Le jour d’après

15/03/2020 Non Par cborne

Au départ ma femme ne me prenait pas vraiment au sérieux lorsque je lui ai dit qu’on allait y laisser notre santé, moi j’avais prévu le coup. Quelques explications, résultats et succès.

Voici ma façon de travailler et celle qui sera je pense adoptée par une partie de mes collègues qui me regardent faire. Ah dans ce genre de circonstances, on regarde très fort en direction du gros con qui gueule tout le temps parce qu’il apparaît qu’il a toujours réponse à tout et encore plus quand c’est la panique.

Chaque jour dans SCOLINFO je donne un travaille le matin pour le récupérer le soir. Cela concerne 85 élèves, je vais le faire 4 fois par semaine, je ne travaille pas le mercredi donc je ne travaille pas, cela veut dire que je vais corriger environ 300 devoirs par semaine en comptant ceux qui ne rendront rien.

Il apparaît que dans SCOLINFO le dépôt de devoir est limité à un seul fichier, vous vous doutez bien que taper des maths est une véritable hérésie. Comme je l’avais fait remarquer dans le dernier billet, nous avons des problèmes entre l’ENT et les différents navigateurs du fait de la vétusté de l’outil mais aussi du non-respect des standards par ces mêmes navigateurs. L’outil étant en fin de vie, il y a peu d’intérêt pour maintenir l’ensemble des navigateurs, principalement ceux du téléphone.

J’ai fait le calcul d’une méthode qui n’utilise que le téléphone pour tenir compte des élèves qui n’ont que le téléphone. Du fait que les élèves n’ont droit qu’à un fichier, ils déposent au format PDF. Je les ai donc orientés vers le site I LOVE PDF qui permet d’ajouter des images et de les convertir au format PDF.

Certains élèves ont réussi sans aucun problème, d’autres non, soit parce que le tutoriel que j’avais donné à lire était encore trop compliqué, soit parce qu’on avait des soucis avec les navigateurs. J’ai donc repris le chemin de la vidéo avec Main Innocente pour qui c’est aussi une grosse foire puisque son stage est maintenu en entreprise et que je vais devoir faire 500 km par semaine pour l’amener. Voyez que je ne m’en sors jamais du partner mais c’est une autre histoire. Nous avons fait la vidéo, j’ai fait comme à mon habitude en une prise pour se rendre compte que le téléchargement du fichier pdf ne se fait pas correctement tout comme l’upload vers Firefox mobile. On a donc recommencé et c’est ici que je me rends compte que je pense vieux. Je pense vieux parce que je pense navigateur, parce que je pense PC. Donc j’ai commencé à penser jeune et j’ai pensé smartphone, donc application, I LOVE PDF existe en appli. Voici le résultat :

Il apparaît qu’avec l’utilisation de l’application, on finit par décanter une bonne partie des problèmes, avec la mise en vidéo aussi. La difficulté qui en ressort désormais c’est que l’ENT est limité à 8 Mo pour le dépôt de pièces jointes. Dès lors quand des gamins ont un téléphone un peu violent, la qualité est trop importante. L’appli permet de recompresser le fichier à la volée ce qui nous permet de nous en sortir.

Ces premiers temps sont très éprouvants parce que retrouver les élèves sur snap c’est retrouver exactement les mêmes défauts qu’ils ont en classe. Exemple type :

  • je viens de mettre le travail en ligne (moi)
  • c’est quoi les exos ? (élève1)
  • je viens de mettre le travail en ligne sur scolinfo (moi)
  • ils sont où les exos ? (élèv2)

Celui qui ne comprend rien en vrai, ne comprend rien en virtuel, il faut tout répéter. Celui qui est assisté vous demande les choses en privé, pas en public. On arrive plus ou moins à imposer ses règles, j’ai dû toutefois sévir avec deux élèves qui ont pris ça à la rigolade. J’ai demandé pas de messages vocaux que je n’écoute pas parce que je partage mon espace de travail avec ma femme, elles ont arrosé le groupe. Exclusion directe. Les enfants sont gentils, demandeurs et rassurés de nous avoir en ligne, une collègue s’est rajoutée à la partie. Les gosses vous souhaitent bonne nuit, on vit ensemble actuellement ce qui bien sûr est horrible.

Du fait d’être no-limit en ce moment, je me couche à 23h je me lève à 5h. Je travaille bien sûr trop, et je vais instaurer des coupures parce que le lien est constamment en place ce qui n’est pas une vie. Il y a toutefois des limites que je vais poser, en repos le mercredi où je n’ai jamais cours, une pause de deux heures entre midi et deux, le week-end etc … Une sortie en bord de mer tous les jours. J’ai l’habitude de travailler de cette façon, ça ne me gêne pas, pour les enfants c’est plus compliqué mais on va y arriver.

Vous comprenez que les abrutis qui nous souhaitent bonnes vacances ça me fait rire jaune. J’ai souvent décrit qu’on n’envisageait jamais le droit à la déconnexion dans le monde de l’éducation, ici on a littéralement ouvert la boîte de Pandore du non-stop. Si je vais d’ailleurs plus loin dans le raisonnement, la troisième semaine c’était le stage. Mon temps de travail, du fait d’être dans un établissement professionnel est annualisé, je n’avais pas à travailler sur ces heures ce que je ferai quand même. Enfin passons ce n’est pas le plus important, malgré la haute complexité de la situation qui nécessite de gérer de l’humain pénible à distance, c’est une grande période d’apprentissage. C’est aussi une période de solidarité avec les gosses, pas mal d’entraide pour les outils, ils s’appellent, ils passent derrière moi quand ils voient que je sature. À la sortie, ils auront certainement fait plus de progrès en informatique que toutes ces dernières années et en français aussi du fait de refuser l’oral.

Avec la qualité de l’appareil photo de mon fils, plus de 500 Mo les 4 minutes, il a fallu compresser. Alors que totem lit la vidéo sans l’ombre d’un problème, en ligne elle est écrasée, je ressemble à moi mais en nain. Le profil d’encodage qui passe bien avec Handbrake :

Même si c’est compliqué parce que le jeune vous use, que je n’ai pas encore mis de filtre, c’est une véritable période de défi pour tout le monde. Comprenez qu’on passe de la théorie à la pratique et c’est ici qu’on peut vérifier la robustesse des outils et des solutions.

L’informatique étant comme Manjaro, de la merde …. Je voulais quand même faire une pause pour vous montrer que le moral est très bon, tout ce qui devrait être simple apparaît comme complexe. Il faut reconnaître que le vieil ENT n’aide pas. Dans le forum, Sébastien a écrit que cette histoire était le dernier clou planté dans le cercueil du libre. Il faut en effet comprendre que toute la stratégie est basée sur des services propriétaires. Je ne serais pas aussi formel. La catastrophe économique que nous vivons, la catastrophe sanitaire, est le résultat du grand n’importe quoi que nous vivons depuis trop longtemps et qui espérons, finira par faire changer les mentalités, je l’espère.

La même catastrophe finira par se produire en informatique, c’est une évidence. De la même manière qu’on se rappelle aujourd’hui de l’agriculture française, on se rappellera demain quand il y aura un grand crash, Linux et les logiciels libres. De le même manière que ça valait le coup de moins consommer, de s’intéresser aux nouvelles technos, demain je serais prêt comme un survivaliste face à la fin du monde.

On y croit !