Le mieux l’ennemi du bien

18/08/2019 Non Par cborne

L’été sera chaud dans les tee-shirts dans les maillots, disaient le couple de philosophes Stone & Charden. Effectivement il a fait chaud, avec un petit parfum de fin du monde. Pour les enseignants, cette période de coupure de deux mois, c’est la remise à zéro. C’est la différence entre le monde professionnel et le monde éducatif, tu as une véritable coupure, tu remets véritablement tout à plat pour recommencer, un peu comme un jeu de die and retry. Tu as perdu la dernière manche parce que nécessairement dans une année scolaire tu as de nombreuses choses dont tu n’es pas content, tu as farmé pendant les vacances, tu as préparé de nouvelles armes, et tu repars au combat qui est tout de même perdu d’avance, ce qui fait la différence avec le jeu où tu espères tout de même poutrer le boss final.

Cette rentrée, la seizième, sera la première où je ne ferai pas d’informatique pour l’établissement en tant que technicien. Cette rentrée, la seizième, sera la première fois où je vais dire non, prendre du temps pour moi, arrêter de stresser pour tout, de vivre dans l’angoisse. Bon bien sûr, tout ceci c’est sur le papier virtuel, mais c’est à moi de faire le nécessaire pour que ça se réalise. Pas évident de se défaire d’un mode de vie, d’une façon de penser, d’une façon d’être. Arrêter de vouloir rendre service, de s’impliquer, arrêter de courir, pour ce que ça rapporte. C’est le président Sarkozy qui avait raison, travailler plus pour gagner plus. Il aurait fallu toutefois remettre dans le contexte, travailler plus pour vraiment gagner plus et pas une aumône, travailler pour ce qu’on te paye. Pareil avec les collègues qui te filent du chocolat quand tu as pris un temps qui leur aurait coûté un bras en magasin. Alors bien sûr il ne faut pas tomber dans une logique calculatoire, la spontanéité existe, mais elle va dans les deux sens. Pour l’heure je pense plutôt fermer les robinets, c’est mon côté binaire, je ne suis pas encore assez grand pour faire des compromis.

J’ai beaucoup lu cet été, parmi mes lectures :

J’ai découvert, parce que je regarde un peu après qui est le gars qui écrit le livre, qu’il s’agit d’un philosophe qui aurait monté un courant bouddhiste français. Forcément mieux vaut lire d’abord le bouquin sans à priori sur l’auteur, parce qu’après tu mets en perspective avec ce que le gars veut te vendre. Si on fait abstraction de toute la partie méditation qui revient régulièrement, du traumatisme scolaire qu’a subi le monsieur et qui revient de façon récurrente, une espèce de provocation qui vous inviterait à jouer les rebelles, il y a quand même des propos intéressants. On en revient souvent aux tortures que nous nous infligeons nous-même, et là force est de reconnaître que je suis un bon client, je suis un véritable masochiste. Oui, vas-y fais moi mal !

Beaucoup plus sincère, très carré, le couple Billmark avec un titre prétentieux qui ne cadre absolument pas avec l’humilité du bouquin, ce livre ne va pas changer votre vie mais pose quand même des évidences qu’il faut prendre en compte. J’aime beaucoup le passage qui dit qu’on se compose un masque pendant toute la journée et qu’on relâche tout à la maison si bien que ce sont nos proches qui dégustent. Pas mal de remarques sur la marche qui font sourire, une contrariété, une mauvaise pensée, une fringale, tu vas marcher en attendant que ça passe. À part un chapitre sur les couleurs auquel je n’ai pas adhéré parce que je suis certainement trop pragmatique et donc hermétique à certains discours, c’est vraiment pertinent.

Dans les deux livres, une constante, ce n’est pas une voiture de luxe, des bijoux, le dernier iphone ou l’accumulation de biens matériels qui vont vous rendre heureux, de ce côté-là, j’ai bien commencé, j’ai fait le grand vide. Moins de choses, moins de trucs à gérer, à régler. Tiens je vous montre une nouvelle photo avant après

L’ordinateur qui était à côté de l’imprimante est passé en dessous, et j’ai viré le NAS Seagate qui est parti à la poubelle étant donné que le produit est inutilisable entre la mort de flash d’un côté et l’abandon du produit de l’autre par Seagate. J’ai fait finalement retour arrière à propos du NAS qui me paraissait comme un produit salvateur dans l’état d’esprit dans lequel j’étais il y a deux mois. Un produit qui n’a pas besoin de connaissances, un produit out of the box, un produit dont on ne se préoccupe pas. Malheureusement de cette expérience ce qu’il en ressort, c’est un produit mis à mort par ses fabricants, un produit qui si on le veut de qualité est cher, un produit qui m’apporte trop de fonctionnalités pour mes besoins. L’expérience NAS est définitivement terminée pour moi, le vieux PC de récupération fera désormais parfaitement l’affaire.

Ce revirement provient donc du fait que le NAS n’est pas le bon produit pour moi mais surtout parce que je m’autorise désormais à ce que les choses ne soient pas parfaites. Le mieux est l’ennemi du bien et c’est une vérité. Il y a un problème de communication auquel les experts devraient réfléchir, les libristes encore plus, c’est la quête de perfection. Vouloir la perfection, c’est surtout ouvrir la porte au découragement, ne rien faire. J’écrivais dans un billet que le zéro déchet déclenchait des burn out chez ceux qui voulaient le faire le mieux possible. Aucun plastique, du bio et seulement du bio, passer des heures à cuisiner, les gens n’y arrivent pas, ils craquent. Dans le monde du logiciel libre, très informatique, on a des comportements binaires. Soit on est totalité libéré soit on est une grosse merde. Dans les discours bien sûr, parce que dans les faits le téléphone Android fabriqué par des enfants chinois ça ne compte pas si on utilise F-Droid.

J’ai décidé pour ma part de m’autoriser à ne pas être parfait, de faire les choses plutôt que ne rien faire de peur que ce ne soit pas irréprochable. Il vaut mieux une petite action qu’un grand projet qui ne verra jamais le jour. La seule condition que je m’impose, c’est le fait que ça n’implique que moi ou presque. L’exemple du serveur Debian est un très bon exemple. Ce n’est bien sûr pas parfait, il faudrait que je sécurise, que je fasse des choses extraordinaires. Néanmoins si je réfléchis bien, ce serveur est coupé de l’internet, il est présent uniquement dans mon réseau local. Pourquoi dès lors aller plus loin ?

J’ai donc procédé à l’installation de Gerbera comme je l’ai expliqué la dernière fois, qui fonctionne très bien. J’ai eu besoin de mettre en place un partage samba. Et ici encore la démarche est discutable, j’ai fait un partage d’un répertoire sans mot de passe. Oui c’est pas bien, il faudrait sécuriser et sécuriser encore, mais à quoi bon ? Il s’agit d’un répertoire commun pour les membres de la maison, ce répertoire n’est pas connecté à l’internet, pourquoi le sécuriser plus. Je suis persuadé qu’ils seraient des centaines à me dire que c’est une hérésie, de m’expliquer que la méthode n’est pas bonne, d’avoir des légions d’experts à me proposer des solutions différentes et complexes pour me décourager et ne rien faire.

Vivre sans culpabilité, ne pas prendre de responsabilités, c’est le bonheur, un bonheur inquiétant. Si tous les gens de mon âge en font de même, ça risque de donner.

Denis écrit que la blogosphère est morte, donne quelques raisons. Pour ma part j’en note deux qui me paraissent importantes. Les jeunes ne font plus d’écrits, ils sont une génération vidéo, devenir Youtubeur c’est le rêve du moment, avec joueur professionnel et travailler avec les animaux. Les plus anciens qui écrivaient et qui ont arrêté ne le faisaient certainement pas par passion, je crois que quand on n’a pas quelque chose dans le sang, on arrête. Pour ma part, ce qui me pose problème ce sont deux points, décidément tout marche par deux dans ce paragraphe, comme les paires de chaussettes.

On a retrouvé la blogosphère francophone

Le premier point c’est que j’ai vécu des heures de gloire derrière mon PC, des temps où il se passait toujours quelque chose, où on apprenait toujours quelque chose. Avec la blogosphère qui est morte, les forums dépeuplés, les sites d’information qui se calquent sur le modèle BFM et qui vous minent le moral, vous font vivre dans la peur, il y a moins à lire, il y a moins à apprendre. Je dois prendre donc l’habitude de moins traîner devant le PC, ce que je fais, parce qu’il se passera de moins en moins de choses, et ce sera de moins en moins un canal d’apprentissage. Les réseaux sociaux ne m’apportent rien, rien que je cherche si ce n’est une information complémentaire, un moyen de vendre parce que leboncoin c’est définitivement mort, un moyen de contact avec les gens normaux qui utilisent de moins en moins le mail.

Le second point n’est pas une mauvaise habitude dont je peux me défaire, c’est un souci plus préoccupant : trouver l’information. Voyez, j’ai écrit plus haut que je cherchais à faire un partage SAMBA simple. Comme dans le libre, on sait qu’il faut proposer le meilleur, vous vous retrouvez avec une documentation monumentale et complexe qui prévoit l’intégralité des cas de figure, quand je veux un partage simple et sans mot de passe. Ensuite, les partages SAMBA ça commence franchement à dater, si bien qu’on se retrouve avec des messages qui font référence à 2008 qui sont en plus très bien classés. Dernièrement j’ai lu un article controversé sur le fait qu’une grosse moitié des résultats ne donnaient sur aucun clic. Entre les faux sites, les sites pourris, les sites qui payent pour remonter en premier, les sites qui étaient bons il y a dix ans mais qui ne le sont plus, ça commence à devenir réellement la pagaille au point de relancer le livre. Je suis sérieux, avant vous aviez réponse à tout avec l’internet, maintenant vous avez plus ou moins une réponse après des heures de recherche. La complexité est telle que c’est un coup à relancer les experts après la moulinette de la vulgarisation qui fonctionnait mieux avant.

Avant de se quitter je vais vous expliquer comment j’ai réalisé un partage simple sur mon serveur.

apt-get install samba

éditer le fichier /etc/samba/smb.conf et lui donner cette tête

[global]

netbios name = nom du serveur
workgroup = WORKGROUP
security=user
usershare allow guests = yes
map to guest = bad user

[downloads]

path=/home/nom/repertoire
public = yes
guest only = yes
browseable = yes
read only = no

Un chmod 777 sur le /home/nom/repertoire parce que sinon on ne peut pas modifier les fichiers et c’est tout.

Je suis plutôt satisfait de ces vacances que j’ai mis à profit non pas pour m’agiter de partout mais pour faire ce que j’avais à faire, faire ce que je voulais faire et pas faire ce qu’on imagine qu’il faudrait faire. À la rentrée j’aurais des collègues qui afficheront leur bronzage, leur mille et une activités, certains auront peut-être nagé avec les dauphins. J’espère que c’est ce qui les rend heureux, ce qu’ils veulent réellement faire, et pas l’image de la perfection représentée dans les réseaux sociaux.