois les dysfonctionnements dont je suis victime de façon très récurrente, c’est inquiétant de se dire qu’en 2020 quand on saute sur la première technologie qui passe, tout le système est bancal.