Le bien, le mal

24/02/2018 Non Par cborne

J’ai vu ce dessin dernièrement et c’est amusant, parce que c’est exactement le propos que je tenais à Yves Saboret pendant qu’on préparait la conférence sur le recyclage des ordinateurs.

d’après Hmm-la bd

Pour ceux qui ne connaissent pas, le personnage de droite avec des lunettes va terminer en disant si c’est gratuit c’est vous le produit, issu d’une vidéo qui a fait le tour du net il y a quelques années. Pour ceux qui débarqueraient sur ce blog et n’ont pas d’instruction informatique, il s’agit tout simplement d’expliquer que la gratuité des réseaux sociaux comme Facebook trouve sa contrepartie dans les données personnelles. Vous ne payez pas Facebook néanmoins il a besoin de payer lui, ses serveurs, ses développeurs, comment trouve-t-il les capitaux si personne ne paye ? Le paiement se fait en données personnelles, plus vous utilisez, plus vous en donnez sur vous, plus il est facile d’élaborer votre profil et de vous cibler. De façon simple, si vous avez décrit que vous étiez fan de course à pieds, il y a de fortes chances que vous serez intéressé par une nouvelle paire de running. Si une marque de running met un panneau 4 par 3 au centre de la ville, le ciblage est aléatoire puisqu’il peut passer des gens qui ne sont pas sportifs, des enfants, des personnes âgées, des gens qui ne sont pas le cœur de cible. Dès lors le pourcentage de déchets est important alors que sur un réseau social, on vise juste. Il n’est pas étonnant que les annonceurs utilisent principalement Facebook et Google pour faire passer leurs publicités.

L’accroche si c’est gratuit, c’est vous le produit, passe bien. On a la rime, on voit bien le concept, je vous en donne une autre qui fonctionne tout aussi bien : la vache n’est pas la cliente du fermier. On a donc réussi à communiquer deux messages forts. Le premier c’est que les GAFAM c’est le mal absolu, le second c’est que la gratuité induit nécessairement une contrepartie. Le problème de la schématisation c’est que le message n’est plus seulement simple, il est simpliste. Deux exemples :

Cozy c’est gratuit à vie et si c’est gratuit, c’est que nécessairement vous êtes le produit. Le coup de la vache et du fermier, elle tombe très bien, puisque c’est de Tristan Nitot, le Monsieur qui fait office de « commercial » pour Cozy Cloud. Tiens je profite d’ailleurs de ce passage Cozy Cloud, pour écrire que je viens de voir qu’on avait le retour de la documentation pour auto-héberger son propre Cozy, c’est bien, c’est fondamental, cela montre désormais que Cozy n’est pas qu’un service, mais bien plus, mais revenons en à nos moutons, enfin à nos vaches.

Ce petit slogan, cette petite phrase magique est en train de poser plus de problèmes qu’elle n’en règle. Comme le dit le strip plus haut, on ne peut pas en permanence se méfier de la gratuité, ignorer que l’empathie existe, et qu’elle doit être la tendance forte des prochaines années, ce que nous devons apprendre à nos gosses, tendre la main sans attendre quelque chose en retour pour une société qui fonctionnera mieux. Ils sont encore nombreux à produire du logiciel pour le plaisir du partage, à donner de leur temps dans les associations car ils jugent juste l’entraide, faut-il voir à chaque fois anguille sous roche ? Ce petit slogan, cette petite phrase magique c’est désormais une épine dans le pied du logiciel libre. Déjà que les gens ne comprennent rien, comprennent encore moins au concept de logiciel, au concept de liberté logiciel, comment réussir à leur faire comprendre que le logiciel Libreoffice qu’ils téléchargent gratuitement n’est en fait ni gratuit, ni un espion ?

Voici ce que j’ai trouvé en suivant un fil twitter.

Il s’agit d’une association qui fait de la promotion sur Facebook et qui explique qu’elle fait utiliser primtux à des enfants. Alors Facebook c’est le mal mais pourtant parfois ça sert à faire le bien. Comme j’aime à le rappeler ces derniers temps, je vends pas mal d’objets par le marketplace plus que par leboncoin cette entreprise française qui fait de l’emploi en France, qui paye ses impôts et qui pourtant ne se renouvelle pas dans son interface laborieuse, dans sa géolocalisation approximative, qui n’a pas pris encore la dimension sociale nécessaire à rétablir un fond de confiance dans les transactions pour les petites annonces. Facebook peut servir à promouvoir le libre, Facebook peut servir à prolonger la vie des objets. Qu’on le veuille ou non Facebook c’est le mal et pourtant c’est capable de faire du bien.

C’est donc ici tout le problème de l’avis tranché, du positionnement. Cascador a écrit un court billet au titre : Contre, moins, mieux. On peut lire :

Pointer les GAFAM du doigt, toujours en revenir à eux, c’est s’enfermer dans une logique où on désigne des ennemis mais où on occulte à tous le besoin de trouver des solutions. L’arbre qui cache la forêt. On passe énormément de temps à dénoncer, expliquer, argumenter, démontrer ce qui ne va pas chez les GAFAM. En faisant ainsi on se positionne contre eux à la fois en opposition à eux et en s’appuyant sur eux, on ne construit pas nos solutions et nos propositions, on déconstruit seulement leurs mensonges.

Et je rajouterai aussi qu’il est bon de penser à l’ordre naturel des choses. Toute l’énergie déployée pour démonter un système pour se rendre compte que tous les jeunes sont partis ailleurs et que ces réseaux n’arriveront pas sur le long terme à capter l’attention d’un individu tout au long de sa vie, ce sont des colosses aux pieds d’argile, un argile fabriqué sur une génération pour se casser la figure à la prochaine.

J’irai plus loin que Cascador en écrivant que finalement c’est plus facile de cracher dans la soupe du voisin que de balayer devant sa porte. J’ai évoqué dernièrement le fait que j’essayais de m’engager au niveau local par le biais de l’association Montpel’libre. A l’heure actuelle, le système d’entraide, pour signaler qu’on a besoin d’aide est mauvais. C’est un système de mailing list obsolète, incompréhensible. J’ai demandé la création d’un forum qui reste la façon la plus claire pour signaler une panne, déclarer un profil. C’est en cours. Vous me ferez remarquer que tout est toujours trop long pour moi, que ça ne va jamais assez vite, peut-être. Néanmoins planter un forum c’est l’espace de cinq minutes, donc pour moi, je peux le dire, quand on a passé de longs mois à attendre et voir que ça ne vient pas, c’est que c’est trop long, c’est que c’est inefficace. Je ne dis pas que l’association Montpel-libre ne fait rien, il suffit de voir le nombre d’ateliers, la masse d’actions réalisées, je dis juste que si à un moment on veut aider le particulier dans son problème particulier dans l’Occitanie, il lui faut un moyen pour se signaler de façon simple et qu’à l’heure actuelle ce moyen n’existe pas.

Il y a quelques éléments à retenir dans mon propos :

Je ne fais pas du bien en écrivant ceci, je pointe un dysfonctionnement. Je reste correct, on connaît mon positionnement là bas, tout ce qui est écrit ici a déjà été dit de façon privée au sein de l’association, ce n’est pas une surprise. Ce n’est pas non plus parce que ce point me paraît important, qu’il est important pour les autres. Ce n’est pas parce que ce point me paraît important et qu’il ne me paraît pas bien mené que cela jette l’opprobre sur le reste des actions de l’association.

Il est difficile pour moi de me positionner dans mes discours. Cascador, dans le forum me félicitait pour avoir fait des efforts, sur la façon dont j’avais pris les choses en main, sur mon évolution. Si vous lisez le blog aujourd’hui, je fais de gros efforts pour être positif. Le terme gros effort est d’ailleurs un euphémisme, j’ai souvent envie de hurler ma rage, mon bouillonnement, le cri du sang, car on naît sanguin, on le reste. Comprenez que de hurler que c’est de la merde quand je croise quelque chose qui ne me va pas, c’est difficile de le tenir mais il ne faut pas. Il ne faut pas car cela n’apporte rien, on se positionne dans la dénonciation sans rien proposer à côté, il ne faut pas car c’est facile, cela ne demande pas d’effort. Pendant des années j’ai pensé que la force c’était le cynisme, l’ironie et savoir tacler l’adversaire, la véritable force c’est celle des gentils et sachez que ça me pèse d’écrire ceci dans le plus grand sérieux. Mon problème c’est donc d’essayer de forcer sa nature, de se plier à une espèce de rigueur de la gentillesse pour arrêter de voir le mal partout et de dégager des éléments positifs. Néanmoins il y a tout de même une limite à ce système. Peut-on endosser en permanence la tenue du Bisounours, n’est-il pas parfois nécessaire, urgent de sortir les crocs ? Tout dans la vie est une question de juste milieu, d’équilibre, et c’est ce qui est difficile à trouver. Écrire que cela dysfonctionne sur une association gérée par des bénévoles, des gens qui font ça sur le temps libre c’est induire du découragement, de la frustration, c’est donc faire du mal même si c’est vrai. Ne fallait-il rien dire ? Est-ce que si je le dis ça changera les choses ? Je ne sais pas, je le dis, tout simplement sans mesurer les conséquences.

Je ne m’étonne pas de voir des forks contrairement à ce qu’on peut en penser. S’il est important d’imaginer le ressenti de l’autre à une parole qui peut être considérée comme blessante, il faut aussi penser aux réactions des uns et des autres par rapport à une situation donnée. Il me faut une demi journée pour monter un site internet complet d’entraide qui va du Piscénois à Saint-Pierre la Mer, on est deux. Participer à un projet c’est se soumettre à ceux qui le dirigent, et c’est ainsi qu’il faut que ce soit. Demain si je participe à Wikipédia, je ne vais pas expliquer que j’en ai marre de tout ce blanc, et que je veux que ce soit en rose Barbie. Si en outre vous n’êtes pas d’accord, que ce désaccord est trop lourd pour vous, alors vous allez vous lancer. Pas forcément par opposition, mais pour faire autrement. C’est certainement ici l’un des principaux problèmes du libre. On jette souvent la pierre aux forks en expliquant qu’il aurait fallu participer au projet majeur et c’est certainement le cas quand c’est possible. La voix qu’on écoute moins, qu’on n’a pas forcément envie d’entendre c’est celle qui dit qu’il était difficile de participer au projet initial phagocyté par des dictateurs. N’allez pas me faire dire ce que je n’ai pas dit, si on prend le cas du noyau Linux avec Torvalds, je me dis que cela ne doit pas être facile tous les jours de collaborer avec un individu pareil. Le fork n’est pas toujours une réponse égocentrée de celui qui veut son projet rien qu’à lui mais parfois la seule alternative pour celui qui n’a pas réussi à se faire sa place au sein d’un projet. Discuter de son utilité, c’est discuter du temps libre des gens, de la façon dont ils l’emploient, c’est de la dictature, on ne force pas les gens à faire les choses telles qu’on voudrait qu’elles soient. Si on n’accepte pas les choses telles qu’elles sont, on les change. Il y a quelques temps j’aurai porté un jugement sévère sur le double site des parrains Linux, ne connaissant pas les dessous de l’affaire qui ont poussé des gens à monter un deuxième site au même nom.

Je comprends le découragement, et je suis moi-même découragé. Ne vous en faites pas pour mon moral, comme vous le savez je suis incassable, enfin on espère. J’ai découvert avec surprise XuBecol. En gros c’est pareil que Primtux et ça fait un peu pareil que Emmabuntus ou Montpellibre dans le 34. En vraiment gros c’est du double existant alors que tout existe déjà. Je ne juge pas, il faudrait demander à son créateur pourquoi ce choix quand d’autres solutions existent, il faudrait demander à son créateur pourquoi ne pas avoir fait le choix de passer par l’entremise de l’association principale en ex Languedoc Roussillon et plus particulièrement dans l’Hérault. Comme évoqué plus haut, je pourrai lancer quelque chose uniquement dans mon coin, mais je ne le ferai pas. Je ne le ferai pas car une association fait déjà le job et même si je ne suis pas totalement d’accord sur la façon de faire, elle le fait quand même, elle a la structure, l’expérience. Je ne le ferai pas car déjà que je n’arrive pas à gérer le quotidien, je ne me vois pas me lancer dans un projet que je n’arriverais pas à tenir. Je vais donc me positionner de façon attentiste, pour voir si ça bouge, et si ça ne bouge pas, tant pis.